La relance budgétaire imaginaire de Marine Le Pen

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Le programme économique du FN fait l’objet d’une description détaillée dans un document qui porte le titre un peu pompeux d »économie générale du projet de Marine Le Pen 2017-2022« .

Ce document est mal écrit et mal motivé. Il comporte toutefois un tableau assez intéressant, bien que confus, et qui nous servira de boussole comptable.

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Le FN fait un pari budgétaire ambitieux : relancer la croissance en distribuant beaucoup de pouvoir d’achat dès 2018,   tout en maîtrisant les comptes publics d’ici la fin du mandat.

J’ai reconstitué le « plan de financement » du programme de Marine Le Pen dans le tableau ci-dessous. Côté gauche, figurent les mesures de relance, et côté droit, leur mode financement.

Il est possible de quantifier l’objectif de croissance du FN à partir du tableau cité plus haut.

Par comparaison avec la croissance potentielle de la France (de l’ordre de 1,5%), le FN semble attendre un gain d’environ 4 points de PIB sur cinq ans,  soit aux alentours de 80 milliards d’euros.

Cet objectif correspond au montant des mesures de relance (hors nationalisation des autoroutes: 15 milliards), ce qui signifie que les experts du FN appliquent un « coefficient multiplicateur de dépense » égal à 1: 1 euro de largesse fiscale en plus=1 euro de PIB supplémentaire (CQFD…).

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La relance à la sauce Le Pen repose sur trois piliers: plus de canons, faire payer  l’Allemagne et la fiesta fiscale

  • Plus de dépenses publiques: le fer de lance du programme est l’augmentation importante du budget de la défense, porté à 3% du PIB.
  • Plus de prestations sociales : 20 milliards, dont l’essentiel prendrait la forme d’une « prime de pouvoir d’achat » de 80 euros par mois sur les petits salaires et les petites retraites. Le FN espère la financer en appliquant une taxe de 3% sur toutes nos importations.
  • Moins d’impôts: 27,5 milliards de baisses d’impôts sur les ménages et les PME-TPE,  dont 82%  dès 2018

Le volet financement comprend trois rubriques:

  • Une dimension magique : près de 40 milliards de prélèvements sur l’étranger, qui comprennent la reprise sur notre contribution nette au budget européen, la taxe sur sur les importations, les « économies sur l’immigration » (fin des allocations familiales pour les étrangers…) et l’abracadabrantesque surtaxe de l’emploi étranger, qui créera plus de travail clandestin et poussera les employeurs à fermer des postes.
  • Des économies sur les « mauvaises dépenses »: 35 milliards. Les fonctionnaires de la fonction publique territoriale vont probablement déguster…
  • L’autofinancement : 19,5 milliards. Il s’agit là des retombées fiscales attendues de la relance budgétaire.

Qu’est-ce qui cloche dans ce merveilleux programme?

Pour résumer, Marine Le Pen s’imagine que la France vit dans une petite bulle de temps et qu’on peut l’extraire aisément de son environnement monétaire et commercial.

En effet, ce programme passe totalement sous silence les retombées de la sortie de l’UE ainsi que les effets de la monétisation du déficit public sur les taux d’intérêt, les sorties de capitaux, l’investissement. Dans le même temps, le FN inscrit  dans son budget les sommes qu’il espère récupérer sur  le financement du budget européen et la taxation des importations, ce qui implique de sortir de l’UE. Comprenne qui pourra… Il s’agit là d’un vrai problème qui peut signifier trois choses : soit le FN ne compte pas sortir de l’Euro (hypothèse plus que probable), soit il est incapable d’en évaluer les effets immédiats, ce qui est encore plus grave, soit il n’a pas tranché entre la ligne souverainiste sociale et la ligne ethnico-libérale, ce qui n’augure de rien de bon quant à ca capacité à conduire le pays.

L’autre difficulté logique réside dans le fait que les économies budgétaires que prévoit le FN  n’impactent pas  le  PIB, comme si réduire les dépenses publiques de 20 milliards en 2019 n’avait pas de conséquences sur la croissance, après une année 2018 dédiée aux largesses fiscales.

Au final, Marine le Pen propose une relance électoraliste (supérieure au déficit public actuel), n’anticipe pas l’incertitude dans laquelle nous placerait la sortie de l’Euro et se permet de luxe de financer la moitié de ses dépenses par  d’hypothétiques prélèvements sur l’étranger.

A vrai dire, nombre des mesures économiques frontistes (défiscalisation heures supplémentaires, hausse des allocations handicapés et du minimum vieillesse, baisse de l’impôt sur les sociétés, embauche de 15000 gendarmes et policiers, baisse de la taxe d’habitation, hausse du budget de la défense…) sont présentes également dans le programme d’Emmanuel Macron, au point qu’on se demande s’il n’est pas plus raisonnable de voter pour l’horrible « candidat de l’oligarchie financière », libéral et sans expérience politique mais plus au fait des contraintes externes que la fée tricolore de la souveraineté.

 

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