Une compétitivité française à deux vitesses

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La France est un pays complexe qui adore les idées simples.

Cela se vérifie dans le domaine de la politique commerciale où la démagogie protectionniste et le dogmatisme libéral font l’impasse sur la diversité des structures productives de notre pays.

Une étude de la Direction du Trésor analyse les évolutions du solde extérieur français selon trois catégories de produits:

-les produits « qualité », dont les ventes sont moins sensibles au prix qu’au positionnement haut de gamme ainsi qu’au contenu technologique (transport aérien, spatial, produits des industries chimiques…).
– les produits « prix », dont les ventes sont très sensibles aux coûts de production et aux variations du taux de change (textile, meubles, jouet…).
-les produits « intermédiaires » (voitures, machines…).

Les résultats montrent que depuis 2006, le hiatus entre produits « qualité » et « prix » ne cesse de s’amplifier.

Alors que notre pays conserve et améliore son excédent commercial dans les produits à forte compétitivité hors prix, il ne cesse de perdre des positions dans les produits sensibles aux aléas de la compétitivité prix.

Aujourd’hui, les excédents procurés par les industries aériennes ou du luxe ne permettent plus de compenser les déficits dans l’automobile ou le textile.

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Les auteurs concluent par ces mots: « Au final, ces évolutions confirment que si la France est relativement bien positionnée sur le hors-prix et les produits de haute technologie, elle ne l’est pas suffisamment pour résister à une dégradation de sa compétitivité- prix ».

Les auteurs mettent l’accent sur les méfaits sectoriels de l’euro cher, mais ils n’oublient pas de mentionner d’autres pistes, comme le ralentissement de la productivité ou le renchérissement du coût du capital.

Avec d’un côté, des secteurs qui font fi de la hausse du cours de l’euro, voire qui en bénéficient, et d’un autre côté, des secteurs de plus en plus nombreux à subir la concurrence par les prix, notre pays sera bien obligé de chercher des solutions de compromis.

La compétitivité sans qualité

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Quelques jours avant le « tournant social-libéral » du Président Hollande, l‘OCDE publiait un intéressant papier qui invite à ne pas se focaliser exagérément sur la compétitivité coût de notre pays et à envisager le problème sous un angle plus qualitatif.

Les graphiques ci-dessous illustrent la difficulté des entreprises à jouer sur la qualité de leurs produits pour riposter à la concurrence par les prix.

En effet, entre 1997 et 2009, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale, exprimée volume (soit hors variation des prix), recule assez assez peu et avec la même intensité qu’en en Allemagne (-10%).

Or, en valeur, la baisse est à la fois beaucoup plus prononcée  (-30%) et nettement plus forte qu’en Allemagne (-15%).

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Moralité: pour affronter la concurrence,  les entreprises françaises sont obligées de baisser leurs prix, alors que leurs homologues allemandes réussissent à maintenir les leurs grâce à la qualité de leur production,  ce qui leur permet de préserver leurs marges.

Dans ce contexte, à défaut d’une dévaluation qui permettrait d’accroître artificiellement les prix, on conçoit qu’une baisse des cotisations sociales fournisse un ballon d’oxygène aux entreprises, mais tant que la qualité des produits ne s’améliore pas, le remède n’apportera qu’un bref répit.

Les auteurs du papier n’omettent pas d’aborder la question sous un angle macroéconomique: dis moi combien tu investis et tu épargnes et que te dirai si tu vis au dessus de tes moyens.

 En décomposant l’origine du besoin de financement de l’économie française, il apparaît que la principale source des déficits extérieurs réside dans la dynamique de l’investissement.

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Entre 1997 et 2008, la détérioration du solde extérieur (-5 points de PIB) s’explique  à  80% par la progression des achats d’actifs productifs, en particulier l’achat et l’entretien de logements (+ 2,5 points).

Un zoom sur l’épargne des entreprises françaises (profits non distribués) permet de vérifier que ce ne sont pas les coûts salariaux mais la générosité des distributions de dividendes qui explique les difficultés actuelles.

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Au passage, on vérifie, avez un zeste de malice,  que les 35 heures n’ont pas provoqué le choc cataclysmique que l’on dit sur la rentabilité de nos entreprises.

La France perd-elle en compétitivité?

D’après le Forum économique mondial, la France continue de perdre des places au palmarès de la compétitivité globale.

Très exactement, notre pays rétrograde du 21 au 23 ième rang, sur 148, alors que l’Allemagne nous distance de plus en plus et trône à la quatrième place.

Ce résultat conforte les déclinistes de tout poil et ne déplait pas forcément aux adversaires de la mondialisation,  tel le journal l’Humanité, qui  se félicite que notre pays résiste au formatage néolibéral. Dans le contexte de sinistrose ambiante, ce genre d’étude peut être instrumentalisé par des démagogues, tel l’économiste Patrick Artus, qui dans un pauvrissime article publié dans Le Point, a qualifié la France de dernier pays communiste en raison du soit disant manque de flexibilité des salaires et de l’influence excessive des syndicats.

