51% des immigrés sont des femmes

femmes

Les démographes de l’INED (Population et Société, juillet 2013) nous apprennent qu’en 2008 les femmes sont devenues majoritaires  au sein de la population immigrée installée en France.

Même si, sur un siècle, la proportion de femmes n’est jamais descendue en deçà de 40%, il s’agit d’un tournant historique.

femmes1

En effet, la féminisation de la population migrante ne s’explique plus seulement par le regroupement familial.

De plus en plus,  les femmes qui arrivent en France sont  des célibataires ou des « pionnières », qui quittent leur pays en y laissant leur conjoint.

La féminisation « autonome » de la population migrante est encouragée par les opportunités de travail dans le secteur tertiaire ainsi que par la montée du niveau d’éducation dans les pays d’origine: au milieu des années soixante-dix, un étudiant sur quatre était une femme, contre 50% en 2008.

Cette évolution positive ne doit pas masquer pas les contraintes économiques spécifiques qui pèsent sur certaines  migrantes:

Du fait de revenus souvent moindres, les migrantes envoient des sommes inférieures à celles des hommes. En revanche, ces transferts représentent une proportion plus importante des revenus. Ainsi, selon la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, les migrantes bangladaises travaillant au Moyen-Orient rapatrient en moyenne près des trois quarts de leur salaire. Dans son enquête sur les nounous ivoiriennes à Paris, Caroline Ibos souligne également que ces dernières « expliquent cette nouvelle préférence pour faire migrer les femmes par le fait que celles-ci restitueraient à la famille une part bien plus importante de leur salaire que les hommes » .(OCEAE)

La Norvège face au défi de l’immigration

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, la Norvège n’est pas submergée  par l’immigration. Elle s’est mise simplement au diapason européen, mais dans un laps de temps très bref.

Le pourcentage d’immigrés (10,8% de la population)  n’est pas beaucoup plus élevé que la moyenne européenne (9,4%). Il place la Norvège entre le Danemark (9%) et la Suède (14,3%; données Eurostat).

Le taux d’ immigration extra européenne (6,5%) est conforme à la tendance générale (6,3%).

En revanche, la Norvège est confrontée à  une immigration récente, en forte augmentation depuis 2000. De ce fait, l’âge médian des immigrés (35,5),  est inférieur à la moyenne européenne (40 ans).

Sur 40 ans, le taux d’immigration a été multiplié par 7 ( 1,5% en 1970).

L’immigration norvégienne est très polarisé en termes de niveaux de développement. D’un côté, une grande masse d’immigrés en provenance de pays à haut niveau de développement (les 2/3 arrivent d’Europe orientale, en particulier de Pologne). D’un autre côté, une proportion d’immigrés issus de pays à faible niveau de développement deux fois plus importante qu’ailleurs en  Europe. De ce fait, il est probable que les immigrés issus des pays du Sud soient plus « visibles » en Norvège que dans d’autres pays.

L’immigration représente un défi pour la Norvège, mais ce pays y répond.

Depuis quelques années, ce pays durcit les contrôles et multiplie les dispositifs de retours forcés ou aidés. Dans le même temps, la Norvège met en pratique des politiques d’intégration ambitieuses en termes de scolarisation et de  participation civique des populations immigrées. Face au défi, on s’organise. Pour cela, la Norvège peut compter sur ses ressources économiques mais aussi morales, puisque ce pays est foncièrement égalitaire.

Le contraste avec la France est frappant. Chez nous, l’immigration est une tradition ancienne. Cela nous préserve des  pires excès de l’extrême droite. En revanche, le manque de perspectives économiques a transformé l’immigration en un sujet de controverse récurrent et le refus de se confronter  au  passé colonial n’arrange pas les choses.

La Norvège a connu à une bouffée meurtrière d’extrémisme de droite, mais elle s’en sortira et tournera la page.

En France, c’est l’inverse. La vie politique est de l’ordre du théâtre,  mais les mauvaises pièces s’y jouent longtemps.

L’impact des migrations sur la population européenne d’ici 2050

Comment évoluerait la population européenne si les migrations internes et internationales cessaient dans les 40 prochaines années?

D’après les projections Epson Demifer, 64% des régions européennes perdraient des habitants (en bleu) et 36% des régions en gagneraient, dans la mesure où leurs habitants ne seraient plus autorisés à tenter leurs chances ailleurs (régions en rouge/rose).

La carte ci-dessous montre à quel point migrations internes et internationales sont complémentaires:

  • 42% des régions bénéficieraient des deux types de migrations (bleu foncé).
  • 19% des régions perdraient simultanément sur les deux tableaux (rouge vif).

