La France, une nation de migrants

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Les Français ne quittent pas volontiers leur pays, mais quand ils le font, ils embrassent le monde sans retenue et sont présents presque partout.

D’après les estimations du Pew Research Center, la diaspora française détient le record mondial du nombre de pays d’implantation, au total 83 pays dans lesquels on recense plus de 1000 résidens nés en France.

Le phénomène est très net en Amérique Latine ainsi qu’en Afrique, dont le morcellement politique et les liens culturels avec notre pays ne sont pas étrangers à l’intense dispersion géographique des Français.

51% des immigrés sont des femmes

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Les démographes de l’INED (Population et Société, juillet 2013) nous apprennent qu’en 2008 les femmes sont devenues majoritaires  au sein de la population immigrée installée en France.

Même si, sur un siècle, la proportion de femmes n’est jamais descendue en deçà de 40%, il s’agit d’un tournant historique.

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En effet, la féminisation de la population migrante ne s’explique plus seulement par le regroupement familial.

De plus en plus,  les femmes qui arrivent en France sont  des célibataires ou des « pionnières », qui quittent leur pays en y laissant leur conjoint.

La féminisation « autonome » de la population migrante est encouragée par les opportunités de travail dans le secteur tertiaire ainsi que par la montée du niveau d’éducation dans les pays d’origine: au milieu des années soixante-dix, un étudiant sur quatre était une femme, contre 50% en 2008.

Cette évolution positive ne doit pas masquer pas les contraintes économiques spécifiques qui pèsent sur certaines  migrantes:

Du fait de revenus souvent moindres, les migrantes envoient des sommes inférieures à celles des hommes. En revanche, ces transferts représentent une proportion plus importante des revenus. Ainsi, selon la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, les migrantes bangladaises travaillant au Moyen-Orient rapatrient en moyenne près des trois quarts de leur salaire. Dans son enquête sur les nounous ivoiriennes à Paris, Caroline Ibos souligne également que ces dernières « expliquent cette nouvelle préférence pour faire migrer les femmes par le fait que celles-ci restitueraient à la famille une part bien plus importante de leur salaire que les hommes » .(OCEAE)

La France, terre d’intolérance?

Depuis quelques mois, la France donne à voir sa face la moins aimable, au travers des défilés et autres processions contre l’extension du mariage aux personnes de même sexe.

Malheureusement, les mouvements auxquels nous assistons semblent confirmer les résultats du World Values Survey (2005-2008), qui placent notre pays parmi les plus intolérants du monde industrialisé.

Florilège:

  • 26,8 des Français ne veulent pas de voisins appartenant à une autre « race », ce qui fait de notre pays le 12ième le plus raciste de l’échantillon ci-dessous, très loin devant les Etats-Unis (4,1%) ou l’Allemagne (8,6%).

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  • 34,1% des Français se souhaitent pas de voisins homosexuels, contre seulement 9,4% en Espagne. Notons qu’à travers le monde,  l’hargnosité  se dirige avec plus d’intensité contre l’orientation sexuelle  d’un individu que sur son origine raciale supposée.

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  • 37,4% déclarent ne pas vouloir côtoyer un malade du sida, contre 18,3% en Allemagne

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  • 43,2% ne voudraient pas de travailleurs étrangers ou immigrés dans leur voisinage (7ième pays le plus xénophobe)

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  • 13,4% déclarent  ne pas vouloir côtoyer de personnes non mariées, ce qui place notre pays très haut dans la hiérarchie du rejet.

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Le sondage ne précise pas dans quelle mesure des voisins immigrés homosexuels, mais mariés et parlant le français, gagnent en acceptabilité. Il faudrait poser la question.

Si ces résultats sont avérés, alors les paroles d’évangile dont se targuent les adversaires du mariage universel masquent mal une peur qui, comme le chante le poète, tend  la patte.

La faim, les Roms et Nadine Morano

On est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussent une partie des Français à s’essuyer les pieds sur les Roms.

Hier après-midi, sur BFMTV, une des figures de l’UMP, Nadine Morano, est allée jusqu’à prétendre  que les « Roms envahissent nos villes ».

Comment expliquer cette hostilité?

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Il est aisé pour les bateleurs de foire d’agiter le spectre de l’invasion, dont quelques dizaines de milliers de Roms formeraient l’avant-garde, car ces derniers fuient un danger qui ne nous taraude plus: la faim.

