Le détricotage des classes moyennes

medianmoyenne

La paupérisation d’une partie des classes moyennes n’est pas une légende. Le niveau de vie d’un nombre non négligeable d’individus est en train de décrocher de la moyenne. En 2010, le niveau de vie moyen dépassait le niveau de vie médian, celui qui partage la population en deux moitiés,  d’un peu plus de 17%, contre environ 13,5% en 1996.  Le graphe ci-dessus,  tiré du Rapport économique, social et financier 2013, montre que près de la moitié du mouvement de moyennisation du niveau de vie, observé en France entre 1970 et 1996, a été effacée.  Notons que contrairement aux deux chocs pétroliers des années soixante-dix, la crise actuelle a fait rebondir la dispersion des revenus.

Pas de classes moyennes sans redistribution

Adam Smith pensait que les bienfaits de la croissance retomberaient spontanément sur tous: produisons et la « main invisible » du marché égalisera les conditions.

Or voici qu’une enquête du Crédoc démontre l’inverse.

En effet,  les classes moyennes (niveau de vie compris entre 0,7 et 1,5 fois le seuil médian) sont d’autant plus étoffées que le système  socio-fiscal l’est lui même.

Dit autrement,  un haut niveau de prélèvements obligatoires est associé à la moyennisation des revenus, tandis que les pays dépourvus de prélèvements obligatoires sont polarisés, en termes de revenus.

Les auteurs auraient pu évoquer la causalité inverse: ce sont dans les pays à fortes classes moyennes que les prélèvements obligatoires sont  soutenus politiquement.

En scrutant bien le graphique dessus, on se rend compte que la relation n’est pas linéaire et que la France, à l’instar de la Finlande et de la Belgique devraient abriter plus de couches sociales intermédiaires, compte tenu de son niveau de prélèvements obligatoires.

L’article s’interroge  sur l’environnement politique qui sied le mieux à la formation d’une vaste classe moyenne.

Selon les auteurs, ce sont les démocraties « apaisées » qui abritent le plus de couches intermédiaires (voir ci-dessous).

Là où le dialogue social, le consensus et les gouvernements de coalition font florès, prospèrent les classes moyennes.

Voyez la position inconfortable de notre pays, dans lequel la forte présence des classes moyennes ne rime pas avec consensus politique.

Dans le contexte électoral actuel, ce graphique me laisse songeur: notre pays ira-t-il vers plus de dialogue social et de renouveau démocratique, pour se rapprocher des « modèles nordiques », ou bien imitera-t-il les pays anglo-saxons à fortes inégalités?

Le 6 mai prochain apportera un début de réponse.

DG

Quelle politique fiscale pour les classes moyennes?

D’après le chiffres d’Eurostat sur la concentration des revenus, c’est en France, au Royaume-Uni et au Portugal que les classes moyennes obtiennent la part la plus modique du revenu global.

Certes,  la disparité  des revenus est modérée dans notre pays. Les 20% les plus riches gagnent au moins 4,5 fois plus que les 20% les plus pauvres, contre 6 fois au Portugal et 3,5 fois en Hongrie.

Il n’empêche que 60% de la population (dite moyenne) se partagent 52% du revenu global alors que les 20% les plus riches en perçoivent 39%.

Le malaise des classes moyennes françaises se double d’une hésitation quant à la politique fiscale qui servirait au mieux leurs intérêts.

Faut-il s’inspirer des pays plus égalitaires (à gauche sur le graphique), comme la Finlande et les Pays-Bas? Si oui, les classes moyennes regagnent un peu de terrain au détriment des plus riches. Problème: le sort des plus pauvres s’améliore très peu, ce qui ne les inciterait pas à s’allier aux classes moyennes.

Faut-il, au contraire, prendre exemple sur les pays plus inégalitaires (Italie, Espagne)? Dans ce cas, les classes moyennes s’enrichissent au détriment des plus pauvres. Problème: les plus riches améliorent relativement plus leur situation et les classes moyennes obtiennent très peu de gain.

That is the question.

DG

Vers la disparition des classes moyennes?

La fin des classes moyennes est un pronostic à la mode.

Ce marxisme vu à la télé résiste-t-il à l’analyse?

Pas vraiment, si j’en crois l’enquête d’Eurostat sur les conditions de vie en Europe.

Le joli graphique ci-dessus classe les  27 pays de l’UE par ordre croissant de salaire médian (segment horizontal rouge).

Définissons statistiquement les classes moyennes salariées comme l’ensemble des personnes situées autour de la médiane et écartons les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres. Il nous reste un groupe central (60% de la population), figuré par chaque rectangle orange.

Premier constat: le revenu des salariés les plus modestes progresse à mesure que le pays s’enrichit. Une exception: l’Allemagne.

Deuxième constat: plus un pays s’enrichit, plus les bornes qui encadrent les classes moyennes ont tendance à s’éloigner. C’est très net lorsque l’on compare l’Estonie (EE), la France et l’Angleterre. Il existe cependant des exceptions: le Danemark et la Belgique maintiennent un degré élevé de cohésion. Les Pays-Bas et le Luxembourg voient les inégalités se creuser, mais il s’agit de petites économies très mondialisées.

Troisième constat: les inégalités  progressent par le haut. En effet, il existe  un écart plus important entre les salariés moyens-supérieurs de France et d’Angleterre qu’entre les salariés moyens-inférieurs  des deux pays. La droite qui surmonte les classes moyennes représente l’échelle de rémunération entre ces dernières et les 5% les plus riches. On constate, dans tous les pays, que les inégalités sont aussi fortes à l’intérieur de ce groupe supérieur qu’à l’intérieur des classes moyennes.  Le Portugal, fait mieux que quiconque dans ce domaine.

Le sentiment d’appauvrissement se nourrit certainement du fait qu’il est bien moins facile pour un salarié moyen de se hisser au dessus de sa condition, que pour un salarié modeste de le rejoindre.

DG