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Les évolutions du patrimoine extérieur de la France depuis 1998

La balance des paiements et la position nette extérieure sont deux outils de la comptabilité nationale que le public méconnait souvent et qui, il faut bien l’admettre,  rebutent un peu à cause de leur aridité. Pourtant, ces documents nous offrent une perspective globale sur les interdépendances réelles, monétaires et financières entre un pays et son environnement (« le reste du monde »), ce qui n’est pas sans intérêt à l’ère de la « mondialisation ».  Dans le schéma ci-dessous, pour la nécessité de la pédagogie, je propose une synthèse qui choquera très légèrement les puristes mais qui, espérons le, permettra au lecteur non spécialisé de goûter aux joies de l’approche macroéconomique en termes de circuit.

Partons des données 1998. Cette année là, la comptabilité du patrimoine extérieur net nous montre les trois domaines dans lesquels les avoirs de la France étaient supérieurs à ses engagements. Graphiquement, la flèche sortante en direction du reste du monde illustre la sortie de capitaux qui était la contrepartie de l’acquisition de trois catégories d’actifs:

  • 45 milliards de créances nettes sur le reste du monde (la France prêtait 45 milliards de plus qu’elle n’empruntait)
  • 60 milliards de réserves en devises
  • 160 milliards sous forme de participations durables nettes dans des activités économiques à l’étranger (investissements directs à l’étrangers).

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Pour financer ces acquisitions, la France a cédé au reste du monde des actions et des obligations (« titres de portefeuille »), à hauteur de 120 milliards nets. Elle a aussi cédé des « actifs réels », en recyclant les excédents commerciaux en biens et services et de revenus accumulés au cours des années précédentes.  Ainsi, en 1998, la qualité du made in France et de la signature de l’Etat étaient les deux jambes sur lesquelles notre pays s’appuyaient pour acquérir des entreprises hollandaises ou des titres de dette publique espagnole.

Examinons la situation en 2017.

Trois constats s’imposent:

  • L’augmentation spectaculaire des stocks d’actifs échangés (plus de 1000 milliards contre 265 milliards en 1998) et notamment la multiplication par 7 des ventes de titres de portefeuille au reste du monde.
  • La « bancarisation macroéconomique » de la France: en effet, comme une banque, notre pays emprunte à faible coût, sous forme de dettes et de ventes de titres de portefeuille, pour  « prêter » à long terme, et à meilleur rendement,  sous la forme d’investissements directs étrangers.
  • Les entrées de capitaux étrangers sont si massives qu’elles excèdent les sorties sous forme d’acquisitions de devises et d’investissements directs, de sorte que le reliquat sert à financer nos importants déficits commerciaux en marchandises et en services.

On le voit,  vingt ans d’intense mobilité des capitaux et des marchandises, renforcée par notre participation à l’Euro, ont financiarisé profondément nos relations extérieures, au point que la France dispose d’un avantage comparatif considérable dans ce secteur… au détriment, peut-être, de son industrie.

Toutefois, si à l’avenir les échanges internationaux d’actifs étaient appelés à stagner, il pourrait être intéressant de jouer sur leur composition afin de réduire les déficits courants. En effet, toutes choses égales par ailleurs, une hausse des investissements français à l’étrangers s’accompagnerait d’une baisse de nos déficits extérieurs. Comme quoi, même à l’ère de la crise la mondialisation, on n’en a pas fini avec les interdépendances.

La diversité crée 15% du PIB de la France

 

La « diversité », au sens strict, désigne les personnes d’origine étrangère qui résident sur le sol français, c’est-à-dire les immigrés et leurs descendants. Dans un sens plus étendu, la diversité rend compte du métissage de la population résidente, ce qui implique de comptabiliser les ménages dits « mixtes ».

Selon l’Insee, la diversité rassemble un peu plus de 4,5 millions de ménages qui se répartissent comme suit:

  • Ménages immigrés : 2,1 millions
  • Ménages descendants d’immigrés (1ère génération) : 1,25 millions
  • Ménages mixtes (dont un seul conjoint est immigré): 1,17  millions

Pour tenir compte de la profondeur temporelle de l’immigration en France, il convient de tenir compte des descendants d’immigrés de deuxième génération,  qui regroupaient (en 2011), 4,67 millions de personnes.

Je me propose d’estimer la contribution économique de ces personnes à la richesse produite chaque année dans le pays.

Le résultat obtenu est considérable.

La diversité est à l’origine de 15,4% du Produit intérieur brut de la France, soit 300,22 milliards d’euros, ce qui équivaut au PIB de l’Autriche

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La méthodologie qui permet d’aboutir à ce résultat est assez simple. Elle consiste à calculer les revenus que les ménages concernés ont crées.

Au point de départ, nous disposons du montant et de la composition du revenu disponible par catégorie de ménage (Immigrés et descendants d’immigrés en France-Edition 2012).

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Ce tableau est important car il contient des indications sur les revenus directement issus de la production effectuée par les ménages liés à l’immigration. Chacun de ces revenus figure au PIB. Il s’agit de salaires, de revenus du travail indépendant et de revenus du patrimoine (loyers, intérêts…).

