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Le capitalisme sans rival

« Le capitalisme sans rival » de Branko Milanovic est un livre qui a suscité beaucoup d’intérêt et de réactions. Connu pour ses travaux dans les domaines de l’économie internationale, de l’économie du développement et des inégalités, l’auteur offre à ses lecteurs une oeuvre relativement personnelle et un brin provocatrice.

L’auteur convoque avec brio les « incontournables » que sont Weber et Marx, Smith et Mandeville, Arrighi et Lénine, Schumpeter et Fukuyama afin de traiter de vastes questions d’économie politique telles que la place du communisme dans l’avènement du capitalisme planétaire ou bien l’articulation de la démocratie et du capitalisme.

Résolument critique envers l’Occidentalo-centrisme des grands récits libéraux ou marxistes, Branko Milanovic nous invite à penser le changement social à partir du point de vue chinois ou malaisien. Ce parti pris anti-impérialiste fort justifié conduit parfois l’auteur à quelques excès.

Le capitalisme et rien d’autre

Branko Milanovic affirme que la suprématie mondiale du capitalisme est un fait accompli et que la prophétie de Karl Marx et de Friedrich Engels est réalisée puisque le mode de production capitaliste et sa structure anthropologique s’imposent urbi et orbi.

Depuis la chute du communisme et le déclin des religions, plus rien ne s’opposerait à la triple marchandisation des moyens de production (travail, capital, nature), du politique (corruption) et de la vie privée (atomisation, externalisation du travail domestique, Airbnb). Plus un seul domaine de l’existence humaine ne serait épargné par l’impérialisme marchand. Comme Max Weber, l’auteur s’en désole, mais ne voit aucun moyen d’enrayer le processus.

Le constat général de l’auteur n’a en soi rien de nouveau.

Dans les années soixante et soixante-dix du siècle précédent des auteurs comme Guy Debord ou Cornelius Castoriadis dénonçaient l’impérialisme du Capital par delà les nuances Est-Ouest. L’apport de Branko Milanovic réside dans la forme d’admiration qu’il nourrit vis-à-vis des pays non Occidentaux dont la double révolution nationale et sociale des temps décoloniaux fut le levier de leur émancipation puis d’un « printemps » des forces productives à l’échelle de la planète. Même s’il s’en défend, il souffle sur l’ouvrage de Branko Milanovic un vent téléologique qu’on croyait disparu depuis Fukuyama ou Huntington…

Le communisme, outil inconscient du capitalisme

La place du communisme dans l’histoire globale est au coeur du livre car pour l’emporter sur les autres formes de société, le capitalisme a du liquider l’économie socialiste et l’idéologie communiste qui lui faisaient obstacle dans nombre de pays du Sud.

Mais avant que le communisme ne cède la place, celui-ci a accompli une mission historique: détruire le colonialisme et l’impérialisme.

C’est pourquoi l’auteur salue l’audace théorique et politique de Lénine et de Mao qui, selon lui, ont rompu avec l’orthodoxie marxiste qui n’imaginait absolument pas que la révolution éclaterait ailleurs que dans les pays capitalistes les plus avancés et que le socialisme avait la moindre chance de succès dans les pays semi-féodaux où dominaient la paysannerie et la bourgeoisie commerciale.

Bien que convaincant dans l’ensemble, le propos manque d’un peu de nuance.

En effet, il aurait été juste de rappeler que les communistes chinois ont trouvé une inspiration dans le chapitre final du Manifeste du parti communiste (1848) où nous lisons que la tâche des communistes en Pologne est de soutenir « le parti qui voit dans une révolution agraire la condition de la libération nationale, c’est-à-dire le parti qui déclencha en 1846 l’insurrection de Cracovie« . Un autre écrit de Marx, Le mouvement révolutionnaire, publié le 1er janvier 1849 dans la Neue Rheinische Zeitung pose le problème de la révolution socialiste en termes assez proches de la conception anti impérialiste qui était celle de Lénine et Mao : « L’Angleterre domine le marché mondial et la bourgeoisie domine l’Angleterre. La vieille Angleterre ne sera renversée que par une guerre mondiale qui seule peut offrir aux chartistes et au parti ouvrier organisé les conditions d’un soulèvement victorieux contre ses oppresseurs gigantesques (…) Elle sera menée au Canada comme en Italie, dans les Indes Orientales comme en Prusse, en Afrique comme sur le Danube ». Du reste, lors de la conférence internationale de Bakou en 1921 à laquelle l’auteur fait très justement allusion, Zinoviev se référa à ces écrits de Marx afin d’étayer le programme de la IIIième internationale.