Or, l’étude du Forum économique mondial brosse un tableau plus nuancé de notre pays:

  • Entre 2009 et 2013, la France perd principalement en compétitivité du fait de l’amplification de  l’endettement public et du sentiment que l’argent public est gaspillé. Les autres « piliers » de la compétitivité, qu’il s’agisse de l’efficience des marchés ou de l’innovation sont relativement stables. Par exemple, la qualité des produits français n’a pas varié (15ième rang). Nos « points faibles » traditionnels, comme la fiscalité ou la médiocrité du climat social, ne s’aggravent pas.
  • La France figure parmi les pays les plus innovants et occupe à l’intérieur de ce groupe  une position intermédiaire.
  • L’indicateur de compétitivité globale et durable, qui intègre les dimensions sociales et environnementales, place la France au 16ième rang mondial, a quasi égalité avec les Etats-Unis.
  • Dernier pays communiste? Allons donc. La protection du droit de propriété (19ième rang) y semble plus assurée qu’aux Etats-Unis (33ième); la qualité des écoles de commerce est jugée aussi probante que celle de nos infrastructures de transport et la flexibilité des salaires (75ième) est considérée meilleure qu’en Allemagne (141ième).

Plus fondamentalement, on peut se demander à quoi sert ce genre de classement.

N’avons nous pas affaire à une entreprise idéologique, un peu boursouflée et assez mal ficelée?

En effet, la définition de la compétitivité est aussi ambitieuse que vague: « ensemble des institutions, des politiques et des facteurs qui déterminent le niveau de productivité d’un pays« . 

Or, la compétitivité au sens strict (performance à l’exportation) n’est-elle pas une conséquence de la  productivité?

Et si l’on adopte la logique de cette étude, peut-on dire que l’Allemagne est plus compétitive que la France quand ses excellents piliers de compétitivité ne lui permettent pas d’enrayer sa chute au palmarès du PIB par habitant et d’offrir un niveau de vie moyen nettement supérieur au notre?

Enfin,  la pondération et la subjectivité des dizaines d’indicateurs retenus font mystère.

Par exemple, le Qatar nous coiffe au poteau en raison (notamment) de la flexibilisation de son marché du travail (14ième en 2009, 4ième en 2013), alors que depuis 4 ans, la qualité de son éducation primaire dégringole de  la 5ième à la 11ième place.  En quoi l’amaigrissement du code du travail compense-t-il la négligence éducative?

Quant au système de notation, il repose très largement sur des sondages auprès d’échantillons réduits de leaders du monde des affaires, de moins d’une centaine de personnes par pays, ce qui affaiblit considérablement sa crédibilité.

Quand Alain Minc ne croyait pas à la compétitivité

La compétitivité est une condition nécessaire de la survie d’une économie; ce n’est pas une condition suffisante pour améliorer l’emploi et moins encore la panacée qui garantit miraculeusement le retour à la croissance. Pourtant, plus la crise devient sévère, plus le fantasme du miracle à portée de main se répand. Ainsi, de la théorie économique de l’offre aux accents initialement libéraux mais qui n’est pas dépourvue de ressemblances avec le projet socialiste initial de reconquête industrielle. Dégagée de ses atours publicitaires, la théorie de l’offre se réduit à un syllogisme: la montée des prélèvements publics inhibe le dynamisme des entrepreneurs: diminuer leur montant suffira donc à relancer l’économie, à point tel que le déficit initial, inhérent à la baisse des impôts, sera largement compensé par les surplus de croissance. A forte dose, elle repose sur une vision fantasmagorique de l’économie, une espèce de « Belle au bois dormant » qui attend de se réveiller sous le coup de baguette magique de la baisse des impôts. C’est faire fi des rigidités, des structures, des comportements, de tout ce qui, ancré dans la société, a toujours empêché l’économie de ressembler à la bluette théorique des économistes libéraux. Alain Minc, 1982, « L’après-crise est commencé ». Gallimard.

Le Pacte qui vaut 20 milliards

Le Gouvernement vient d’annoncer une ristourne fiscale de 20 milliards d’euros, sur trois ans, à destination des entreprises.

Que représente cette aide?

Grosso modo, cela revient à doubler le montant des allègements de charges sociales consentis actuellement aux entreprises (22,2 milliards en 2009).

Vu sous un autre angle, ces 20 milliards permettraient de couvrir les 3/4 de la baisse de l’excédent brut d’exploitation des sociétés non financières entre 2008 et 2011 (-26 milliards d’euros).

Ainsi donc, au terme d’un lobbying intensif, les représentants du monde de l’entreprise ont remporté une victoire politique significative.  Toutefois, ils n’ont pas obtenu gain de cause sur la « tva sociale », le Gouvernement ne voulant pas imposer aux salariés la double peine d’une TVA supplémentaire conjuguée à l’effritement de leur couverture sociale.

En finançant pour moitié le crédit d’impôts aux entreprises au moyen d’une réduction des dépenses, les autorités voient un peu plus loin que les représentants du patronat, car il est vraisemblable qu’une hausse de la fiscalité directe (CSG) ou indirecte (TVA)  inciterait les salariés à réclamer des augmentations de rémunérations (Benassy-Quéré).

Malgré tout, on ne sait pas ce que les entreprises vont faire de cette manne (H. Sterdyniak), ce qui ne semble pas trop gêner le Gouvernement,  qui se félicite d’avoir gagné ses galons de réalisme économique.

Le FMI, plus haut et plus fort que le rapport Gallois

Comme par hasard, le FMI rend public un avis sur la compétitivité française, le jour où Louis Gallois remet son rapport au chef du Gouvernement.