Bien sur, il faut retraiter  les données du tableau ci-dessus:

  • Les immigrés reçoivent 5 milliards d’allocation chômage. On les retranchera donc de la colonne salaires et allocations chômage.
  • Les employeurs des immigrés versent 51 milliards au titre des cotisations sociales. Cette estimation découle du comportement moyen des entreprises en France, qui versent 57 centimes de cotisations pour chaque euro de salaire net.

En ce qui concerne la contribution économique des « petits-enfants » d’immigrés, j’ai choisi d’appliquer une règle simple, qui consiste à multiplier leur nombre par le PIB moyen par habitant de notre pays, considérant qu’ils ne se différencient pas du reste de la population au plan économique, du moins, tant qu’une étude ne le démontre pas.

Le chiffre auquel on parvient ici n’est qu’une estimation informelle et non exhaustive, qui ne tient pas compte, par exemple, des résultats économiques des sociétés dont le dirigeant est immigré ou bien encore des profits que les employeurs de salariés immigrés retirent de cette exploitation (a priori, plusieurs dizaines de milliards d’euros…).

Quoiqu’il en soit, si par la plus obscure des providences, un régime identitaire post démocratique venait à chasser toutes les personnes d’origine étrangère, parents, enfants (ainsi que conjoints autochtones), la France perdrait instantanément un sixième de sa richesse annuelle.

Au plan matériel, c’est beaucoup, mais en termes de déchéance morale collective, les dégâts seraient, eux, incalculables.

DG

 

 

Sortir de l’Euro: un pari risqué pour des gains modestes

 

La dernière livraison de l’External sector report* du Fonds monétaire international était  très attendue par tous ceux qui scrutent avec inquiétude les déséquilibres commerciaux qui marquent les relations internationales actuelles. C’est la raison pour laquelle la sortie de ce rapport le 27 juillet dernier a fait l’objet d’une publicité immédiate dans la presse.

Le FMI nous apprend qu’en raison de certaines caractéristiques structurelles (démographie, revenu/habitant, croissance économique, dépenses publiques…) l’excédent « normal » de la balance courante allemande devrait s’élever à 4,5% de son PIB et non pas 8,5%, comme on l’observe actuellement.

D’après le FMI,  la suprématie commerciale allemande correspondrait à un gain de compétitivité prix de l’ordre de 15% par rapport aux prix mondiaux et de respectivement 23% et 26% par rapport à la France et aux Etats-Unis. C’est tout à fait considérable, mais de là à en conclure que la France devrait sortir de l’Euro pour retrouver une parité monétaire plus conforme à ses intérêts, il y a plus qu’un pas et le FMI ne se risque pas à le franchir.

Essayons tout de même d’imaginer le gain maximum que notre pays retirerait d’un réajustement global des parités.

Le FMI juge que la balance courante de la France devrait être positive (+1,2 % du PIB) et que le déficit actuel équivaut à une carence de compétitivité prix de l’ordre de 11% vis-à-vis du reste du monde entier.  Théoriquement, le manque à gagner commercial s’élèverait à  60 milliards d’euros, soit 2,8% du PIB français, mais cela ne signifie pas qu’une dévaluation de 11%  suffirait à rétablir d’autant nos comptes extérieurs et notre PIB car il faut tenir compte des inconvénients macroéconomiques d’une dévaluation (hausse du coûts des importations, perte de pouvoir d’achat etc….).

Les conclusions d’une étude récente de l’OFCE ** amènent à penser que si la France souhaitait récupérer les 2,8% de PIB évoqués par le FMI elle devrait procéder à une dépréciation monétaire de 20% vis-à-vis de tous ses partenaires commerciaux (y compris ceux de la zone Euro).

Les retombées macroéconomiques d’une dépréciation de 20% sont les suivantes:

  • L’augmentation de l’emploi serait significative mais non durable: +110.000 postes la première année, + 420.000 postes, au total, dans les 3 premières années. Au delà de 3 ans, l’effet positif s’estomperait, les 2/3 des emplois disparaissant dans les 5 années ultérieures. Bien évidemment, dans l’hypothèse où la France se contenterait de déprécier sa monnaie de 10% (afin d’effacer la surévaluation mise à jour par le FMI), l’impact positif sur l’emploi serait divisé par deux.
  • Dans le même temps, on assisterait à un net regain d’inflation: +3,4% la première année, +7,6% sur trois ans.  Le rebond s’amplifierait avec le temps (16% au bout de 8 ans).

Autre mauvaise nouvelle pour les plus germanophobes des partisans de l’abolition de l’Euro: le FMI juge qu’ un réajustement monétaire n’éliminerait pas l’excédent commercial allemand (la moitié subsisterait).

De plus,  l’excédent français attendu serait assez modeste (+1,2% du PIB).

Enfin, aussi bien le travail du FMI que celui de l’OFCE reposent sur l’hypothèse que les monnaies s’ajustent paisiblement, c’est-à-dire sans tourmente financière (fuite des capitaux, hausse des taux d’intérêts…) et sans qu’aucun de nos partenaires ne riposte pour rétablir sa compétitivité. Tout ceci est loin d’être certain…

On le constate, le pari économique que représente la sortie de l’Euro apparaît fort  risqué puisqu’il ne règlerait pas les problèmes de l’économie française et ajouterait probablement de l’incertitude à notre environnement économique.