Branko Milanovic a parfaitement raison de rappeler que les conditions historiques dans lesquelles se trouvaient les pays assujettis ne leur permettaient ni d’attendre les bras croisés la modernisation spontanée de leur pays ni d’imiter la tactique de la social-démocratie allemande. Mais la difficulté spécifique que le socialisme rencontrait en Russie ou en Chine (classe ouvrière minoritaire, retard technologique, Etat relativement faible) ne créait-elle pas les conditions d’une dégénérescence bureaucratique ultérieure de ces expériences révolutionnaires et n’est-ce pas en réaction contre ce risque que Mao déclencha la révolution culturelle qui provoqua un tel chaos que le parti communiste chinois fut obligé de procéder par la suite à des réformes économiques radicales?

Les travaux de Lucien Bianco, en particulier l’ Essai de définition du maoïsme (1979) aurait apporté de l’eau au moulin ironique et paradoxal de l’auteur. Ajoutons au débat un papier de Daron Acemoglu (The future of chinese growth: institutional perspectives) qui prend en compte l’effet tabula rasa de la révolution culturelle sur la libéralisation économique décidée par Deng Xaioping.

Péremptoire, Branko Milanovic arrive à la conclusion que le communisme, en tant que médiateur évanescent du capitalisme, appartient désormais à l’Histoire. Cet enterrement de première classe du communisme, aux accents schumpeteriens (le communisme détruit le féodalisme puis crée la base productive du capitalisme ) fera grincer des dents.

Il est vrai qu’en définissant le capitalisme par le règne de la marchandise et de l’échange plutôt que celui de l’exploitation de la force de travail, l’auteur écarte l’hypothèse révolutionnaire chère à Marx (chapitre 5, 5.2.b), au risque de s’enfermer dans un pessimisme culturel.

Adam Smith à New York, Bernard Mandeville à Pékin

La thèse centrale de l’ouvrage est que les anciennes colonies ou régions dominées par l’Occident (Chine, Vietnam, Algérie, Laos, Malaisie, Singapour, Botswana etc. ) ont donné naissance à une capitalisme authentique, cohérent, décomplexé, dépourvu du voile de sentimentalité écolo-libéral-méritocratique dont le capitalisme occidental aime (encore) à s’entourer.

Le capitalisme sans rival fait de la Chine contemporaine l’archétype du capitalisme politique, variante du mode de production dominant caractérisée par un dynamisme économique sous direction étatique.

Plus précisément, le capitalisme politique se manifeste par un pouvoir dictatorial et technocratique qui, bien qu’il permette aux élites économiques et politiques de fusionner, maintient l’ascendant de l’Etat sur l’économie et offre à la population un haut niveau de croissance des revenus qui légitime le pouvoir en place.

Soucieuses de la grandeur nationale, de l’indépendance du pays et de l’unité d’action, les élites dirigeantes du capitalisme politique peuvent être qualifiées de nationalistes. A ce propos, on regrette que l’auteur n’évoque pas les réussites des nationalismes non communistes, tels que ceux de Turquie, de Corée du sud ou d’Inde, qui sont peut-être eux-mêmes les cousins éloignés du volontarisme économique de Bismarck ou de Napoléon III.

Mais prendre en exemple la Chine devient problématique lorsqu’il s’agit de défendre bec et ongles le récit que les autorités chinoises font de leurs réalisations.

C’est ainsi qu’on est surpris de lire que si la corruption est importante en Chine (et l’auteur le regrette), ce serait à cause de la globalisation et du capitalisme en général et que le seul moyen d’y porter remède serait de procéder à quelques purges exemplaires.

De la même manière, rationaliser l’autoritarisme du régime de Chine au prétexte que « l’homme n’est pas un animal politique » au sens d’Aristote plonge le lecteur dans la perplexité. En effet, si l’on peut comprendre qu’il soit difficile de rassembler formellement les citoyens chinois sur une agora pour qu’il délibère chaque jour, on ne voit pas pourquoi ceux ci refuseraient le droit d’être consultés pour arbitrer entre des options politiques différentes.

On retrouve une démarche identique dans le chapitre que l’auteur consacre à la question des migrations et dans lequel il préconise de concilier internationalisme et protection des citoyens nationaux en ouvrant les frontières aux migrants qui accepteraient de ne pas bénéficier des mêmes droits politiques et sociaux que les natifs. Branko Milanovic se défend de faire la promotion de la politique migratoire discriminatoire de certains Emirats du Golfe. Mais sa recommandation politique ressemble fort au régime chinois du hukou qui entretient un dualisme de l’emploi entre les travailleurs d’origine rurale et urbaine. Alors que la Chine semble se diriger vers une réforme de ce statut, on fera remarquer que le modèle républicain traditionnel français instauré à la fin du XIXième siècle offre une voie d’accès progressive à l’égalité des droits politiques et économiques, via la législation du droit du sol.

Clair, désenchanté et ironique, riche en graphiques et statistiques dont l’auteur a le secret, le livre contribue au débat sur le capitalisme et apporte des préconisations progressistes en matière de fiscalité, d’éducation ou d’encadrement du financement des campagnes électorales qui interdisent de classer l’auteur parmi les conservateurs non éclairés.