Ailleurs,  les flux d’immigrés étrangers comblent plus ou moins entièrement le manque d’attractivité pour les migrants issus d’autres régions du même  pays. Le Sud de l’Italie et le Nord de la France sont dans cette situation. Ce n’est peut-être pas un hasard si les tensions anti-immigrés sont vives dans ces régions (Hénin-Beaumont, Lampedusa…)

Il existe aussi des régions qui attirent des migrants en provenance d’autres régions du même pays mais qui ne sont pas attractives pour les migrants étrangers (bleu clair et saumon).

DG

776 000

En 2009, 776 000 personnes ont acquis la nationalité d’un des 27 pays de l’Union Européenne.

Cela représente 0,15% de la population totale de l’UE.

C’est l’Angleterre qui accorde le plus volontiers sa nationalité (203 000 en 2009 contre 55 000 en 1999).

Ce pays intègre en son sein plus de 85% des Africains du Sud ou des Indiens qui obtiennent un sésame européen.

Lire la suite « 776 000 »

Pourquoi migre-t-on?

Clandestins mexicains

Au cours de leur voyage, les migrants n’effectuent pas tous un parcours du combattant similaire à celui des dos mouillés mexicains.

En revanche, tous ont de bonnes raisons pour s’éloigner de leur pays.

Jessika Hagen-Zanker (2008) propose une brève revue de la littérature économique sur les causes et les motivations de la migration.

Un travail fort clair qui propose une classification des théories selon trois dimensions: micro/meso/macro.

Quoi de neuf ?

Et bien,  par exemple, la prise en compte des réseaux sociaux dans la décision de migrer (niveau méso).

C’est ainsi que le travail de Stark et Y. Wang (présenté ici en français) montre que les premiers arrivants préfèrent dissuader l’arrivée de nouveaux migrants moins qualifiés, si les employeurs fixent les salaires non pas sur la base des performances observées de chacun mais sur celle du groupe.

Quitte à renvoyer des fonds chez eux, les immigrés chercheront à se protéger contre un éventuel nivellement de leur rémunération.

Une sorte d’auto-discrimination en somme, qui redouble celle dont les employeurs font preuve, au mieux, par manque d’information.

On en déduit que la lutte contre les discriminations salariales n’est pas un engagement crédible lorsque, par ailleurs, les pouvoirs publics affichent leur volonté de fermer les frontières à la migration de travail.

En effet, si la qualité des plus qualifiés est observable, ces derniers ont intérêt à encourager l’arrivée de migrants moins qualifiés, de manière à ce que leurs compétences sortent encore plus du lot.

Ni victimes, ni fléau, comme on les envisage trop souvent,  les immigrants entrent dans les modèles économiques en tant que stratèges.

DG

Les immigrés sont-ils improductifs? Une histoire de serveurs et de maçons

Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, juge que notre pays doit limiter l’immigration de travail, arguant que nous n’avons pas besoin de maçons et de serveurs et que le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage.

Venant de Claude Guéant, ces propos ont un goût de déjà vu.

En effet, entre 1977 et 1981, Mr Guéant fut conseiller auprès du ministre de l’intérieur.

A l’époque, le Gouvernement planifiait le retour organisé ou forcé de 500 000 travailleurs immigrés. Ce projet, qui devait s’étaler sur 5 ans, fut contrecarré, notamment grâce aux protestations des églises.

Claude Guéant

30 ans après ce fâcheux précédent, peut-on continuer à qualifier les immigrés de surnuméraires?

Le tableau ci-dessus (Insee 2009), dans lequel figurent les  taux d’emploi de la population  (actifs occupés/population en âge de travailler), ne permet pas de dénigrer l’apport économique des hommes immigrés :

  • 55,1% des  immigrés non européens occupent un emploi, contre 56,6% pour le reste de la population.
  • Parmi les immigrés, les non européens ont un taux d’emploi supérieur aux européens.
  • Le taux d’emploi de tous les immigrés n’est inférieur que de 3 points à celui de la population non immigrée.
Il est curieux que les pouvoirs publics,  toujours prompts à  s’appuyer sur les statistiques du taux d’emploi, n’en tiennent plus compte  dès lors qu’il est question d’immigration.

DG

Les emplois publics restent la chasse gardée des natifs

Dans les pays industrialisés, être immigré et étranger divise par un peu plus de deux la probabilité d’occuper un emploi public, relativement au reste de la population.

La France est l’un des pays les plus restrictifs dans ce domaine.

