Les Français, champions des heures sup

heuressup

Quand ils confrontent la durée légale du travail en France à celle de nos partenaires européens, médias et idéologues du labeur négligent la part des heures supplémentaires.

L’étude de Kristina Maslauskaïté (Institut Jacques Delors, juin 2013) sur la concurrence sociale en Europe nous offre une mise au point salutaire.

D’après les estimations de l’auteur, les salariés français employés à temps plein effectuent 41,5 heures hebdomadaires, ce  qui correspond assez exactement à la médiane européenne.

La subtilité française (quel merveilleux pays) réside dans la conjonction d’une durée légale hebdomadaire plutôt  basse et d’un volant relativement élevé d’heures supplémentaires, de  5,5 heures par semaine.

Cela signifie que les 35 heures sont souvent détournées de leur objectif initial et permettent de travailler autant tout en gagnant plus, via la majoration des heures supplémentaires.

Cette situation est originale mais tout de même un peu bancale puisque 13% des horaires de travail sont à discrétion de l’employeur, tandis que  beaucoup de Français regardent en chien de faïence ceux qu’ils accusent de se la couler douce…tout en profitant eux-mêmes, mais indirectement,  des 35 heures.

Gageons qu’au prochain épisode, lorsque la Droite ou le « Socialisme de l’offre » relèveront la durée légale du travail, le débat sur le taux de majoration des heures supplémentaires sera haut en couleur.

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Le marronnier des 35 heures

Alors que le soleil darde ses rayons sur un pays au repos,  voici que le Figaro  ratiocine sur les 35 heures:

« (…) la France se retrouve aujourd’hui avec un chômage de masse et un coût du travail élevé (de 23 % supérieur à celui de l’Allemagne), en dépit des 22 milliards d’euros d’exonérations de charges sociales accordées chaque année aux entreprises pour «compenser» le passage de 39 heures à 35 heures sans perte de salaire. C’est le véritable boulet des 35 heures! Il représente, grosso modo, l’équivalent du budget annuel de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

On se plaint pour 22 milliards, mais ce sont les mêmes qui souhaitent alléger de 50 milliards les « charges sociales ».

Ce conservatisme éternel a quelque chose de rassurant mais il entre dans la phobie des RTT une curieuse manie de réifier les hommes et  d’humaniser les choses, au point que les travailleurs ne doivent faire rien d’autre que travailler, tandis que le fonctionnaire fonctionne  et que l’épargnant épargne.

A la fin des années soixante, un joli film d’Yves Robert vint à point nommé pour tourner en dérision cette absurde mécanique.

Le voici.

35 heures et compétitivité: l’éternel faux débat

Très régulièrement, l’institut Coe-Rexecode déterre la hache de guerre contre les 35 heures accusées d’avoir déclenché le « cercle vicieux de la perte de compétitivité ».

Le ci-devant Directeur général de Rexécode reprend cette lubie dans un opuscule intitulé : « Compétitivité: faut-il imiter les Allemands?« .

Le raisonnement de l’auteur épouse la logique du « théorème d’Helmut Schmidt » (1976). Partant de l’adage bien connu «Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain », on remplace investissement par exportation, on affirme que les RTT ont fait déraper les coûts salariaux et le tour est joué.

Or, plusieurs faits contredisent  la thèse de Rexecode.

En premier lieu, le « cercle vicieux » de la perte de compétitivité a démarré bien avant l’application des lois Aubry et il s’est prolongé en dépit de leur remise en cause. Globalement, cela fait  20 ans que  la part des exportations françaises dans le commerce mondial  est en diminution.

Ensuite, le décrochage des exportations françaises n’entretient pas de lien évident avec la variation du coût variable en main d’oeuvre puisque, entre 1999 et 2005, le coût salarial unitaire diminue autant en France qu’en Allemagne. A force de se focaliser sur le coût en travail, on en oublie les coûts fixes, qui sont particulièrement importants dans certains secteurs, comme l’automobile.