Une enquête  de la Banque Mondiale  nous permet de comprendre que les Roms  installés en France ont de bonnes raisons d’y rester.  En effet, ces populations arrivent de pays où la faim n’est pas un vain mot: en Bulgarie et en Roumanie, plus de 40% des Roms déclarent qu’un de leur proche se couche avec le ventre vide. Pour les Roms, s’installer en France divise de 3 à 6 fois le risque d’être exposé à la faim.

Dans le même temps, les Roms de France demeurent surexposés aux privations, et  même s’ils se portent  mieux chez nous qu’en Bulgarie ou en Roumanie, leur intense pauvreté est beaucoup plus visible dans notre pays, où l’indigence a quasiment disparu.

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Reprocher aux Roms d’être trop pauvres  ici et dans leurs pays d’origine, c’est donner à croire que nos sociétés n’auraient pour seul devoir que de les expulser avec humanité. Or, les Roms, on aurait tendance à l’oublier, sont à la fois nos égaux et nos concitoyens européens.

Rien ne justifie  les extravagantes discriminations qui verrouillent le marché du travail et contribuent à leur très faible taux d’emploi en France (15% contre 65% pour  le reste de la population).

L’égalité des conditions, c’est un peu cela la République, mais Madame Morano n’y perdrait-elle pas son fonds de commerce politique ?

Un euro sur trois d’origine étrangère en France

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Avec le temps, les pièces d’euros étrangères deviennent monnaie courante en France (INED, avril 2012):

  • 90% des personnes résidentes dans l’hexagone en possèdent au moins une (24% en 2002)
  • 34% des pièces en circulation ont été frappées à l’étranger (5% en 2002).

Cette diffusion doit être relativisée.

Tout d’abord, le brassage des pièces est  inégal. Comme le montre le graphique ci-dessous, ce sont les pièces d’un ou deux euros qui se mélangent le plus, avec des niveaux respectifs de  60  et 56%, contre 12% seulement de pièces étrangères d’un ou deux centimes. C’est sans doute l’effet de la brièveté de la plupart des séjours qu’effectuent les étrangers sur notre sol: La capacité de circulation d’une pièce est le reflet des stratégies de paiement qu’adopte son porteur [4]. Par exemple, un cadre supérieur se rendant pour la journée dans une métropole étrangère a très peu de chances de procéder à des achats impliquant des pièces de quelques centimes d’euros. C’est en revanche plus plausible dans le cas d’un travailleur frontalier effectuant des achats de détails (pain, cigarettes, médicaments) sur son lieu de travail à l’étranger (INED).

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Ensuite, le mélange est loin d’être parfait, puisque le porte monnaie des résidents français  contient deux tiers de pièces françaises, alors que notre pays émet seulement 20% des pièces en circulation dans la zone euro.

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Enfin, 80% des euros étrangers qui se diffusent sur le territoire français proviennent de nos principaux voisins et partenaires commerciaux (Espagne, Allemagne, Belgique, Italie).

Immigration et promotion sociale des natifs

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L‘étude de Francisco d’Amuri et Giovanni Peri (2010) établit un lien entre la « complexification » des compétences que requièrent les emplois occupés par les personnes nées en Europe et la spécialisation croissante des immigrés dans les tâches manuelles et routinières. L’amplification des flux migratoires depuis la fin des années 90 a permis aux natifs d’occuper les emplois les plus qualifiés et les plus gratifiants. Comme les deux populations occupent des emplois de plus en plus différents, on comprend à quel point les descendants des immigrés aspirent à ne pas connaître le sort de leurs parents, et combien les obstacles qui se dressent sur leur chemin sont mal ressentis.

La France compte plus d’enfants d’immigrés que d’immigrés

L’étude de l’INSEE sur les immigrés et descendants d’immigrés nous rappelle à quel point la France est une terre d’immigration.

Improprement qualifiés d’immigrés de « deuxième génération », les résidents issus de l’immigration sont relativement nombreux dans notre pays. Le tableau ci-dessus nous montre que 26,6% des  personnes résidentes âgées de 25 à 54 ans sont nées à l’étranger ou ont au moins un parent né à l’étranger. Parmi ces personnes,  les enfants d’immigrés (13,5%) sont plus nombreux que les immigrés (13,1%), ce qui est unique en Europe. Rien de tel dans les pays d’immigration récente, comme le Portugal ou l’Espagne, qui abritent principalement des immigrés de « première génération ».

