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L’impossible programme économique du FN

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Le Front National est un parti populiste à tonalité sociale et  xénophobe dont les idées sont, plus ou moins, partagées par un gros tiers de l’électorat français. Comme il est fort probable que ce mouvement soit présent au second tour de la prochaine élection présidentielle, il est logique qu’il élabore un projet économique digne de ce nom.

A court terme, le FN se réclame d’un keynésianisme radical, à base de protectionnisme monétaire, commercial et migratoire ou de nationalisation du système bancaire.

Pour mieux faire accepter ce programme décoiffant,    le Front National l’habille de quelques avis d’experts, voire de Prix Nobel, rejette sur les « élites hors sol » et l’Union européenne l’accusation de dogmatisme et se fixe à long terme des objectifs  parfaitement compatibles avec la doxa économique, tels que le toilettage de la fiscalité du capital, l’élimination du déficit public structurel ou l’allongement de la durée du temps de travail.

Sur la forme, le programme économique du Front National est assez habile, mais  sur le fond, il se heurte à plusieurs impasses et contradictions.

La feuille de route du FN provoquera une rupture avec le reste du monde

Les deux mesures phares qu’annonce le Front National, à savoir la dévaluation du Franc et la taxation de toutes les importations, infligeraient aux acteurs économiques non résidents des pertes de l’ordre de 295 milliards d’euros .

En voici le détail:

235 milliards: auto-réduction par la France de la dette publique que détiennent les non résidents. A l’heure actuelle,   85% de la dette française qui sont détenus par les non résidents sont libellés en contrat de droit Français, de sorte qu’un retour à l’ancienne monnaie nationale impliquerait que les remboursements s’effectuent en Franc et non plus en Euro. Dès lors, si  le Franc ressuscité se dépréciait de 20% par rapport à l’Euro (scénario probable, nous dit le FN),  les investisseurs non résidents enregistreraient une perte d’un cinquième sur les 1178 milliards de créances qu’ils détiennent, soit 235 milliards.

20 milliards : taxes douanières  prélevées sur toutes nos importations. Le FN prévoit d’instaurer une « contribution sociale sur l’importation » de 3% qu’il souhaite affecter au financement d’un allègement de cotisations sociales destiné à relever les salaires nets les plus bas de 200 euros. Que dire de ce projet alambiqué? On félicitera le Front d’inventer un modèle de protection sociale inédit,  financé par les importations, mais il n’est pas certain que les Français pensent qu’il soit cohérent d’étendre l’assiette du financement de la sécurité sociale aux importations tout en cherchant à les réduire par le biais d’un « protectionnisme intelligent ». Et si cette usine à gaz venait à fonctionner,  le patronat ne manquerait pas d’arguer de ce financement tiers pour se montrer moins généreux dans les  négociations salariales.

40 milliards: revenus prélevés sur le reste du monde suite à la dévaluation du FrancCette estimation provient d’une étude de l’OFCE, qui évalue l’impact d’une amélioration de notre compétitivité-prix de 20% vis-à-vis de tous nos partenaires commerciaux. Les auteurs parient sur un gain pour la France, en 3 ans, de près de 2 points de PIB, soit environ 40 milliards.

Le mouvement frontiste passe sous silence les conséquences  externes de son programme économique et préfère insister sur ses retombées mirifiques pour notre pays. Or, il n’est pas du tout certain que la sortie de l’Euro et le protectionnisme monétaire soient la panacée.

La sortie-dévaluation de l’Euro n’aura vraisemblablement pas  les retombées positives que le Front National espère

En premier lieu, quitter l’Euro obligerait la France à combler par ses propres moyens une déperdition de capitaux  d’un minimum de 50 milliards, ce qui correspond à la position débitrice moyenne de notre pays vis-à-vis de l’Eurosystème depuis le début de la crise financière (balances targets 2).

En second lieu, l’étude de l’OFCE citée plus haut prédit que si la France gagnait 20% de compétitivité-prix par rapport à tous ses partenaires, il en résulterait 428 000 emplois supplémentaires. Ceci n’est pas négligeable, mais ces créations sont prévues sur  3 ans (elles chutent rapidement au delà) et on fait  l’hypothèse (peu réaliste) que nos voisins commerciaux ne déprécieront pas à leur tour leur monnaie.