Ce résultat, tiré  d’une enquête de l’OCDE, est d’autant plus significatif qu’il concerne les immigrés qui résident depuis plus de dix ans dans le pays d’accueil.

La sous-représentation des non natifs s’explique par l’existence de restrictions légales (interdiction d’embaucher des étrangers pour certains emplois)  et d’exigences en termes de qualification.

Il existe également un effet d’inertie. En effet, les carrières débutent  tôt dans la fonction publique, de sorte que les étrangers qui ont démarré dans le privé y demeureront une fois naturalisés.

Cependant, la naturalisation améliore sensiblement la probabilité d’accéder à l’emploi public.

Au Luxembourg, en France et en Espagne, on peut même parler de prime à la naturalisation, pour celles et ceux qui réussissent dans cette démarche.

La Suède est un cas exceptionnel: étranger ou non, chacun a la même probabilité d’accéder à la fonction publique.

Dans ce pays, l’emploi public est un outil de cohésion sociale et non pas l’un des signes distinctifs de la citoyenneté et du fait d’être né quelque part.

DG

Le modèle français d’intégration passé au crible

MIPEX (2010): comparaison entre la France et lUnion Européenne-NB: les points non légendés correspondent au score global.

L’intégration des migrants est un thème qui déclenche de plus en plus souvent des réactions  crispées.

Comme beaucoup de français ont un rapport livresque à l’altérité,  ils se construisent un âge d’or (le modèle mythique des trente glorieuses) et montent en épingle tout ce qui se colporte sur l’échec de l’intégration.

Heureusement pour nous, il existe un outil d’évaluation et de comparaison: le MIPEX.

Le Migrant Integration Policy  Index, cofinancé par l’UE, note la qualité de l’environnement juridique à destination des migrants dans 6 domaines: l’accès à l’emploi, la participation politique, l’accès à la nationalité, le droit au regroupement familial, la durée de séjour, l’éducation et la législation anti-discrimination.

L’édition 2010, troisième du genre, classe la France au 15ième rang sur un échantillon de 31 pays. La Suède, le Portugal et le Canada sont en tête de classement. Les Etats-Unis sont en 9ème position. L’Allemagne et le Royaume-Uni, quant à eux, partagent la 12ème place (Association Jean Monnet).

Pas de quoi sonner le tocsin, mais pas de quoi pavoiser non plus. Le rapport juge la situation française à moitié favorable.

Pour entrer dans les détails, jetons un oeil sur le radar  couleur cocarde.

  • Points forts: l’accès à la nationalité et la lutte contre les discriminations. Rien de neuf en ce qui concerne le droit du sol,  né avec la IIIième République. Le dernier rapport du Haut Conseil à l’Intégration montre que l’accession des enfants d’immigrés à la nationalité française incite leurs parents à demander leur naturalisation.  En revanche, la reconnaissance des discriminations à l’embauche ou à l’accès au logement remonte ‘à 2003. Il n’est jamais trop tard pour (très) bien faire. Ajoutons qu’en dépit du refus d’accorder le droit de vote aux étrangers, la participation politique est identique à la moyenne européenne, notamment grâce à la reconnaissance du droit d’association aux étrangers (1981).
  • Points faibles: ratage groupé sur l’accès à l’emploi, l’éducation, les titres de séjour et le regroupement familial. Par exemple, 30% des emplois sont interdits aux étrangers, depuis 2004 les non européens ne sont plus éligibles aux conseils de Prud’hommes ainsi qu’aux Chambres de commerce et d’industrie, l’éducation nationale ne fait pas assez d’effort pour s’adapter aux néo-arrivants et les conditions de séjour pour les immigrés et leur famille sont de plus en plus drastiques, opaques et tracassières. Le rapport regrette l’accumulation des lois restrictives (5 en 7 ans).

Ailleurs en Europe, la participation des immigrés à la vie économique et sociale est mieux assurée mais les portes de la cité sont relativement fermées et la protection contre les discriminations moins avancée. Les immigrés sont acceptés mais renvoyés à leur communauté d’origine.

En France, la citoyenneté est plus ouverte et l’on proclame haut et fort l’égalité de principe. Dans le même temps, les pouvoirs publics dégradent par eux-mêmes les conditions d’une bonne intégration.

Universalisme abstrait quand tu nous tiens…

Pour mettre un terme à cette contradiction, il n’y a que deux solutions: soit faire marche arrière sur l’égalité de traitement (quelques uns caressent cette idée), soit tenir nos promesses dans le domaine  de  l’égalité économique et sociale.

Dans son incohérence, le modèle français est singulier.

