Nimby à Rome

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Le sénat examina ensuite, sur le rapport d’Aruntius et d’Atéius, si, afin de prévenir les débordements du Tibre, on donnerait un autre écoulement aux rivières et aux lacs qui le grossissent. On entendit les députations des municipes et des colonies. Les Florentins demandaient en grâce que le Clanis ne fût pas détourné de son lit pour être rejeté dans l’Arno, ce qui causerait leur ruine. Ceux d’Intéramna parlèrent dans le même sens: "On allait, disaient-ils ruiner les plus fertiles campagnes de l’Italie, si l’on ne renonçait pas au projet de diviser le Nar en petits ruisseaux qui formeraient autant d’étangs." Ceux de Réate ne se taisaient pas sur le danger de fermer l’issue par où le lac Vélin se décharge dans le Nar: il se précipiterait dans les plaines environnantes. "La nature avait très sagement pourvu aux intérêts des mortels, en marquant aux rivières leurs rives et leurs cours, le commencement et la fin de leur cours. Quelque respect aussi était dû à la religion des ancêtres, chez qui les fleuves de la patrie avaient un culte, des bois sacrés, des autels; le Tibre lui-même, déshérité du tribut des ondes voisines, s’indignerait de couler moins glorieux." Les prières des colonies, ou la difficulté des travaux, ou enfin la superstition, firent prévaloir l’avis de Pinson, qui conseillait de ne rien changer. Tacite. Annales. Livre I, LXXIX.

La France, terre d’intolérance?

Depuis quelques mois, la France donne à voir sa face la moins aimable, au travers des défilés et autres processions contre l’extension du mariage aux personnes de même sexe.

Malheureusement, les mouvements auxquels nous assistons semblent confirmer les résultats du World Values Survey (2005-2008), qui placent notre pays parmi les plus intolérants du monde industrialisé.

Florilège:

  • 26,8 des Français ne veulent pas de voisins appartenant à une autre "race", ce qui fait de notre pays le 12ième le plus raciste de l’échantillon ci-dessous, très loin devant les Etats-Unis (4,1%) ou l’Allemagne (8,6%).

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  • 34,1% des Français se souhaitent pas de voisins homosexuels, contre seulement 9,4% en Espagne. Notons qu’à travers le monde,  l’hargnosité  se dirige avec plus d’intensité contre l’orientation sexuelle  d’un individu que sur son origine raciale supposée.

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  • 37,4% déclarent ne pas vouloir côtoyer un malade du sida, contre 18,3% en Allemagne

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  • 43,2% ne voudraient pas de travailleurs étrangers ou immigrés dans leur voisinage (7ième pays le plus xénophobe)

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  • 13,4% déclarent  ne pas vouloir côtoyer de personnes non mariées, ce qui place notre pays très haut dans la hiérarchie du rejet.

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Le sondage ne précise pas dans quelle mesure des voisins immigrés homosexuels, mais mariés et parlant le français, gagnent en acceptabilité. Il faudrait poser la question.

Si ces résultats sont avérés, alors les paroles d’évangile dont se targuent les adversaires du mariage universel masquent mal une peur qui, comme le chante le poète, tend  la patte.

La manifestation n’est plus ce qu’elle était

Les Harmonies Werckmeister (Bela Tarr)

Pour faire entendre leur opinion, les habitants des pays de l’OCDE préfèrent pétitionner (21,6%), prendre contact avec un responsable politique (13,3%) et boycotter un produit (15,20%), plutôt que de battre le pavé (6,21%)  ou de s’enrôler dans un parti (3,43%).

C’est ce qui ressort de l’enquête de l’OCDE sur les modes de mobilisation en 2008.

8,13% des Français déclaraient avoir participé à une manifestation autorisée, au cours des douze derniers mois. Ils seraient trois à quatre fois plus nombreux à avoir milité dans une association, signé une pétition (30,32%) ou boycotté un produit (31,06%).