En troisième lieu, la sortie de l’Euro pourrait avoir des retombées négatives sur l’endettement du secteur privé libellé en devises étrangères et ce n’est pas la « position 7 » du programme sur l’Euro qui nous rassure puisqu’elle stipule qu’une  « taxation exceptionnelle des actifs extérieurs libellés en euro détenus par les banques sera établie pour compenser les coûts pour l’Etat de sa dette résiduelle en euro ». 

Enfin, après 30 ans de désinflation, de mobilité internationale des capitaux et de monnaie forte, le capital s’est dirigé vers le secteur abrité de la concurrence étrangère, en particulier l’immobilier. De ce fait, il est à craindre qu’une rupture avec l’environnement financier international provoque un coup de massue sur la valorisation de l’immobilier, ce pilier du patrimoine des Français.

Les discriminations à l’encontre des étrangers sont incohérentes et contre-productives

Le  FN semble avoir renoncé à la stratégie d’exclusivité nationale prisée par Jean-Marie Le Pen. Il lui préfère désormais la « préférence nationale », c’est-à-dire l’obligation pour pôle emploi de proposer, à compétences égales, une offre d’emploi à un national plutôt qu’à un étranger.

Cependant, la proposition d’expulser tout étranger au chômage depuis plus de 3 mois, alors que la durée moyenne du chômage est actuellement de 14 mois, ressemble fort à une discrimination pure et simple qui nous renseigne sur le but réel du Front National: réduire les statistiques du chômage par simple expulsion des étrangers.

Quelles que soient les précautions langagières dont s’entoure le Front National, le traitement qu’il souhaite réserver aux salariés et aux chômeurs étrangers est parfaitement incohérent avec la perspective qu’il se donne de rétablir le plein emploi en sortant de l’Euro et en pratiquant un « protectionnisme intelligent ». En effet, puisque ce mouvement affirme détenir la clé de l’emploi pour tous, pourquoi en exclut-il  quelques centaines de milliers d’étrangers? Pour ne pas apparaître comme trop xénophobe, le Front brandit un argument budgétaire et prétend que le « coût de l’immigration » s’élèverait à 70 milliards d’euros.  Bien évidemment, aucune étude économique sérieuse ne valide cette estimation farfelue et inquiétante qui va jusqu’à comptabiliser la scolarisation des descendants d’immigrés comme une charge. L’argument frontiste tombe d’ailleurs de lui même puisque l’auteur de l’étude farfelue estime que la réduction du solde migratoire annuel à 10 000 personnes ne « rapporterait » pas plus de 100 millions d’euros

Reste l’idée selon laquelle les étrangers prendraient le travail des natifs.

Ce préjugé classique n’a jamais résisté à l’analyse. En effet, soit les actifs étrangers occupent des fonctions complémentaires des natifs (45% des ouvriers non qualifiés d’Ile de France sont des immigrés) et il n’est ni souhaitable,  ni possible, de les évincer de la production. Soit, il s’agit d’actifs qui concurrencent les natifs, et dans ce cas, les discriminations légales dont ils seraient victimes provoqueraient une dégradation de la condition salariale qui affecterait tout le monde, y compris les natifs.

Bien sûr, ces idées malthusiennes ne tombent pas du ciel.  Dans un contexte de stagnation du volume total d’heures de travail, il n’est pas absurde de réfléchir à une meilleure répartition du travail. Mais se focaliser sur les étrangers est sans objet  car il s’agit de personnes relativement surexposés au chômage (et ce d’autant plus qu’ils sont diplômés) qui subissent par ailleurs les formes d’emplois les plus précaires et  les temps partiels les plus contraints.  Si le FN veut absolument envisager une forme de « partage du travail », il gagnerait à se concentrer sur la contestation de la réforme des retraites, dont nous savons qu’elle a contribué fortement à la montée récente du chômage dans notre pays.

