Panorama du taux d’ouverture européen depuis 1850

openesswestern

 En 2000, la somme des exportations et des importations représentait 53% du PIB des économies européennes (Carreras et Tafunell, Barcelone 2008). C’est trois fois plus qu’au début de la révolution industrielle.

Le graphique permet de distinguer trois périodes:

  • 1850-1913: 1ere vague de mondialisation, au cours de laquelle le taux d’ouverture européen passe de 16,9% à 40,9% du PIB. C’est l’ère de l’étalon-or, des bateaux à vapeur, du rail et des traités de libre-échange. De 1880 à 1895, ralentissement économique, embardées impérialistes et  retour (modéré) du protectionnisme infléchissent  l’évolution du taux d’ouverture, avant le grand redémarrage de la « belle époque ».
  • 1914/1925-1945: c’est la démondialisation de l’entre deux guerres, avec un taux d’ouverture qui retourne à son niveau de 1850 sous l’effet des conflits militaires, de la crise économique et du protectionnisme tout azimut.
  • 1945-2000: 2ième vague de mondialisation. Trente ans suffisent pour ramener le taux d’ouverture au niveau de 1913, puis les années disco et la période 1995-2000 le font grimper à 53%. Deux sous-périodes attirent l’attention: 1950-1965 et 1995-2000. Dans la première,  la croissance du PIB, dynamisée par les investissements massifs, déborde celle des échanges, qui connaissent une profonde mutation avec les processus parallèles de décolonisation et de construction européenne. Dans la seconde, il se produit un phénomène inédit:  alors que les décrochages de 1880 et 1913 avaient marqué une rupture dans l’évolution du taux d’ouverture, les phases de rattrapage qui les avaient suivis (1895-1913 et 1945-1970) n’ayant pas permis de renouer avec le trend initial, le déclin du taux d’ouverture entre 1983 et 1993 fait l’objet d’un rattrapage à très vive allure. Et les auteurs de rappeler que la popularisation du terme « mondialisation » en Europe est contemporaine, à partir du milieu des années quatre-vingt-dix, de la création de l’OMC, mais aussi du redressement de l’économie européenne  post réunification allemande, de l’entrée de la Finlande, de la Suède et de l’Autriche dans l’UE, ainsi que du renouveau des échanges avec l’Europe de l’Est.
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140 ans de mondialisation

hyperglobalisation

Pour retracer l’histoire de la mondialisation commerciale depuis 1870, Subramanian et Kessler (2013) proposent le graphique ci-dessus.

La logique est simple:  chaque point sur une courbe représente  un taux d’ouverture qui nous indique le poids des exportations de marchandises et/ou de services dans le PIB mondial.

Ex: en 2009, les exportations de biens et services représentaient 30% du PIB mondial.

On va s’intéresser au commerce  de marchandises, non seulement parce qu’il court sur toute la période, mais aussi parce que les auteurs vont au delà des chiffres bruts et estiment les flux d’exportations  nets (value added, dans le graphique). En effet, il est souhaitable d’exprimer la valeur des exportations de marchandises dans la même langue que le PIB mondial, c’est-à-dire en termes de valeur ajoutée, ce qui implique de retirer de la valeur brute des exportations  les consommations intermédiaires utilisées dans le processus de fabrication.

Commençons par les exportations brutes de marchandises.

3 pics de mondialisation apparaissent:

  • 1913: les échanges mondiaux de marchandises représentent 16% du PIB mondial.  Suite à la crise des années trente et aux deux conflits mondiaux, le taux d’ouverture retrouve ce niveau en 1974 (reglobalization).
  • 1980: 18% du PIB mondial.
  • 2008: 27% du PIB mondial. En 2010,  les échanges de marchandises pèsent 3 fois  qu’en 1870.

Passons aux exportations nettes de marchandises (en valeur ajoutée)

  • En termes de valeur ajoutée, les échanges de marchandises ne pèsent pas beaucoup en plus 2010  qu’en 1980 et 1913.
  • Plus l’histoire avance, plus le taux d’ouverture commercial exprimé en valeur ajoutée tend à s’écarter du taux d’ouverture exprimée en exportations brutes. En 2008, l’écart est de plus de 10 points. Ceci résulte de la fragmentation internationale des opérations de production, qui conduit à multiplier les flux de composants, enregistrés autant de fois qu’ils franchissent une frontière.