A moins qu’il ne s’agisse d’une stratégie subtile pour transmettre aux immigrés cette passion égalitaire qui ajoute tant de sel à notre démocratie.

DG

L’immigration imaginaire

En 2007, deux politologues britanniques ont montré qu’il existe en Europe une forte  tendance  à surestimer le nombre d’immigrés.

Leurs sondages indiquent que les Français évaluent la proportion d’immigrés à 27% de la population, alors que seulement un dixième de la population est né étranger à l’étranger.

Dans les têtes, on s’imagine donc que la France est la troisième terre d’accueil des immigrés en Europe, alors qu’elle se place au 10ième rang, sur un échantillon de 20 pays.

  Au Portugal et  en Italie également, on voit  double ou triple.

Comment expliquer une telle erreur de perception?

La confusion entre descendants d’immigrés, immigrés et étrangers est-elle le produit d’un manque d’information, d’une sensation d’invasion?

Est-ce le signe que l’intégration échoue ou bien, au contraire, le symptôme d’une intégration qui  se poursuit, au risque d’en déranger certains?

Les auteurs montrent que le biais cognitif est fréquent dans les pays rétifs au multiculturalisme, lorsque les immigrés ont des pratiques culturelles très spécifiques et viennent du continent africain. Le degré d' »anxiété économique » du pays hôte  ne jouerait qu’un rôle secondaire.

On aimerait savoir si les anciennes puissance coloniales sont  plus sujettes que d’autres pays à ce type de jugement et si la tertiarisation de l’emploi et la concentration géographique des immigrés vont dans le sens d’une plus forte visibilité de ces derniers.

DG

Trop d’immigrés non qualifiés en France?

Où que se porte le regard, nulle immigration massive et sous-qualifiée ne submerge la France.

Ailleurs en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis, la  proportion de jeunes immigrés dans la population active a  grimpé en flèche car les employeurs ont recruté massivement cette catégorie de main d’oeuvre.

Rien de tel en France.

Qu’ils aient 60, 40 ou 25 ans, les actifs nés à l’étranger représentent une proportion à peu près stable de la population active (un peu moins de 20% en 2000).

Quelques esprits volontaristes souhaitent que la France sélectionne méticuleusement ses migrants, à l’instar du Canada, de la  Nouvelle-Zélande et de l’ Australie.

Est-il vraiment nécessaire que nous nous inspirions de tels exemples?

Le passé migratoire de ces pays diffère considérablement du notre.

En effet, au Canada et en Australie, la proportion d’immigrés de plus de 65 ans dans la population active est deux fois plus importante qu’en France. C’est la trace des migrations  du début du XXième siècle, qui  furent autrement plus massives que chez nous.

Et pourquoi diantre s’affoler puisque la proportion de jeunes migrants peu qualifiés en France est identique à celle de l’ Australie et du Canada?

DG

En France, 30% des immigrants sont français

Nombre d'immigrants pour 1000 habitants (2008)

En 2008,  217 000 personnes ont quitté leur pays de résidence habituelle pour s’installer en France, ce qui  place notre pays  loin derrière l’Italie (535 000), le Royaume-Uni (590 000), l’Allemagne (682 000) et l’Espagne (726 000).

D’après Eurostat, le ratio d’immigrants pour 1000 habitants situe la France au 18ième rang parmi les  27 pays de l’Union européenne.

La France semble privilégier une immigration de proximité et laisse  aux autres le soin d’accueillir les migrants extra-européens (89 000 contre 237 000 en Allemagne et 489 000 en Espagne).

Par conséquent, sur 100 migrants qui s’installent dans l’hexagone, on compte 30 français. En Allemagne ou au Royaume-Uni, la proportion de nationaux qui s’en retournent après avoir migré est deux fois plus faible.

Craint-on d’ouvrir les fenêtres à des personnes originaires de pays trop peu développés? Que l’on se rassure, Eurostat indique que seuls 6% des immigrants extra-européens proviennent d’un pays à faible indicateur de développement humain.

Il est intéressant de constater que  les Français sillonnent allègrement  l’espace européen dont ils redoutent, parfois, les courants d’air.

En effet, il existe autant de français qui migrent vers leur pays que de compatriotes qui s’installent vers une autre destination de l’UE.

Au total, les 126 000 compatriotes migrants sont deux fois plus nombreux que leurs homologues espagnols et dépassent de peu les Italiens.

DG

 

Immigration et âge de départ à la retraite

Vous l’avez sans doute remarqué, l’air du temps est à l’allongement de la durée de travail pour financer les retraites par répartition.

Tout cela est bel et bon, mais par quel truchement y parvenir?