Tel qu’il est, le programme économique du Front National est parfaitement inapplicable et parce qu’il ne ferait qu’ajouter de la crise à la crise, son échec pousserait inévitablement le Front National à entrer dans une surenchère dont nous devinons aisément les développements mortifères.

A terme, pour tenir ses objectifs et compenser la réaction brutale de notre environnement à l’encontre de notre pays, le FN serait contraint de déployer un plan d’expulsion massive des personnes d’origine étrangère et d’éviction des femmes du marché du travail, ce qui est inconcevable dans une société démocratique.

Denis Gouaux

Nuit Debout, au delà de l’Etat et du Marché

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Structure conçue par les « Archi-debout » pour abriter une commission sur la place de la République

 

Après des semaines de pétition, de manifestations et de blocage de lycées, le soutien de l’opinion publique au mouvement social contre la « Loi Travail » progresse encore, au point que les 3/4 des Français se déclarent opposés à la dite réforme.

Alors que des violences policières sans précédent depuis les années 70 et 80 ont poussé des parents d’élèves à protester collectivement et obligé les étudiants du Havre à réclamer la protection des dockers en grève de leur ville, on voit circuler sur les réseaux sociaux des images accablantes qui déstabilisent certains syndicats de police au point qu’ils appellent  à manifester contre « la stigmatisation » des forces de l’ordre.

Dans cette ambiance de fin de règne, des milliers de personnes se pressent sur les places pour s’écouter et s’y faire entendre.

Nuit Debout traduit la volonté de se re-dignifier (« on vaut mieux que ça ») face à un pouvoir économico-politique qui n’a pas d’autre horizon que la gestion des individus et des populations, et ne se soucie guère des personnes.

 Les cités éphémères qui s’édifient ont des airs de démocraties antiques, avec l’attribution strictement égalitaire du temps de parole, la préservation jalouse de la liberté politique de chacun, l’aspiration à limiter les écarts de revenus de 1 à 4 (clin d’oeil à la République de Platon), la distribution de repas, le choix d’exclure certains (les racistes), mais aussi l’appel à toutes les bonnes volontés et à toutes les compétences pour fonder une cité idéale, et bien sur, la fête, avec ses danses et ses concerts en plein air.

Puisque le pouvoir auquel se heurtent ces militants du bien public n’est que le rouage local d’un système plus vaste,  Nuit Debout annonce des orages d’une plus grande ampleur, à l’échelle de tout le continent européen.

Comme leurs glorieux ancêtres de la Commune de Paris,  ces précurseurs de la laïcité, de l’Etat social et de bien d’autres choses encore,  la Nuit Debout est aux prises avec les deux formes de brutalité politique que charrie la mondialisation sans contrôle, à savoir l’autoritarisme financier et l’autoritarisme identitaire.

Souhaitons bon vent à ce vaisseau démocratique et bariolé, dont chaque passager aspire à faire partie de l’équipage et qui expérimente la vie au delà de l’Etat et du Marché.

L’Euro est plus stable que le SME, mais à quel prix?

La crise qui frappe spécifiquement la zone Euro depuis 2011 n’est pas sans rappeler  celle qui avait chahuté le système monétaire européen en 1992 et 1993.

Comme aujourd’hui, on constatait un important différentiel de compétitivité entre l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie (Natixis, 29/11/2012).

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La perte de crédibilité du SME s’était traduite par des attaques spéculatives, une crise de changes, de fortes dévaluations et la  disparition du SME à l’été 1993.

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Aujourd’hui, l’Euro tient bon,  mais au prix d’un effort d’austérité salariale et budgétaire considérable qui porte le doux nom d’ajustement par la demande.

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Le jeu en vaut-il la chandelle?

L’Espagne et l’Italie s’en sortaient-elle mieux grâce aux dévaluations de la période 1993-1995?

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Après tout, la récession de 1992 (modérée il est vrai) ne fut-elle pas absorbée assez rapidement?

Et même si la fin des années 90 n’avait pas permis de retrouver l’élan de la fin des années 80, n’était-ce pas là une situation plus enviable que la décennie perdue à laquelle sont confrontées  l’Italie et l’Espagne?

