Le Mexique restreint ses exportations d’automobiles vers le Brésil

Le mois dernier, après quelques semaines de tensions, les négociateurs des gouvernements mexicain et brésilien ont convenu de fixer des quotas temporaires aux ventes mexicaines de véhicules légers.

Pour préserver la production d’automobiles brésiliennes, les firmes mexicaines s’engagent à réduire immédiatement leurs exportations vers ce pays de 30%. A partir de mars 2012, et pendant trois ans, les quotas augmenteront jusqu’à atteindre 1,64 milliards de dollars, contre 2 milliards avant l’accord.

A bien des égards, cette décision est remarquable.

Tout d’abord, elle met partiellement entre parenthèse  « l’accord de réciprocité économique  » (2002), qui plaçait les deux plus grandes économies du continent latino-américain sur les rails du libre-échange mutuel.

Ensuite, nous assistons au retour d’une forme de commerce administré  très en vogue dans les années 70 et 80 et qui procède d’accords « volontaires » d’autolimitation des exportations, plutôt que de décisions unilatérales.

Enfin, le fruit de cette négociation bilatérale est révélateur du  poids économique du Brésil, mais aussi de la perte  d’influence de l’OMC.

Lorsque les négociations ont débuté, le gouvernement brésilien s’inquiétait du sursaut des importations automobiles (+ 40% en un an),  dû à la forte appréciation du real vis-à-vis des autres devises et au déversement sur son marché des excédents que le Mexique ne pouvait plus écouler sur un marché nord-américain anémié par la crise de 2008.

Le Brésil menaçait de rompre son accord avec le Mexique et de ramener les importations à leur niveau de 2004. Comme ce marché est l’un des plus prometteurs du monde, outre l’asie émergente, le Mexique a cédé aux exigences du Brésil,  à la condition que la restriction aux échanges soit temporaire et  que la libéralisation des échanges de camions, prévue en 2020, soit avancée de quatre ans.

Même si le Mexique a obtenu des garanties sur ces deux points, l’accord d’autolimitation des exportations est rude, puisque le quota libre de droits de douane est exprimé non pas en volume, mais en valeur, ce qui limite la capacité des firmes à jouer sur les prix pour compenser la restriction sur les ventes.

Qui plus est, le Brésil a obtenu que les véhicules « made in Mexico » aient un contenu plus dense en intrants latino-américains (41% contre 30% aujourd’hui), ce qui pénalisera particulièrement les producteurs japonais et français installés au Mexique.

Enfin, les autorités brésiliennes ont suggeré que leurs motifs de mécontentement pouvaient s’étendre des véhicules légers aux composants automobiles.

Bien sur, le Mexique cherche à éviter un conflit qui lui fermerait l’accès à l’un  des marchés les plus dynamiques  du monde, ce qui explique qu’il ait refusé cette « faveur » à  l’Argentine, qui n’offre pas de telles perspectives.

Mais ce choix obéit aussi à des considérations financières. En effet, bien des firmes qui sont installées à la fois au Mexique et au Brésil sont des filiales de multinationales occidentales (Wolkswagen, Renault, Ford…) qui ne voient pas forcément d’un mauvais oeil le gel temporaire de la concurrence et la répartition en leur sein des quotas d’exportations. Si l’accord débouche sur une cartellisation du marché automobile, les consommateurs pourraient être perdants tant en termes de prix que de quantités écoulées.  Pour que le secteur automobile ne s’endorme pas du sommeil du monopole,  le gouvernement Brésilien a lancé un vaste programme de soutien à l’investissement productif.

L’avenir dira si ce protectionnisme à bas bruit s’enlise dans la collusion d’intérêts ou donne un opportun ballon d’oxygène à l’emploi industriel brésilien.

DG

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Le Brésil est désormais plus riche que la Grande Bretagne

Les économistes du CEBR annoncent que le PIB du Brésil vient de dépasser celui du Royaume-Uni (Brics New World Disorder).

 A ce jour, le Brésil  se hisse au sixième rang économique mondial,  juste derrière la  France.

Il devrait sa performance au florissant commerce qu’il entretient avec l’Asie.

Ce résultat global ne signifie  pas que le niveau de vie moyen des brésiliens a rattrapé celui des anglais.