Une vue d’ensemble sur 160 ans témoigne de la hausse tendancielle de la présence immigrée dans notre pays.

En 160 ans, le taux d’immigrés a été multiplié par 8.

L’augmentation a été irrégulière, avec 50 ans de coups d’arrêt ou de régression (1886-1906, 1931-1946, 1975-1999) et 3 phases d’ouverture, qui correspondent aux deux périodes d’après guerres mondiales et à la phase d’industrialisation de notre pays (1846-1886).

La période récente (1999-2008) témoigne de la réouverture de notre pays aux flux migratoires, puisque  le taux d’immigrés progresse aussi rapidement qu’au cours des années 1910-1930.

La capacité de notre pays à transformer les étrangers en nationaux se lit dans l’évolution plus rapide du taux d’immigrés, relativement à celui des étrangers, qui stagne depuis 80 ans. C’est une conséquence du droit du sol (ré)introduit en France par la loi de 1889.

Le document de l’INSEE nous donne également à voir la succession des vagues migratoires au cours du temps.

On constate que l’immigration algérienne, par sa vigueur et son amplitude, n’a rien à envier à celle des Belges (1851-1886), des Polonais (années vingt) ou des Portugais (années soixante), sans jamais égaler l’immigration italienne, dont le cycle complet couvre 160 ans d’histoire.

Dans chaque cas, le déclin du taux de ressortissants étrangers témoigne d’une fermeture délibérée des frontières mais aussi d’une entrée des étrangers dans la communauté des citoyens, par naturalisation ou en vertu du droit du sol. A ce titre,  le taux de ressortissants algériens dans la population résidente, qui est passé de 1,6% à 0,8% entre 1975 et 2008, est à mi parcours du chemin qu’ont parcouru les Italiens depuis 1931.

La dernière vague migratoire provient d’Afrique sub-saharienne. En 2008, ces étrangers ont un poids dans la population totale résidente (0,8%) aussi important que les Belges et les Italiens en 1896, ou que les Espagnols en 1926.

1/4 des pays autorisent la double nationalité

24% des pays développés et 26% des pays en cours de développement accordent à leurs citoyens le droit à la double nationalité.

La diffusion de ce droit,  spectaculaire depuis les années 60 avec une accélération à partir de 1990. n’est pas liée au stade de développement des pays: Les Etats-Unis, le Canada, la  France et le Togo permettent la double nationalité, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et le Cameroun l’interdisent.

Une étude de l’Université d’Ottawa (avril 2012) montre que cette respiration dans le droit de la nationalité donne un bol d’oxygène aux économies concernées.

Entrées de capitaux, volumes d’échanges, investissements, consommation des ménages, toutes ces variables progressent significativement en raison des liens qui se tissent et s’étoffent entre les citoyens à double nationalité et leur pays d’origine.

Les flux de ressources transnationaux qui circulent à l’intérieur des diasporas joueraient un rôle positif et significatif dans l’amélioration du revenu des ménages et le recul de la mortalité infantile.

La Norvège face au défi de l’immigration

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, la Norvège n’est pas submergée  par l’immigration. Elle s’est mise simplement au diapason européen, mais dans un laps de temps très bref.

Le pourcentage d’immigrés (10,8% de la population)  n’est pas beaucoup plus élevé que la moyenne européenne (9,4%). Il place la Norvège entre le Danemark (9%) et la Suède (14,3%; données Eurostat).

Le taux d’ immigration extra européenne (6,5%) est conforme à la tendance générale (6,3%).

En revanche, la Norvège est confrontée à  une immigration récente, en forte augmentation depuis 2000. De ce fait, l’âge médian des immigrés (35,5),  est inférieur à la moyenne européenne (40 ans).

Sur 40 ans, le taux d’immigration a été multiplié par 7 ( 1,5% en 1970).

L’immigration norvégienne est très polarisé en termes de niveaux de développement. D’un côté, une grande masse d’immigrés en provenance de pays à haut niveau de développement (les 2/3 arrivent d’Europe orientale, en particulier de Pologne). D’un autre côté, une proportion d’immigrés issus de pays à faible niveau de développement deux fois plus importante qu’ailleurs en  Europe. De ce fait, il est probable que les immigrés issus des pays du Sud soient plus « visibles » en Norvège que dans d’autres pays.

L’immigration représente un défi pour la Norvège, mais ce pays y répond.