Enfin, la loi de Kalecki nous enseigne qu’un excédent commercial correspond à un supplément de profit pour l’ensemble des entreprises exportatrices, du fait qu’elles vendent leur production à  des clients étrangers, sans avoir, en contrepartie, à  les salarier. Par conséquent, c’est parce que l’Allemagne exporte beaucoup que les profits progressent plus vite que  le PIB.

D’où vient le dynamisme exportateur allemand?

Côté coûts, le secteur manufacturier a tiré avantage de l’importation de biens intermédiaires (via les délocalisations) et de l’effondrement de la condition salariale chez les fournisseurs locaux de services aux entreprises, de transport ou de restauration (Natixis). Chez nous, en dépit des horribles 35 heures, les firmes industrielles  pratiquent les délocalisations à moindre échelle (cf graphique ci-dessous) et le salaire minimum protège quelque peu les employés du secteur tertiaire.

On devine vers quelle régression sociale souhaite nous amener Rexecode. En revanche, on se demande pour quels résultats, car avec la montée des coûts de production dans les pays émergents et les revendications salariales en Allemagne, le modèle d’Outre-Rhin  devrait s’essouffler, tandis que notre démographie dynamique ne nous oblige pas à chercher éperdument des clients  extérieurs.

D’ici là, espérons que notre pays aura mis l’accent sur d’autres aspects que la compétitivité coût, comme l’innovation et la qualité des produits. Nous voilà bien loin des 35 heures. Mais  justement, c’est  loin  des débats théologiques que résident les solutions aux difficultés du made in France.

DG

La France qui travaille trop n’est plus

On le sait peu, mais depuis 10 ans, notre pays travaille autant que ses principaux partenaires européens.

Mesurons le chemin parcouru, depuis le moment où Georges Moustaki entonnait Le temps de vivre, en 1973.

Evolution de la durée annuelle moyenne du travail

Comme on peut le constater dans le graphique ci dessus,  les négociations sur les « 35 heures » ont couronné un lent processus de convergence, qui a aligné la durée annuelle moyenne de travail sur celle de  l’Allemagne, de Italie, des Pays-bas, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni (Insee 2010).

Plusieurs causes président à ce mouvement: la féminisation de la main d’oeuvre, les gains de productivité, le volontarisme législatif, mais aussi les soubresauts d’un certain mois de mai.

Au moment où la France du travail souffle enfin, ayons une pensée pour les premiers économistes  (pas ceux de BFM), qui déploraient  souvent la tendance des hommes à trop travailler.

D’Adam Smith, qui  souhaitait   la semaine de 4 jours pour préserver la santé de la main d’oeuvre, à la théorie marxiste du « surtravail », jusqu’ aux thèses de John Stuart Mill, favorables au temps libre, les économistes classiques ne cédaient pas à la mythologie du travail.

Chacun à  leur façon, ces penseurs avaient bien de l’avance sur nos modes de vie.

DG

Jamais travailler moins, toujours travailler mieux?

La Bible dit, qu’à l’origine, Adam et Eve cultivaient la Terre sans efforts. Le rendement de leur travail était illimité. Ils avaient le temps d’aller déambulant dans le jardin d’Eden, tout en parlant aux animaux.

Suite à un regrettable incident, tout fut chamboulé.  La Terre fut maudite et les humains durent suer pour en arracher leurs moyens de subsistance.

Depuis lors, l’humanité aspire à retrouver le temps du travail sans peine.