DG

Références

* 2017 External sector report , FMI. 27/07/2017

** Baisse de l’Euro et désinflation compétitive. Quel pays en profitera le plus? Bruno Ducoudré, Eric Heyer. Revue de l’OFCE. Analyses et prévisions 136 (2014)

Non, la dépense publique n’occupe pas une place excessive dans le PIB français

 

Chaque année, l’inénarrable association des Contribuables Associés agrémente l’actualité d’une ou deux statistiques anti-dépenses publiques dont elle a secret.

La dernière en date est très emblématique. En l’espèce, les Contribuables associés ont proclamé le 24 juillet « jour de libération du contribuable », sous prétexte que, du 01 janvier au 23 juillet, les Français travailleraient pour la « sphère publique », c’est-à-dire pour payer les prélèvements obligatoires qu’ils doivent aux administrations publiques.

Puisque cela fait 24 heures que les Contribuables associés se sentent plus libres, profitons nous aussi de ce moment pour nous libérer de la propagande des Contribuables associés en ouvrant le grand livre de la comptabilité nationale à la page Comptes de la Nation 2016. 

Les Contribuables associés fondent leur savant calcul sur un rapprochement entre le produit intérieur brut de notre pays (richesses nouvelles produites sur un an) et la somme des dépenses qu’effectuent l’Etat central, les collectivités locales et les administrations de sécurité sociale.

L’erreur des Contribuables associés provient de ce qu’ils assimilent tout décaissement public (un nouveau lycée, le salaire d’un prof de mathématiques, une pension de retraite ou une allocation chômage) à une opération qui ajoute quelque chose au Produit intérieur brut (PIB), ce qui leur permet de se rengorger quand ils découvrent que la somme des paiements publics représente » 57% du PIB.

Il s’agit là d’une grave erreur car  une pension retraite redistribue de la richesse entre les ménages mais n’en crée point de nouvelle, contrairement à  la construction d’un lycée ou au salaire du prof de mathématiques, qui entrent dans le PIB respectivement comme investissement et production de service collectif.

Puisque les Contribuables associés nous y incitent, examinons le poids de la sphère publique dans le PIB français et vérifions que la proportion de 57% est une fantaisie médiatique.

contribuables associés 2017

Voici les données de l’INSEE pour l’année 2016:

  • PIB = 2 228,9  milliards 

 

  • PIB de la sphère publique = 602,8 milliards

Soit

Services collectifs individualisables (école, aides au logements, hôpitaux publics…): 343, 6 milliards

+Services collectifs non individualisables (« consommation collective des administrations publiques ») : 183,1 milliards  

+Investissement public (ou « formation brute de capital fixe des administrations publiques ») : 76,1 milliards

L’Etat pèse donc 27% du PIB.

Est-ce excessif?  Absolument pas.

  • Chaque fois que les résidents réalisent 1 euro de PIB, ils versent 27  centimes à ceux qui sont engagés dans la production non marchande. Dès lors, si tous « les Français » du secteur privé  adhéraient aux Contribuables associés, ils ne seraient pas « libérés » le 24 juillet mais dès la mi avril, et encore, à condition de négliger le travail de tous ceux qui produisent, entretiennent ou transportent les fournitures de l’Etat et vis-à-vis desquels la dépense publique constitue un chiffre d’affaires.

 

  • Avec un poids de 602 milliards d’euros, les administrations publiques entretiennent une activité économique qui excède l’investissement privé (FBCF des entreprises et des ménages + variation de stocks) d’environ 190 milliards. Comme ce supplément correspond aux services publics régaliens (qui ne sont pas susceptibles de disparaître à terme), on peut dire que le reste des dépenses publiques permet de protéger le pays contre les conséquences d’une chute brutale de la confiance sur l’investissement des entreprises et des ménages.

 

  • La redistribution des revenus entre ménages, via la protection sociale et la fiscalité, n’est pas payée par « Les Français » puisqu’il s’agit de prélèvements qu’ils se reversent à eux mêmes. Bien sur, les critères d’attribution des prestations sociales  restent très certainement dans la gorge des Contribuables associés, mais il serait moins hypocrite de leur part d’en venir au fait et  d’exposer ce que les malades « coûtent » aux bien portants ou les chômeurs aux actifs occupés,  puis d’apporter la démonstration que la privatisation des assurances sociales serait plus efficace que la préservation de l’Etat social.

 

DG

François Morin, la finance globalisée et les tétradollars

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Que faire pour éviter la prochaine catastrophe financière? Tel est le titre de la remarquable conférence donnée par l’économiste toulousain François Morin en mars 2015.

On y trouvera les étapes de la constitution de la finance globalisée, à partir de la disparition du système de Bretton Woods ainsi qu’une description de l’incroyable l’étendue de la finance globalisée, qui nécessite de changer nos unités de compte habituelles et de raisonner en trétadollars (milliers de milliards de dollars). François Morin termine son propos par une réflexion sur les remèdes à apporter à la situation.