Echanges de services

  • Par eux mêmes, les services circulent beaucoup moins que les marchandises, puisque les exportations tertiaires ne représentent que 6% du PIB mondial en 2010. Leur mondialisation reste tributaire de celle des marchandises qui incorporent nombre de compétences tertiaires.
  • En revanche, parce que les services incorporent relativement peu de consommation intermédiaires, ils contribuent à  amplifier la dynamique des flux commerciaux exprimés en valeur ajoutée.

world

L’article, d’une grande richesse, permet de zoomer sur les degré d’ouverture sectoriels (cf ci-dessus).

  • En 2010, 47% de la valeur ajoutée industrielle et agricole mondiale font l’objet d’une exportation, contre 33% en 1975.
  • L’internationalisation des services a progressé, mais reste modeste: 16% de la valeur ajoutée de ce secteur circulent à travers le monde, contre 9% en 1975.

Un regret: l’utilisation du terme « hyperglobalisation » pour désigner la période actuelle.

A trop sacrifier trop à la mode journalistique on ne prend pas en compte les limites de la mondialisation, relativement à celle du XIXième siècle, en particulier la moindre importance des  flux migratoires.

Les exportations françaises subissent-elles un déclin spécifique?

En 2011, les exportations françaises de marchandises représentaient 3,271% des exportations mondiales (CNUCED) .

Quand on veut dépeindre les choses en noir (c’est à la mode), on se dit que c’est la plus mauvaise performance depuis 1948 .

 

Toutefois, en élargissant la focale à l’ensemble de l’Union Européenne, on se rend compte que le déclin relatif des exportations françaises n’est pas isolé.

En effet, avec 33,13% des exportations mondiales en 2011, l’UE pèse désormais autant… qu’au début des années cinquante.

Quant à l’Allemagne, depuis 20 ans, ses exportations s’essouflent relativement à celles du reste du monde.

Le déclin est moins sensible que pour l’Hexagone, mais il est réel.

La France reste une grande puissance commerciale

Au sein de la mondialisation, la France tient mieux son rang qu’on ne le pense.

Après 60 ans d’efforts, notre pays a retrouvé son rang de grande puissance commerciale.

C’est ce que montre le graphique ci-dessus. On constate que depuis 1860 la France a toujours occupé dans les exportations mondiales une place plus que proportionnelle à son PIB (valeur supérieure à l’unité sur l’axe vertical).

La France avait cédé beaucoup de terrain entre 1862 et 1942, mais depuis lors,  la progression est très nette, en dépit des méchantes 35 heures et des-charges-sociales-les-plus-élevées-du-monde.

Résultat: en 2009, comme en 1880,  le poids de France  dans les exportations mondiales  excède de 60% sa part dans le PIB mondial.

Il est utile de conserver à l’esprit ces données pour ne pas tomber en syncope devant le  graphique ci-dessus, qui montre l’effondrement de la part de marché de notre pays dans les exportations mondiales, depuis 1862.

La chute est spectaculaire, même si elle se concentre dans la période 1862-1930.

Il faut nuancer la « catastrophe », car le recul de notre pays dans le commerce mondial depuis la fin du XIXième siècle est strictement proportionnel à celui de l’économie française dans le PIB mondial.

Dans un monde multipolaire, comment la France pouvait-elle  conserver 20 à 15% du commerce mondial? En soi,   la stabilisation que l’on observe depuis 1950 est une performance.

Au final, la France s’est mondialisée au rythme des autres pays, tout en conservant une place privilégiée dans les échanges internationaux, compte tenu de son PIB relatif.

DG

Sources statistiques: Giovani Federico et Nikolaus Wolf, Comparative advantage in Italy: a long -run perspective, octobre 2011.

Le taux d’ouverture commerciale de la France est-il bidon?

Chez les protectionnistes, la dernière idée à la mode consiste à prétendre que la politique de fermeture ne serait pas une catastrophe…puisque que le protectionnisme existerait déjà (Causeur 17/01/12).

Cette sorte d’idée nous arrive d’un article qui est paru dans le Monde Diplomatique.

D’après ce journal, l’indicateur que l’on utilise pour mesurer le degré d’ouverture de l’économie française surestimerait la part de valeur ajoutée qui fait l’objet d’une exportation.

En effet,  au numérateur du ratio d’ouverture (exportations/PIB) se trouve un chiffre d’affaires (ce que les non résidents nous achètent) et non pas une valeur ajoutée (excédent des ventes sur les consommations intermédiaires nécessaires à leur production), alors qu’au dénominateur, nous n’avons pas un chiffre d’affaires mais une somme de valeurs ajoutées.

