La faim, les Roms et Nadine Morano

On est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussent une partie des Français à s’essuyer les pieds sur les Roms.

Hier après-midi, sur BFMTV, une des figures de l’UMP, Nadine Morano, est allée jusqu’à prétendre  que les « Roms envahissent nos villes ».

Comment expliquer cette hostilité?

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Il est aisé pour les bateleurs de foire d’agiter le spectre de l’invasion, dont quelques dizaines de milliers de Roms formeraient l’avant-garde, car ces derniers fuient un danger qui ne nous taraude plus: la faim.

Une enquête  de la Banque Mondiale  nous permet de comprendre que les Roms  installés en France ont de bonnes raisons d’y rester.  En effet, ces populations arrivent de pays où la faim n’est pas un vain mot: en Bulgarie et en Roumanie, plus de 40% des Roms déclarent qu’un de leur proche se couche avec le ventre vide. Pour les Roms, s’installer en France divise de 3 à 6 fois le risque d’être exposé à la faim.

Dans le même temps, les Roms de France demeurent surexposés aux privations, et  même s’ils se portent  mieux chez nous qu’en Bulgarie ou en Roumanie, leur intense pauvreté est beaucoup plus visible dans notre pays, où l’indigence a quasiment disparu.

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Reprocher aux Roms d’être trop pauvres  ici et dans leurs pays d’origine, c’est donner à croire que nos sociétés n’auraient pour seul devoir que de les expulser avec humanité. Or, les Roms, on aurait tendance à l’oublier, sont à la fois nos égaux et nos concitoyens européens.

Rien ne justifie  les extravagantes discriminations qui verrouillent le marché du travail et contribuent à leur très faible taux d’emploi en France (15% contre 65% pour  le reste de la population).

L’égalité des conditions, c’est un peu cela la République, mais Madame Morano n’y perdrait-elle pas son fonds de commerce politique ?

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20,8 millions

En 2011, les dépenses mises en oeuvre par l‘Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) au titre de l’aide au retour des migrants s’élevaient à 20, 8 millions d’euros, dont 9,4 millions pour les frais de transport. Sur les 15 840 procédures de retour, 55% ont  concerné des citoyens Bulgares et Roumains, principalement des Roms qui séjournaient dans des campements illicites.

Les frais mentionnés ont été  largement autofinancés par l’OFII qui a collecté en 2011 141 millions d’euros sous forme de taxes, au titre de la naturalisation, des embauches ou du séjour des migrants. En effet, les pouvoirs publics ne contribuent qu’à 15% du financement de l’OFII. Le reste est apporté par les migrants et leurs employeurs.

Or les subventions publiques ont tendance à régresser et il est fort dommage que l’acharnement qui vise les Roms, que certains illuminés souhaitent accentuer, prive l’OFII de fonds qui pourraient être affectés à l’accueil et à  l’insertion de ces populations discriminées.

L’OFII mobilise des fonds importants (60 millions d’euros) pour  l’intégration des migrants, à travers les 105 109  contrats d’accueil et d’intégration qui prévoient des formations linguistiques, civiques et professionnelles.

Cette mission là est plus profitable à notre pays que les vains efforts d’éloigner des citoyens européens qui disposent du droit de revenir en France, et ne s’en privent pas.

Au caractère irrationnel des procédures d’expulsion des Roms  s’ajoute un absurde gaspillage économique.

Comment peut-on être Rom?

Au cours de son histoire, l’Europe a excellé dans l’art de fabriquer des minorités transnationales privées méticuleusement de leurs droits.

En lisant les propos qu’un député de l’UMP vient de tenir sur les Roms, on se  dit que certains aimeraient bien que l’Histoire  repasse les plats:

« A droite, le député Philippe Meunier, secrétaire national UMP aux libertés publiques, a assuré samedi que le président François Hollande devait «exiger une renégociation des traités européens», pour«permettre l’expulsion de Roumains sans ressources». »Libération (11/08/2012).