+642 000 chômeurs en France depuis la crise

Au cours du « grand débat », François Hollande et Nicolas Sarkozy ont ferraillé sur les chiffres du chômage.

Le premier a utilisé les chiffres du Pôle Emploi, ce qui lui permet d’annoncer 700 000 chômeurs supplémentaires depuis la crise.

Le second, qui se base sur les chiffres de l’INSEE,  annonce seulement  422 000 demandeurs d’emplois de plus.

A l’instar de Nicolas Sarkozy, prenons les données trimestrielles de l’Insee, qui mesurent le chômage au sens du BIT, c’est-à-dire les personnes privées d’emploi, qui en cherchent un et sont disponibles pour (re)travailler.

Les éléments de langage de  l‘UMP sont frauduleux quant à la période considérée :

La France est l’un des pays développés où le chômage a le moins progressé durant la crise. Le chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) constitue un indicateur de référence et est le seul qui soit utilisé dans les comparaisons internationales par l’OCDE. Au sens du BIT, entre 2007 et 2011, le chômage en France a augmenté de +18,7%. Dans la zone euro, l’augmentation a été de +39,6%, de 39,2 % dans l’UE à 27 et de 45,8 % dans l’OCDE.

C’est faux, car  la récession ne démarre pas en 2007, lorsque Nicolas Sarkozy entre en fonction, mais à partir du 2ième trimestre 2008.

Entre cette date et  la fin 2011, le nombre de chômeurs est passé de 2 036 000  à 2 678 000, soit 642 000 personnes supplémentaires (cf tableau ci-dessus), ce qui correspond à un taux de croissance de 31,5%…et non pas 18,7%, comme le prétend Nicolas Sarkozy.

Comparons maintenant l’évolution du taux de chômage en France et ailleurs en Europe.

Entre le deuxième trimestre 2008 et mars 2012, il a grimpé de 2,5 points chez nous (de  7,5 à 10%) et de 3, 6 points dans la zone euro (de 7,3 à 10,9%). En taux de variation, le taux de chômage a progressé de 33% chez nous, contre 49% dans l’ensemble de la zone euro.

Hollande était plus proche de la vérité.

Quant à Nicolas Sarkozy, il n’a pas manqué d’aplomb pour minimiser de près de 50% le choc que la crise a provoqué sur notre pays.

DG

Nicolas Sarkozy veut-il un solde migratoire nul?

Le candidat de la « France forte » s’inquiète  des « vagues incontrôlées » d’immigration qui empêcheraient, selon lui, d’intégrer les immigrés déjà installés.

Comme il fallait s’y attendre, les statistiques enregistrent une toute autre réalité: les flux migratoires nets placent la France au rang des nations aussi fermées que le  Japon et la Suède.

Que révèle cette assertion?

Tout simplement, le  souhait de ramener à zéro le solde migratoire de notre pays.

En effet, depuis 2007, le solde migratoire avoisine les 75 000 personnes. Or, le 6 mars dernier, Nicolas Sarkozy exprimait son souhait de réduire le nombre  d’entrées sur  notre territoire de 80 0000 personnes.

La stratégie sarkozyste vise donc à équilibrer les entrées et les sorties, en parfaite cohérence avec ses propos selon lesquels il y aurait « trop d’étrangers » sur notre sol.

Voilà comment, sans trop le dire, mais en prenant soin de faire peur autant que nécessaire, notre Gouvernement endosse les habits du malthusianisme le plus étroit.

DG

Le froufrou protectionniste de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy caresse les foules dans le sens du poil et excelle dans l’art du décor en carton pâte. Cette fois-ci, le Président joue sur la corde protectionniste et fait semblant de renverser la table.

Or, un  bref tour d’horizon de l’actualité montre que l’Europe  met en place ce que le Président réclame, quand ce n’est pas déjà fait. De la réciprocité en matière de marchés publics jusqu’au Small Business Act, tout est sur les rails. Qui sait qu’en dépit des moulinets protectionnistes, l’encre de l‘accord multilatéral sur les marchés publics , signé sous les auspices de l’OMC, est à peine sèche?

Zoomons sur ces marchés publics, dont Nicolas Sarkozy  affirme que nos PME  ne récolteraient que des miettes. L’étude de Stéphane Saussier montre que c’est faux.

Nos PME obtiennent 35% des contrats publics (en valeur).

C’est à peu près autant que leurs homologues allemandes et anglaises ou espagnoles et plus que les 23% dont bénéficient les PME américaines, pourtant placées sous la  protection du Small Business Act.