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Les champions de la mobilisation citoyenne sont souvent ressortissants de petit pays, comme les Slovènes (47% à avoir pétitionné et 37% à avoir participé à un boycott), les Néerlandais (leaders en termes de  militantisme politique), les Estoniens (militantisme associatif). Les Britanniques, quant à eux,  sont en tête pour les manifestations.

La palme de l’atonie (pour l’année 2008) revient aux Espagnols, aux Polonais et aux Hongrois.

La France n’apparait pas comme un pays particulièrement turbulent. Même si la mobilisation est plus fréquente qu’ailleurs, nos comportements sont assez proches de ceux de l’Allemagne.

La diffusion des pratiques de boycott parmi les pays de l’OCDE est assez frappante. Selon certains, ce mode d’expression est très représentatif des sociétés de consommation aux valeurs individualistes. Toutefois, certains pays "riches" le pratiquent peu, tels la Suisse, le Royaume-Uni ou la Belgique.

Le FMI apôtre de l’équilibrisme budgétaire

"En raison des risques accrus de dégradation de l’économie mondiale, les pouvoirs publics doivent, une fois de plus, prendre des mesures difficiles qui leur permettront de poursuivre l’assainissement des finances publiques, en évitant de priver outre mesure de concours budgétaires une économie dont la reprise est encore fragile. Alors que la plupart des pays émergents et à faible revenu peuvent se permettre de marquer un temps d’arrêt dans leurs efforts d’ajustement en attendant de meilleures perspectives de croissance, de nombreux pays avancés n’ont pas ce luxe. Si la situation financière le permet, l’ajustement doit se faire à un rythme qui correspond à l’état de l’économie. Pour mieux intégrer les facteurs cycliques, les autorités doivent se concentrer sur des objectifs structurels ou corrigés des variations conjoncturelles. Si la croissance est décevante, la première ligne de défense doit être la politique monétaire et le libre jeu des stabilisateurs budgétaires automatiques. Si la croissance chute nettement en deçà des projections actuelles des Perspectives de l’économie mondiale, les pays ayant une certaine latitude doivent freiner l’ajustement prévu en 2013 et au-delà. Mais la prudence à court terme ne doit pas servir de prétexte pour freiner ou retarder l’assainissement des finances publiques à moyen terme, qui demeure une exigence fondamentale pour la croissance. Même les pays ayant des positions budgétaires relativement confortables devraient conserver une marge de manoeuvre suffisante pour être en mesure de parer à des chocs futurs." FMI, Moniteur des finances publiques, octobre 2012.

Eric Hobsbawm (1917-2012)

"J’ai conservé un souvenir précis d’un long tête à tête avec lui il y a un certain nombre d’années à Londres. Il m’avait invité à déjeuner à son club à Saint-James (était-ce l’Atheneum ?). Entre des évocations aussi chaleureuses de Lénine et de Billie Holiday, il se pencha vers moi pour m’indiquer, d’une mine de comploteur, un discret personnage enfoncé dans un fauteuil en vieux cuir, caché derrière son journal :"C’est Jim Callaghan, notre ancien premier ministre…" fit-il d’une voix faussement admirative. Puis il se leva pour répondre à la question d’un membre du club. Alors un autre, assis derrière nous, se pencha vers moi :"Ce qu’il ne vous dit pas, c’est qu’il était son conseiller spécial…". Et lorsqu’Eric Hobsbwam revint à table, il me lanca aussitôt : "Ne croyez pas les rumeurs !" . Pierre Assouline (03/03/2009).

Un panorama des oeuvres d’Eric Hosbawm est disponible ici.

Le plan européen d’investissement devrait compenser les plans nationaux d’austérité

Faut-il considérer l‘initiative de croissance européenne comme une goutte d’eau dans l’océan?

Les 28 et 29 juin, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE des 27,  réunis à Bruxelles, ont décidé d’affecter 1% du PIB européen (120 milliards d’euros) aux investissements et aux grands travaux.