Les préconisations de Madame Lagarde ont ceci d’amusant qu’elles feraient presque passer  Monsieur Gallois pour un gauchiste.

Pêle-mêle on y trouve une injonction à ralentir les hausses de salaires, à déréguler la législation sur les horaires de travail, à revoir les allocations chômage (quand la situation économique sera plus favorable), à travailler plus vieux ainsi qu’à transférer l’assiette  des cotisations patronales  sur les importations, via la TVA (curieux pour une institution qui a pour mission de faciliter le commerce).  Les amis de la rente sont ainsi faits.  N’ayant jamais rencontré le social, ils en déduisent qu’il n’existe pas. Monsieur Gallois, avec son refus de copier in extenso le modèle allemand ( il convient néanmoins de préciser que les activités de services ont été largement dérégulées ; elles offrent des salaires très bas qui participent à la compétitivité globale mais seraient, à juste titre, jugés inacceptables en France), son appel à taxer les rachats d’actions et sa critique de l’euro fort, fait figure d’archange de la modération.

Le dernier mot revient aux affreux jojos du FMI: La mission tient à remercier les autorités françaises pour leur accueil, leur disponibilité, la qualité des analyses qu’elles ont apportées et pour leur franchise dans les discussions.

Le graphique du jour

Au détour d’une étude sur les travailleurs transfrontaliers (UTC 2012), on découvre le graphique ci-dessus, qui donne à voir la baisse tendancielle de la part des salaires dans la valeur ajoutée des « pays avancés ».

Le cas allemand est intéressant.

Il apparaît que la chute des salaires par rapport à la richesse nationale, entre 2002 et 2007, a permis à l’économie allemande de renouer avec la situation qui prévalait avant la réunification, lorsque la part des salaires était inférieure à la moyenne des pays industrialisés.

La France n’est pas représentée dans le graphique, mais on devine que le retour de balancier allemand, auquel s’ajoute l’entrée fracassante de la Chine parmi le club des grandes puissances commerciales, n’a pas été neutre pour notre « compétitivité ».

Réduire le coût du travail suffira-t-il pour sauver l’industrie française?

Jour après jour, la controverse sur le coût du travail dans l’industrie française gagne en intensité.

D’un côté, les amis de la marge opérationnelle grimpent dans les tours parce que, en 2012, le coût horaire manufacturier de ce côté du Rhin dépasse le coût allemand de 60 centimes d’euro.

De l’autre côté, les syndicats de personnels automobiles observent que les salaires ne représentent pas plus de 10% du coût de la production totale de véhicules (voir ci-dessous), et qu’il convient de faire des économies ailleurs.

Passons sur la comptabilité sourcilleuse des tenants de la marge, dont nous constatons qu’ils sont à une demie baguette de pain près.

L’argument des syndicats est légitime mais à double tranchant, car moins les salaires pèsent dans le coût de revient, plus la pression est forte sur les rémunérations:  si les salaires représentent 10% du coût de revient,  réduire ce coût de 1%, exige une contraction de la masse salarial de 10%. L’âpreté des employeurs ne s’explique pas autrement.

Est-on obligé de tenir sur la compétitivité un discours sacrificiel et unilatéral?

Basons nous sur une synthèse d’Ecorys (2011), qui puise aux meilleures sources des statistiques officielles.

Commençons par mettre en perspective, de 1970 à 2008, cette chose étrange qui porte le doux nom de coût unitaire salarial.

Au delà de la fiche de paie, l’économiste rapporte le coût salarial à la productivité du travail. Ce faisant, il détermine ce que coûte, en salaires, la production d’une unité de bien manufacturé. Cela donne le joli graphique ci-dessous, qu’il convent d’avoir à l’esprit lorsqu’on veut démêler la légende du vraisemblable.

La courbe rouge nous montre que de 1970 à 1992, le coût unitaire salarial dans l’industrie manufacturière française a quadruplé. En revanche, depuis 1992, et la préparation du passage à l’euro n’y est sans doute pas étrangère, le coût unitaire a baissé, pour s’établir, en 2008, à son niveau de 1986. Le « dérapage » des coûts salariaux n’est pas d’actualité en France. Cependant, l’effort de l’Allemagne pour comprimer son coût du travail par unité produite est beaucoup plus prononcé, entre 2002 et 2007.

Passons maintenant à une mesure plus globale de la compétitivité-coût: le taux de change effectif réel (TCER). Quand le TCER augmente, cela signifie que les coûts salariaux, exprimés en monnaie commune, dérapent par rapport à la moyenne de nos partenaires commerciaux, qu’ils soient européens ou non.

Le graphique ci-dessus nous donne l’évolution du TCER entre 19 pays (Austria, Belgium, Denmark, Finland, France, Germany, Greece, Italy, Luxembourg, Netherlands, Portugal, Spain, Sweden, UK, Canada, Japan, Norway, South Korea and USA).

De 1986 à 2008, on observe une dégradation de la compétitivité coût européenne, hormis  deux périodes d’éclaircies (1980-1984 et 1998-2001) qui correspondent à deux phases d’appréciation du dollar contre les devises européennes puis l’euro.