Tandis que l’avenir du Brésil s’annonce comme une immense accumulation de marchandises, il n’en va pas tout à fait de même en termes de développement.

Certes, le Brésil a atteint un niveau de développement humain relativement élevé, selon l’ONU.

Depuis 1990, l‘IDH brésilien progresse plus vite qu’ailleurs dans le monde.

Outre le progrès du revenu par habitant, ceci est le fruit de l’amélioration des conditions santé.

Malgré cela, le Brésil se situe à la 84ième place en termes d’IDH, alors que le Royaume-Uni occupe la 28ième.

Si l’on tient compte des inégalités de revenus, l’indice de développement humain brésilien  dégringole et classe le pays au 97ième rang sur 187.

Ces Rafales dont le Brésil ne veut pas: l’explication d’Emmanuel Todd

Contrairement aux espoirs du Gouvernement, il y a désormais de fortes chances pour que le Brésil n’achète pas les avions militaires « Rafales » et leur préfère les modèles américains ou suédois.

Si le contrat échoue, ce n’est pas faute de concessions économiques car  la France avait promis au Brésil des transferts de technologie très appréciables, un peu à l’image de l’accord de décembre 2008  concernant les sous-marins à propulsion nucléaire (voir l’article très intéressant de Bruno Muxagato).

D’après Claude Serfati, spécialiste de l’armement, la décision brésilienne pourrait être de nature politique.

Elle serait la conséquence de l’inquiétante dégradation de l’image internationale de la France:

« Au niveau géopolitique, l’image de la France s’est énormément détériorée en un an, estime Claude Serfati. Entre l’affaire Karachi ou encore les relations entretenues avec le Maghreb, le Brésil qui comptait sur la France pour l’élever sur la scène internationale, est en train de douter (…) aujourd’hui, les espoirs que la France soit force de proposition au niveau international sont en train de disparaître. » (L’Expansion).

Si cette explication est la bonne, elle amènerait de l’eau au moulin d’Emmanuel Todd.

En effet, ce dernier s’est opposé violemment à la politique internationale du Président Sarkozy, suspectée  de dégrader l’image de marque du pays et d’entraver sa capacité à exporter son savoir faire (cf vidéo, à 06:21).

Emmanuel Todd, avec ses outrances, pourrait avoir touché juste.

DG

 

Le Brésil de Lula

Le second mandat du Président brésilien Ignacio Lula da Silva touche à sa fin.

Afin de dresser un premier bilan des années 2003-2010, la revue Problèmes économiques a rassemblé quatre articles dont voici la synthèse en trois éclairages: un check list de l’économie brésilienne suivi par une description du tournant pris par les politiques économiques et sociales .

Brésil 2003-2010: une économie assainie, une puissance émergente

Croissance: hormis deux années de récession (2003 et 2009), l’économie brésilienne est en expansion avec un taux de croissance « supérieur et moins volatile que dans les années 90 » (+1,2% en 2003, 6,1% en 2007). L’activité est tirée en premier lieu par les dépenses d’investissement et de consommation.

Inflation: entre 2003 et  2007, la croissance de l’indice des prix à la consommation est divisée par deux (9,3 à 4,5%).

Emploi:    le taux de chômage diminue d’environ un tiers (11,8% à 7,9% en 2008), 13 millions d’emplois formels ont été crées. La chute brutale de l’emploi en 2008 est compensée l’année suivante.

Balance extérieure: malgré l’appréciation constante du real, l’excédent de la balance commerciale double entre 2003 et 2007. Le dynamisme des exportations repose sur le soja, le sucre mais aussi les véhicules routiers,  l’aéronautique et les machines-outils .

Le Brésil est aujourd’hui la dixième puissance économique mondiale et pourrait accéder au cinquième rang en 2014.

Politique économique: le tournant néokeynésien

Le Président  antérieur, Fernando Cardoso, avait mené une politique économique  fondée sur le tryptique: « privatisation-libéralisation-rigueur budgétaire et monétaire« .

Lula ne rompt pas  avec cette orientation  mais lui donne une coloration plus interventionniste et plus centrée sur le marché intérieur.