Ajoutons que les PME françaises emportent 52% des contrats publics d’Etat (28% en valeur) et 64% des contrats publics des collectivités locales (41% en valeur).

La situation est donc plus encourageante qu’on ne le dit et si l’on souhaite donner encore plus de travail aux entreprises françaises, amplifions les investissements publics.

En effet, notre pays fait relativement peu d’efforts dans ce domaine, avec une valeur médiane des marchés publics de 224 000 euros, contre plus de 600 000 en Espagne, en Italie et en Grande Bretagne.

Mais en ces temps d’austérité budgétaire et de résignation,  ceux qui prétendent représenter l’intérêt général n’ont  rien d’autre à proposer que de taper sur la concurrence étrangère.

C’est donc cela la « France Forte »?

DG

Ces Rafales dont le Brésil ne veut pas: l’explication d’Emmanuel Todd

Contrairement aux espoirs du Gouvernement, il y a désormais de fortes chances pour que le Brésil n’achète pas les avions militaires « Rafales » et leur préfère les modèles américains ou suédois.

Si le contrat échoue, ce n’est pas faute de concessions économiques car  la France avait promis au Brésil des transferts de technologie très appréciables, un peu à l’image de l’accord de décembre 2008  concernant les sous-marins à propulsion nucléaire (voir l’article très intéressant de Bruno Muxagato).

D’après Claude Serfati, spécialiste de l’armement, la décision brésilienne pourrait être de nature politique.

Elle serait la conséquence de l’inquiétante dégradation de l’image internationale de la France:

« Au niveau géopolitique, l’image de la France s’est énormément détériorée en un an, estime Claude Serfati. Entre l’affaire Karachi ou encore les relations entretenues avec le Maghreb, le Brésil qui comptait sur la France pour l’élever sur la scène internationale, est en train de douter (…) aujourd’hui, les espoirs que la France soit force de proposition au niveau international sont en train de disparaître. » (L’Expansion).

Si cette explication est la bonne, elle amènerait de l’eau au moulin d’Emmanuel Todd.

En effet, ce dernier s’est opposé violemment à la politique internationale du Président Sarkozy, suspectée  de dégrader l’image de marque du pays et d’entraver sa capacité à exporter son savoir faire (cf vidéo, à 06:21).

Emmanuel Todd, avec ses outrances, pourrait avoir touché juste.

DG

 

Pourquoi l’Etat adore l’industrie

Ces derniers temps, il est beaucoup question de défense de notre industrie et d’un retour au patriotisme économique.  On parle politique industrielle et subvention à la relocalisation.

Alors qu’il se promenait doucement dans un atelier, Nicolas Sarkozy a confié que les usines, lui, il « trouve ça beau« .

Avec ces mots d’enfant le chef de l’Etat lève le voile sur un ressort profond de l’action publique qu’Adam Smith nous semble avoir saisi dans ce passage de la « Théorie des sentiments moraux » (1759):

« Lorsque le législateur établit des prix ou des récompenses pour la perfection des manufactures de toile ou de draperie, il est moins occupé de ceux qui se serviront de ces marchandises que des fabricants et de leurs ouvriers; la perfection de l’administration, le progrès du commerce et des manufactures sont des objets importants et nobles dont nous aimons à nous occuper, nous nous intéressons à leur avancement: ils font partie du système général du Gouvernement et ils font mouvoir les rouages de la machinerie politique avec plus de facilité et d’harmonie.

Nous prenons plaisir à la perfection d’un système aussi vaste et aussi beau, et nous cherchons à éviter tous les obstacles qui en peuvent déranger l’ordre et l’action.

Les diverses formes de Gouvernement ne sont estimées qu’en proportion du bonheur qu’elles tendent à procurer à ceux qui y sont soumis, c’est tout leur but et leur unique fin.

Cependant, par un certain goût de combinaison, par un certain amour de l’art et de l’invention, nous estimons quelquefois plus le moyen que la fin; nous travaillons à ce qui peut contribuer au bonheur des hommes, plutôt dans l’intention de perfectionner un système, que par un sentiment immédiat de sympathie pour ceux qui doivent en recueillir quelques avantages: aussi a-t-on vu des hommes très occupés de bien public, avoir perdu, à d’autres égard, presque tout sentiment d’humanité; et au contraire, des hommes très humains, n’avoir jamais eu aucun sentiment d’esprit public. »

Adam Smith, Théorie des sentiments moraux, Partie IV, chapitre 1: « De la valeur que l’apparence de l’utilité donne à toutes les productions des arts et de l’influence très étendue de cette espèce de valeur« . Traduction: Madame de Grouchy, Marquise de Condorcet (1830), pp.341-342.