Analysons la situation de la France:

  • De 1986 à 2000, l’industrie française a obtenu des résultats très significatifs, plus importants que ceux de l’Autriche et des Pays-Bas. A force de pousser les gains de productivité et de compresser les salaires, la compétitivité française s’améliore très rapidement entre 1995 et 2000.
  • A partir de 2000, avec la remontée de l’euro face au dollar et, prétend-on, les 35 heures, notre compétitivité rebrousse chemin et la moitié de gains qui avaient été engrangés dans la période précédente son annulés. L’Allemagne se défend mieux et réussit à maintenir sa compétitivité.

A la lumière de ces données, on est obligé de constater que les difficultés de l’industrie françaises ne sont pas imaginaires, même si notre pays a plus maille à partir avec l’agressive stratégie allemande qu’avec on ne sait quel dérapage salarial intérieur.

Toutefois, deux questions se posent:

Pourquoi notre industrie a-t-elle été, à ce point, prise au dépourvu par l’appréciation de l’euro depuis 2001?

Qu’a fait l’industrie française des marges qu’elle avait reconquises aux cours des années 80 et 90?

Après tout, le mouvement de délocalisation de la production et de compression des coûts avait été intense: en 2001, la part des salaires dans la valeur ajoutée automobile française était tombée à 46,4%, contre 79,7% en Allemagne (Europe’s automotive industry on the move, O. Heneric, 2005).

Pourquoi les profits d’hier ne font-ils pas les investissements et les parts de marché d’aujourd’hui?

Aurait-on privilégié les délocalisations et le profit à court terme, plutôt  que l’investissement dans  l’innovation et la qualité de la production?

Et si la Nation consent à soulager les entreprises d’une part du financement de la protection sociale, quelle garantie avons nous que ces marges seront utilisées pour préparer l’avenir de notre industrie?

Industrie: Allemagne qui rit, France qui pleure?

La cause est entendue.

Sur la rive gauche du Rhin, c’est la désolation industrielle,  tandis que rive droite, coulent le lait et le miel.

Patrick Artus (Flash Economie n° 737) reprend cette ritournelle dans un énième opus où il  affirme que la production industrielle française a été incapable de suivre la demande intérieure et extérieure, contrairement à l’industrie allemande.

A force de répéter ce refrain, on finirait par y croire…sauf que les graphiques proposés par Artus livrent un message plus complexe:

  • L’industrie allemande n’a pas eu grand mérite à exporter plus puisque, de 1998 à 2007, la demande intérieure de biens industriels est restée atone, de sorte que,  pour vendre  à l’étranger,  il suffisait de produire plus. Compte tenu de l’absence de débouchés intérieurs, l’Allemagne n’avait pas d’autre choix que d’exporter.
  • La production industrielle française a peu progressé entre 1998 et 2007 (+10%). Mais parallèlement, les exportations ont augmenté aussi vite que la demande intérieure (+ 40% ). Curieux non? Cela signifie qu’en France, l’industrie a été le théâtre d’une intense « destruction création »: la production supplémentaire que suscitent les exportations a juste compensé la production détruite par la concurrence des importations.

Au total, le succès de l’Allemagne à l’exportation est à nuancer, tandis que le paysage industriel français est plus contrasté qu’on ne le pense.

Si l’on tient absolument à vanter les mérites du modèle allemand, il est possible de noter qu’avec un volume d’importations industrielles un peu plus dynamique qu’en France (+ 80 entre 1998 et 2007, contre +60% en France), l’Allemagne réussit à produire plus, sans doute parce qu’une bonne part des biens importés sont incorporés dans ses produits et les rendent plus compétitifs.

Déficit commercial et bulle immobilière

Depuis dix ans, notre pays est l’un de ceux qui affiche la plus forte chute en termes de part de marché extérieure.

Que s’est-il passé au tournant des années 2000?

Voici un papier de deux économistes de l’OCDE qui apporte un éclairage différent.

Les estimations économétriques suggèrent que la bulle immobilière aurait exercé un effet de diversion significatif sur le capital. Outre la remontée des coûts unitaires de production dans l’industrie, les auteurs soupçonnent l’augmentation du prix relatif de la construction immobilière, très vive entre 1998 et 2007, d’avoir incité les capitaux à s’investir dans ce secteur épargné par la concurrence extérieure, plutôt que dans le secteur exportateur.

Entre 2000 et 2007, le nombre d’entreprises exportatrices diminue de 10%, 1/4 des créations d’entreprises s’effectuent dans le secteur de la construction, contre seulement 5% dans l’industrie manufacturière. Avec l’envolée des prix, l’immobilier affiche un  taux de marge de 28%, contre 11% dans l’industrie.

Ce travail ne prétend pas remettre en cause les analyses les plus courantes, qui mettent l’accent sur la compétitivité prix et hors-prix, mais il nous rappelle que dans une économie, comme dans tout ensemble complexe, il existe des interdépendances inattendues.

On regrette que la liste des sept pays étudiés n’inclue pas l’Allemagne, pays à fort excédent commercial et qui, semble-t-il, n’a pas connu d’exubérance immobilière.

Anatomie de la rentabilité et de l’épargne des entreprises européennes

Juste avant la crise, les entreprises françaises se distinguaient par un taux de rentabilité inférieur de 10 points à celui de leurs homologues européennes.