Pour Elie Cohen, le compte n’y est pas. L’économiste juge que l’étalement de ce plan sur cinq ans apportera, au mieux, 0,2 points d’activité supplémentaire par an, alors que pour la seule année 2013,  l’austérité budgétaire priverait l’économie française d’1,5 points de PIB.

Le Centre d’Analyse Stratégique, en sa note d’analyse n°287,  se montre plus optimiste.

Il souligne qu’en l’absence du plan européen, l’investissement public reculerait d’un point de PIB, entre 2010 et 2013, du fait  de la multiplication  des plans d’austérité (cf graphique ci-dessus). Cette baisse est comparable à celle qui avait lieu au moment de la préparation de la monnaie unique (1992-1999).

Bien que modeste, l’initiative européenne vient compenser la diminution des investissements publics que pratiquent les Etats  pour satisfaire  les exigences des marchés financiers, au risque de pénaliser leur croissance potentielle.

Tout ceci est bienvenue, même si la "sanctuarisation" des investissements publics, dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance, aurait été le meilleur moyen de préserver le financement des infrastructures collectives.

Le trilemme de Madrid

"L’Espagne est sur la bonne voie" Angela Merkel (06/09/12)

A défaut de se joindre aux cortèges madrilènes, on peut tenter de les mettre en perspective. L’Etat espagnol est aux prises avec le trilemme de Rodrikthéorie d’après laquelle  l’approfondissement de l’intégration économique financière d’un ensemble d’Etats Nations exige, un jour ou l’autre,  de sacrifier  la souveraineté ou la démocratie. Dans le cas présent, l’Etat espagnol résiste  à la protestation populaire anti-austérité tout en renâclant à sa "mise sous tutelle" par l’UE, le FMI et la BCE.  Si l’on ne veut pas que les Etats deviennent des coquilles vides triple A, ou que les peuples s’enivrent de nationalisme morbide, on serait bien inspiré d’accélérer le chantier de l’Europe fédérale et démocratique. Sur ces questions, la lecture du texte "Mondialisation et démocratie" (Jean-Marc Siroën) est vivement conseillée.

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450, c’est le nombre d’abonnés au compte Twitter de ce blog. De notre côté, nous suivons 302 comptes.

Je caressais l’idée d’établir un profil type de nos followers, mais l’entreprise n’est pas simple car les 2/3 ne se définissent pas explicitement ou échappent aux catégorisations usuelles.

Parmi les plus récents d’entre-eux, figurent  Benoît-Pie 3XIV  ("gitan à passeport français"), un "ti gosse de riche qui s’est cogné la tête" (ebelanger2), un "fonctionnaire qui aime désespérément Jean Jacques Rousseau" ‘(MFP!), ainsi qu’un "simple moucheron autour de la lampe" (C…).

Puisque ce blog cause d’économie internationale, il n’est pas surprenant qu’il soit suivi, de près ou de loin, par une trentaine d’étudiants (économie, sociologie, histoire, science politique..), autant de journalistes économiques (Rue89, Le Monde, RFI Allemagne, Les Echos, Courrier International…),  une quinzaine d’enseignants en économie ou sciences économiques et sociales, ainsi que des spécialistes financiers, des urbanistes, des géographes et un bouquet d’expatriés (Inde, Canada, Vietnam, Italie, Brésil…). Une mention spéciale à Nicolas Kayser-Bril,  journaliste de données, qui de temps en temps trouve son bonheur dans ce blog.

Off course, les blogueurs en économie sont présents, avec Olivier Bouba-Olga, Alexandre Delaigue (Econoclaste), Aston Lockheed (à découvrir de toute urgence), Prépa Eco Carnot, TécoSES blog, Le monde est à nousCaptain Economics, mais aussi l’Apses (Galy Marjorie), Economie et Société, Tendances Eco, Blogizmo et DébatEco.