Depuis quelques années, ce pays durcit les contrôles et multiplie les dispositifs de retours forcés ou aidés. Dans le même temps, la Norvège met en pratique des politiques d’intégration ambitieuses en termes de scolarisation et de  participation civique des populations immigrées. Face au défi, on s’organise. Pour cela, la Norvège peut compter sur ses ressources économiques mais aussi morales, puisque ce pays est foncièrement égalitaire.

Le contraste avec la France est frappant. Chez nous, l’immigration est une tradition ancienne. Cela nous préserve des  pires excès de l’extrême droite. En revanche, le manque de perspectives économiques a transformé l’immigration en un sujet de controverse récurrent et le refus de se confronter  au  passé colonial n’arrange pas les choses.

La Norvège a connu à une bouffée meurtrière d’extrémisme de droite, mais elle s’en sortira et tournera la page.

En France, c’est l’inverse. La vie politique est de l’ordre du théâtre,  mais les mauvaises pièces s’y jouent longtemps.

Le rôle des migrations dans le renouvellement de la population active

Les Perspectives des migrations internationales de l’OCDE sont toujours une mine d’informations.

Par exemple, la cuvée 2012 rapporte que de 2000 à 2010, l’immigration a représenté le quart des flux entrants dans la population active (nouveaux immigrés/jeunes travailleurs+nouveaux immigrés=7/22+7=0,24) et a compensé 38% des départs en retraite.

En France,  l’immigration n’a représenté  que 10% des flux entrants et compensé 15% des départs en retraite.

Dit autrement, 90% des personnes qui ont grossi les rangs des actifs français résidaient sur le territoire.

Un autre point intéressant concerne le type de professions vers laquelle se dirigent les immigrés.

L’OCDE a divisé la population active occupée en 5 groupes numériquement égaux (quintiles) et les a classés en fonction du dynamisme des entrées dans chacun d’entre-eux.

Les deux quintiles supérieurs (A dans le tableau ci-dessus) désignent les secteurs en expansion, les deux quintiles inférieurs (B) désignent ceux qui déclinent.

En France, même si les nouveaux immigrés ont plutôt choisi d’intégrer les secteurs en expansion (40%), ils sont moins nombreux à s’orienter vers de tels secteurs qu’ailleurs dans le monde industrialisé (45%).

En 2010, les immigrés représentaient seulement 5% des entrées dans les professions en croissance, soit trois fois moins que la moyenne de l’OCDE.  Avec la Norvège, le Danemark et le Portugal, on peut dire que notre pays intègre de préférence les immigrés dans les professions que délaissent les résidents

L’Europe des mariages mixtes

Eurostat nous apprend que la Suisse, la Lettonie (LV) et le Luxembourg battent le record des mariages mixtes, c’est-à-dire des unions dont un partenaire au moins est né à l’étranger.

Tout en bas de la liste, nous trouvons la Grèce (EL), la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et, en bonne dernière, la Roumanie.

La France, avec l’Allemagne, est le plus enclin des « grands pays » européens à l’union mixte (11,8% des mariages), loin devant l’Italie (5,1%), l’Espagne (5,4%) et plus fortement qu’au Royaume-Uni (8,8%).

De manière générale, les hommes natifs sont  plus nombreux que leurs homologues féminines à pratiquer  l’union mixte (5,5% d’un côté, 4,6% de l’autre). Réciproquement, les femmes immigrées participent plus souvent à des unions mixtes que les hommes.

Les taux d’unions mixtes sont beaucoup plus élevés parmi les immigrés, ce qui est normal, compte tenu de la taille limitée de ces populations dans le pays d’accueil.

Parmi les femmes, la proportion est considérable: sur la période 2008-2010, près de la moitié des femmes immigrées qui se sont mariées (46,9%) ont convolé avec un local, que ce dernier soit étranger ou non, descendant d’immigrés ou pas.

A l’intérieur de la population immigrée mariée, le taux d’unions mixtes atteint ou dépasse les 75% en Slovaquie, en Bulgarie et en Pologne, sans doute parce que les immigrés sont peu nombreux dans ces pays, ce qui multiplie la probabilité  de  trouver un(e) partenaire hors de son groupe d’origine.

La France  se distingue des autres pays (hors Lettonie)  par une propension plus forte à l’union mixte chez les femmes natives (7,3%) que chez les hommes (6,6%). Réciproquement, le partenaire immigré d’une union mixte  est plus souvent un homme qu’une femme.