Denis Gouaux

Enquête sur le mythe de la souveraineté étatique

Conservateurs, étatistes de gauche, néolibéraux, nationalistes, écologistes, quelle sensibilité politique ne réclame pas l’intervention de l’Etat pour répondre aux crises qui affectent nos sociétés ? Souveraineté populaire, souveraineté nationale, souveraineté sanitaire, souveraineté européenne, de quels maux la souveraineté n’est-elle pas le remède espéré?

Dans l’ouvrage Dominer. Enquête sur la souveraineté de l’Etat en Occident, Pierre Dardot et Christian Laval déplorent la prégnance de notre imaginaire étatisé. Ils s’interrogent sur l’énigmatique, opaque et magique souveraineté étatique, cette étrange fiction d’un Haut suprême, d’un Centre absolu à partir duquel devraient descendre la lumière, la vérité, le bien de la société (p. 493). La photographie de couverture donne le ton puisqu’elle représente une tour hertzienne[1] dont le sommet, qui flotte dans la brume comme un nid d’aigle, semble diriger et dominer tout.

L’ouvrage se présente sous la forme d’une enquête érudite et passionnante qui nous plonge dans les archives de la philosophie politique, du droit public, de l’économie, de la sociologie politique et du droit canon.

Comment l’Etat occidental s’est-il doté d’une quasi personnalité qui lui permet de régner en tant qu’Etat surplombant, neutre et éternel ? Pourquoi les tentatives de rompre avec la logique de souveraineté ont-elles échoué?

Pour les auteurs, il est très important de répondre à ces questions afin de délégitimer une théologie politique mortifère qui, de nos jours, est au service du néolibéralisme et du nationalisme et empêche de répondre à l’urgence climatique.

Puisque les auteurs appellent à la rouverture du procès de la souveraineté étatique, on recensera les 11 chapitres du livre en déroulant les trois temps d’un procès qui débute par l’acte d’accusation de l’Etat moderne, se poursuit avec l’enquête de personnalité de l’accusé et s’achève par le verdict.

L’Etat souverain : un mythe dangereux

Pierre Dardot et Christian Laval déploient une critique radicale de la souveraineté étatique, cette mystique autoritaire dont ils dénoncent l’irresponsabilité systémique.

La souveraineté divinise l’Etat

L’Etat moderne est un mystère. Cette personne morale nous apparait comme une personne réelle dotée d’une identité, d’une volonté et d’une force qui lui permettent d’évincer tous ses concurrents et de régner avec Majesté[2].

La souveraineté désigne l’aura dont jouit l’Etat qui prétend incarner une autorité supérieure (Dieu, la Couronne ou la Nation) mais aussi les moyens juridiques exceptionnels qui découlent de cette légitimité. Ces moyens se déclinent en trois privilèges :

  • Liberté à l’égard des lois : la source du Droit réside dans un organe d’Etat (Prince, Peuple, Assemblée) qui fait et défait les lois à sa guise.
  • Permanence : la qualité de souverain revient à l’Etat et non à ses représentants
  • Monopole de la violence physique légitime : l’Etat est la source unique du droit à la violence

Sous la plume de Pierre Dardot et Christian Laval, la souveraineté est avant tout cette combinaison d’idéologie et de moyens juridiques qui permet à l’Etat de dominer les imaginaires et les pratiques, c’est-à-dire d’obtenir l’obéissance spontanée des individus, y compris sans leur consentement intime.

On peut regretter que les auteurs accordent assez peu d’attention au besoin de souveraineté qui pourrait émaner de la population elle-même. Par exemple, dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, Nicolas Machiavel perçoit chez le Peuple un désir plus vif d’être protégé de la servitude plutôt que d’exercer lui-même le pouvoir quotidien et de contrôler ses dirigeants. Dès lors, soucieux de tenir à distance les puissants tout en vaquant à ses propres occupations, le Peuple, nous dit Machiavel, ferait spontanément le choix de se placer sous la coupe d’un dirigeant autoritaire, mais juste.

La souveraineté déresponsabilise l’Etat

Les auteurs opposent souveraineté et responsabilité politique. Ils dénoncent en particulier le risque que fait courir l’abandon des communs écologiques (comme l’Amazonie) au bonvouloir de la logique interétatique. La souveraineté est ce verrou qui autorise au nom de la rentabilité les attitudes les plus désinvoltes puisque chaque Etat se comporte comme propriétaire d’une partie de la planète.

Les auteurs ne préconisent pas de placer l’Amazonie  sous le haut patronage des Etats, mais plutôt d’en confier la responsabilité aux communautés indiennes qui y vivent et qui, en quelque sorte, bénéficieraient d’un droit d’usage mérité, mais au nom de l’humanité. On voit ici combien la critique de la souveraineté amène à questionner le droit de propriété.

A cette irresponsabilité externe, s’ajoute une irresponsabilité qui inhérente au populisme et au souverainisme. Les auteurs s’opposent à la démocratie plébiscitaire des chefs dont ils accusent Ernesto Laclau[3] d’être le médiateur imprudent via sa justification du leadership charismatique.