Les données de l’OCDE (source ici), comparatives du temps de travail et de la productivité par personne, nous montrent que nous en sommes encore loin:

  • Tout d’abord, dans les pays on l’on trime (Chili, Mexique….), ce n’est pas par plaisir, mais pour compenser le faible rendement du travail. Les pays où l’on travaille le moins (Norvège, Pays-Bas, France…) ne rasent pas gratis, bien au contraire. Leurs faibles horaires sont compensés par une productivité élevée. Quant à  la France, sujette au questionnement sur la place du travail,  elle suit très exactement la tendance générale, ni plus, ni moins.
  • Lorsque des pays s’écartent du lot commun, c’est plutôt pour « travailler trop » (Irlande, Etats-Unis, Israël, Grèce, Corée) et rarement l’inverse (Pays-Bas, Allemagne).
  • Les amplitudes de productivité sont plus fortes que celles du temps de travail. Cela signifie que c’est l’efficacité du travail qui imprime sa marque à la croissance de la production et non pas le jours de congés payés. Cela signifie aussi qu’il existe une sorte de résistance sociale, tant à la baisse du temps de travail qu’à son augmentation.

DG

Les 35 heures, c’est libéral

« Les éternels combats entre libéraux et dirigistes s’enlisent souvent dans des débats théoriques, alors que, en pratique, la frontière est simple:

-est libéral celui qui se borne à préciser ou modifier la règle du jeu, en laissant les acteurs s’y adapter.

-est dirigiste celui qui exige que les acteurs lui soumettent leurs décisions pour appréciation.

Ainsi, la loi sur les 35 heures est elle libérale en ce sens qu’elle se borne à déplacer le compteur d’une règle du jeu existante en France et dans tous les pays, alors que l’autorisation de licenciement est dirigiste parce qu’elle exige une appréciation de l’Etat sur une décision de l’entreprise« .

Lionel Stoléru, L’économie: comprendre l’avenir (1999)

Les Français travaillent-ils trop peu?

Cette fois-ci ça y est, l’institut Rexecode en a la preuve: les 35 heures ont transformé la France en pays du farniente.

S’appuyant sur une enquête d’Eurostat, l’institut patronal nous apprend qu’un salarié français à temps plein n’effectue que 31,5 heures de travail par semaine, soit la durée la plus basse de l’UE des 27, juste après la Finlande.

1679 heures par an, voilà tout ce qu’il reste de l’ardeur à la tâche depuis les RTT.

Rexecode obtient son chiffre en excluant les travailleurs indépendants, qui triment 50% de plus que les salariés à temps plein (un record en Europe) et en compilant toutes les durées passées sur le lieu de travail, du temps productif aux pauses en passant par les temps d’entretien des équipements ou les temps morts dus à des accidents.

A partir de là, Rexecode disserte sur le manque à gagner  que constitueraient les RTT.

En Allemagne, un « bon » partage du travail,  modéré et qui résulterait de la libre négociation et de la montée du temps partiel, s’est développé.

Pendant ce temps, en France, les lois Aubry auraient doublé la vitesse « normale » de diminution du temps de travail.

Les malheurs de la France tiendraient-ils vraiment à 135 heures  « manquantes »  par salarié à temps plein?

La  façon qu’a Rexecode d’étudier compulsivement la durée de travail des français pour redémontrer tous les six mois la nocivité des 35 heures tient  du délire.

  • Il est normal que les allemands travaillent plus que nous. Non seulement ils sont plus impliqués dans le secteur industriel (les horaires sont généralement supérieurs à ceux des services) mais le boom récent des exportations industrielles allemandes fait grimper les heures supplémentaires jusqu’à des sommets (voir l’étude de Gerhard Bosch, Working time and working time policy in Germany)
  • La France privilégie l’emploi. En effet, hormis l’Espagne, on constate que le volume total d’heures de travail diminue partout car, plus les horaires diminuent, plus emploi augmente. La France a beaucoup réduit ses horaires, mais dans le même temps, elle a fortement accru son nombre d’emplois entre 1999 et 2010 (+ 14%)… de sorte que le volume total d’heures a moins diminué chez nous  qu’en Allemagne.
  • Les 35 heures ont enrichi la croissance en emplois moins précaires. Alors qu’ailleurs, la proportion d’emplois à temps plein a diminué, dans notre pays, celle ci a augmenté.
  • L’important, c’est la productivité horaire. La France conserve une avance, mais la productivité a relativement peu augmenté dans la dernière période. C’est dans l’amélioration des conditions de travail et de la formation qu’il faut rechercher des marges d’action.