Faut-il utiliser une loi ou bien des incitations individuelles?

C’est là que les petits économistes précis interviennent.

EKrame Boubtane (Revue économique) vient de publier un modèle dans lequel les actifs les plus qualifiés choisissent  le moment de leur départ en retraite en fonction de la prime à la qualification qu’ils reçoivent (écart positif de salaire par rapport aux non qualifiés). Si l’Etat souhaite qu’ils travaillent plus longtemps, il doit s’arranger pour que cette prime augmente. Comme dirait l’autre, gagner plus pour travailler plus.

A partir de là, l’auteur élabore un scénario d’ouverture des frontières à l’immigration non qualifiée. Pourquoi? Parce que l’opération augmente la rareté relative des plus qualifiés et ce faisant leur salaire.

Et l’auteur de montrer qu’une politique migratoire  assouplie et moins sélective permettrait de contribuer doublement au financement des retraites: les immigrés  cotisent  une fois par leur travail et une seconde fois parce que,  moins qualifiés que la moyenne des autres actifs, ils contribuent à inciter les plus qualifiés à travailler plus longtemps et à côtiser plus. Toutefois, l’auteur se veut prudent puisque, avec les temps, les migrants et leurs descendants devraient améliorer leur degré de qualification.

Il y a quelque chose de « rigolo » dans ce résultat, lorsqu’on le compare aux orientations du gouvernement français.

Mais ce qui est plus lugubre, à mes yeux, c’est de compter sur le développement des inégalités salariales pour redonner des couleurs au système de retraite par répartition. Il est vrai qu’à l’âge néolibéral, la perspective que les plus qualifiés aient seuls accès à un système de retraite « à la carte » semble promise à un bel avenir.

DG

Immigration et productivité

Contrairement à l’opinion courante, la France n’est pas exposée plus intensément que les autres pays aux courants migratoires.

En effet, jusqu’en 1985 la proportion d’immigrés dans la population totale française se situait au dessus de la moyenne des pays industrialisés. Or ce n’est plus le cas*.

Et si la France payait ce (très) relatif isolement par un déficit de productivité?

C’est à ce genre d’interrogation que l’étude de Mariya Aleksynska et Ahmed Tritah apporte un début de réponse.

A partir de données concernant 25 pays de l’OCDE entre 1950 et 2005, les auteurs montrent qu’un supplément de population immigrée se traduit par une amélioration de l’efficacité productive (estimée par un gain de productivité globale des facteurs**)

Pourquoi donc? On aborde là une question de plus en plus traitée par les économistes et qui tourne autour des effets économiques de la diversité***.

Les auteurs s’appuient en particulier les travaux d’Edward Lazear, économiste qui voit dans le brassage des populations un moyen de multiplier les occasions fructueuses d’interactions et d’échange (la diversité offre l’opportunité d’associer des compétences complémentaires). D’autres auteurs insistent sur la mobilité professionnelle et géographique particulièrement importante des migrants.

Ce travail indique également que les flux de main d’oeuvre immigrée n’ont aucun effet sur les taux d’emploi dans les pays de l’OCDE, ce qui signifie que les emplois occupés par les nouveaux entrants ont plus tendance à s’ajouter à ceux des natifs qu’à s’y substituer.

*En 2005, 11% de la population française est constituée d’immigrés, soit moins que la moyenne de l’OCDE (17%). La Suède, l’Espagne et les Etats-Unis dépassent la France de ce point de vue.

**Une augmentation de la population immigrée de 1% est associée à une hausse de la PGF de 0,13% (0,096% en tenant compte de la causalité inverse: les immigrés se dirigent plutôt vers les pays à fort dynamisme).

*** Pierre Cahuc et Denis Fougère proposent une brève revue de ces travaux(ici).

Mariya Aleksynska, Ahmed Tritah, « Immigration et productivité dans les pays de l’OCDE« , Revue Economique, vol. 61, n°3, mars 2010. Accessible (en anglais) ici.

 

DG

Les immigrés sont-ils trop peu qualifiés?

Dans un précédent billet nous avons mentionné le projet libéral de constitution d’un « marché des migrants » . Cette formule permettrait, selon l’économiste Gary Becker,  de sélectionner les « meilleurs » impétrants au moindre coût.

L’aimable « tri »  que l’on nous propose se double d’un bénéfice en termes de contrôle social: »Think of the advantages: young, skilled people who want to come, who are concerned about their children’s future, who are interested in freedom and family members » (*).

Dans notre pays également, la sélection des immigrés a ses défenseurs, surtout depuis l’élection de Nicolas Sarkozy.