Ernesto Laclau se voit reprocher de voisiner avec le juriste Carl Schmitt, ce théoricien de l’état d’exception et de l’antiparlementarisme dont les auteurs rappellent le rôle dans l’autoritarisme de la République de Weimar finissante et l’accession des Nazis au pouvoir.  L’examen des théories de Carl Schmitt est l’occasion pour Dardot et Laval de l’opposer au juriste et philosophe social-démocrate Hermann Heller[4], qui fournit des arguments pertinents et bienvenus contre le décisionnisme schmittien.

Les auteurs ne voient dans la souveraineté qu’une ruse des appareils d’Etat et des classes dominantes pour justifier leur domination unilatérale sur les peuples. Le propos est radical, parfois grinçant et polémique. Il tranche très nettement avec les développements centraux de l’ouvrage, et notamment ceux qui explorent les sources de l’idée de souveraineté.

Généalogie de l’Etat souverain

Comment le sentiment d’appartenance[5] de bureaucrates, de monarques et de militaires à une entité qui les dépasse est-il devenu la croyance de peuples entiers ?

La thèse défendue dans l’ouvrage est que l’imaginaire étatique s’est forgé au cours d’un processus émergent, sans finalisme ou continuisme. Rien n’était écrit à l’avance. Ce sont des évènements singuliers, des controverses doctrinaires, des luttes sociales, des guerres, des rivalités institutionnelles qui ont produit la souveraineté comme fait social contraignant. S’inspirant de la démarche généalogique de Michel Foucault (1973, 1978) sur la psychiatrie et la sécurité, les auteurs rejettent tout récit téléologique et toute dynamique écrasante, comme celles que tendent à déployer les approches marxiste ou durkheimienne de l’Etat.

Ce point de vue non téléologique a le mérite d’ouvrir la réflexion à la diversité nationale des processus d’étatisation et de ne pas tomber dans le piège du naturalisme[6]. Par exemple, les auteurs soulignent l’avance du mercantilisme allemand dans le domaine des sciences camérales ou bien encore la précocité avec laquelle l’Angleterre d’Henri II se dota (au XIIième siècle) d’une administration centrale des impôts et des finances.

 L’intérêt des auteurs pour la pluralité des parcours nationaux se limite toutefois au Moyen-Age. On ne retrouve pas sous leur plume le foisonnement qui existe, par exemple, dans La Sociologie de l’Etat de Bertrand Badie et Pierre Birnbaum (1979). Or, l’architecture des Etats souverains occidentaux est très variée. Le fédéralisme allemand ou suisse aurait pu, par exemple, faire l’objet d’un examen.

Et l’Eglise inventa la souveraineté

S’appuyant sur les travaux d’Harold J. Berman (1983) et Ernest Kantorowicz (1957), Pierre Dardot et Christian Laval mettent dans l’inconfort la vulgate républicaniste qui exalte le combat séculaire de l’Etat moderne contre l’Eglise Catholique.

La réalité est plus complexe puisque le Roi ne devint empereur dans son royaume qu’au terme d’une rivalité mimétique avec la papauté qui débuta dans la seconde moitié du XIième.

Quand Grégoire VII rédige en 1075 un document-manifeste en 27 propositions dont la septième stipule que le pape seul a le droit de faire de nouvelles lois selon les besoins du temps, il affirme l’indépendance de son pouvoir législatif avec une netteté que les auteurs qualifient de révolutionnaire.

Au temps des trois premières croisades, la révolution papale dote l’Eglise d’une identité forte qui l’aide à s’émanciper de la tutelle des Rois et des Empereurs du Saint-Empire, grâce à l’élaboration d’un système de droit ecclésiastique (le droit canon), la souveraineté du Pape en matière législative, fiscale et de nomination des évêques.

En réaction, les monarques consolident leur autonomie juridique via la séparation entre les biens de la Couronne et ceux du Prince (notamment en Angleterre, pays pionnier dans ce domaine). La célèbre mise au point adressée par Philippe le Bel à Boniface VIII en 1302 (Le roi n’a pas de supérieur au temporel) et l’interdiction de discuter les décisions royales sur le modèle de l’infaillibilité du Pape illustrent bien ce mouvement.

A la lecture de ce chapitre 2, qui est d’une richesse dont il est difficile de rendre compte ici, il n’est pas interdit de faire le parallèle entre la démarche des auteurs et celle de Max Weber, puisque dans les deux cas, un fait social présenté comme spécifique à l’Occident (l’Etat moderne, le capitalisme) est en affinité avec une révolution religieuse.

Quatre modèles de l’Etat souverain

Au cours de leur vaste enquête, les auteurs distinguent plusieurs formes d’Etat souverain. Mais comme ils ne souhaitent pas donner l’impression de dérouler un récit étapiste, ils ne présentent pas cette succession à la manière d’une frise historique. Il n’est pas certain que ce choix facilite l’appropriation de l’ouvrage par les lecteurs, mais quatre modèles, voire quatre paradigmes, n’en apparraissent pas moins.