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Quant au taux de chômage, n’est-il pas supérieur au pic atteint en 1993, même si la tendance est à la décrue, surtout en Espagne?

 Le seul élément qui milite en faveur de l’Euro, ou plus précisément, qui explique pourquoi une sortie à chaud serait très périlleuse est l’état de la balance des paiements de l’Italie et de l’Espagne.

Les financements apportés par l’Euro Système (soldes Targets 2 = prêts entre Banques Centrales) sont de l’ordre de 300 à 400 milliards, soit 6 fois plus que les pertes de réserves de changes que subirent l’Italie et  l’Espagne il y a 20 ans.

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Une explosion de l’Euro s’accompagnerait de dévaluations et de mouvements de capitaux considérables qui auraient un coût économique immédiat sans doute très important.

Ainsi donc, privée de perspectives de croissance favorables au sein l’Euro zone, l’Italie ne peut en sortir sans risquer d’ajouter de la crise à la crise.

L’Euro est plus stable que le SME, et ce n’est pas rien,  mais cette stabilité est une forme de tragédie.

 

 

Le capitalisme global, les migrations et Slavoj Zizek

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Le philosophe Slavoj Zizek a publié un article très intéressant dans la revue progressiste In These Times à propos de la question des migrants. Refusant de restreindre le débat à sa dimension morale, Zizek analyse la place des migrations dans le capitalisme global, le rôle de l’Occident dans l’exode de nombreuses populations du Sud et tente de définir les contours d’une politique d’accueil acceptable pour les populations hôtes.

Yanis Varoufakis s’oppose fermement au nationalisme

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« Je tiens à différer de ceux qui ont imputé la crise de l’Europe « à l’Allemagne » et « aux Allemands ». Je me suis toujours opposé à cela pour deux raisons. Tout d’abord, « les Allemands » ça n’existe pas. Pas plus que « les » Grecs. Ou « les » Français. (…) En 1929, un accident à Wall Street a commencé le processus qui a démantelé la monnaie commune de l’époque – le Gold Standard. En 2008, un autre accident à Wall Street a commencé le processus de fragmentation de la zone euro. À ces deux occasions, les Français se retournèrent contre les Allemands, les Allemands contre les Français, avant que les Français ne se retournent contre les Français, les Grecs contre les Grecs et les Allemands contre les Allemands. À ces deux occasions, dans les années 1930 et maintenant, les seuls bénéficiaires ont été les bigots, les nationalistes, les xénophobes, les misanthropes. L’œuf du serpent n’a pas mis longtemps à éclore dans de telles circonstances.
(…)
Donc, jamais plus de stéréotypes sur les Grecs, les Allemands, les Français, tout le monde. Tendons la main à tous ceux qui veulent refaire de l’Europe un royaume démocratique de prospérité partagée. Chers amis, la diversité et la différence n’ont jamais été le problème de l’Europe. Notre continent a commencé à se réunir avec de nombreuses langues et des cultures différentes, mais il est en train de finir divisé par une monnaie commune. Pourquoi ? Parce que nous laissons nos dirigeants faire quelque chose qui ne peut pas être fait : dépolitiser l’argent, pour faire de Bruxelles, de l’Eurogroupe, de la BCE, des zones franches apolitiques. Quand la politique et l’argent sont dépolitisés ce qui se passe, c’est que la démocratie meurt. »

Extrait du discours prononcé le dimanche 23 août à Frangy-en-Bresse.