Plus précisément, en 2007, le taux de marge (excédent brut d’exploitation/valeur ajoutée brute) était de 31,2% en France, contre 40% dans la zone euro et 41,4% en Allemagne (Eurostat).

Bien que mauvaise élève du profit, la France réalisait plus de marges que les Etats-Unis (29,3%), pays béni des heures supplémentaires et des salariés flexibles.

Sur la période 2000-2007, la rentabilité  française se distingue également par son inertie.

Pendant que les profits s’envolent en Pologne, en Allemagne ou aux Etats-Unis, pays dans lequel on se remet de l’explosion de la bulle internet; pendant qu’ ils s’effondrent au Danemark, en Italie ou au Portugal,  rien ne trouble le taux de marge français, comme le montre le graphique ci-dessus.

A présent, dépassons le taux de marge.

Certes, il s’agit d’une variable économique  importante, mais dans la mesure où l’excédent brut d’exploitation rémunère les actionnaires et les créanciers, c’est le  reliquat, à savoir le taux d’épargne des entreprises, qui permet d’évaluer leur capacité à affronter l’avenir.

Comparé au taux d’épargne de la zone euro (17,1 %), celui des entreprises françaises (12,7 %) accusait un déficit de 4,4 points.

Le tableau ci-dessus permet de repérer toutes les étapes du partage de la valeur ajoutée. Une fois la masse salariale retirée (3 premières colonnes), le profit est amputé d’impôts, de charges financières et des dividendes. Il termine sa course en épargne, avec laquelle les entreprises autofinancent, en totalité ou partiellement, leurs investissements.

Comparons la France à l’Allemagne.

En 2007, le taux d’épargne des sociétés non financières allemandes s’élevait à 17,8%, soit 5,1 points de plus qu’en France.

On pourrait croire que ce bonus trouve son origine dans la faible place qu’occupe la masse salariale dans la valeur ajoutée allemande:  57,4% contre 65,1 % en France.

Ce n’est pas tout à fait exact.

En effet, pour moitié, ce surplus d’épargne provient d’une fiscalité plus avantageuse (+ 2,5 points). A cela s’ajoute le  supplément de revenus tirés des investissements à l’étranger (+1 point). En sus, les entreprises allemandes ne déboursent que 1,3% de leur valeur ajoutée sous forme d’intérêts nets, contre 3,1% en France, ce qui, relativement,  leur procure 1,8 points d’épargne supplémentaire.

Une question se pose: comment se fait-il qu’avec un taux de marge supérieur de 10 points au taux français, les entreprises allemandes n’engrangent que 5 points d’épargne supplémentaire?

L’explication réside dans la générosité des entreprises allemandes vis-à-vis de leurs actionnaires.

En 2007, l’ Allemagne a versé plus de dividendes (21,2% de la valeur ajoutée)…qu’elle n’a investi (18,7%).

Moins fortunées, mais aussi beaucoup plus sages, les entreprises françaises n’ont distribué que 8% de leur valeur ajoutée, soit 40% de leurs investissements.

A la lecture de ces données, on comprend mieux l’empressement de certains à importer un modèle allemand qui fait figure d’exception en Europe.

Pourquoi le taux de profit s’effondre-t-il en France?

Depuis la fin des années 90, le rendement du capital est en chute libre dans notre pays.

Curieusement, cette réalité n’imprime pas dans le débat public, ou alors de façon biaisée.

En effet, avec beaucoup d’incohérence, une partie de la gauche affirme que le capitalisme est en crise, tout en dénonçant l’explosion des profits et la diminution « historique » de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises. De l’autre côté, soir et matin, on se lamente du manque de profitabilité des entreprises et l’on montre du doigt les coupables automatiques, à savoir le coût du travail, les grèves et  les 35 heures.

Patrick Castex, dans la Revue de la Régulation (2011), dissipe ce petit théâtre de variétés au moyen d’un article dense qui puise ses racines dans la tradition économique qui ne méconnaît point les difficultés du capital à se valoriser (Adam Smith, Karl Marx, Keynes).

1998-2008: le taux de profit plonge de 44%

Le taux de profit est le rendement du capital productif.

Combien un euro de capital (K), tel  des locaux ou des machines, rapporte-t-il en termes de profit net? That is the question.

On s’intéresse au profit net, soit le surplus distribuable aux détenteurs du capital, ou encore l’excédent net d’exploitation (ENE).

Il se calcule en retranchant de l’excédent brut d’exploitation (EBE=valeur ajoutée – salaire) l’usure du capital (les amortissements)  ainsi que les impôts nets sur la production.

Entre 1998 et 2008, le taux de profit (ratio ENE/K qui figure en bas à droite du cadrant ci-dessous, au graphique A 8-4) a diminué drastiquement,  de  7,2% à 4%.

Explication principale: la diminution de la productivité du capital

L’essoufflement du taux de profit trouve son origine dans une « indigestion de capital ».

En effet, beaucoup de capital est entré dans les entreprises (+129%, cf graphique A 8-3), mais peu de valeur ajoutée en est ressortie (+50%). Les entreprises françaises ont investi à tour de bras, mais le retour est décevant. Comme chaque unité de capital rapporte moins de valeur ajoutée,  il se produit une diminution de la productivité du capital  en valeur ajoutée (-35%). Ce phénomène est représenté par la courbe rouge (VA/K),  en haut à gauche du cadrant.