Les horaires de travail  constituent, peut-être, un enjeu moral ou théologique, mais sur le long terme ils ne pèsent plus beaucoup en termes de production. En revanche, il s’agit d’une forme de redistribution des gains de productivité, tout aussi légitime que la baisse des prix, la hausse des salaires ou des profits.

A court terme, les horaires sont sensibles aux ondulations cycliques de l’économie.

La récession fait que nous travaillons moins que dans les pays à croissance rapide.

Pourquoi inverser la causalité?

Rexecode chercherait-il à culpabiliser les salariés français?

DG

Compétitivité, 35 heures et démagogie

Le feuilleton des anti-35 heures continue.

Je caresse l’idée d’un jingle.

La commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale vient de rendre public un rapport sur « Les faiblesses et défis du commerce extérieur ».

Pour changer, les 35 heures sont dans le collimateur:

(…) la compétitivité prix des produits français a subi des chocs importants, notamment liés aux réformes du temps de travail des années 1998 et 2000. La compétitivité prix française connaît ainsi une stagnation puis une baisse à partir de 2000.

Je suis allé à la recherche de ces « chocs importants » liés aux 35 heures.

Tout d’abord, j’ai consulté le graphique sur lequel les détracteurs des RTT s’appuient (ci-dessous).

Mais où donc est le choc?

Il est vrai que la compétitivité-prix de nos produits stagne à partir de 2000..

Mais n’est-ce pas également le cas en Allemagne, en Espagne et en Italie?

Au passage, je note qu’au pays d’Angela, comme dans celui de Nicolas,  les gains de compétitivité de la période 1998-2000 s’évanouissent presque totalement entre 2000 et 2004.

Continuant sur ma lancée, je m’en suis allé feuilleter un autre rapport sur le commerce extérieur, proposé cette fois ci par le Conseil d’Analyse Economique.

On y découvre l’évolution des prix relatifs allemands, français et italiens par rapport à ceux de la zone euro  entre 1978 et 2006.

Depuis Saturday night fever, les prix relatifs  français ont globalement diminué de 20%, tandis que les prix allemands ont gagné 30%.

Les 35 heures n’ont pas changé grand chose à nos prix.

Et si c’était cela le problème?

Après tout, pourquoi le made in France se vend il si peu malgré des prix  compétitifs?

Pour comprendre cette contradiction, il faut tenir compte de la compétitivité-hors prix, c’est-à-dire la qualité de la production.

Le rapport de l’Assemblée nationale évacue la question d’un revers de main:

La compétitivité d’un produit intègre plusieurs éléments, que l’on peut regrouper entre différences de prix et éléments hors prix (qualité, réputation, etc.). Bien qu’elle soit difficile à mesurer, la compétitivité hors prix des produits français ne saurait avoir régressé au point qu’elle expliquerait l’aggravation que connaît notre déficit extérieur depuis dix ans.

CQFD…

En réalité, les allemands sont en meilleure position que nous sur les délais de livraison et le service commercial.

La fiabilité des produits et la qualité des services associés justifient leurs hauts salaires, ce qui en retour incite à produire du haut de gamme.

La France a fait un autre choix, ce qui explique peut-être sa difficulté à répondre aux besoins des pays émergents et la moindre  résistance de nos exportations à l’appréciation de l’euro.

Eventuellement, on pourrait se demander si les 35 heures n’ont pas conforté cette tendance en incitant à la modération salariale ou à l’embauche de salariés moins qualifiés et moins rémunérés.

Encore faut-il le démontrer, avec de petites équations et de jolis graphiques.

Mais les 35 heures constituent un « marqueur politique » de choix, ce qui explique la navrante partialité du rapport de l’Assemblée nationale.

Parler de qualité de la production, ce n’est pas assez clivant aux yeux de certains.

Que les députés anti-RTT fassent un petit effort de subtilité et on se donnera la peine de les prendre au sérieux.