Nimby à Rome

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Le sénat examina ensuite, sur le rapport d’Aruntius et d’Atéius, si, afin de prévenir les débordements du Tibre, on donnerait un autre écoulement aux rivières et aux lacs qui le grossissent. On entendit les députations des municipes et des colonies. Les Florentins demandaient en grâce que le Clanis ne fût pas détourné de son lit pour être rejeté dans l’Arno, ce qui causerait leur ruine. Ceux d’Intéramna parlèrent dans le même sens: « On allait, disaient-ils ruiner les plus fertiles campagnes de l’Italie, si l’on ne renonçait pas au projet de diviser le Nar en petits ruisseaux qui formeraient autant d’étangs. » Ceux de Réate ne se taisaient pas sur le danger de fermer l’issue par où le lac Vélin se décharge dans le Nar: il se précipiterait dans les plaines environnantes. « La nature avait très sagement pourvu aux intérêts des mortels, en marquant aux rivières leurs rives et leurs cours, le commencement et la fin de leur cours. Quelque respect aussi était dû à la religion des ancêtres, chez qui les fleuves de la patrie avaient un culte, des bois sacrés, des autels; le Tibre lui-même, déshérité du tribut des ondes voisines, s’indignerait de couler moins glorieux. » Les prières des colonies, ou la difficulté des travaux, ou enfin la superstition, firent prévaloir l’avis de Pinson, qui conseillait de ne rien changer. Tacite. Annales. Livre I, LXXIX.

La France, terre d’intolérance?

Depuis quelques mois, la France donne à voir sa face la moins aimable, au travers des défilés et autres processions contre l’extension du mariage aux personnes de même sexe.

Malheureusement, les mouvements auxquels nous assistons semblent confirmer les résultats du World Values Survey (2005-2008), qui placent notre pays parmi les plus intolérants du monde industrialisé.

Florilège:

  • 26,8 des Français ne veulent pas de voisins appartenant à une autre « race », ce qui fait de notre pays le 12ième le plus raciste de l’échantillon ci-dessous, très loin devant les Etats-Unis (4,1%) ou l’Allemagne (8,6%).

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  • 34,1% des Français se souhaitent pas de voisins homosexuels, contre seulement 9,4% en Espagne. Notons qu’à travers le monde,  l’hargnosité  se dirige avec plus d’intensité contre l’orientation sexuelle  d’un individu que sur son origine raciale supposée.

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  • 37,4% déclarent ne pas vouloir côtoyer un malade du sida, contre 18,3% en Allemagne

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  • 43,2% ne voudraient pas de travailleurs étrangers ou immigrés dans leur voisinage (7ième pays le plus xénophobe)

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  • 13,4% déclarent  ne pas vouloir côtoyer de personnes non mariées, ce qui place notre pays très haut dans la hiérarchie du rejet.

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Le sondage ne précise pas dans quelle mesure des voisins immigrés homosexuels, mais mariés et parlant le français, gagnent en acceptabilité. Il faudrait poser la question.

Si ces résultats sont avérés, alors les paroles d’évangile dont se targuent les adversaires du mariage universel masquent mal une peur qui, comme le chante le poète, tend  la patte.

La manifestation n’est plus ce qu’elle était

Les Harmonies Werckmeister (Bela Tarr)

Pour faire entendre leur opinion, les habitants des pays de l’OCDE préfèrent pétitionner (21,6%), prendre contact avec un responsable politique (13,3%) et boycotter un produit (15,20%), plutôt que de battre le pavé (6,21%)  ou de s’enrôler dans un parti (3,43%).

C’est ce qui ressort de l’enquête de l’OCDE sur les modes de mobilisation en 2008.

8,13% des Français déclaraient avoir participé à une manifestation autorisée, au cours des douze derniers mois. Ils seraient trois à quatre fois plus nombreux à avoir milité dans une association, signé une pétition (30,32%) ou boycotté un produit (31,06%).

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Les champions de la mobilisation citoyenne sont souvent ressortissants de petit pays, comme les Slovènes (47% à avoir pétitionné et 37% à avoir participé à un boycott), les Néerlandais (leaders en termes de  militantisme politique), les Estoniens (militantisme associatif). Les Britanniques, quant à eux,  sont en tête pour les manifestations.

La palme de l’atonie (pour l’année 2008) revient aux Espagnols, aux Polonais et aux Hongrois.

La France n’apparait pas comme un pays particulièrement turbulent. Même si la mobilisation est plus fréquente qu’ailleurs, nos comportements sont assez proches de ceux de l’Allemagne.

La diffusion des pratiques de boycott parmi les pays de l’OCDE est assez frappante. Selon certains, ce mode d’expression est très représentatif des sociétés de consommation aux valeurs individualistes. Toutefois, certains pays « riches » le pratiquent peu, tels la Suisse, le Royaume-Uni ou la Belgique.