Que disent les statistiques? Sur 100 migrants qui entrent en France, moins de 20 possèdent un diplôme universitaire, contre 38 au Canada ou 43 en Australie. La France attire une majorité de personnes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires (55%) alors que cette proportion n’est que de 40% en Grande Bretagne et aux Etats-Unis.

Or il suffit de s’arrêter un moment sur ces données issues d’une recherche récente de l’OCDE (**) pour revisiter l’idée que la France « sous-sélectionnerait » ses immigrés.

Dis moi qui émigre chez toi et je te dirai…

Une comparaison internationale démontre l’existence d’une tendance lourde: la proportion de migrants très qualifiés gravite autour de celle des natifs du pays d’accueil (Timothy Hatton 2007).

La France n’y déroge pas: 18,1% des migrants sont titulaires d’un diplome universitaire, soit un taux similaire à celui des natifs (16,9%). Aux Etats-Unis, les proportions sont également très proches (respectivement 25,9 et 26,9%).

L’Australie est bien plus sélective mais c’est aussi le pays de l’échantillon  dans lequel la proportion des natifs  qui poussent leurs études jusqu’à l’université est la plus élevée (38,6%).

Accueillons nous trop d’immigrés peu qualifiés?

En « valeur absolue » ce n’est pas faux: 54,8% n’ont pas de diplômes secondaires (contre 45,8% pour les natifs). De ce fait, le profil des migrants est identique à celui que l’on observe en Espagne, pays dans lequel 64% de la population n’a pas de diplôme secondaire.

Mais pensons en termes plus relatifs et comparons l’intensité en qualification des flux migratoires à celle des personnes nées sur place.

En France,  pour un migrant très qualifié, on observe trois non qualifiés (54,8/18,1). Ce rapport est de 2,7 en ce qui concerne les natifs .

Un écart existe, mais il est modeste (10%).

Malgré tout, est-ce préjudiciable à notre économie?

Pas forcément car lorsque la France « importe » relativement plus de non qualifiés qu’elle n’en « produit », elle se conforme à la théorie standard qui recommande à chaque pays d’ importer directement ou indirectement (par le commerce) le facteur de production qu’il possède en moindre abondance (pour les pays industriels, il s’agit de la main d’oeuvre non qualifiée).

La majorité des  pays riches (dont les Etats-Unis) suivent cette « loi », ce qui renvoie le  Canada ou le Royaume-Uni, pays qui accueillent des flux plus qualifiés que les natifs, au statut d’exception.

La France est dans une situation intermédiaire

D’un côté, elle n’accueille pas plus d’immigrés non qualifiés que les autres pays industrialisés qui importent de préférence cette catégorie de personnes, d’un autre côté, elle ne les « sur-sélectionne » pas non plus.

Voulons nous une population active et une immigration mieux formée? Dans ce cas, respectons le sens de la causalité et  inspirons nous des Etats-Unis, de la Suède ou du Danemark, pays dans lesquels la forte diffusion des études universitaires au sein de la population se répercute in fine sur la croissance économique, l’emploi…et le  profil des migrants.

En économie, ce genre de synergie s’appelle un jeu à somme positive.

D. G

(*) Au nom de ces mêmes valeurs, le Gouvernement américain encourage l’accession des ménages modestes à la propriété en garantissant les crédits immobiliers qu’ils contractent.

(**) Personnes de plus de 15 ans en 2001. Tous les chiffres sont visibles dans le tableau de Hatton (2007).

Immigration et chômage

La tentation est grande de préconiser l’arrêt des flux migratoires en période d’envolée du chômage. Est-on pour autant autorisé à affirmer que l’immigration est une des causes principales du sous emploi? Certains continuent à le prétendre, sans que l’on prenne le temps de leur apporter la contradiction.

C’est le cas  de Gerard Pince  qui se flatte d’avoir réalisé un genre d' »audit » qui le conduit à proposer l’éloignement d’un demi million d’immigrés (non européens) afin de ramener le taux de chômage à 4%, comme aux riches heures de l’entre-deux guerres. Puisqu’il n’est pas en lui de savoir se gêner Mr Pince n’hésite pas à juger que les arguments « immigrationnistes ont définitivement perdu leur pertinence« . La réalité est, à l’évidence, beaucoup plus complexe et même totalement différente.

Le plus souvent, les immigrés sont distancés par les autochtones sur le marché du travail.