DG

L’arlésienne des 35 heures

Comme il faut bien alimenter la campagne électorale avec quelque chose, la majorité actuelle  relance la bonne vieille querelle des 35 heures.

C’est une idée fixe: travailler plus serait non seulement moral mais rendrait nos entreprises plus compétitives.

Comme toute pensée magique, cette thèse n’est confirmée par aucun fait tangible.

Voici l’évolution des exportations en volume (hors inflation) de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne depuis 1999.

Il est vrai qu’entre 2000 et 2004 les exportations françaises ont stagné.

Mais le phénomène concerne également les pays d’Europe du sud.

On serait bien en peine d’en attribuer l’origine aux horaires travaillés puisque l’Allemagne, qui caracole en tête des exportations, est le pays où l’on travaille le moins.

Ajoutons que les 35 heures n’ont pas porté atteinte aux profits des entreprises françaises (graphique ci-dessous)

Pour expliquer la « contre-performance » de la France à l’exportation, il vaut mieux s’intéresser au manque de qualité de la production (basse-moyenne gamme) et tenir compte du dynamisme de la demande intérieure.

Quant à la paresse présumée des Français, il s’agit d’une idée reçue selon The Economist, qui préfère souligner le mauvais dialogue social qui règne dans nos entreprises:

In fact studies suggest that the problem with French employees is less that they are work-shy, than that they are poorly managed. According to a report on national competitiveness by the World Economic Forum, the French rank and file has a much stronger work ethic than American, British or Dutch employees. They find great satisfaction in their work, but register profound discontent with the way their firms are run. Two-fifths of employees, according to a 2010 study by BVA, a polling firm, actively dislike their firm’s top managers. France ranks last out of ten countries for workers’ opinion of company management, according to a report from 2007. Whereas two-thirds of American, British and German employees say they have friendly relations with their line manager, fewer than a third of French workers say the same. Many employees, in short, agree with Ms Maier, who recommends that chief executives be guillotined to the tune of “La Carmagnole”, a revolutionary song.

Il n’était pas raisonnable de miser sur la diminution du temps du travail  pour  régler la question du chômage.

Mais ce n’est pas une raison pour y voir la cause de tous nos maux.

DG

Rexecode repart en guerre contre les 35 heures

Les Boréades (Jouissons de nos beaux ans). J. P. Rameau (1756)

Les romans de Wilkie Collins sont remplis de personnages secondaires très amusants  qui vont répétant sans cesse les mêmes choses.

Ainsi fait Michel Didier, Président de l‘Institut COE-REXECODE,  qui ne rate jamais l’occasion de dire tout le mal qu’il pense des 35 heures.

La dernière fois, c’était en avril, sur les ondes d’une radio qui se dit  La radio de l’éco.

Pour couper court aux revendications plébéiennes en matière de pouvoir d’achat, exigences que le Président Didier dit ne pas très bien comprendre, ce dernier proclame: le pouvoir d’achat, c’est le PIB.

A-t-il prévenu l’INSEE de cette nouvelle définition?

Lire la suite « Rexecode repart en guerre contre les 35 heures »

La compétitivité française décroche-t-elle par rapport à l’Allemagne?

Certains rapports ont un titre qui claque. Mettre un terme à la divergence de compétitivité entre la France et l’Allemagne (Coe-Rexecode) est de ceux là.

On y prétend que l’industrie française est à la traîne vis-à-vis de l’Allemagne et que les gouvernements progressistes ont plombé notre compétitivité:

(…) les deux périodes de divergence de compétitivité entre la France et l’Allemagne (au cours de la décennie 80 et plus récemment depuis 2000), ont fait suite à la mise en place en France de politiques macroéconomiques fortement pénalisantes pour la compétitivité en France (augmentation du coût du travail lors du passage au 39 heures à salaire inchangé et forte hausse du SMIC au début des années 80, plus récemment passage au 35 heures et hausses du SMIC horaire).

Comme nous l’allons montrer, les auteurs du rapport sont dans l’erreur.