A mes yeux, les économistes qui abordent les questions financières avec sérieux, c’est-à-dire avec précision et sans le pathos des jobards complotistes, comptent parmi les meilleurs professionnels.

En écoutant François Morin, deux souvenirs reviennent à ma mémoire. Le premier est la prophétie que l’économiste Alfred Steinherr avait énoncée lors d’un cours consacré au marchés dérivés. C’était en 1993. Au terme de son allocution, il  regarda en l’air et nous prévint que la prochaine apocalypse financière trouverait son origine dans ces marchés hautement opaques et spéculatifs. Et c’est ce qui est arrivé lors de la vaporisation des créances subprimes insérées dans des titres financiers vendus dans le monde entier. C’est bien dans la finance globale que réside le moteur nucléaire du capitalisme et plus particulièrement dans la stratosphérique finance dérivée (marchés à terme, CDO, CDS) dont nous apprenons qu’elle est plus moins contrôlée par 14 banques.

Le second souvenir renvoie à la lecture des pages du Capital dans lesquelles  Marx décrit le rôle paradoxal de la finance, qui de près, semble carnassier et répugnant, puis, d’un peu plus loin, apparaît indispensable à l’essor mondial du capitalisme, et d’un peu plus loin encore, se dévoile sous son vrai jour, c’est-à-dire comme le simulacre d’une mise en commun des richesses que Karl appelait de ses vœux;

D’ailleurs, François Morin termine son exposé en souhaitant l’instauration d’une monnaie commune à l’échelle internationale, reprenant à son compte le projet avorté de Keynes en 1944.

La France qui tombe est celle d’en haut

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Il y a quelques années, la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi réclamait l’élaboration d’indicateurs économiques plus proches du vécu des individus que le traditionnel PIB. Elle critiquait notamment l’absence de prise en compte des disparités sociales et recommandait que l’on construise un agrégat de revenu par habitant qui écarte le dixième le plus riche de la population.

Les données de l’OFCE montrent l’intérêt d’une telle démarche.

Le graphique ci-dessus nous enseigne que le revenu avant impôt des 9 dixièmes de la population française a continué de rattraper celui des grands pays industrialisés (Etats-Unis, Japon, Australie, Italie, Pays-Bas, Canada, Belgique) jusqu’en 1983. Au delà, il stagne ou progresse timidement.

Dit autrement, le pays ne décroche pas. Cependant, la rupture de tendance est sensible puisque la grande masse des Français disposeraient d’un revenu relatif identique à celui des plus riches américains, si le rattrapage des années d’après guerre avait perduré.

Quant aux 10% les plus aisés de la population, leur revenu relatif diminue spectaculairement depuis 1975. La fin des Trente Glorieuses signifie beaucoup pour ces classes, désormais deux fois moins riches que leurs homologues américaines.

Ce relatif déclin explique la frustration que nos élites nourrissent vis-à-vis d’un pays qui n’offre pas les mêmes occasions d’enrichissement que dans le vaste monde. Il est probable qu’une bonne part du reste de la population française, qui aspire à la promotion sociale, les rejoigne dans ce sentiment de malaise.

Aux Etats-Unis, nous observons que les plus riches sont à la fête, mais pour une part, il s’agit d’un rattrapage par rapport au déclin des années soixante dix et les 90% les plus modestes ne sont pas totalement exclus du banquet puisqu’ils ne décrochent plus vis-à-vis des autres pays.

L’Institut Montaigne veut remettre les Français au travail

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Chaque année, une fondation, un think thank ou un institut croit bon de disserter sur le supposé manque d’appétence des Français pour le labeur.

Cette fois-ci, c’est au tour de l’Institut Montaigne de froncer les sourcils et de pointer du doigt le Gaston Lagaffe qu’il voit poindre en chacun de nous.

Absentéisme, congés, jours fériés, RTT, rien n’échappe aux auteurs qui ne digèrent pas que nos salariés à temps complet travaillent 219 heures de moins par an que leurs homologues européens.

D’après le rapportde l’Institut Montaigne, les planqués du boulot ronronnent dans les grandes entreprises et la fonction publique, tandis que les cadres de l’hôtellerie, avec plus de 2000 heures de travail par an, oeuvrent avec le même zèle que la moyenne des salariés en 1950.

La lecture de ce rapport est à la fois ludique et consternante.

En effet, on sourit lorsque l’Institut Montaigne affirme que travailler plus pour le même salaire permet d’accroitre « mécaniquement » le PIB.

De plus, lorsque les auteurs observent que « l’acceptabilité sociale » d’un retour au 40 heures payées 35 exigera un « véritable effort de pédagogie », on clignote de plaisir.

Enfin, on s’émerveille que l’Institut Montaigne sonne le tocsin tout en produisant un graphique (cf ci-dessous) qui nous apprend que les moindres horaires des salariés français à temps complet sont compensés par une durée de travail supérieure chez ceux qui disposent d’un temps partiel.

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Le sentiment de consternation naît de l’irréalisme d’une telle proposition en période de récession, de chômage de masse et de crise de la demande.