La synthèse que nous proposons dans le Tableau 1 s’appuie sur les chapitres 6 (Raison d’Etat, souveraineté et gouvernementalité), 7 (Le droit naturel et la question de la souveraineté) et 11 (Les nouveaux mystères de l’Etat). Elle précise, à l’instar des auteurs, la finalité de chaque type d’Etat souverain, ses modes d’action, ses mythes fondateurs, le contexte historique, les résistances qu’il a provoquées et les penseurs qui l’ont théorisé.

Tableau 1. Les quatre modèles de l’Etat souverain occidental

Pierre Dardot et Christian Laval ne suivent pas Michel Foucault lorsque celui-ci distingue régime de souveraineté fondé sur l’interdit (répression du coupable), régime de discipline (XVIIIième siècle) fondé sur la norme (redressement du délinquant) et régime de sécurité fondé sur l’incitation. Pour les auteurs, aucune des inflexions historiques que Foucault repère dans le registre d’action de l’Etat ne remet en cause la centralité de l’institution souveraine. C’est ce qui les amène à classer Antoine de Monchrestien comme Adam Smith parmi les défenseurs de l’Etat souverain.

Du XVième siècle à nos jours, de l’Etat absolutiste au projet néolibéral d’Europe souveraine, l’Etat souverain évolue pour mieux persister dans son être. Les mythes fondateurs sur lesquels il assoit sa puissance changent en fonction de l’environnement social. Hier, c’était la souveraineté nationale et la citoyenneté sociale qui prévalaient, aujourd’hui c’est la souveraineté du consommateur. Dans les deux cas, c’est encore et toujours l’Etat qui est le maître d’œuvre, que ce soit pour encaster l’économie dans la Nation (Etat social-éducateur) ou dans le système juridique mondial.

Pierre Dardot et Christian Laval qualifient de pure propagande l’idée selon laquelle l’Etat serait en train de disparaitre dans les eaux glacées de la globalisation marchande. Les auteurs soulignent que c’est bien un Etat (L’Etat entrepreneurial) qui veille à la sécurité des personnes, des biens, des contrats et de la propriété, met en place les politiques de libéralisation des flux de marchandises et de capitaux, finance les infrastructures collectives, soutient ses champions industriels nationaux et s’appuie sur la contrainte concurrentielle pour imposer des réformes du marché du travail. La globalisation du capital n’est-elle pas devenue l’ultime raison d’Etat ? s’interrogent les auteurs.

 Les auteurs s’inquiètent du découplage tendanciel entre l’Etat et la Démocratie. Ils rejoignent les préoccupations de l’économiste Dani Rodrik[7] ou de l’école de la régulation (Boyer, 2018). Ils ont des mots forts pour dénoncer la soumission de la politique aux canons de l’art managerial : « …le pouvoir adopte le style d’une direction d’entreprise, considérant tantôt les citoyens comme des consommateurs à qui il faut vendre une politique, tantôt comme des employés à qui il faut imposer sans discussion possible les règles de l’organisation du travail sous la contrainte de la concurrence » (p. 674).

Mais une vision aussi crépusculaire de la démocratie à l’ère néolibérale soulève quelques questions. On est en droit de se demander si l’Etat-entreprise est encore un Etat souverain.  A certains moments, les auteurs jugent que l’Etat néolibéral est un Etat fort[8]. Mais le plus souvent ils déplorent que le capitalisme domine l’Etat, ce qui menace de ruiner son indépendance, même relative, vis-à-vis du capital. L’Etat néolibéral est-il une pathologie de l’Etat, le stade ultime de l’Etat capitaliste, ou est-il la forme adéquate de l’Etat dans le capitalisme globalisé contemporain ?

De plus, on pourrait reprocher aux auteurs de sous-estimer les soutiens politiques dont le néolibéralisme bénéficie au sein de la population, ou du moins de ne pas explorer cette piste. La souveraineté du consommateur, pilier de la vision politique néolibérale, n’est-elle pas une interprétation de la Démocratie qui se targue de mieux satisfaire le plus grand nombre que la souveraineté populaire ? (Colin-Jaeger et Verlengia, 2020).

 Le déclin des emplois publics, la montée des travailleurs indépendants, le renouveau spectaculaire du patrimoine, en particulier immobilier, la polarisation urbaine, le tout dans un contexte de vieillissement de la population, n’assurent-ils de conséquentes réserves d’électeurs aux dirigeants politiques néolibéraux?

Comment rompre avec la logique de souveraineté ?

La souveraineté a un début, elle aura une fin, proclament les auteurs. Mais, ajoutent-ils, le verrou de la souveraineté de l’Etat ne cèdera pas tout seul. 