A partir de là, comme les exportations ne contiennent que 25% de valeur ajoutée, le taux d’ouverture officiel quadruplerait la réalité de notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur.

Il conviendrait de le diviser par 4, pour le ramener de 26 à 6,5%.

Tout ce raisonnement est erroné.

On ne mélange pas du tout les torchons et les serviettes en divisant les exportations par le PIB, car dans les deux cas, il s’agit de valeurs ajoutées.

Prenons l’exemple d’une élégante cloche à reblochon, toute en porcelaine cuite à 1400 degrés et vendue 20 euros à l’exportation.

En tant que produit final, destiné à combler le besoin d’hygiène du client précautionneux, la dite cloche contient tout ce qu’elle doit contenir, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées réalisées par tous les acteurs qui ont contribué à sa production et à sa vente, de l’extracteur d’argile au négociant de cloches.

C’est la magie de la macroéconomie: prenez la valeur de la production par le bon bout, c’est-à-dire quand elle est prête à la consommation, et vous obtenez une mesure du PIB.

Le PIB n’est lui même que la somme des ventes de produits finals.

En soi, le taux d’ouverture officiel de l’économie française (26% du PIB est exporté) n’est pas une arnaque.

En revanche, il ne distingue pas entre la valeur ajoutée produite en France et celle qui vient d’ailleurs.

Considérez que si l’argile est importé d’Italie, la valeur des cloches contient  une part de valeur ajoutée transalpine.

Ainsi donc, si le taux d’ouverture réel de l’économie française est à revoir, ce n’est pas en raison de je ne sais quel protectionnisme, mais tout au contraire, parce qu’on s’approvisionne de plus en plus auprès de fournisseurs non résidents en biens intermédiaires, sans parler des simples opérations de réexportations.

Voilà pourquoi le Monde Diplomatique devrait prendre un peu plus son temps avant de crier victoire contre les petits économistes précis

DG.

Ouverture commerciale et chômage

Un papier de Gabriel Felbermayr, Julien Prat et Hans-Jorg Schmerer (2009) conclue à l’existence d’une relation négative entre chômage et ouverture commerciale (exportations+importations/PIB) dans les pays de l’OCDE.

L’exposition à la concurrence internationale dynamiserait l’emploi par le truchement d’une amélioration de la  productivité des facteurs.

C’est plausible, mais le graphique ci-dessus, fourni par les auteurs, laisse un peu perplexe.

Certes, taux d’ouverture et de chômage (ce sont des moyennes pour la période 1990-2006) se disposent dans le sens prévu. Mais la majorité des pays se situent à la verticale d’un taux d’ouverture de l’ordre de 20%, tandis que deux pays (Hong Kong et Singapour) se détachent pour faire pencher la balance dans le sens des auteurs.

D’autres interprétations sont possibles:

  • L’indépendance des deux variables: il est vrai que les pays où l’emploi est le plus dégradé sont plutôt fermés, mais un large éventail de taux d’ouverture est associé au plein emploi.
  • Une interaction complexe: l’impact du commerce pourrait dépendre du niveau de chômage initial. Quand ce dernier est inférieur à 10%, l’ouverture commerciale paraît corrélée avec de meilleures performances en termes d’emplois, inversement, en dessous 10%, ouverture et chômage évoluent dans le même sens. Les échanges pourraient être la meilleure comme la pire des choses, aggravant la situation en période de chômage massif et l’améliorant dans un contexte d’emploi plus dynamique.

La France se situe au croisement de toutes ces hypothèses, ce qui est parfait pour les débats.

DG

Le taux d’ouverture est caduc

Contenu en importation des exportations (1995-2005)

Le taux d’ouverture commerciale  mesure la dépendance d’un pays vis-à-vis du commerce extérieur.

La formule la plus simple consiste à diviser la valeur des exportations par le PIB.

En France, le taux est égal à 27% (Insee 2008).

Est-ce à dire que 27% des salaires et des profits proviennent des exportations?

Il faut prendre ses précautions avec cette statistique car elle est faussée par le commerce vertical, c’est-à-dire l’importation de composants et biens intermédiaires incorporés dans les exportations.

En moyenne, 100 euros d’exportations françaises contiennent 72 euros de valeur ajoutée locale et 28 euros de composants et biens intermédiaires étrangers (graphique ci-dessus).

Après correction, le taux d’ouverture réel de notre économie, termes de valeur ajoutée, passe de 27 à 21%.

