François Morin, la finance globalisée et les tétradollars

francois morin

Que faire pour éviter la prochaine catastrophe financière? Tel est le titre de la remarquable conférence donnée par l’économiste toulousain François Morin en mars 2015.

On y trouvera les étapes de la constitution de la finance globalisée, à partir de la disparition du système de Bretton Woods ainsi qu’une description de l’incroyable l’étendue de la finance globalisée, qui nécessite de changer nos unités de compte habituelles et de raisonner en trétadollars (milliers de milliards de dollars). François Morin termine son propos par une réflexion sur les remèdes à apporter à la situation.

A mes yeux, les économistes qui abordent les questions financières avec sérieux, c’est-à-dire avec précision et sans le pathos des jobards complotistes, comptent parmi les meilleurs professionnels.

En écoutant François Morin, deux souvenirs reviennent à ma mémoire. Le premier est la prophétie que l’économiste Alfred Steinherr avait énoncée lors d’un cours consacré au marchés dérivés. C’était en 1993. Au terme de son allocution, il  regarda en l’air et nous prévint que la prochaine apocalypse financière trouverait son origine dans ces marchés hautement opaques et spéculatifs. Et c’est ce qui est arrivé lors de la vaporisation des créances subprimes insérées dans des titres financiers vendus dans le monde entier. C’est bien dans la finance globale que réside le moteur nucléaire du capitalisme et plus particulièrement dans la stratosphérique finance dérivée (marchés à terme, CDO, CDS) dont nous apprenons qu’elle est plus moins contrôlée par 14 banques.

Le second souvenir renvoie à la lecture des pages du Capital dans lesquelles  Marx décrit le rôle paradoxal de la finance, qui de près, semble carnassier et répugnant, puis, d’un peu plus loin, apparaît indispensable à l’essor mondial du capitalisme, et d’un peu plus loin encore, se dévoile sous son vrai jour, c’est-à-dire comme le simulacre d’une mise en commun des richesses que Karl appelait de ses vœux;

D’ailleurs, François Morin termine son exposé en souhaitant l’instauration d’une monnaie commune à l’échelle internationale, reprenant à son compte le projet avorté de Keynes en 1944.

Le rôle des flux internationaux de capitaux dans la crise financière

Un papier signé par le  Président de la FED (Ben Bernanke) montre de quelle façon l’afflux de capitaux internationaux a mis du carburant dans le moteur de la crise financière.

Au départ, des pays émergents ainsi que des banques européennes avaient le désir de remplir leur cabas de titres américains sans risque.

Le tableau ci-dessus montre, qu’entre 2003 et 2007, ils n’y allèrent pas de main morte.

Les émergents ont acheté la quasi totalité des titres américains les mieux notés (obligations publiques et titres émis par les organismes semi-publics de refinancement hypothécaire).

Dans le même temps, les européens ont acquis un bon tiers des titres financiers qui étaient adossés sur des crédits immobiliers (ABS, MBS) et qui bénéficiaient du label triple A.

Tous ces achats ont provoqué la raréfaction des titres américains de bonne qualité.  Par conséquent, il devenait intéressant de bricoler de nouveaux titres en y mêlant des actifs risqués, suffisamment dilués pour que l’ensemble inspire confiance.

Ce  genre d’alchimie financière est à l’origine des produits structurés, innovation géniale qui a eu les résultats que l’on sait.

Sans nier les causes américaines de la crise,  cette étude en approfondit les rouages internationaux et met en évidence un fait intéressant: alors que les pays asiatiques ont acquis les titres américains à partir de leur propre épargne, les européens, plus joueurs,  ont procédé à ces achats en s’endettant.

DG

 

Plus de concurrence bancaire=moins de risque systémique

 

« La multiplication récente des compagnies de banque, dans toutes les parts des royaumes unis, événement qui a si fort alarmé beaucoup de gens, bien loin de diminuer la sûreté du public, ne fait que l’augmenter.(…) En tenant ainsi la circulation (monétaire) divisée en plus de branches différentes, elle fait que la faillite de l’une de ces compagnies, événement qui doit arriver dans le cours ordinaire des choses, devient un accident d’une moins dangereuse conséquence pour le public. » A. Smith (1776), La Richesse des Nations, Livre 2, chapitre 2.

Voici un propos qui a inspiré les déclarations de Richard Fisher, l’un des dirigeants de la FED.