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Libéralisme et citronnade

Dani Rodrik conteste l’héritage intellectuel ambigu et l’aveuglement de Milton Friedman.

Le pape du libéralisme, on le sait,  s’émerveillait que tout un monde de division du travail tînt dans un simple crayon.

Adam Smith éprouvait le même vertige devant une tête d’épingle.

Rodrik défend l’économie mixte au moyen d’une image culinaire:

« Les marchés sont l’essence de l’économie de marché, au même titre que le citron est l’essence du jus de citron. En lui-même il est pratiquement imbuvable. Pour faire un bon jus de citron, il faut ajouter de l’eau et du sucre. Mais s’il on en met trop, le résultat ne sera pas satisfaisant. Il ne faut pas pour autant refuser l’eau et le sucre, mais trouver les bonnes proportions. Il en est de même avec l’Etat »

Trop de jus de citron, et vous obtiendrez l’amer breuvage néolibéral.

A la fin de son texte (traduit ici), Rodrik rappelle que la plupart des crayons vendus dans le monde sont produits en Chine avec le soutien actif de l’Etat.

DG

Suspendons le « bouclier fiscal »

« Je sais très bien que le pacte de stabilité est stupide »  déclarait Romano Prodi en  2002, redoutant que l’austérité budgétaire en période de récession n’enfonce plus encore la zone euro dans la crise.

Désormais que cette « stupidité » est  à l’ordre du jour, comment maîtriser les comptes publics sans trop pénaliser l’activité économique?

D’après Joseph Stiglitz et Paul Krugman, il ne faut  pas réduire les dépenses publiques mais accroître la fiscalité.

Chacun à sa façon, les deux Prix Nobel expliquent pourquoi il serait judicieux de taxer plus fortement les  ménages très favorisés, ce que le « bouclier » fiscal n’autorise plus en France:

  • L’argument de Joseph Stiglitz est keynésien:  si l’Etat prélève un euro sur le revenu des ménages, cela  diminue (en moyenne) l’épargne de 15 centimes et la consommation de 85 centimes. Comme les plus aisés épargnent beaucoup, il est possible de les taxer sans trop nuire à la consommation et à l’activité économique. En revanche, chaque euro de dépense publique en moins ampute immédiatement et  du même montant la dépense globale du pays.
  • Paul Krugman s’appuie sur une version corrigée de la théorie du revenu permanent ( Milton Friedman) d’après laquelle les ménages sont supposés utiliser leur épargne pour stabiliser leur consommation au cours du temps. Ainsi, les plus aisés ont la capacité de réduire leur épargne et même de puiser dans leur patrimoine en cas de hausse d’impôt. A l’inverse, les plus modestes ont une consommation beaucoup plus instable. Ils vivent « au fil de l’eau » et toute variation du revenu courant se répercute sur leur dépense.

La  « stupidité » du bouclier fiscal réside dans le fait qu’il  interdit de prélever de nouvelles taxes sur la partie de la population  qui consomme relativement peu et de façon stable.

Cerise sur le gateau, en ayant la théorie du revenu permanent à l’esprit,  le Gouvernement pourrait s’offrir le luxe d’augmenter les impôts des plus riches sans trop se dédire. En effet, pour que  la consommation ne dégringole pas trop, il suffit d’annoncer une hausse d’impôt temporaire, par exemple en suspendant  le  » bouclier fiscal »  jusqu’au retour de la croissance.

A défaut,  l’Etat n’a pas d’autre choix que de tailler dans ses dépenses, au risque de ralentir l’activité économique.

D G