Pourquoi les entreprises ont-elles du mal à  rentabiliser leurs équipements?

Tout d’abord parce que le prix de certains moyens de production a bondi, en particulier celui des terrains. De plus, il faut du temps pour que les salariés travaillent plus efficacement avec les équipements supplémentaires dont on les dote. Enfin, la concurrence, nationale et internationale, pousse les entreprises à renouveler sans arrêt leurs équipements sans toujours  leur donner le temps de récupérer leur mise.

Tensions sur les prix de certains équipements, hyper concurrence, difficultés à innover, tout concourt à la baisse du taux de profit.

On parle de suraccumulation du capital pour qualifier cette situation dans laquelle l’accroissement du stock capital dégrade son rendement. Patrick Artus avait envisagé cette hypothèse au sujet des Etats-Unis. La Revue de la Régulation fait de la bonne économie en l’appliquant au cas français.

Explication complémentaire: le troisième choc pétrolier

Le troisième choc pétrolier démarre en 1999, avec un prix du baril de pétrole grimpant de 15 à 80 euros, en 2008. Comme les salaires ne baissent pas, l’accroissement du coût des consommations intermédiaires en pétrole et autres matières premières  fait plonger l’excédent d’exploitation (cf billet du 05/09/12).

Ceci explique la hausse récente  de la part des salaires dans la valeur ajoutée…même si le pouvoir d’achat des salariés à tendance à stagner!

1949-2009: les salaires ont perdu 4 points de valeur ajoutée

Résumons nous avec un peu d’algèbre:

                                              Taux de profit= Productivité du capital × Taux de marge

                                                      ENE/K        =                VA/K               ×          ENE/VA

Si le premier terme à gauche de l’équation (VA/K)  a du plomb dans l’aile, les entreprises peuvent essayer récupérer des marges en dopant le second, c’est-à-dire en relevant la part de la valeur ajoutée qui revient au profit net (ENE/VA).

Voyons comment cela se passe sur la longue période (1949-2009).

En, 60 ans, l’usure du capital (CCF= consommation de capital fixe) + les impôts sur la production ont absorbé  5 points de valeur ajoutée brute, passant de  14 à 19% de la VAB (partie inférieure du tableau).

Qui a payé ce surcoût?

Globalement,  les salaires ont servi de variable d’ajustement : leur part dans la VAB (RS/VAB) perd 4 points (70% en 1949, 66% en 2009), tandis que le taux de marge des entreprises ne cède qu’un seul point (ENE/VAB: de 16 à 15% de la VAB).

Moralité: depuis les Trente Glorieuses, un processus de paupérisation (relative) des salariés est à l’oeuvre, en dehors des périodes de chocs pétroliers.

Il est vrai que depuis 10 ans, le taux de marge des entreprises baisse au profit des salaires. Mais c’est l’effet du troisième choc pétrolier et si l’on comprend la tentation des entreprises de comprimer les salaires ou d’obtenir des baisses d’impôts, ne peut-on considérer que les salariés ont suffisamment donné?

Le capitalisme en crise

Dans notre pays, la crise ne trouve pas son origine dans un endettement excessif des ménages ou de l’Etat ou un excès des attributions de dividendes, puisque cela n’a pas empêché la montée des investissements; pas davantage dans l’exubérance des salaires (hormis pour une frange du salariat). La crise s’explique par une suraccumulation de capital et le contre-coup de la mondialisation sur le prix du pétrole.

Voilà donc que le capital est de moins en moins rentable. Reste à savoir si ce phénomène est passager ou durable.

Le dernier mot revient à  l’auteur:

« La crise a donc été amplifiée par des causes financières comme la course à la rentabilité des fonds propres mais elle est fondamentalement une crise de la sphère réelle. La baisse des taux de profit des Sociétés non financières ne fait aucun doute en France depuis 1998. Elle est la conséquence de la baisse du taux de marge nette liée au troisième choc pétrolier exogène, et surtout de la hausse endogènede la composition organique du capital. La fuite en avant des acteurs bancaires jouant dans la sphère financièrevisait à rétablir une rentabilité économique en accord avec les exigences de la valeur actionnariale grâce à une augmentation de l’effet de levier et une prise de risque plus importante. Plus généralement, dans l’économie réelle, les tentatives des contre-réformes néolibérales pour augmenter le taux de plus-value et rétablir le taux de profit furent vaines.« 

Exportations européennes et répartition de la valeur ajoutée

 

Les salariés du secteur exportateur comptent-ils parmi les gagnants de la mondialisation?

A priori oui, puisque les entreprises exportatrices offrent généralement des salaires attractifs.

Pourtant, ces personnels ne retirent aucun privilège en termes de répartition de la valeur ajoutée.

En 2007, seulement 49,3% de la valeur ajoutée issue des exportations de la zone euro sont allés au facteur travail (Eurostat), contre  52% en 2000.

Au sein de l’UE des 27, cette part s’effondre: – 11,5 points entre 2000 et 2007.

La diminution de la part des salaires s’explique par le retard des rémunérations sur les gains de productivité.

C’est ainsi que la masse salariale a diminué de 8% entre 2000 et 2007 (UE-27), tandis que chaque million d’euros exporté « contenait » de moins en moins de travail:  18,8 emplois en 2007, soit  12% de moins qu’en 2000.