Quant aux injonctions des auteurs pour un contrôle assidu du temps de travail dans la fonction publique, elles donnent à penser que notre pays ne perdra pas avant longtemps sa curieuse manie de s’enliser dans des débats aussi mortifères que stupides.

Démondialisation et créativité statistique

 

Poursuivons notre exploration du livre de chevet des souverainistes français, « La Démondialisation », rédigé par l’ économiste Jacques Sapir.

Aujourd’hui, attardons nous sur un important graphique, qui se trouve à la page 43 du dit ouvrage, très révélateur de la méthode Sapir . Ce graphique est supposé démontrer l’existence d’un « puissant mouvement de déflation importée » qui expliquerait le découplage du salaire moyen par rapport aux gains de productivité du travail.

Comme nous l’allons montrer, il s’agit d’une approximation assez étonnante.

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Le graphique rapproche malicieusement l’évolution de la productivité du travail et des salaires (nets), pour en tirer les conclusions suivantes:

-Jusqu’en 1981, dans le cadre d’une économie relativement fermée aux échanges extérieurs, il existait une corrélation étroite entre salaires nets et productivité par travailleur.

-Depuis le début des années quatre-vingts, avec les progrès de l’intégration commerciale au sein de l’Europe et du monde (le taux d’ouverture de la France a doublé), les salaires augmentent au ralenti, en tout cas significativement moins vite que les gains de productivité.

-Depuis 1997, on constate une augmentation sensible des salaires, que l’auteur met sur le compte des 35 heures et de la montée des « super salaires », en particulier ceux des cadres du secteur bancaire et financier.

Comprenons bien en quoi notre économiste nous induit en erreur. Dans notre pays, le capital ne rémunère pas seulement le travail sous la forme de salaires nets. Les entreprises prennent également en charge le temps passé en dehors du travail (retraite, maladie, chômage etc…), de sorte que la masse salariale comprend les salaires, les cotisations sociales, la CSG et la CRDS.

Ceci étant posé, observons le graphique complet de l’Insee, que Mr Sapir s’est bien gardé d’insérer dans son livre.

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Par rapport au graphique précédent, nous observons deux courbes supplémentaires: d’une part, celle qui représente l’évolution du « gâteau à partager » (la valeur ajoutée), d’autre part, la courbe du salaire « superbrut » moyen, qui incorpore l’ensemble des cotisations sociales et patronales, ainsi que de la CSG et de la CRDS.

Demandons nous maintenant pourquoi, depuis 30 ans, le pouvoir d’achat du salaire net n’a pas continué à progresser au rythme des trente glorieuses, ce qui, grosso modo, aurait permis au salarié moyen d’être deux fois plus riche qu’à l’heure actuelle.

Trois raisons entrent en ligne de compte:

1) La productivité moyenne du travail n’a pas continué à progresser à la vitesse de croisière des années cinquante et soixante. On peut constater qu’elle décroche nettement à partir de 1974.

2) Le rapport de force social, de plus en plus défavorable au travail à partir de la fin des années soixante-dix, n’a pas permis aux salariés de préserver l’indexation de leurs salaires sur le rythme de productivité.

3) Les Français ont opté pour une protection sociale, dont la montée en puissance, en réponse au progrès social, au vieillissement démographique, mais aussi au chômage, explique pourquoi les courbes du salaire « superbrut » et net s’écartent de plus en plus l’une de l’autre.

A partir de là, les lacunes du raisonnemen apparaissent au grand jour.

Contrairement à ce qui est dit, le tassement des gains de productivité et la montée de la protection sociale expliquent l’essentiel du marasme du salaire net. Qui plus est, Sapir n’interprète pas correctement la variable qu’il a choisi de mettre en avant pour incriminer la mondialisation. En effet, en retenant le taux d’ouverture au sens large (exportations+importations/PIB), il inclut les ventes françaises à l’étranger, dont il est permis de penser qu’elles exercent un effet positif sur le niveau du salaire moyen français.

Les approximations de Nicolas Baverez sur les exportations françaises et allemandes

Quelle n’a pas été ma surprise de lire, dans Le Point, sous la plume de Nicolas Baverez, que depuis l’élection de François Hollande « les exportations baissent de 2% quand elles ont augmenté de 8% en Allemagne et en Espagne« .

Oh, mais ça fait très peur tout ça.

On aimerait bien consulter la source statistique sur laquelle s’appuie notre historien, mais ce dernier n’en fournit point.

Or, l’Insee, dans sa dernière Note de conjoncture, n’annonce-t-elle pas un rebond de l’ensemble des exportations françaises?

En réalité, Nicolas Baverez est allé chercher son chiffre dans les statistiques du ministère de l’économie, qui nous informent que les exportations françaises de biens (et uniquement de biens) ont diminué de 1,9% entre le second semestre 2012 et le premier semestre 2013.

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Vous voyez l’astuce?

Pour juger du bilan commercial de la première année de la présidence Hollande, si tant est que cela ait un sens, il vaudrait mieux tenir compte de toutes nos exportations et, surtout,  démarrer le compteur au 30 juin 2012, soit peu après l’élection présidentielle.

