Malthusianisme nimby

L’arrivée du sept milliardième humain n’a pas suscité de vague d’allégresse universelle.

Craindrions nous d’être trop nombreux au grand banquet de la Nature?

Oui, mais pas tout à fait.

Une enquête révèle que la majorité des habitants des Pays-Bas  souhaitent voir la population diminuer partout…sauf à côté de chez eux.

Voici les résultats, tels qu’ils sont présentés par les économistes Ken Henkens et Hendrick P. Van Dalen:

Les néerlandais manifestent une très nette préférence pour la décroissance de la population mondiale  (51% contre 2,5% de l’opinion contraire). En revanche, pas touche à mon pays ou à mon lieu de résidence. Dans ce cas, ils optent pour le statu-quo et les partisans d’une moindre population sont peu nombreux.

Pourquoi ce malthusianisme  à la carte?

Selon les auteurs, les individus perçoivent d’autant mieux les inconvénients d’une population sur le déclin que leur environnement immédiat est concerné.

On veut bien réduire les bouches à nourrir, mais qu’un seul voisin vous manque et tout se dépeuple.

Le comportement des néerlandais peut s’interpréter comme une variété  du syndrome nimby (not in my back yard=pas dans mon jardin).

En bons resquilleurs, ils reportent sur les étrangers l’effort de restriction démographique pour en retirer à moindre frais les éventuelles retombées positives (moins de pollution, de nuisances,  bla bla).

Il existe une autre explication.

Les auteurs montrent que plus les individus se font une opinion négative de l’immigration, plus ils souhaitent la diminution des populations étrangères.

Aimable perspective dont Coluche aurait fait, certainement,  un sketch.

DG

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Todd a dit: la démographie sépare définitivement l’Allemagne de la France

J’écoutais ce matin  l’interview radio d’Emmanuel Todd  par Frédéric Bonnaud (04/08/11).

A chaque fois que Todd prend la parole, c’est pour délivrer une idée nouvelle, percutante et, le plus souvent, progressiste. C’est bien pour cela que je l’écoute.

Il était question des relations franco-allemandes, dont Todd a décidé qu’elles étaient condamnées à s’effilocher.

Démographe jusqu’au bout des ongles, Todd prend appui sur le marasme des naissances en Allemagne pour nous convaincre de nous tourner vers des pays au profil démographique plus proche du notre.

Et de citer le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, ce qui ne manque pas de sel dans le contexte de frilosité identitaire que l’on sait.

Pour autant, le déclin de la population allemande est-il inscrit dans le marbre?

N’existe-t-il pas un potentiel de redressement?

La perspective déterministe arrange tellement notre Todd national qu’elle mérite examen.

En consultant les statistiques, on observe que l’évolution de l’Allemagne découle d’une faible natalité mais aussi d’une mortalité étrangement élevée.

Les taux de natalité  (nombre de naissances pour 1000 habitants) et de mortalité y sont respectivement inférieur de 2,4 points et supérieur de 0,8 points à la moyenne de l’UE des 27.

Pendant les 40 dernières années, il aurait suffi que l’Allemagne affiche un taux de mortalité identique à celui de la France pour que sa population (hors solde migratoire) reste stable, voire continue de progresser.

Le graphique ci-dessus permet de le vérifier.

Est-ce un dégât collatéral de la part qu’occupe l’industrie dans la production?

Existe-t-il d’autres causes, sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent agir?

Notons qu’ avant la réunification, la natalité avait repris des couleurs.

J’attends que Todd nous éclaire sur les origines de la surmortalité allemande et qu’il nous donne quelques pistes d’action, plutôt que d’enterrer, avec un peu de désinvolture,  le partenariat franco-allemand.

DG