 

Ce sont les exportations allemandes qui évoluent de façon atypique


Taux d’ouverture industriel de la France et de l’Allemagne, 1967-2008


 

Dans le graphique ci-dessus, on remarque que l’augmentation du taux d’ouverture français (exportations de biens/PIB) est relativement constante depuis 1967, tandis que le taux d’ouverture allemand double en fin de période (1994-2008).

Rexecode y voit la preuve du « décrochage » français.

Il est vrai qu’en 2008 l’Allemagne exporte deux fois intensément que la France, mais n’était-ce pas déjà le cas sous l’ère gaulliste?

En réalité,  la réunification de l’Allemagne a provoqué un choc sur la demande et les salaires qui explique la « fermeture » de l’économie au début des années quatre-vingt-dix. Le rattrapage ultérieur n’en est que plus rapide et, contrairement aux autres pays occidentaux, l’Allemagne gagne des parts de marchés entre 1999 et 2008 (cf graphique ci-dessous).

 

Parts de marché des 10 premiers exportateurs de biens, 1967-2008

 

Les 35 heures n’ont pas pénalisé les exportations françaises


Avant 2000, les salariés français travaillaient deux heures de plus que leurs homologues allemands.  Les 35 heures ont inversé la situation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme il n’est pas en eux de savoir se gêner, les économistes de Rexecode clament que  les 35 heures ont fait déraper les coûts de production.

Ont-ils tiré les bons enseignements de  leurs propres graphiques?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous observons que les coût salariaux unitaires allemands et français évoluent de concert jusqu’en 2004, sans que les 35 heures y changent quelque chose.

Si l’on pousse un peu l’analyse, il est aisé de constater que les coûts allemands baissent lorsque la durée du travail diminue (2001-2006) et que les coûts français augmentent lorsque durée du travail progresse (2005-2008).

N’est-il pas légitime de s’interroger sur l’impact des heures supplémentaires en termes de rendement horaire?

 

La France n’est pas l’Allemagne


Les auteurs s’évertuent à rapprocher la structure productive des deux pays, alors que  leurs atouts sectoriels respectifs diffèrent.

Consultons le  Panorama de l’économie mondiale (CEPII) dans lequel figurent les avantages comparatifs révélés de la France et de l’Allemagne, c’est-à-dire les secteurs dans lesquels les exportations sont relativement  intenses.

A l’inverse de l’Allemagne, qui ne cesse d’approfondir sa « mono » spécialisation industrielle,  la France équilibre ses exportations de services et de biens.

 

Avantages comparatifs révélés de la France (en millième de PIB)

 

 

 

Avantages comparatifs révélés de l’Allemagne

 

 

 

Curieusement, il est  fort peu question des services dans le rapport de Rexecode. Pourquoi donc? Parce que la main d’oeuvre y travaille moins longtemps que dans l’industrie?

Le temps où l’industrie monopolisait nos avantages comparatifs est révolu. Quant au « décrochage » industriel, il ne doit rien aux 35 heures puisqu’il semble s’effectuer entre 1979 et 1989.

DG

35 heures et compétitivité:mythes et réalités

A entendre les critiques acharnées dont elles font l’objet, on finirait presque par se demander si les  RTT ne constituent pas,  avec la loi du maximum  de 1793 et les 40 heures de 1936, la troisième « catastrophe » économique de l’histoire française moderne.

De façon contradictoire, on reproche aux 35 heures de faire  baisser les salaires, de détruire l’emploi et de dégrader nos parts de marché à l’exportation.

Les économistes sont beaucoup plus prudents.

Un article d’Alternatives Economiques (résumé ici) nous apprend que la réduction du temps de travail n’a pas provoqué d’élévation du coût du travail.

En effet, les allègements de charges sociales, les progrès de productivité et la meilleure utilisation des équipements dans le cadre de l’annualisation du temps de travail ont évité la dérive des coûts de production.