En effet, jusqu’ici, l’Etat s’est montré résilient. Mais ce n’est pas parce que la souveraineté a surmonté tous les obstacles et toutes les résistances qu’il ne faut pas rompre avec la logique de souveraineté. La volonté (et l’espoir) des auteurs de voir apparaître un monde post souverainiste explique largement leur réticence à inscrire l’émergence puis le déploiement de la souveraineté étatique dans un récit téléologique. Puisque tout aurait pu se passer autrement, rien n’est écrit pour demain et après demain.

Pourquoi les anti-souverainistes ont-ils échoué ?

L’Etat souverain a fait la preuve de son endurance. Ni la grande dissidence socialiste, ni les expériences de démocratie directe, ni l’Etat de services publics[9], ni même l’anti-étatisme nazi[10] ne l’ont subverti.

Le chapitre 8 (Expériences révolutionnaires de la souveraineté) consacré à l’essor et au déclin de la souveraineté populaire sous la Révolution française et le chapitre 9 (Les premiers socialismes et la critique de la souveraineté) tentent d’éclairer les raisons de ces échecs à répétition. La réflexion de Pierre Dardot et Christian Laval prend ici un tour stratégique. Résumons leur idée : si les sans-culottes puis les premiers socialistes ont échoué à remettre en cause la souveraineté étatique c’est parce que les premiers ont trop épousé la logique souverainiste tandis que les seconds ont rejeté l’Etat sans discernement.

La défaite du pouvoir sans-culottes face à la Représentation nationale et au Comité de Salut Public fait l’objet d’un récit passionnant. Opposés aussi bien à la monarchie parlementaire qu’à la souveraineté de l’Assemblée nationale surplombant celle du peuple en armes, les insurgés parisiens furent récupérés puis vaincus par les Robespierristes et le Directoire. Le rêve de la démocratie directe (droit de révocation des élus, ratification des lois par les sections populaires) se brisa sur l’incapacité des milieux populaires à résister à leur incorporation dans la mythologie souverainiste de la Volonté générale ou de la Nation une et indivisible.

En effet, les aspirations fédéralistes, le contre pouvoir de la Commune insurrectionnelle, les coalitions ouvrières, toute cela était incompatible avec la logique unitaire de la souveraineté.

Les auteurs déploient magnifiquement la toile de fond théorique sur laquelle s’est jouée la désactivation du pouvoir populaire et dans laquelle les idées de Rousseau et de Sieyès ont joué un rôle décisif.

En l’espèce, pour l’auteur du Contrat social, le peuple souverain d’où découle la Loi ne peut être qu’une personne morale, un organe d’Etat qui surplombe le peuple social. Quant à Sieyès, il voit le peuple que comme un souverain incarné mais défaillant, incapable de s’exprimer sans ses représentants. Que la souveraineté réside dans le Peuple (Rousseau) et voilà que le corps de ce dernier se dédouble en un corps physique et un corps mystique et immortel qui tient lieu d’idéal au premier. Que la souveraineté réside dans la Nation réelle (Sièyès) et celle-ci, bien trop diverse pour parler d’une seule voix, cède son pouvoir à des représentants qui gouvernent à sa place parce que l’intérêt supérieur de la Nation ne saurait s’exprimer correctement qu’à travers eux.

Pour schématiser le parcours de la souveraineté entre 1789 et 1795 et le propos (parfois complexe) des auteurs qui s’appuient sur la dialectique classique de l’exercice direct et indirect de la souveraineté nous proposons le Tableau ci-dessous.

Tableau 2. Parcours de la souveraineté au cours de la Révolution française

        

La dissolution du socialisme dans la souveraineté étatique fut quant à elle plus inattendue.

En effet, tant Joseph Proudhon, que Claude de Saint-Simon, Victor Considérant ou Charles Fourier souhaitaient l’avènement d’une société s’autogouvernant par l’association des producteurs interdépendants. Pour eux, la société contient les principes et les forces de son auto-organisation.  Or, la majeure partie du courant socialiste renonca à cette ambition. Qu’il s’agisse du même Saint-Simon, de Louis Blanc, puis des socio-démocrates, de Karl Marx et de Lénine, tous firent de l’Etat l’instrument décisif de la transformation sociale.

Les auteurs font aux penseurs socialistes le reproche d’avoir, pour parler trivialement, jeté le bébé politique avec l’eau du bain étatique. Dans le cas de Proudhon, tout en saluant la profondeur de sa solution fédérative, les auteurs s’interrogent sur la capacité des communes ou régions autogérées à contenir les velléités individuelles par la seule force de l’utilité mutuelle. Ils ne taisent pas non plus le risque inhérent à une certaine démarche d’inspiration libertaire (ils prennent l’exemple de la deuxième gauche rocardienne) qui, sous prétexte de défaire l’Etat et ses pesanteurs, s’accomoderait d’une libération des forces du marché.

