Expatriation française, flux commerciaux et interaction spatiale

 En 2011, 1,6 millions de Français étaient établis à l’étranger et se déclaraient comme tels.  

 Ce nombre a doublé en l’espace de 15 ans.

Dans   » L’expatriation française, un enjeu géopolitique émergent » (2009), Arnaud Brennetot et Céline Colange  proposent un graphique qui illustre très bien l’influence des échanges commerciaux et de la population du pays d’accueil, pondérée par la distance géographique, sur la répartition spatiale des expatriés.

La variable « interaction spatiale » , placé sur l’axe vertical,  synthétise la double influence positive de la population et de la proximité d’un pays sur les relations qu’il entretient avec la France. On la calcule en divisant la population du pays par la distance entre la capitale de ce dernier et Paris.

Sans surprise, les expatriés français ont tendance à se diriger vers nos grands voisins et partenaires  commerciaux européens.

Comme la majorité d’entre eux quittent la France pour des raisons professionnelles il est logique qu’ils  soient amenés ou incités à se déployer vers les marchés les plus accessibles et les plus vastes.

Cependant, les forces « gravitationnelles » (distance, population et richesse) n’expliquent pas tout.

Les liens culturels, les attaches historiques et le contexte politique jouent un rôle important.

Ces autres facteurs, non exhaustifs, expliquent pourquoi la moitié inférieure du graphique offre le spectacle d’une diaspora française très dispersée.

Sans eux, on ne comprendrait pas pourquoi il s’établit autant de Français à Madagascar et au Liban qu’aux Pays-Bas, pourquoi l’Iran est si absente, alors que  l’Algérie, comme Israël, sont aussi attractifs que l’Italie.

Au sujet de la Suisse, destination préférée de nos compatriotes, ce sera no comment.

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Le bilan globalement inégalitaire de la colonisation

Dans un papier intitulé « Income inequality and colonization » (2007), Luis Angeles a découvert l’existence d’une corrélation positive entre la proportion de colons européens installés dans un pays et le degré moyen de concentration des revenus, entre 1947 et 1999.

D’après les estimations de l’auteur, l’effet de la colonisation de peuplement sur la concentration des revenus est considérable:

This value implies that a colony where European settlers constituted 25% of the population would have a Gini coefficient about 10 points higher than one where European settlements were negligible. This is a very large effect, remember that the differences between low inequality countries in Europe and high inequality ones in Latin America or Africa are in the 15–20 Gini points range. The dummy for the “New Europes” is always small and becomes statistically non-significant once several controls are added. This is also in accordance with the description of the colonial experience of these countries.

Les résultats ne semblent pas modifiés par la prise en compte des facteurs climatiques ou la dotation en ressources naturelles. En effet, on pourrait penser qu’un facteur extérieur, comme l’existence d’une richesse naturelle à exploiter, pourrait expliquer la simultanéité d’inégalités fortes et d’une solide présence européenne.

La corrélation mise à jour se comprend aisément: plus la minorité européenne est importante, plus elle concentre entre ses mains les terres ou les ressources minières, au détriment du reste de la population.

Une fois indépendante, l’ancienne colonie reste marquée par les clivages sociaux hérités du passé, notamment parce que les descendants des colons continuent d’occuper le haut de la hiérarchie économique, social et politique.

A ce propos, l’auteur note la singularité de l’Algérie, pays qui ne conserva pas sa minorité européenne à l’issue de la période coloniale.

Du coup, une question ne manque pas de venir à l’esprit: est-ce en raison du départ des français que l’Algérie (DZA, dans le graphique ci-dessus) se distingue par une distribution des revenus relativement peu inégalitaire?

L’auteur, qui ne veut pas être enrôlé parmi les « tiers mondistes », précise que les habitants les plus pauvres des pays à forte présence européenne ne sont pas forcément moins bien lotis que ceux des pays exempts de toute présence coloniale.

Pour émailler d’humour ce sujet tant  controversé, j’ai cru bon de convoquer l’ami Fellag, en ouverture de ce billet.

DG