Au passage, en procédant ainsi,  on comparera ce qui est comparable, soit les premiers semestres de chaque année, ce qui est traditionnel  en économie.

Eurostat produit une telle statistique, pour les seules exportations de biens.

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Résultats:

-France: -1%

-Allemagne: 0%

-Espagne: 6%

On est loin de la catastrophe annoncée en France et du « miracle » allemand. Quant à la performance espagnole, il n’est pas certain qu’elle compense l’effondrement de la demande interne, mais c’est un autre débat.

Mais alors, où Baverez a-t-il trouvé que les exportations allemandes ont augmenté de 8%?

A-t-il en tête les seules exportations industrielles? Destatis (l’Insee allemande)  n’indique qu’une augmentation de 0,1% entre  2012 S2 et le 2013 S1 (cf ci-dessous).

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Quant aux chiffres du PIB, ils montrent que les exportations de biens et services, entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, n’ont progressé que de… 0,8%.

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Dans le même temps, les exportations françaises reculaient de 1,47%.

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Comme la plupart des articles de Nicolas Baverez sont truffés d’erreurs et d’approximations qui lui permettent de surfer sur les lieux communs et la morbidité ambiante, ce modeste billet inaugure une rubrique toute neuve intitulée les bêtises à Nicolas.

Mai 68 contre la compétitivité?

En 1968,  un grand militaire qui parlait à ses concitoyens comme à de petits enfants gouvernait la France depuis 10 ans. Résultat: de mai à juin,  7 à 10 millions de salariés prirent la clé des champs. Cerise sur le gâteau,  ils obtinrent, au terme des accords de Grenelle,  des hausses de rémunération d’environ 10%, ainsi qu’une élévation du salaire minimum de 35%. Sans perspective politique, et sous la menace, à peine voilée, d’un coup de force, les grèves s’interrompirent à la mi juin.

A priori, la vague de grèves aurait du freiner considérablement l’activité économique. En termes d’offre, on évalue la perte d’heures travaillées à 750 millions, soit 3% du volume total annuel. En termes de demande, on pouvait craindre un recul de la consommation, en raison des journées de salaires perdues et de la diminution des occasions de consommer puisque nombre de lieux de production et de distribution étaient clos.

Or,  rien de tout cela.

Qu’on en juge par l’évolution de la production industrielle, qui récupéra le terrain perdu dès septembre, ou par celle des coûts salariaux unitaires de production, pas plus élevés au troisième trimestre 1969 qu’au début 1968 (Perspectives économiques de l’OCDE 1969).

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Comment se fait-il que les grèves aient glissé sur l’économie française?

D’une part les marges des entreprises industrielles, principalement exposées aux arrêts de travail, étaient confortables. Après plusieurs  années de croissance de la production sans création d’emplois équivalentes, les gains de productivité permirent d’absorber les hausses de salaires. Ajoutons que la relance des achats de consommation, entraînée par les hausses de salaires, fut une aubaine pour les entreprises qui disposaient de capacités de production inutilisées.

De plus, les pouvoirs publics prirent soin de multiplier les cadeaux fiscaux à l’endroit des entreprises, sous la forme de subventions, notamment à l’exportation, et de suppression de la taxe sur les salaires.

Enfin, les hausses de salaires et de prestations sociales  soutinrent le pouvoir d’achat et permirent à l’extension de la TVA décidée en 1967 de s’opérer sans dommages pour l’économie.

Avant Mai: le coût social de la compétitivité

Les grèves de mai 1968 nous semblent lointaines. Leurs acteurs et certains discours paraissent révolus.

Pourtant, les contraintes qui pesaient sur les salariés de cette époque ne sont pas d’un autre temps.

En effet, l’objectif prioritaire du VIième plan (1966-1970) était la consolidation de la compétitivité face à la compétition européenne, au moment où les effets de la forte dévaluation de 1958 s’essoufflaient et que les barrières aux échanges s’abaissaient dans le cadre du GATT et du Marché Commun.

Certes, les années soixante offrent  l’image inversée de la conjoncture actuelle:

  • une croissance brillante, au rythme moyen de 5,5% l’an, qui ne cède qu’à celle de  l’Allemagne et du Japon;
  • un taux de chômage résiduel: 2% de la population active en 1967;
  • une rentabilité industrielle confortable: 35% de la valeur ajoutée en 1967 (Insee);
  • un solde commercial qui résiste à l’ouverture des frontières à la concurrence européenne;
  • une dette publique qui  plafonne à 13% du PIB,  en fin de décennie.
  • La prospérité se diffuse à la majeure partie de la population. C’est ainsi qu’entre avril 1950 et décembre 1968, la proportion de ménages dépourvus d’automobile, de télévision, de réfrigérateur et de machine à laver est divisée par 3 (Pierre Le Roux, 1969).

Mais ce contexte florissant n’empêche pas la conflictualité sociale de gagner en intensité et même en violence.

La crise vient de loin. Depuis quelques années, la participation à chaque conflit du travail est plus massive.  Alors que le nombre de grèves est à la baisse depuis 1950, le taux de grévistes se fixe à un niveau très élévé (Edward Shorter, Charles Tilly, 1973).