 

Un zoom sur l »industrie pharmaceutique, fleuron de l’export européen, montre qu’à  peine 51,6% de la valeur  ajoutée de ce secteur reviennent aux salariés (Eurostat 2000).

Moralité: lorsque les salaires sont hauts, la productivité l’est encore plus, ce qui n’a rien de surprenant puisque telle est la condition pour qu’un avantage comparatif devienne un avantage compétitif valorisable sur les marchés extérieurs.

La France au 21ième rang de la compétitivité globale….selon Davos

Depuis quelques jours, une foule pèlerine d’experts et d’économistes scandent une sombre nouvelle: le Forum Economique Mondial a dégradé la France de 3 places au classement de la compétitivité globale.

La presse est fébrile: « la Corée a éjecté la France du Top 20« , titre subtilement l’Expansion.

Est-ce le déclin tant annoncé?

En réalité,  la note globale de la France (cf ci-dessus) est stable depuis 3 ans.

De plus, si l’on attribue aux ex-aequo la même place sur le podium, notre pays se situe au 19ième rang.

Enfin, l’indicateur global de compétitivité compile tant et tant de choses  différentes que la France et la Corée du Sud, si elles se retrouvent  à quasi égalité de score, y parviennent par des chemins très distincts. Par exemple, le principal  motif de mécontentement des entreprises françaises est la rigidité du marché du travail;  en Corée, c’est l’instabilité gouvernementale et la corruption. Sur un plan qualitatif, est-il possible d’affirmer que l’herbe est plus verte en Corée du Sud?

La méthodologie de l’étude n’est pas sans poser problème.

En effet, parmi la batterie d’indicateurs mobilisés pour évaluer les douze piliers de la compétitivité, 60% sont obtenus par sondage auprès d’un nombre très réduit d’entreprises. Tout ceci n’est pas très sérieux, comme l’ont souligné Stéphane Grégoir et Françoise Maurel dans un Rapport du CAE consacré lui aussi, mais sans se moquer du monde, à  la compétitivité.

La priorité donnée aux indicateurs de mondialisation avantage systématiquement les petits pays (Suisse, Singapour, Pays-Bas…), fortement dépendants de leurs échanges extérieurs.

Le conservatisme le plus rentier préside au choix des variables, puisque ni le taux de croissance, ni le taux de chômage ne sont pris en compte, tandis que l’endettement public et l’inflation font l’objet d’une attention scrupuleuse.

Ce classement farfelu vise à entretenir le feu sacré pour les réformes dont on nous dit qu’elles sont  indispensables à l’amélioration du  climat des affaires et de la productivité (moins d’impôts, plus de flexibilité…).

Involontairement, la subjectivité  d’un tel classement fait briller de mille feux l’originalité de notre pays. En effet, comment est-il possible que la France, dont on nous dit qu’elle est aussi conflictuelle (socialement) que l’Afrique du Sud, aussi défiante vis-à-vis de ses politiciens que la Jordanie, aussi peu flexible (sur le marché du travail) que l’Argentine et à la fiscalité plus lourde qu’au Venezuela, parvienne à exceller dans les infrastructures de transport, à se hisser au 10ième rang mondial en termes de capacité d’innovation et au 8ième rang du point de vue de l’étendue du marché national et de la qualité des écoles de management?

Ce paradoxe signifie-t-il qu’impossible n’est pas français, ou que le mystère des méthodes du Forum Economique Mondial est bien grand ?

L’adieu aux marges

Depuis plus d’un an, le taux de marge  des entreprises est en chute libre (-1,4 points en 2011, -1,2 points prévus en 2012).

Au premier trimestre 2012, la part de l’excédent brut d’exploitation dans la valeur ajoutée n’était plus que de 28,7% (Insee, p. 85).

Le choc est d’autant plus brutal que sur la période 1993-2007, en dépit des aléas et des horribles RTT, les « bas » étaient de moins en moins bas.

D’où provient ce phénomène?

D’après l’Insee, c’est  le tassement spectaculaire des gains de productivité (1,3 pt en 2010, 0,2 pt en 2012) qui ne permet plus aux entreprises de supporter la hausse des salaires réels,  le coût croissant des cotisations sociales employeurs et, on l’oublie un peu trop souvent, la montée des prix énergétiques, qui dégrade les « termes de l’échange » des entreprises, c’est-à-dire le ratio prix de la valeur ajoutée/prix à la consommation.

Depuis le début de l’année, les entreprises sont prises entre la récession, qui se lit dans les mauvais chiffres de la productivité, la hausse du prix des matières premières et de l’énergie, ainsi que la hausse de la TVA dans les services (incluse dans « autres facteurs »):

Le tableau ci-dessus permet de constater que depuis un an la mauvaise orientation des prix énergétiques déborde la contribution des gains productivité au taux de marge.

Faut-il donner un coup de rabot sur les salaires?

L’Insee rapporte que les salaires ont baissé au cours du premier trimestre 2012 et ne constate pas de dérapage en 2010 et 2011, puisqu’ils ont progressé aussi vite que les gains de productivité.

Les différences de taux de cotisations sociales entre la France et l’Allemagne

Le couplet sur les « charges » sociales françaises devient tellement hystérique qu’on se sent obligé d’aller y voir.