Xavier Molénat (Revue Sciences Humaines) et Denis Colombi (blog Une heure de peine) représentent, fort bien, la sociologie.

Les auteurs des blogs et Scoop it Le café du matin à Paris, Internet World, Bully Pulpit, et j’en oublie, sont de la partie

Because nous abordons des sujets sensibles, comme le protectionnisme ou les questions migratoires, il est normal qu’on retrouve plusieurs sensibilités de pensée. Côté pile, on compte des libéraux fervents mais éclairés (Aymeric Pontier, qui nous suit depuis le début,  ou Sébastien R).  Côté face, campent un keynésien Lordoniste (jmyg), un adversaire du monde de la finance (Boursicotueur) et l’excellent Débat sur le Libre-Echange.

Il faut signaler quelques militants politiques ou sympathisants, de tous les horizons de la gauche et de l’écologie (citons Parti de Gauche 32 Carrés Rouges (Québec) ou DomGrEEn77176 :   écolo-anarchiste libre penseur et humaniste, écolo-résistant. De plus en plus bouddhiste), mais aussi quelques souverainistes ou gaullistes sociaux. Il y eut bien un ou deux twittos d’extrême droite, mais ces oiseaux là ont compris qu’ils n’étaient pas à  bonne adresse.

Le mot de la fin à C Denocq, qui a mis en exergue la définition exigeante que le philosophe Gilles Deleuze donnait de la gauche: "Etre de gauche, c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi. Etre de droite, c’est l’inverse".

DG

Conflictualité au travail: la France au même rang que l’Afrique du Sud

Le secteur minier sud-africain est agité par des conflits sociaux qui ont pris un tour dramatique avec la mort de 34 mineurs au cours d’une fusillade avec la police.

Les victimes travaillaient pour le groupe Lonmin, une entreprise qui extrait 12% du platine mondial et refuse d’accorder aux grévistes ce qu’ils réclament, à savoir  le triplement de leur rémunération mensuelle  (environ 550 dollars), ce qui  reviendrait à aligner leur salaire sur la rémunération moyenne du pays.

 Un tel degré de conflictualité  est-il  exceptionnel dans le monde?

D’après le classement 2010-2011 du Forum économique mondial,  la palme de la discorde revient au Vénézuela, tandis qu’à  l’opposé extrême figurent  Singapour, la Suisse et la Norvège. L ‘Afrique du Sud est le 5ième pays le plus conflictuel du monde, à égalité avec la Mauritanie,  l’Uruguay et… la France.

Comment? Notre pays n’est-il pas sorti du temps des fusillades, comme celle de Fourmies?

L’enquête ne procède pas d’un comptage des jours de grèves ou d’usines occupées, mais simplement  d’un sondage réalisé auprès  d’une centaine d’employeurs de chaque pays, auxquels on a demandé de caractériser sur une échelle de 1 à 7 le degré de coopération qui leur parait régner entre eux-mêmes et leurs salariés.

Le résultat en dit long sur le ressentiment ahurissant qu’une partie des employeurs français éprouvent vis-à-vis de leurs collaborateurs ou de leurs représentants, dont l’économiste Thomas Philippon pense qu’il puise son origine dans le climat  d’antagonisme que  l’Etat installa en  adoptant une attitude hostile face à l’émergence du mouvement syndical au cours du XIXième siècle.

Comment peut-on être Rom?

Au cours de son histoire, l’Europe a excellé dans l’art de fabriquer des minorités transnationales privées méticuleusement de leurs droits.

En lisant les propos qu’un député de l’UMP vient de tenir sur les Roms, on se  dit que certains aimeraient bien que l’Histoire  repasse les plats:

"A droite, le député Philippe Meunier, secrétaire national UMP aux libertés publiques, a assuré samedi que le président François Hollande devait «exiger une renégociation des traités européens», pour«permettre l’expulsion de Roumains sans ressources»."Libération (11/08/2012).