Les autochtones pâtissent de l’entrée de travailleurs nés à l’étranger si la compétitivité de ces derniers est supérieure  (salaires plus bas et/ou meilleures compétences). Or il est rare qu’un travailleur immigré bénéficie d’une telle avance.  Cette situation ne se rencontre, à notre connaissance, qu’ en Hongrie et en Italie. Dans ces deux pays, la probabilité de trouver un emploi est deux fois plus forte pour un immigré que pour un local. Ailleurs les locaux bénéficient d’une « prime à l’embauche » qui peut atteindre des niveaux considérables comme c’est le cas en Belgique, au Danemark ou aux Pays-Bas. Dans ce dernier pays, le taux de chômage moyen des immigrés est deux fois et demi plus elevé que la moyenne des locaux.

La France est dans une situation intermédiaire, proche de  celle du Royaume-Uni ou de l’Allemagne, avec un  sur-chômage des immigrés de l’ordre de plus 50%.  Ceci explique que depuis 1990  l’emploi occupé par les immigrés n’a progressé que de 5%, soit deux fois moins vite que l’emploi total.

Le « surchômage » des immigrés relève partiellement de caractéristiques individuelles (barrière de la langue,  âge, qualification…).  Un travail  récent souligne le rôle  des modifications de la structure de l’emploi et le manque de mobilité géographique des immigrés:

« Historiquement les vagues d’immigration de travail dans notre pays ont toujours eu pour vocation d’occuper un emploi sans contact avec la clientèle : bâtiment, cuisines de restauration, chaînes de montage de l’industrie automobile, ramassage des ordures ménagères, travaux agricoles. Un changement brutal se serait opéré dans les années 80 où la proportion d’emplois sans contact a baissé rapidement  » (Bouvard et alii « Géographie du chômage des personnes d’origine africaine : une discrimination vis-à-vis des emplois en contact avec la clientèle »,2009).

 

Pour des raisons qui tiennent en partie à la réticence d’un trop grand nombre d’ employeurs privés, les immigrés sont sous représentés dans les emplois « de contact » (hôtellerie, restauration…). Il est d’ailleurs fréquent qu’ils se mettent à leur compte pour exercer ces activités. A la discrimination à l’embauche s’ajoutent les difficultés qu’ils rencontrent pour quitter les grands centres urbains et rejoindre les zones moins denses où se situent de plus en plus  les emplois de service (on évoque en particulier la difficulté à trouver une place en HLM en dehors de sa commune ou de son département).

Les obstacles spécifiques que rencontrent les immigrés sur le marché du travail  peuvent expliquer la proportion importante d’inactifs parmi les personnes en âge de travailler. On pense ici aux  femmes dont le taux de chômage est deux fois supérieur à celui des femmes non immigrées.

Quand l’immigration encourage l’emploi non qualifié

La France est l’un des pays industrialisés qui reçoit le plus d’immigrants à faible qualification. A priori, on peut craindre que ces flux occasionnent un effet négatif sur l’emploi et les salaires des ouvriers et employés autochtones les moins qualifiés. Il s’agit d’un coût direct de l’immigration, rapide et socialement douloureux. Toutefois il existe des retombées positives, moins visibles mais tout aussi réelles (cf Bernard Girard 2004). 

On peut repérer trois effets indirects. Le premier   réside dans les dépenses des immigrants et de leurs familles qui, le plus souvent, procèdent à des achats de biens et services riches en main d’oeuvre non qualifiés(alimentation, produits manufacturés peu couteux…). Le second effet concerne les entreprises qui embauchent de la main d’oeuvre peu qualifiée et qui pourraient être  tentées de la remplacer par des équipements pour affronter l’intensification de la concurrence ou contourner une pénurie de personnel. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le secteur tertiaire américain, pays de forte immigration, est beaucoup plus créateur d’emplois qu’en France.  Enfin, on constate aisément  que les immigrés maintiennent et développent des activités délaissées par les Français (commerce de proximité en particulier) et créatrices d’emplois. 

Et pourtant ils consomment….

 

Les immigrés ne sont pas tous producteurs (leur impact positif sur le PIB français a été calculé par l’INSEE, voir ici) mais ils sont tous consommateurs. Leur départ équivaudrait à un choc de demande négatif dont il existe des précédents.