Dans les mois qui précèdent mai 1968, les grèves se radicalisent sous l’impulsion de jeunes ouvriers, souvent issus du monde paysan, en réaction à la tendance systématique des employeurs à faire appel aux forces de l’ordre pour débloquer les usines. Les affrontements de Caen, en janvier 1968, en sont un bon exemple. Le journaliste Jean Lacouture, dépêché sur les lieux,  évoque des jacquerie ouvrières.

Pourquoi cette opposition radicale?

Tout d’abord, depuis 1965, le chômage augmente rapidement.  Une étude pionnière de l’INED,  réalisée en 1968, décrit les difficultés que rencontrent que les jeunes travailleurs dans l’accès au premier emploi. Certes, la croissance est forte, mais depuis quelques années, elle s’essouffle et les autorités le recherchent sciemment, afin d’éviter un dérapage des prix et des coûts. Entre 1964 et 1967, sous l’effet du plan de stabilisation macroéconomique, de la récession allemande de 1966, des gains de productivité et du maintien à un niveau élevé de la durée hebdomadaire du travail, l’emploi industriel (hors construction) régresse de 1,2% et les demandes d’emplois non satisfaites explosent (Philippe Vrain, 1969).

En outre, la croissance n’est pas équitable: au grand banquet de la prospérité, les ouvriers sont les derniers servis.

L’étude de Jean-Jacques Branchu (1969) montre que les ouvriers français sont les moins payés de l’Europe des 6, après les Italiens.

La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises non agricoles est relativement faible et la masse salariale progresse moins qu’ailleurs en Europe.

charges1968

Alors que les ouvriers affrontent des restructurations industrielles profondes (concentration des entreprises sous la pression de la concurrence européenne et des pouvoirs publics, hécatombe des entreprises familiales), ils doivent supporter des horaires contraignants  (45h,5 par semaine au 1er janvier 1967)…au moment où la charge de travail a tendance à s’allèger en Europe.

Le surtravail des Français ne cessera qu’en 2000, avec les 35 heures.

tempsdetravail

Ajoutons que l’écart salarial  entre les ouvriers et les cadres est au plus haut: 4,6 en 1967, contre 3,3 en 1950.

Les travaux de Thomas Piketty montrent qu’en 1968,  la concentration des salaires avait atteint un niveau record.

Part du décile supérieur dans la masse salariale totale
Part du décile supérieur dans la masse salariale totale

Bien évidemment, pour qu’un tel régime s’impose aux salariés, il fallait que les relations sociales soient marquées  du sceau de l’autoritarisme.

A l’usine, comme ailleurs, beaucoup aspiraient à plus d’autonomie, comme l’ont  souligné les observateurs les plus pertinents de l’époque (Claude Lefort, Cornelius Castoriadis, Alain Touraine).

Tout était prêt pour que se déclenche la plus importante vague de grèves de l’histoire de France, dirigée aussi bien contre les directions des entreprises privées que celles du secteur public.

Economie de Mai 68

A l’occasion de trois futurs billets, je brosserai un tableau économique des évènements de mai 1968. L’hystérie anti soixante-huitarde, qui se donne à voir et à  entendre ces derniers temps, m’y pousse un peu.

Quel était le contexte économique, national et international,  du printemps 1968?

Comment l’économie française a-t-elle réagi aux grèves?

Quelles conséquences économiques sociales à plus long terme?

Mais respectons le slogan de mai,   « à bas le sommaire, vive l’éphémère« , et ne dévoilons pas tout.

Les blagues à Jean-Marc

Pour la nouvelle année, Jean-Marc Daniel a présenté ses voeux sur Canal Xerfi.

A cette occasion, il a souhaité à notre pays rien de moins que trois réformes libérales radicales:

  1. Suppression des impôts progressifs, remplacés par des taxes proportionnelles
  2. Allègement radical du coût du travail et du droit du licenciement
  3. Privatisation d’Edf, de la SNCF, ainsi que de la Sécurité sociale

Commençons par la disparition de la fiscalité progressive.

Mr Daniel la justifie au nom de la lutte contre l’endettement public.

Pour ce faire, il préconise de cantonner la politique budgétaire à son rôle de stabilisateur spontané de la conjoncture. De quoi s’agit-il? Tout simplement du fait que les prélèvements obligatoires évoluent dans le même sens que le revenu global, ce qui permet de raboter le revenu disponible des agents en période vaches grasses, et de leur redonner un peu de pouvoir d’achat en période de vaches maigres. A partir de là, Jean-Marc Daniel vante les mérites de la fiscalité proportionnelle, celle dont les recettes évoluent au même rythme que celui de la conjoncture et du revenu. Seulement voilà, l’argument de JMD est erroné car la flexibilité des recettes publiques est d’autant plus assurée que les  prélèvements sont progressifs. En effet, dès lors que le taux d’impôt augmente avec le revenu des ménages et le bénéfice des entreprises, il suit qu’en période de boom les recettes fiscales ont tendance à augmenter plus vite que le PIB, et qu’en période de récession, les prélèvements diminuent plus fortement que le revenu global.

Les deux autres points du programme Daniel sont moins argumentés.