En revanche, les centaines de milliers de postes de travail qui ont été crées ou sauvés ont été « l’ennemi de la fiche de paye » puisque les entreprises ont privilégié les emplois les moins rémunérés.

Christophe Blot et Marion Cochard (OFCE) n’observent pas de dégradation de la compétitivité-prix du fait des 35 heures: « Loin des idées généralement véhiculées sur cette période (1998-2002), l’évolution de la compétitivité a été bien plus favorable en France que chez la plupart de ses voisins européens, grâce à une évolution salariale mesurée et d’importants gains de productivité dans l’industrie, secteur qui est le principal contributeur aux soldes commerciaux mondiaux » (L’économie française 2011, OFCE). Par contre, les choses se gâtent après 2003. Entre 2003 et 2007, l’Allemagne renforce sa position dans la zone euro au prix d’un recul du salaire moyen de 1,1% (en moyenne annuelle).

On gagnerait, me semble-t-il, à évaluer les 35 heures sous un angle plus sociétal.

Eu égard à toutes les personnes qui ont pu accéder aux joies d’un week-end entièrement consacré au repos, la persistante animosité de quelques uns laisse songeur.

DG

 

Les 35 heures sont sans effet sur la compétitivité française

Pour doper la croissance, faut-il forcément sacrifier les salaires et modifier notre rapport au temps de travail? Non point, nous disent les économistes Christophe Blot et Marion Cochard.

Ils montrent que la croissance de l’Allemagne, fondée  sur l’exportation et la réduction aggressive des coûts salariaux, a été inférieure à la performance française (1,6% vs 2,2% entre 1999 et 2008). C’est pourquoi les auteurs qualifient le « succès » de la stratégie allemande de « victoire à la Pyrrhus ». Taquins va.

Pour aggraver leur cas, C. Blot et M. Cochard défendent l’idée que les 35 heures n’ont pas fait déraper les coûts salariaux unitaires en raison du regain de productivité et de la modération salariale qui les accompagnèrent. Ils font remarquer que la compétitivité-prix des entreprises industrielles françaises ne « décroche » qu’à partir de 2003.

Les auteurs soulignent les risques d’une  « course à la baisse des salaires » à l’intérieur du continent européen (anémie de la consommation des ménages, gains de part de marché obtenus au détriment des pays partenaires). Il leur semble plus pertinent de mettre l’accent sur une stratégie coordonnée d’encouragement à l’innovation.

D. G

Christophe Blot, Marion Cochard, « Compétitivité des pays de la zone euro. Le coût de la compétitivité à tout prix« ‘. Lettre de l’OFCE, n°322, 06/07/2010.

Adam Smith favorable à la semaine de quatre jours

smith

Avant de poursuivre les « ballades smithiennes » sur le thème sur commerce international faisons une halte au chapitre « Des salaires du travail ». De bien sages propos concernant l’intensité du labeur s’y donnent à lire:

« Cette fainéantise de trois jours de la semaine, dont on se plaint tant et si haut, n’a souvent pour véritable cause qu’une application forcée pendant les quatres autres. Un grand travail de corps ou d’esprit, continué pendant plusieurs jours de suite, est naturellement suivi, chez la plupart des hommes, d’un extrême besoin de relâche qui est presque irrésistible, à moins qu’il ne soit contenu par la force ou par une impérieuse nécessité.

C’est le cri de la nature qui veut impérieusement être soulagée, quelquefois seulement par du repos quelquefois aussi par de la dissipation et de l’amusement. Si on lui désobéit, il en résulte souvent des conséquence dangereuses, quelquefois funestes, qui presque toujours amènent un peu plus tôt ou un peu plus tard le genre d’infirmité qui est particulière au métier.

Si les maîtres écoutaient toujours ce que leur dictent à la fois la raison et l’humanité, ils auraient lieu bien souvent de modérer plutôt que d’exciter l’application au travail, chez une grande partie de leurs ouvriers.