C’est ce que les habitants de  Montbéliard ont pu vérifier au milieu des années quatre-vingts lorsque plus de 5 % de la population disparut suite au départ de très nombreux immigrés. Le résultat fut tout aussi rapide que désastreux :

 « Le nombre de logements vides s’accroît, les organismes HLM ont près de 3 000 logements vacants. Si le départ des immigrés n’est pas la seule cause, le secteur du bâtiment et des travaux publics perd 1 000 emplois en 5 ans (…)  Une enquête auprès des commerçants réalisée par des élèves du collège des Buis à Valentigney conclut à de très fortes baisses de chiffre d’affaires dans les supermarchés, boulangeries, boucheries, bureaux de tabac, pressing…Les moyens financiers des communes sont touchés par la diminution de la taxe d’habitation et de la dotation générale de fonctionnement, toutes deux liées au nombre d’habitants. Au total, les effets sont très négatifs pour l’économie de la région.  » (Lu dans le compte rendu d’un rapport très intéressant du CERC)

Ce risque existe-il au niveau national? Bien plus que ne le pense notre Pince. Consultons l’économiste américain Julian Simon (un de ses ouvrages est consultable ici. Selon lui, l’immigration se traduit par un gain net en termes d’emplois si la consommation relative des immigrés (par rapport aux non immigrés) est plus forte que leur probabilité relative d’occuper un emploi.

En reprenant les chiffres fournis par  Mr Pince , on  découvre que c’est bien le cas en ce qui concerne les immigrés extra-européens, ceux-la même qu’il souhaite voir partir en nombre (Leur consommation représente 77% de celle des français de souche tandis que leur chance de trouver un emploi atteint 75% de celle des français).

Le résultat est opposé en ce qui concerne les immigrés européens (mais Mr Pince n’a rien contre eux, ouf)

Les économistes ne nient que l’entrée massive de travailleurs immigrés puissent pénaliser temporairement l’emploi, mais ils démontrent qu’à moyen terme cette offre de travail supplémentaire suscite une demande nouvelle qui compense voire excède les pertes initiales.

Il est curieux d’observer à quel point des partisans de « la loi de Say » (politique de l’offre) oublient leur précepte dès qu’il est question du lien immigration-emploi. Pourquoi s’entêter dans la voie du malthusianisme au moyen de pré-retraites,  de la diminution du temps de travail ou de la diminution artificielle de la population active (moins de femmes, d’immigrés etc…)?  Reste à imaginer d’autres pistes plus percutantes, plus fructueuses…et conformes à nos traditions politiques.

Délocalisations, productivité et immigration

 Le Président de la République vient d’évoquer le projet d’une prime aux entreprises qui relocalisent dans l’hexagone.  Le Ministre chargé de « l’Identité Nationale »  s’ingénie quant à lui à éloigner le maximum d’étrangers « sans papiers » en raison des difficultés du marché du travail. Dans ce concert de pessimisme les économistes qui envisagent la mondialisation sous un autre jour et voient dans les délocalisations comme l’immigration un signe de vitalité industrielle ont bien du mal à se faire entendre. G. Navaretti, G. Bertola et A. Sembenelli font partie de ces individus singuliers.

 Leur  papier  de décembre 2008 (à compléter par ceci) attire  l’attention sur deux phénomènes empiriques:

  •  Les entreprises italiennes qui délocalisent le plus intensément dans les pays à bas salaires un segment de production riche en main d’oeuvre sont  à la fois les plus grandes (en termes de chiffre d’affaires) et les plus productives.
  • Elles préfèrent cette stratégie à l’embauche d’une main d’oeuvre immigrée, ce  qui est  pratiqué plutôt par les firmes les moins efficaces.

On sait que l’exportation  est  réservée à un club restreint de firmes, il en va de même pour  la délocalisation qui est l’apanage de quelques happy few. Cette opération entraine des coûts irréversibles (coûts fixes) qui constituent une barrière à l’entrée pour les firmes les moins efficaces de sorte que la délocalisation d’un segment de production intensif en main d’oeuvre (par exemple l’assemblage) concerne moins d’entreprises qu’on ne le pense. Les auteurs en déduisent que  revitaliser  la productivité des secteurs concurrencés par les importations ne freinera pas les délocalisations bien au contraire et que chercher à freiner l’offshoring poussera les entreprises à embaucher plus de salariés immigrés, du moins tant qu’elles ont à affronter la concurrence des pays émergents.

Risquons un commentaire:  il est fort possible que la politique d »‘immigration choisie » (celle qui sélectionne les salariés étrangers riches en capital humain) débouche sur une accélération des délocalisations puisque tout ce qui accroît la bonne santé des firmes les plus efficaces, et un vivier de salariés qualifiés supplémentaire y contribue, rend la délocalisation plus facile. Les entreprises performantes y gagneraient également en flexilité puisque la progression des ventes consécutive à une délocalisation réussie entraînera une demande nouvelle de salariés qualifés qu’il sera désormais plus aisé de satisfaire.

DG