Quand il prononce ses voeux (le 21 janvier), le bon Daniel anticipe un échec fatal des négociations sociales sur la flexibilité du travail. Empressé d’arracher les dernières pages du code du travail, il réclame l’intervention directe de l’Etat, ce qui en dit long sur la nature autoritaire de son libéralisme.

La privatisation de la Sécurité Sociale est pour Mr Daniel le moyen d’effacer ce qu’il nomme le « mythe du Conseil National de la Résistance ». Il nous explique que « le travail est un bien comme un autre », en rupture avec l’article premier de la Déclaration de Philadelphie, qui redéfinit les objectifs de l’Organisation Internationale du Travail en 1944.

Les derniers ouvrages de notre idéologue béat sont en vente aux éditions Bourin.

3 ans

Le Reste du Monde (anciennement Ecointerview) fête ses 3 ans.

Un grand merci aux lecteurs et twitteurs qui tolèrent les changements intempestifs de titres ou d’images, ainsi que la coldwave des 80’s.

Un grand merci également à Rexécode et à l’Institut Molinari pour leur contribution involontaire.

Les entretiens d’Arnobe et Pyrète

  • Arnobe:   Mais enfin Pyrète, peux-tu m’expliquer ce que nous allons faire dans cette mondialisation?
  • Pyrète (sortant d’une sieste tardive):  Toi, tu as écouté Montebourg…
  • Arnobe:  Oui. Pour une fois qu’un Ministre dit les choses. Il a raison cet homme, nous dépendons trop des échanges. Qu’ avons nous besoin de tant exporter?
  • Pyrète:   Tu t’échauffes à l’excès cher Arnobe. A moi, il me semble que la France exporte à sa mesure.
  • Arnobe:  Ni plus ni moins?
  • Pyrète:  Ni plus ni moins.
  • Arnobe:  Je suppose qu’un graphique vient à l’appui de ton idée.
  • Pyrète. Tu me connais.

  • Pyrète:  Te rappelles tu l’histoire de Newton, de la Lune et de la pomme?
  • Arnobe:  Oui, la Lune tombe sur la Terre à l’instar de la pomme sur le chef de Newton.  Et alors?
  • Pyrète:  Et bien figure toi qu’il entre de  la gravitation dans le mouvement des marchandises. Tu peux le vérifier avec ce graphique: plus le PIB d’un pays est grand, moins les marchandises s’en échappent et plus le taux d’exportations est bas.
  • Arnobe:  Par la sainte grenade d’Antioche, tu dis vrai Pyrète, mais qu’est ce qui pousse tant de petits pays à exporter plus de 60% de leurs richesses?
  • Pyrète: Vois tu, Arnobe, ce sont les petits pays qui ont le plus intérêt à exportater car les débouchés extérieurs sont sans commune mesure avec leur demande interne.  De plus,  la spécialisation commerciale leur permet de se procurer les ressources naturelles dont ils manquent. Enfin, comme ils représentent une faible part des échanges mondiaux, leurs exportations  suscitent peu de tensions commerciales. Moralité: puisque la France…
  • Arnobe:   … se situe sur la droite de régression, c’est qu’elle exporte autant de richesses que l’exige sa taille économique?
  • Pyrète:  C’est exact.
  • Arnobe:  Très bien,  mais le lien entre PIB et taux d’exportations est fort ténu. Ne vois tu pas la ribambelle de petits pays qui exportent à des degrés extrêmement divers?  J’en déduits que beaucoup d’autres facteurs que la gravité expliquent le taux d’ouverture et qu’il suffirait…
  • Pyrète:…d’une politique adéquate pour que nous déterminions  notre taux d’ouverture?
  • Arnobe:  Je ne te le fais pas dire.
  •  Pyrète:  Je t’accorde qu’il ne s’agit que d’une tendance, pas d’une loi physique. Par exemple, compte tenu de son PIB, l’Allemagne devrait exporter 18% de ses richesses au lieu 30. Pourtant,  tu constates que nul n’exporte moins que la Grèce, en particulier les plus grands.  Une force maintient le taux d’ouverture au dessus d’un seuil incompressible.
  • Arnobe:  …un genre de force centrifuge?
  • Pyrète:  En effet, la relative fixité du taux d’exportations pour l’Espagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne signifie que les exportations progressent au même rythme que l’augmentation du PIB. D’un côté, un grand pays à tendance à se concentrer sur son marché intérieur, mais d’un autre côté son vaste marché intérieur permet à ses entreprises de réaliser des économies d’échelles, de gagner en compétitivité et d’exporter plus. Si cette hypothèse est vraie,  nous refermer pénaliserait beaucoup nos entreprises.
  • Arnobe: Certes, mais ce n’est qu’une hypothèse.
  • Pyrète: Oui da.
  • Arnobe: J’ai faim. Te resterait-il un peu de  cet excellent pudding de l’autre soir?
  • Pyrète: Je vois que toi aussi tu es agi par quelque gravitation. C’est par ici, cher ami.

Arnobe et Pyrète sont deux petits personnages qui de temps en temps s’entretiendront de commerce international. L’illustration ci-dessus est tirée d’une représentation de Jacques le Fataliste.