La pensée et l’action de Karl Marx font l’objet d’un chapitre entier (chapitre 10. Souveraineté de l’Etat ou souveraineté du peuple ?) qui fait ressortir le paradoxe d’un auteur qui fut brillant pour combattre l’apologie hégélienne de l’Etat (Marx, 1843), mais qui, en pratique, ne parvint pas à se détacher tout à fait de la perspective de la dictature du prolétariat. Les auteurs n’en retiennent pas moins la finalité marxiste de bâtir un Etat non séparé de la société qui permettrait aux membres du peuple d’être à la fois gouvernés et gouvernants.

La revanche des étatistes contre le socialisme, y compris lors de la Commune de Paris en 1871 lorsque les tendances blanquistes et jacobines instituèrent un Comité de Salut Public, devint tragique avec le léninisme et l’avènement de la dictature du Parti contre l’autogouvernement des Soviets.

A la recherche d’une démocratie ni libérale, ni populiste

Le fil rouge de l’ouvrage est la quête d’une démocratie qui échappe à la logique autoritaire de la souveraineté du Peuple et à la liquidation de la politique dans les eaux glacées de l’utilitarisme néolibéral.

 En confrontant les expériences historiques qui ont la sympathie des auteurs (la démocratie athénienne, la Commune de Paris), et celles qu’ils critiquent (la République romaine) ou rejettent (le populisme), nous pouvons déduire de l’ouvrage une modélisation simple qui, espérons le, aidera à la compréhension du propos des auteurs.

Puisque la démarche de Pierre Dardot et Christian Laval consiste à séparer la Souveraineté de la Démocratie et à pointer l’écart entre leurs promesses et leurs réalisations respectives, croisons ces deux problématiques pour dégager quatre types de régimes politiques (Tableau 3).

Tableau 3.  Matrice Démocratie-Souveraineté des régimes politiques

Dardot et Laval opposent la souveraineté populaire à la souveraineté du peuple. La première est réelle, la seconde est protocolaire. La première est conflictuelle et fait des gouvernants les obligés de leurs électeurs, la seconde est rituelle et fait des électeurs les auxiliaires des représentants dont ils ratifient les décisions majestueuses .

Le régime idéal est une authentique souveraineté populaire qui ajoute à la démocratique réelle (contrôle des dirigeants par les dirigés) une souveraineté réelle, ce qui signifie que la population fixe les termes du pacte constitutionnel fondateur[11] en amont du vote et de l’application des lois par les élus et l’administration. C’est à cette double condition que délégués et citoyens seraient assez responsables s’engager dans la préservation des conditions d’habitabilité de la Terre.

Le despotisme néolibéral, dans lequel la population est désaisie de la démocratie (voire perd son droit de protester, de manifester) et de la souveraineté réelle (des aéropages dégagés de tout contrôle démocratique fixent des règles budgétaires contraignantes) est à rejeter.

La démocratie constitutionnelle[12] est un cas intéressant.  Dans ce contexte, le peuple s’autogouverne mais n’est pas souverain. La démocratie athénienne en est un exemple. En effet,  les  auteurs, qui s’appuient sur les travaux de Jean Terrel (2015), notent que ce n’était pas l’assemblée de tout le Peuple qui votait la Constitution mais un corps spécialisé de citoyens[13] (les nomothètes). Pour le reste, comme on le sait, les citoyens votaient les lois ordinaires et étaient appelés à gouverner par roulement.

La souveraineté populiste, héritière de la république romaine (Moatti, 2018) et chère aux populistes contre lesquels les auteurs n’ont pas de mots assez durs, fait du peuple la source de la Loi mais le tient largement à l’écart de la vie démocratique, c’est-à-dire de la délibération et du contrôle de l’application des lois.  Ce sont des chefs charismatiques qui parlent et agissent au nom du peuple. Pour Dardot et Laval, la fausse rebellion souverainiste n’est qu’une variante déguisée de la domination étatique et capitaliste.

L’enquête sur la souveraineté de l’Etat en Occident de Pierre Dardot et Christian Laval est un livre important. Que l’on partage ou non les options politiques des auteurs ou leur approche sociologique de l’Etat, on est impressionné par la richesse et la profondeur des réflexions qu’ils formulent, par l’érudition du propos et la luminosité avec laquelle ils restituent, sous la forme de véritables cours de philosophie politique, la pensée de Rousseau, Hobbes, Marx ou Hegel. Les pages consacrées aux régimes politiques antiques, qui forment en elles-mêmes un ouvrage, feront certainement référence. 

Cet ouvrage sur l’Etat complète les travaux que les auteurs ont consacrés au marché et au commun (Dardot et Laval, 2009, 2014).  Présenté comme le premier volet d’un projet d’ensemble qui se poursuivra avec la publication d’une réflexion stratégique sur la gauche globale et la cosmopolitique du commun, cette annonce ne manquera pas de susciter une grande attente.