Ni privatisations, ni nationalisations: Laurent Delcourt (2010)  insiste sur le coup d’arrêt donné aux privatisations et la multiplication des partenariats public-privé dans le cadre du vaste programme de relance des infrastructures collectives initié en 2007.  L’Etat resserre son contrôle sur les ressources énergétiques du pays sans avoir recours aux nationalisations. C’est ainsi que l’exploitation des gisements de pétrole, découverts récemment le long de la côte ouest, associe entreprises publiques et privées  et qu’une partie des recettes devrait aller à la lutte contre la pauvreté et à l’éducation.

Un équilibre difficile: rigueur économique et soutien à la croissance: Lula ne s’affranchit pas des contraintes financières et, dès son entrée en fonction, il s’engage sur des objectifs de réduction des déficits publics  plus ambitieux que les recommandations du FMI (2,2 milliards d’euros d’économies supplémentaires, alignement des retraites du public sur celles du privé). L’augmentation brutale des taux d’intérêt rassure les marchés financiers sur ses intentions, au risque de pénaliser l’emploi dans les premiers mois de sa présidence.

Cependant, une fois acquise la confiance des marchés financiers internationaux (les capitaux affluent du nouveau, les IDE sont multipliés par 4 entre 2003 et 2008), Lula entreprend une politique active de soutien à  l’investissement et à la consommation. Par exemple, au cours de sa présidence, le  salaire minimum double et le budget de l’Etat  encourage  la recherche et développement. Les mesures anticycliques de relance sont décidées rapidement en 2008.

Politique sociale: l’inflexion libérale-égalitaire

Programme "Bourse Famille"

« Nous ne sommes pas au pouvoir, nous sommes arrivés au gouvernement », déclare Lula lors de son entrée en fonction.  Il ne faut pas oublier en effet que le parti des travailleurs ne dirige  que 3 Etats sur 27 et ne bénéficie que d’une majorité relative au parlement.

En conséquence,  Lula a édulcoré puis abandonné l’ambitieuse réforme agraire que son aile gauche espérait et sa présidence ne débouche pas sur une rupture en termes de répartition des revenus.

L’échelle des revenus se resserre, mais aussi vite que sous la présidence précédente c’est-à-dire à un rythme  fort lent.

Le Brésil reste l’un des pays les plus inégalitaires du monde: le coefficient de Gini (compris entre 0 et 1, il mesure le degré de concentration des revenus) diminue très modestement (0,53 en 2006 contre 0,55 en 2002). Les revenus du dixième le plus riche de la population ont augmenté fortement, tandis que les programmes de lutte contre la pauvreté mis en place par Lula ne représentent au total que 0,84% du PIB.

Pourtant, parce qu’elle est très ciblée , la politique sociale est loin d’être négligeable.

En application du « principe de différence » chèr à John Rawls, l’administration Lula a fait en sorte que la croissance économique bénéficie aussi aux plus démunis.

Le versement de bourses aux familles les plus pauvres avec engagement de scolarisation des enfants et de fréquentation des centres de santé) concerne 12,5 millions de personnes et contribue à la division par deux du taux de malnutrition infantile.

Les quelques dizaines de réals mensuels supplémentaires adressés aux familles les plus modestes ont un impact significatif sur leur conditions de vie (auquel s’ajoutent  l’établissement de restaurants populaires et la distribution de repas gratuits aux éleves de l’enseignement public).

Les auteurs concluent toutefois que la réduction du nombre de pauvres  est principalement dû à la croissance économique.

Au terme de la Présidence Lula, les transferts sociaux restent bien modestes si on les compare aux standards européens:  » Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique révèle que la différence des inégalités en 2006 avant et après transferts sociaux nets d’impôts est très faible en Amérique latine d’une manière générale et au Brésil en particulier. L’écart entre les coefficients de Gini avant et après redistribution n’est que de deux centièmes au Brésil, alors qu’il est de quinze centièmes en Europe (0,46 à 0, 31) (…) En définitive, les programmes sociaux n’ont réduit, depuis 2003 et jusqu’à 2007, que de 6,4% le nombre de pauvres au Brésil. » (Pierre Salama, 2009).

Au moins, Lula aura-t-il contribué à faire émerger l’Etat social dans son pays et à inscrire sa politique dans la durée.

DG

Le Brésil de Lula, Problèmes Economiques, mercredi 15 septembre 2010, n° 3002.