Au prix d’un effort de recherche minimal, on trouve une note du Trésor qui fait le tour de la question.

Résultat: en dessous de 1600 euros par mois, les taux de cotisations sociales français sont très similaires ou bien inférieurs aux taux allemands. L’écart atteint 12 points entre  800 et 1400 euros.

Explication: jusqu’à 1600 euros, les taux de cotisations patronales sont  plus faibles en France qu’en Allemagne. Au delà de 1600 euros, les taux allemands sont plus avantageux, mais au prix  d’un recul des dépenses sociales.

Ainsi donc,  les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires français ont eu des retombées significatives sur le coût du travail, mais aucune sur les jérémiades.

Les entreprises françaises à l’étranger vendent 3 fois plus que le montant des exportations

Les économies ne sont pas qu’interdépendantes, elles sont  aussi en cours d’intégration.

En ce qui concerne notre pays, cela signifie « qu’un peu de France » est présent aux Etats-Unis, en Europe ou en Chine via les filiales de nos multinationales.

En 2009, le chiffre d’affaires de ces filiales (961 milliards d’euros)  était 2,8 fois plus élevé que le montant des biens et services exporté à partir de l’hexagone (Direction générale des douanes, mars 2012).

De manière générale, on constate que les entreprises s’implantent d’autant plus à l’étranger que le pays cible est éloigné.

C’est ainsi  que les multinationales françaises vendent 4 plus en Asie qu’elles n’exportent depuis la France.

Ce ratio est particulièrement important dans les services, le commerce et l’agroalimentaire, mais aussi dans l’industrie, comme l’indique le graphique ci-dessous.

Ces chiffres sont intéressants pour relativiser certains de nos déficits extérieurs (en particulier vis-à-vis de la Chine), mais aussi pour nuancer la suprématie des exportations allemandes.

En effet,  les exportations françaises ne représentent à elles seules que 43% des exportations allemandes (chiffres 2009), mais si l’on y ajoute les ventes des filiales à l’étranger, les ventes françaises (1307 milliards d’euros)  pèsent 58,2% des ventes allemandes.

-25%

Depuis 10 ans,   la part de marché mondiale des exportations françaises de biens et services,  relativement à celle de nos partenaires de l’OCDE,  a reculé  d’environ 25%. (Insee)

L’explication la plus courante de ce phénomène réside dans les évolutions défavorables de la compétitivité-coût  (-13% entre 2001 et 2011) et du taux de change réel (appréciation de 5%).

On peut nuancer cette approche en observant qu’entre 1996 et 2001 puis entre 2009 et 2011, les évolutions très positives du taux de change, des coûts relatifs et de la compétitivité-prix n’ont pas permis de relancer nos exportations.

De plus, sur l’ensemble de la période considérée (1991-2011), l’amélioration de la compétitivité-prix n’a pas empêché le déclin des exportations françaises.

Soit les difficultés trouvent  leur origine dans les aspects hors-coûts de la compétitivité, soit la hausse des coûts salariaux et la diminution des profits ont dissuadé les entreprises de se risquer dans les eaux froides de la concurrence internationale.

France Allemagne: le match des avantages comparatifs

Le Centre d’Etudes Prospectives et d’Etudes Internationales (CEPII) estime régulièrement le profil des avantages comparatifs des principales puissances commerciales.

L’avantage comparatif, c’est un peu comme une note qui accroît la moyenne d’un bulletin scolaire, ou ne la diminue pas. Il peut s’agir d’une note mirobolante dans une matière principale ou d’une note plus mauvaise, mais  dans une matière marginale.

L’indicateur ci-dessous compare, « en millièmes du PIB, le solde commercial effectif d‟un pays pour un produit donné à un solde théorique correspondant à une absence de spécialisation » (Panorama de la spécialisation européenne, janvier 2012).

Un signe positif indique l’existence d’un point d’excellence ou de moindre handicap productif. Par exemple, on observe un avantage comparatif dans la filière i si son poids dans l’excédent commercial total dépasse son poids dans le commerce total du pays.

Contrairement à une légende urbaine, les difficultés du commerce extérieur français ne sont pas générales puisque les avantages sont stables ou progressent dans 7 filières (mécanique, services, chimie, sidérurgie, métaux non ferreux,  textiles, bois et papiers).

La France perd du terrain principalement dans l’énergie, les véhicules et l’électronique.

A noter que contrairement à  l’Allemagne, la France préfère multiplier les « petits » avantages comparatifs plutôt que de compter sur un petit nombre de filières très performantes (véhicules et  mécanique en Allemagne compensent la facture énergétique)

Il est intéressant de constater que la France et l’Allemagne  subissent deux contraintes similaires:

  • Le désavantage énergétique se creuse de manière spectaculaire;
  • Entre 1995 et 2008,   l’avantage comparatif dans les véhicules commence par progresser, avant de revenir à son niveau initial.

A l’évidence, l’Allemagne affronte ces difficultés dans de meilleures conditions que la France:

  • D’une part, elle réussit à compenser la dégradation de sa facture énergétique par une nette amélioration dans les services.
  • D’autre part, en 2009, l’Allemagne conserve une forte position dans les véhicules, alors que la France perd l’avantage dont elle disposait.