Le FMI, plus haut et plus fort que le rapport Gallois

Comme par hasard, le FMI rend public un avis sur la compétitivité française, le jour où Louis Gallois remet son rapport au chef du Gouvernement.

Les préconisations de Madame Lagarde ont ceci d’amusant qu’elles feraient presque passer  Monsieur Gallois pour un gauchiste.

Pêle-mêle on y trouve une injonction à ralentir les hausses de salaires, à déréguler la législation sur les horaires de travail, à revoir les allocations chômage (quand la situation économique sera plus favorable), à travailler plus vieux ainsi qu’à transférer l’assiette  des cotisations patronales  sur les importations, via la TVA (curieux pour une institution qui a pour mission de faciliter le commerce).  Les amis de la rente sont ainsi faits.  N’ayant jamais rencontré le social, ils en déduisent qu’il n’existe pas. Monsieur Gallois, avec son refus de copier in extenso le modèle allemand ( il convient néanmoins de préciser que les activités de services ont été largement dérégulées ; elles offrent des salaires très bas qui participent à la compétitivité globale mais seraient, à juste titre, jugés inacceptables en France), son appel à taxer les rachats d’actions et sa critique de l’euro fort, fait figure d’archange de la modération.

Le dernier mot revient aux affreux jojos du FMI: La mission tient à remercier les autorités françaises pour leur accueil, leur disponibilité, la qualité des analyses qu’elles ont apportées et pour leur franchise dans les discussions.

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Le retour des contrôles de capitaux?

Depuis trois ans, de nombreux pays émergents ont pris des mesures afin de contre-carrer l’entrée massive de capitaux fluctuants dans leur économie.

Toute la panoplie des contrôles aux frontières a été utilisée par le Chili, la Corée du Sud, l’Indonésie, le Brésil ou la Colombie pour freiner les emprunts étrangers de leur secteur privé et empêcher l’appréciation de leur monnaie.

Aujourd’hui, beaucoup d’économistes soutiennent ces interventions, qu’il s’agisse des économistes atterrés (c’est leur proposition n°2 pour réformer la finance internationale) ou des 250 signataires d’un appel auprès de  l’administration américaine. Ces derniers ont été rejoints par quelques représentants du courant libéral.

Le revirement d’un  Jadish Bagwathi,  opposé aux contrôles des capitaux lors de la crise asiatique de 1997,  et celui du FMI, qui légitime pour le première fois des interventions ponctuelles et modérées, fait dire à Dani Rodrick que nous vivons la fin d’une époque (en cherchant bien, on découvre que dès 1999 un économiste de l’OMC hésitait à  assimiler le protectionnisme financier aux obstacles à l’échange de produits).

Ne rêvons pas.

Nous assistons seulement à la timide dépénalisation des contrôles de capitaux, tolérés tant qu’ils  sont ponctuels.

Au mieux,  le FMI proposera-t-il d’encadrer ces pratiques de plus en plus fréquentes. Il dit y réfléchir, mais cela les légitimerait.

Plus fondamentalement, les économistes du FMI voient dans la forte appréciation de certaines monnaies du Sud une sorte de dégât collatéral provoqué, entre autres,  par le mercantilisme chinois.

Soucieuse de préserver sa compétitivité, la Chine empêcherait la réévaluation de sa monnaie, laissant à d’autres pays le soin de s’ajuster à l’afflux de capitaux en provenance des pays industrialisés.

Comme au FMI, on ne veut pas faire le deuil d’un fonctionnement plus libre du marché des changes, il n’est pas question d’encenser le moindre contrôle qui, selon cette optique libérale, nous éloignerait encore plus de la solution.

DG

Le FMI dépénalise l’inflation

Timbre allemand des années d’hyperinflation.

Olivier Blanchard (Directeur des études au FMI) soulève bien des protestations depuis la parution de son article, le 12 février dernier, dans lequel il recommande aux Etats de procéder à une révision de leur politique macroéconomique.

L’économiste préconise un peu plus de souplesse en matière monétaire et budgétaire afin que ces derniers soient en mesure de mieux combattre les récessions futures, tout en maîtrisant la spirale de la dette publique.

A l’heure où la crainte d’une spéculation sur les titres de dette publique conduit certains Gouvernements à une rigueur incongrue en matière de protection sociale cet article n’est pas sans intérêt (lire par exemple les récents propos de Fréderic Lordon).

Olivier Blanchard souhaite libérer la politique monétaire du carcan que lui impose, à ses yeux, l’objectif d’une inflation très faible (inférieure à 2% par an).

Tout d’abord, une inflation plus forte est associée à des taux d’intérêt plus élevés, que l’on pourra abaisser en temps voulu. Ensuite, ceci limite le risque de déflation, situation qui se répercuterait automatiquement sur le coup réel de l’endettement. Enfin, un supplément d’inflation permet d’abaisser le taux d’intéret réel plancher.

En effet, sachant que les taux d’intérêt réels correspondent aux taux d’intérêt nominaux défalqués de l’inflation, on comprend que dans le meilleur des cas, c’est-à-dire lorsque les Banques Centrales abaissent leurs taux nominaux à 0%, le taux d’intérêt réel ne peut être inférieur à l’opposé du taux d’inflation.  

En permettant que l’inflation flirte avec un rythme de 4%, on pourrait parvenir à des taux réels négatifs de -4%, contre -2% actuellement en Europe.

Lâcher un petit peu la bride à l’inflation aurait donc l’avantage, si l’on regarde les choses le long du cycle conjoncturel, de renforcer l’impact de la politique monétaire et d’atténuer les effets de la crise sur l’activité et l’emploi. Par suite, le budget de l’Etat n’aurait plus à supporter toutes les retombées de la récession et la dette publique ne s’envolerait pas autant qu’aujourd’hui.

Comme de bien entendu, les Présidents de la FED et de la BCE s’opposent sans réserve à cette préconisation.

Ce n’est pas très surprenant côté européen mais on s’interroge sur la réaction de Ben Bernanke qui évoque lui aussi le risque d’une inflation hors contrôle. C’est curieux car on peut lire ceci dans son manuel d’économie: « Bien qu’il existe quelques désaccords relatifs aux effets d’un taux d’inflation disons, de 5% par an, très peu d’économistes affirmeraient; qu’un taux d’inflation de 50 ou de 100% serait sans effets sur les performances de l’économie » (Principes d’économie, 2009). Or c’est de 4% qu’il s’agit selon Olivier Blanchard et non de 5.

Comment expliquer une telle levée de bouclier? Après tout Olivier Blanchard est un keynésien bien tempéré et son objectif est de contenir la dette publique.

Sans doute parce que les marchés financiers ne goûtent guère la perspective d’un regain, même modéré, de l’inflation, qui pourrait aider les Etats à réduire le ratio dette publique/pib au détriment des épargnants (l’horrible « planche à billets« )

Sans doute aussi parce le dogme de l’inflation la plus faible possible a la vie dure (Hayek fait toujours des émules) et qu’il n’est pas très agréable aux pouvoirs publics de s’entendre suggérer qu’ils auraient pu faire bien plus (et bien mieux) dans la séquence récessive que nous connaissons.

D. G

Pour aller plus loin on peut lire ce papier de J. Aizenman et N. Marion: « Utiliser l’inflation pour atténuer le déficit public des Etats-Unis » (en anglais) et sa critique ici.