Devenu plus familier avec les Politiques d’Aristote, le lecteur refermera l’ouvrage en comprenant qu’il a entre les mains une salutaire défense du gouvernement politique contre le gouvernement royal et il se dira que la distinction aristotélicienne entre l’exercice autoritaire et non autoritaire du pouvoir n’a pas fini de donner à penser.

Bibliographie

Badie B., Birnbaum P. (1979), Sociologie de l’Etat, Paris, Grasset.

Berman J., (1983), Law and Revolution, Harvard University Press.

Boyer R. in Fourquet F. (2018), Penser la longue durée. Contribution à une histoire de la mondialisation, Paris, La Découverte. Postface.

Colin-Jaeger N. et Verlengia C. (2020), « Entretien avec Christian Laval : Les métamorphoses du néolibéralisme. Retour sur une recherche », in Démocratie et néolibéralisme, Consecutio Rerum, annoV, n°9, p. 187-198.

Dardot P. et Laval C. (2014), Commun. Essai sur la Révolution au XXIième siècle, Paris, La Découverte.

Dardot P. et Laval C. (2009), La nouvelle raison du Monde : Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte.

Foucault M. (1973-1977), Le Pouvoir psychiatrique, Cours du Collège de France (1973-1974), Paris, Gallimard.

Foucault M.  (1977-1978), Sécurité, territoire, population, Cours du Collège de France (1977-1978). Paris, Gallimard.

Kantorowicz E. (1957), Les deux corps du Roi, Paris, Gallimard.

Laclau E. (2008), La raison populiste, Paris. Seuil

Marx K. (1843), Critique du droit politique hégélien.

Moatti C. (2018), Res publica. Histoire romaine de la chose publique, Paris, Ouvertures Fayard.

Rodrik D. (2002), Feasible globalizations, Harvard University.

Scott J. C. (2017), Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats, Paris, La Découverte.

Terrel J. (2015), La politique d’Aristote. La démocratie à l’épreuve de la division sociale, Paris, Vrin.

Testart A. (2012), Avant l’Histoire. L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac, Paris, Galimard.


[1] Photographe : Alain Willaume.

[2] Comme le précisent les auteurs, Jean Bodin, dans La République (1576)) traduit souveraineté par le terme latin majestas.

[3]  Laclau déduit de l’indivisibilité de la souveraineté, l’idée que la personne qui conduit le peuple doit être un seul individu. Il s’appuie sur la théorie de la représentation de Hobbes. Or, Dardot et Laval rappellent que pour Hobbes, une personne n’est pas forcément un individu : elle peut être constituée de plusieurs individus (un directoire, une assemblée etc.)

[4]  Hermann Heller, contrairement à Carl Schmitt, pense que le souverain n’est pas celui qui décide dans l’état d’exception, mais celui qui fixe le cadre juridique dans lequel l’Etat affronte les situations d’exception, ce qui est de la responsabilité du vote du peuple ou des représentants qui instaure une Constitution et non pas celle d’un homme providentiel au tempérament césariste.

[5] Le juriste Maurice Hauriou décrit la souveraineté comme une idée qui cristallise les institutions étatiques, les regroupe en un seul corps.

[6] A ce sujet, on trouvera dans l’ouvrage une présentation des travaux anthropologiques de James C. Scott (2019) ou d’Alain Testart (2012) sur les sociétés et démocraties sans Etat.

[7]  Dans l’article Feasible Globalizations, Dani Rodrick (2002) montre que la globalisation pousse l’Etat à arbitrer entre les marchés et la démocratie. Pour éviter que la puissance publique devienne le bras armé des intérêts financiers, l’économiste préconise de revenir à une globalisation plus modérée en restaurant les règlementations financières et commerciales internationales, de type Bretton-Woods, qui étaient propices au compromis social dans chaque pays.

[8] Pour lutter contre la démocratisation du monde et l’instrumentalisation de l’Etat par des groupes économiques, Walter Eucken appelait en 1932 à dépolitiser l’Etat pour le rendre plus fort dans son entreprise de protection de l’économie de marché. (p. 640)

[9] On doit l’expression au juriste Léon Duguit. Dans son esprit, le progrès des interdépendances sociales et la nécessité pour l’Etat de servir les gouvernés en les assurant contre les risques sociaux devait entraîner la disparition des prétentions souverainistes de l’Etat.

[10] Les auteurs reprennent la thèse que l’historien Johann Chapoutot (2020) défend dans son livre Libre d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui où il interprète le darwinisme administratif nazi (mise en concurrence de l’Etat par une myriade d’agences ad hoc dotées d’une mission spécifique et d’un budget) comme une polycratie dont la logique est celle de la désintégration de l’Etat.

[11] Dans le Contrat Social, Rousseau distingue démocratie (les gouvernants appartiennent aux gouvernés) et souveraineté (le peuple vote la loi fondamentale).

[12] Cette notion n’est pas celle des auteurs mais respecte l’esprit de leur argumentation

[13] Cette réforme importante voit le jour en -403.