Le FMI apôtre de l’équilibrisme budgétaire

« En raison des risques accrus de dégradation de l’économie mondiale, les pouvoirs publics doivent, une fois de plus, prendre des mesures difficiles qui leur permettront de poursuivre l’assainissement des finances publiques, en évitant de priver outre mesure de concours budgétaires une économie dont la reprise est encore fragile. Alors que la plupart des pays émergents et à faible revenu peuvent se permettre de marquer un temps d’arrêt dans leurs efforts d’ajustement en attendant de meilleures perspectives de croissance, de nombreux pays avancés n’ont pas ce luxe. Si la situation financière le permet, l’ajustement doit se faire à un rythme qui correspond à l’état de l’économie. Pour mieux intégrer les facteurs cycliques, les autorités doivent se concentrer sur des objectifs structurels ou corrigés des variations conjoncturelles. Si la croissance est décevante, la première ligne de défense doit être la politique monétaire et le libre jeu des stabilisateurs budgétaires automatiques. Si la croissance chute nettement en deçà des projections actuelles des Perspectives de l’économie mondiale, les pays ayant une certaine latitude doivent freiner l’ajustement prévu en 2013 et au-delà. Mais la prudence à court terme ne doit pas servir de prétexte pour freiner ou retarder l’assainissement des finances publiques à moyen terme, qui demeure une exigence fondamentale pour la croissance. Même les pays ayant des positions budgétaires relativement confortables devraient conserver une marge de manoeuvre suffisante pour être en mesure de parer à des chocs futurs. » FMI, Moniteur des finances publiques, octobre 2012.

Eric Hobsbawm (1917-2012)

« J’ai conservé un souvenir précis d’un long tête à tête avec lui il y a un certain nombre d’années à Londres. Il m’avait invité à déjeuner à son club à Saint-James (était-ce l’Atheneum ?). Entre des évocations aussi chaleureuses de Lénine et de Billie Holiday, il se pencha vers moi pour m’indiquer, d’une mine de comploteur, un discret personnage enfoncé dans un fauteuil en vieux cuir, caché derrière son journal : »C’est Jim Callaghan, notre ancien premier ministre… » fit-il d’une voix faussement admirative. Puis il se leva pour répondre à la question d’un membre du club. Alors un autre, assis derrière nous, se pencha vers moi : »Ce qu’il ne vous dit pas, c’est qu’il était son conseiller spécial… ». Et lorsqu’Eric Hobsbwam revint à table, il me lanca aussitôt : « Ne croyez pas les rumeurs ! » . Pierre Assouline (03/03/2009).

Un panorama des oeuvres d’Eric Hosbawm est disponible ici.

Le plan européen d’investissement devrait compenser les plans nationaux d’austérité

Faut-il considérer l‘initiative de croissance européenne comme une goutte d’eau dans l’océan?

Les 28 et 29 juin, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE des 27,  réunis à Bruxelles, ont décidé d’affecter 1% du PIB européen (120 milliards d’euros) aux investissements et aux grands travaux.

Pour Elie Cohen, le compte n’y est pas. L’économiste juge que l’étalement de ce plan sur cinq ans apportera, au mieux, 0,2 points d’activité supplémentaire par an, alors que pour la seule année 2013,  l’austérité budgétaire priverait l’économie française d’1,5 points de PIB.

Le Centre d’Analyse Stratégique, en sa note d’analyse n°287,  se montre plus optimiste.

Il souligne qu’en l’absence du plan européen, l’investissement public reculerait d’un point de PIB, entre 2010 et 2013, du fait  de la multiplication  des plans d’austérité (cf graphique ci-dessus). Cette baisse est comparable à celle qui avait lieu au moment de la préparation de la monnaie unique (1992-1999).

Bien que modeste, l’initiative européenne vient compenser la diminution des investissements publics que pratiquent les Etats  pour satisfaire  les exigences des marchés financiers, au risque de pénaliser leur croissance potentielle.

Tout ceci est bienvenue, même si la « sanctuarisation » des investissements publics, dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance, aurait été le meilleur moyen de préserver le financement des infrastructures collectives.