Quand les riches prêtent aux autres pour qu’ils continuent à consommer

Non, je n’ai pas rêvé.

Ce sont bien deux économistes du FMI (Michal Kumhof et Romain Rancière) qui appellent à « renforcer directement le pouvoir des travailleurs » et à relever la fiscalité progressive sur le revenu afin de réduire l’endettement intérieur et extérieur des pays riches, qui est à la source des déséquilibres financiers actuels.

On trouve ici un résumé de leur papier et là un podcast en français, intitulé Qui dit inégalité, dit endettement.

Résumons leur thèse: lorsque les 5% les plus riches récupèrent une part croissante du revenu global, le reste de la population s’endette afin de maintenir son niveau de consommation. Il apparaît alors une demande supplémentaire de crédit qui rencontre un écho auprès des classes aisées  qui prêtent volontiers aux plus modestes, via le système financier.

Les pouvoir publics, qui cherchent à soulager l’endettement des strates modestes, aggravent le mal en allégeant le coût du crédit (libéralisation des entrées de capitaux, déreglementation du secteur bancaire, cautions publiques données aux crédits à risque)… ce qui relance l’endettement des ménages et pousse les  riches à prêter encore plus, au risque de délaisser des placements productifs qui relanceraient l’emploi et le niveau de vie général.

Tout ceci correspond assez bien au scénario de la crise des subprimes aux Etats-Unis.

DG

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La Règle d’or est une servitude volontaire

C’est tout de même étrange cette manie qu’ont les Etats européens de chercher fébrilement la confiance des marchés financiers.

Que la France ait accepté d’inscrire la règle d’or budgétaire dans sa Constitution,  sans réelle contrepartie de la part de l’Allemagne, laisse un peu songeur.

Pourquoi n’a-t-elle pas pris appui sur les exportateurs allemands, qui réclament la création d’obligations publiques communes à la zone euro?

Il entre certainement  dans cette décision un zeste d’égoïsme.

Après tout, la France paie des taux d’intérêt très bas sur sa dette publique et ne souhaite pas leur substituer ceux d’éventuels bons européens.

Et puis, mutualiser les emprunts reviendrait à opérer un transfert de richesse des pays les plus crédibles vers les autres.

Or, la Grande Nation n’est pas d’humeur généreuse. Elle se targue même de retrancher quelques fonds européens structurels aux pays qui ne rétabliraient pas leurs comptes publics.

Mais il y a peut-être plus.

Paul Krugman souligne que les marchés financiers regardent un peu de travers les pays qui ont perdu leur souveraineté monétaire car ces derniers sont dépourvus du prêteur en dernier ressort, leur banque centrale, qui pourrait actionner  la planche à billets en temps voulu.

Pour cette raison, à dette équivalente, un pays de la zone euro devra faire plus d’efforts qu’un autre pour obtenir la confiance des marchés auprès desquels il a placé une part de sa dette.

Par exemple, Krugman oppose la situation de  l’Italie (taux d’intérêt élevés)  à celle du Japon (taux très faibles).

Et c’est ainsi que l’euro  place spontanément les Etats membres  sous la surveillance particulière  des marchés et que nous sommes entraînés dans une course (sans fin?) à la crédibilité.

DG