Un papier suédois attire notre attention sur le biais statistique que provoquent les délocalisations. De son côté, l’OMC a lancé le projet Made in the World pour convertir en valeur ajoutée les chiffres bruts du commerce international.

A l’avenir, il faudrait disposer d’une mesure plurielle et qualitative de la mondialisation, intégrant les effets sur l’innovation, l’intégration des marchés, les inégalités sociales ou bien encore les contacts inter-culturels.

Sinon, l’écart entre la mesure et la perception de la mondialisation ira grandissant.

DG

La Chine serait plus riche et moins ouverte qu’on ne le pense


Le PIB chinois est très supérieur aux chiffres les plus diffusés.

Deux éléments conduisent mathématiquement à réduire le montant du PIB chinois en dollars: la sous évaluation du yuan et le faible prix des produits qui appartiennent au secteur abrité de la concurrence étrangère.

Par exemple, une coupe de cheveux est très abordable du côté de Canton, puisque le coiffeur local y passe autant de temps que son homologue parisien, mais pour un salaire horaire beaucoup plus faible. C’est ce qu’on appelle l‘effet Balassa. Il nous aide à comprendre pourquoi le niveau de vie progresse au ralenti dans les pays riches (parce que le prix des services à faible productivité grimpe en flèche par rapport à celui des biens industriels) et pourquoi les gens s’irritent de plus en plus souvent contre les fonctionnaires, jugés trop nombreux, trop chers etc… mais je m’égare.

Pour être au plus près du niveau de vie réel, on doit exprimer la richesse chinoise en prix internationaux (techniquement, avec un  taux de change à parité de pouvoir d’achat).

Résultat: le PIB est 4 fois plus élevé que les chiffres courants.

Cela modifie profondément la valeur du ratio d’ouverture (exportations/PIB), qui semblait atteindre 40% en 2008.

Selon les  sources, le taux d’ouverture réel se situait, à la fin des années 90, entre 5% (Maddison  2001) et 8% (J. L Combes).

A l’heure actuelle, d’après le CIA world factbook, il avoisinerait 15%, soit  la moitié du taux officiel et l’équivalent du taux d’ouverture de l’Union Européenne.

Le blog Random Economist a calculé  que l’excédent commercial représentait 2,7% du PIB chinois en 2007 et non pas 10%.

D’après l’auteur, la croissance économique chinoise dépend autant de la demande étrangère  que l’Allemagne.

DG

Le taux d’ouverture des pays riches va-t-il diminuer?

Cette question ne relève pas d’un scénario catastrophe mais  d’une « loi » économique » fort sérieuse: la tendance à la « décroissance relative des échanges internationaux », suggérée par l’économiste Werner Sombart (1863-1941) .

Selon W. Sombart, la tertiarisation des économies s’opposerait à l’internationalisme économique. Cette idée fut reprise par John Maynard Keynes en 1933 dans son texte De l’autosuffisance nationale.

La baisse atendancielle du taux d’ouverture au commerce extérieur

Voici l’énoncé qui figure dans l’excellent Dictionnaire des lois, effets et principes économiques (1979):

« A mesure que se développent les divers pays exportateurs et importateurs, leurs orientation vers un accroissement de la part des services par rapport aux biens intangibles freinerait l’essor du commerce international« .

Ainsi donc, la tendance des services à être consommés sur leur lieu de production aboutirait à réduire la propension moyenne à importer.

Le moins que l’on puisse dire est que l’extraordinaire croissance des échanges internationaux depuis 1945 a fait tomber cette loi dans l’oubli.

Qui plus est, la majorité des économistes s’accordent pour établir un lien  positif  entre taux d’ouverture et PIB par habitant.

Seulement voilà, des études récentes nous obligent à revisiter la « loi de Werner Sombart ».

Des résultats récents qui intriguent

Une diminution des taux d’ouverture en trompe l’oeil

Grâce aux investigations de Simon Guttman et Anthony Richards, nous pouvons vérifier que la diminution du taux d’ouverture avec le PIB/habitant  est une illusion statistique.

Cette erreur est bien connue dans la littérature (voir ici). Elle provient d’une « déformation » de la structure des prix entre les produits échangeables et non échangeables qui affecte soit le numérateur du taux d’ouverture (montant des exportations ou des importations), soit son dénominateur (montant du PIB).

