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L’économie française 2022

Chaque année, l’OFCE propose un état de la conjoncture nationale et passe en revue un certain nombre de thématiques importantes, telles que la place de l’Etat dans l’économie, la situation des ménages, du tissu productif ou de l’emploi.

Les deux premiers chapitres, qui explorent les réactions de l’économie à la crise sanitaire, sont le moment fort de l’ouvrage. Le volontarisme d’Etat (« quoi qu’il en coûte ») y est présenté comme un succès puisqu’il a préservé le revenu moyen des ménages et absorbé 70% des pertes des entreprises. Confortées par les pouvoirs publics, ces dernières n’ont pas anticipé une chute durable de l’activité , d’où la reprise assez nette de l’investissement en 2021.

Le travail de Magali Dauvin et Raul Sampagnaro apporte un éclairage très intéressant sur la nature du choc qui a résulté de la pandémie et sur l’adaptation des comportements privés aux restrictions prophylactiques. Les auteurs arrivent à la conclusion que la chute du PIB intervenue en avril 2020 s’explique aux deux tiers par un « choc d’offre » (fermetures administratives, difficultés d’approvisionnement) et pour le tiers restant par un « choc de demande » (épargne de précaution, « achats retardés pour éviter les interactions sociales »). Une fois passé le choc du premier confinement (perte de PIB de l’ordre de 31%), les agents économiques ont réagi aux deux suivants en ayant recours à l’e-commerce, au « click and collect », en réorientant leurs budgets ou en adaptant les processus de production, ce qui a permis de maintenir à flot la demande et la production.

Le ton de l’édition 2022 est très volontariste puisque les auteurs recommandent au Gouvernement de persévérer sur la voie de l’interventionnisme et de mettre en oeuvre un plan de relance complémentaire de 100 milliards d’euros pour remettre l’activité économique de notre pays sur la trajectoire qui aurait été la sienne en l’absence de crise sanitaire. A ce titre, même si le PIB a surmonté trois confinements consécutifs, il serait 90 milliards d’euros en deçà du niveau attendu.

Alors que l’on s’attend à un nombre important de faillites d’entreprises (9% des PME seraient menacées d’insolvabilité), les auteurs notent que le plan de relance actuel, de 100 milliards d’euros, est loin de l’effort consenti aux Etats-Unis, en particulier dans le domaine des infrastuctures publiques. C’est pourquoi Matthieu Plane et Xavier Ragot préconisent un ambitieux plan d’investissement pour répondre aux besoins criants d’entretien et de renouvellement du réseau ferroviaire, du parc immobilier universitaire ou bien encore des canalisations d’eau.

Keynésiens affirmés, les économistes de l’OFCE balaient les arguments défavorables au volontarisme budgétaire. Selon eux, tous les voyants sont au vert: faibles taux d’intérêt réels, annulation de facto d’une partie de la dette publique française en raison des rachats d’obligations d’Etat par la BCE , augmentation de l’épargne nette privée parallèle à celle de l’endettement public, existence d’un important supplément d’épargne des ménages consécutif aux confinements (10% du revenu annuel des ménages).

Les auteurs consacrent trois chapitres à l’avancée du néolibéralisme en France, qu’il s’agisse de la réforme des assurances chômage (étrillée par Bruno Coquet), de la dualisation de l’emploi décrite par Bruno Ducoudré et Pierre Madec ou des heurs et malheurs de la réforme des retraites par André Masson et Vincent Touzé)

En lisant le chapitre sur la place de l’Etat dans l’économie, on découvre avec surprise que les cadeaux financiers octroyés aux entreprises sous la forme d’allègements de charges sociales et autres crédits d’impôts représentaient en 2019 6% du PIB, contre 5,3 consacrés à l’enseignement public.

Les Français y croient encore

En 2007, l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) avait concocté un E-Book de campagne à l’usage des citoyens.

Il s’agit un d’état des lieux de l’économie française, fort éloigné de la potion amère que nous servent l‘OCDE et autres REXECODE ou NATIXIS.

On y trouve les contours d’une politique commerciale sociale-démocrate (ni protectionniste, ni néolibérale) ainsi qu’une élucidation du comportement paradoxal des Français face à l’avenir.

On les imagine frileux et désespérés…alors qu’ils battent des records de natalité.

Selon Jean Paul Fitoussi et Eloi Laurent, les Français n’ont pas cessé de croire en l’amélioration future de leur condition sociale et ne veulent pas se résoudre à l’absence de réponse collective face à la précarité généralisée.

D’où leur demande de sécurité, face à des réformes dont ils ne voient pas la finalité.

Le pessimisme viendrait-il d’en haut?

DG

Les 35 heures sont sans effet sur la compétitivité française

Pour doper la croissance, faut-il forcément sacrifier les salaires et modifier notre rapport au temps de travail? Non point, nous disent les économistes Christophe Blot et Marion Cochard.

Ils montrent que la croissance de l’Allemagne, fondée  sur l’exportation et la réduction aggressive des coûts salariaux, a été inférieure à la performance française (1,6% vs 2,2% entre 1999 et 2008). C’est pourquoi les auteurs qualifient le « succès » de la stratégie allemande de « victoire à la Pyrrhus ». Taquins va.

Pour aggraver leur cas, C. Blot et M. Cochard défendent l’idée que les 35 heures n’ont pas fait déraper les coûts salariaux unitaires en raison du regain de productivité et de la modération salariale qui les accompagnèrent. Ils font remarquer que la compétitivité-prix des entreprises industrielles françaises ne « décroche » qu’à partir de 2003.

Les auteurs soulignent les risques d’une  « course à la baisse des salaires » à l’intérieur du continent européen (anémie de la consommation des ménages, gains de part de marché obtenus au détriment des pays partenaires). Il leur semble plus pertinent de mettre l’accent sur une stratégie coordonnée d’encouragement à l’innovation.

D. G

Christophe Blot, Marion Cochard, « Compétitivité des pays de la zone euro. Le coût de la compétitivité à tout prix« ‘. Lettre de l’OFCE, n°322, 06/07/2010.