Je crois que, dans quelque métier que ce soit, on trouvera que celui qui travaille avec assez de modération pour être en état de travailler constamment, non seulement conserve le plus longtemps sa santé, mais encore est celui qui, dans le cours d’une année, fournit la plus grande quantité d’ouvrage. »

Adam Smith, La Richesse des nations, Livre 1, chapitre 8, p.154 (GF Flammarion).

Les 35 heures ont-elle pénalisé notre compétitivité?

« Alexandre le bienheureux » 1967 (film d’Yves Robert)

Selon le Figaro « La France paie toujours la facture des 35 heures« . Etude du Coe-Rexecode à l’appui, il est affirmé que la réduction du temps de travail est à l’origine de « la perte de 3 points de parts de marché  de la France dans la zone euro depuis 1999« .

Ce journal relaie ainsi l’inquiétude du Medef dont la Présidente écrivait il y a peu « Nous avons toujours le droit de jouer dans la compétition économique mondiale, mais plus en première division ! ».

Cela fait longtemps que les économistes de Rexecode bataillent contre les RTT et expliquent (voir ici) qu’elles pèsent depuis 10 ans sur la compétivitité des entreprises françaises. Rien de nouveau sous le soleil. Mais répétition vaut-elle raison?

35 heures=choc négatif sur l’offre?

S’il y avait eu dérapage des coûts de production à cause des 35 heures ont aurait du observer un choc sur le coût unitaire salarial de l’industrie(coût total en main d’oeuvre d’une unité produite que l’on obtient en confrontant les évolutions de la productivité, des charges sociales et des salaires).

Or ce n’est point le cas (suivez la ligne violette ci-dessous).

Cout salarial unitaire

Un miracle? Non, c’est que le regain de croissance de la productivité, le ralentissement de la progression des salaires et la diminution des charges sociales ont permis aux entreprises d’absorber le « choc » des 35 heures.

Ceux qui voient dans les 35 heures une aberration post marxiste devraient considérer cette réforme comme la poursuite de la stratégie de diminution du coût du travail accompagnée, chose horrible,  de deux lois qui fixent de modestes contre-parties en termes d’emploi et de conditions de travail.

Que regrette-t-on du côté de Rexecode? que la France n’ait pas suivi l’exemple de son partenaire allemand qui, dans le même temps, pratiquait une stratégie de réduction des coûts salariaux beaucoup plus agressive (gel des salaires, délocalisations, « tva sociale »…). Fallait-il agir ainsi?

france allemagne

Trois remarques:

-Depuis 2000 la stratégie allemande est isolée en Europe… et quelque peu non coopérative (cf graphe de droite ci-dessus). Elle a abouti à une telle compression de la dépense interne que l’on annonce des réductions d’impôts pour soutenir le revenu disponible les ménages. Cela coûte cher…mais les savants de Rexecode n’y voient guère à redire alors  qu’ils se plaisent à souligner le coût budgétaire des 35 heures.

-Le différentiel d’évolution des coûts unitaires salariaux entre la France et la zone Euro a retrouvé son niveau d’avant les 35 heures.

-Il n’est pas certain que la diminution des coûts salariaux constitue le meilleur truchement pour redresser la compétivité du « made in France ». Dès 2003 les économistes du CAE ne recommandaient-ils pas d’aller au delà de la compétivité-prix et d’inciter à la RetD ou encore d’encourager les investissements d’éducation et formation?

Travailler moins pour investir moins?

Chez Rexecode on va se plaignant de ce que les 35 heures ont contribué à réduire le profit et les investissements. Mais nulle trace de cela dans les statistiques! En revanche on gagnerait à s’interroger sur la façon dont est utilisé l’excédent brut d’exploitation alors que celui-ci semble avoir retrouvé un niveau confortable.

Alors, au moment où l’on s’enorgueillit d’investir dans l’avenir (le Gouvernement vient subitement de s’apercevoir de la direction à prendre avec les investissements du « grand emprunt ») que les experts de Coe-Rexecode ne cessent-ils leur guéguerre contre les RTT?

 D.G