  • L’effet numérateur: à mesure qu’un pays s’enrichit, il enregistre des gains de productivité qui se concentrent dans le secteur exposé à la concurrence étrangère. Le plus souvent, il s’agit des biens industriels. A mesure que leur prix relatif diminue le numérateur du taux d’ouverture a tendance à baisser. On croit observer une fermeture de l’économie, alors que la concurrence étrangère est plus intense!
  • L’effet dénominateur: un pays qui s’enrichit grâce à une meilleure productivité offre de meilleurs salaires à sa population, mais comme la productivité des services est peu dynamique,  leur prix relatif augmente, ce qui amplifie  artificiellement la valeur du PIB  et réduit le taux d’ouverture.

Lorsqu’on neutralise la  variation de prix des services, on constate que l’impact du PIB moyen sur le taux d’ouverture disparaît, ou n’est quasiment plus perceptible.

Il n’existe donc pas de « loi d’airain »  en matière de mondialisation (dans un sens comme dans l’autre) et, par chance, une société peut moduler son  degré d’ouverture en jouant sur le taux de protection commerciale ou bien la qualité de ses infrastructures et de ses institutions.

DG

Pour aller plus loin: A guide to measures of trade openess, H. L. David (2007).

Taux d’ouverture et spécialisation de l’économie française

L’analyse traditionnelle des flux d’échanges permet-elle encore de mesurer correctement le taux d’ouverture d’une économie? Par habitude on rapporte la valeur des échanges  au PIB, on multiplie par cent et il en sort un ratio qui approche les 30%. Des économistes de l’OFCE ont commis en 2006 un article qui démontre l’obsolescence d’une telle méthode à la lumière des évolutions récentes du commerce international. Très riche et fort bien écrit ce papier donnera lieu à plus d’un post.

Taux d’ouverture: apparence et réalité

Parmi les nombreux défauts de cet indicateur (J. M Siroën, 2000) il existe un problème de construction: le numérateur est un chiffre d’affaires ((exportations+importations)/2) tandis que le dénominateur est constitué par la somme des valeurs ajoutées brutes (1). Dès que le taux valeur ajoutée des exportations est inférieur à 100% on surestime automatiquement le taux d’ouverture quelle que soit l’origine des consommations intermédiaires. L’erreur tend à augmenter ces dernières années avec la progression des inputs importés (2). 

C’est pourquoi des économistes de l’OFCE ont procédé au calcul du taux d’ouverture « réel » des principales économies, soit la part de la valeur ajoutée qui fait l’objet d’une exportation (le tableau ci-dessus synthétise leurs résultats).

Le nouveau taux français se situe à 22% soit sept points en dessous de l’estimation courante.

Interprétons cette différence: lorsque la France exporte 100 euros cela crée 25 euros de valeur ajoutée dans un pays fournisseur de biens intermédiaires (3). Adam Smith aurait goûté ces entrelacs de la division internationale des  processus productifs.

Une vision diférente de la structure sectorielle des échanges

Lorsque l’on considère le commerce en valeur ajoutée la France semble moins spécialisée dans l’industrie et même l’agriculture qu’on ne le pense habituellement:

« Signalons simplement que la part des échanges industriels (importations et exportations) passe de 71 % des échanges (500 milliards de dollars) à 43 % (200 milliards de dollars), et la part des échanges de commerce, transport et services de 18 % (125 milliards de dollars) à 47 % (225 milliards de dollars) ».

Il est normal que la part de l’industrie dégringole ainsi tant ce secteur offre la possibilité de découper les processus productifs.

De façon surprenante il apparaît que ce sont les services aux entreprises qui  apportent la contribution la plus significative au commerce extérieur français et, sous réserve d’investigations supplémentaires, les auteurs conseillent aux politiques de ne point se tromper de cible lorsqu’ils se piquent de soutenir la compétitivité de nos entreprises.

 

G. Daudin, P. Monperrus Neroni, C. Riffaert, D. Schweisguth, « Le commerce extérieur en valeur ajoutée« , Revue de l’OFCE, juillet 2006.

G. Daudin et alii, « Le commerce de la France revisité« , Lettre de l’OFCE, 07/01/08 (

(1) On évalue également le PIB en termes d’emplois. C’est la somme des dépenses à caractère final.

(2) Il s’agit du commerce vertical qui est lié soit à des flux d’IDE entrants (approvisionnement des filiales étrangères résidentes) ou bien à des IDE sortants (dans le cadre d’une externalisation d’activité à l’étranger dont le produit est réimporté) ou bien encore à l’achat d’inputs sur le marché en dehors de tout IDE (global sourcing).

(3) Les auteurs réduisent le taux d’ouverture français de 25%, ce qui correspond à la fraction de la valeur ajoutée exportée qui est produite à l’extérieur du pays.