Terminons par un cas exceptionnel: la Grèce.

Dans ce pays, les femmes sont la « chasse gardée » des natifs, puisque seules 0,8% d’entre elles sont unies avec un immigré, alors que les hommes nés en Grèce sont 3 fois plus nombreux à convoler avec une immigrée.

Est-ce en mémoire de la  Belle Hélène ?

L’immigration n’est pas sans gravité

Et si les migrants ne se répartissaient pas au hasard dans le monde, mais en fonction du poids économique du pays d’accueil?

L’Organisation Internationale pour les Migrations recense dans le monde 214 millions d’immigrants (personnes  installées dans un autre pays que celui où elles sont nées).

Voici comment les immigrés se répartissent entre la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni:

-France: 3,36% (7,2 millions)

-Etats-Unis: 20% (42,8 millions)

-Allemagne: 5% (10,8 millions)

-Royaume-Uni:  3% (6,4 millions)

Quel est le  poids de chacun de ces pays dans le produit intérieur brut mondial ? (FMI 2011):

-France: 4%

-Etats-Unis: 21,5%

-Allemagne: 5,2%

-Royaume-Uni: 3,5%

La présence d’immigrés sur notre sol témoigne de notre force d’attraction économique  et la France prend sa juste part à la mobilité des migrants.

DG

7,6%

Un rapport du Haut Conseil à l’Intégration attire l’attention sur les difficultés que rencontrent les immigrés, ainsi que leurs descendants, dans l’accès au travail.

Ce diagnostic mérite d’être nuancé,  car si l’on considère les femmes immigrées, on observe que leur part dans la population active occupée a doublé entre 1990 et 2008 (de 3,8 à 7,6%).

La montée des qualifications, la tertiarisation de l’emploi, mais aussi l’essor du travail précaire sont la toile de fond de cette évolution.

Alors que les immigrées participaient de plus en plus à l’emploi, le taux de chômage des femmes, immigrées ou non,  diminuait de 2,9 points.

Deux siècles d’histoire de l’immigration en France

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration propose un film de 42 minutes qui relate deux siècles d’immigration dans notre pays.

Précis, le film rappelle qu’au cours des années vingt, il suffisait de trois années de séjour pour réclamer la naturalisation (contre cinq aujourd’hui).  On y apprend que droit de libre association des immigrés fut suspendu entre 1939 et 1981.

Reflux de l’émigration mexicaine vers les Etats-Unis

Depuis 40 ans, l’émigration mexicaine vers les Etats-Unis n’a cessé de s’amplifier. Nulle part dans le monde, il n’existe un pays dont autant de ressortissants (10%) vivent hors du pays natal.

Seules les migrations irlandaises et allemandes vers le Nouveau Monde sont d’ampleur comparable.

Un intéressant papier de Jeffrey Passel, D’Vera Cohn et Ana Gonzalez-Barrera nous apprend que ce phénomène a peut-être atteint son maximum. Initié dès 2005, l’effondrement des flux sortants s’est accéléré depuis 2007.

Avec la crise économique aux Etats-Unis, le durcissement des contrôles à la frontière, l’émigration mexicaine vers l’eldorado US est en train de refluer. Par delà les aléas de la conjoncture, le déclin de la fécondité mexicaine (2,4 enfants par femme contre 7,3 en 1960) devrait  jouer structurellement en défaveur de l’émigration.

Où sont les « réfugiés du capital »?

« Personne ne parle de « réfugié du capital ». Aucune loi n’oblige à rassembler les investissements dans les centres de détention des aéroports et les interroger pour connaître les motifs de leur présence. Les ambassades et les ministères des Affaires étrangères sont tout aussi peu tenus d’établir des critères permettant de décider quel nombre de réfugiés « légitimes » du capital peuvent être accueillis, ni en provenance de quels pays. Y a-t-il eu jusqu’ici le moindre débat sur l’intégration des grandes multinationales à la culture nationale et locale? Peut-être, ici ou là. Mais il est stupéfiant de constater la scission du monde mental dans lequel nous vivons au niveau global: nous parlons de mondialisation, et pensons uniquement  à la mondialisation du capital; tandis que la mondialisation du travail est un acte criminel et que les hommes doivent conquérir ce droit (ou cette  injustice) en se livrant à des trafiquants d’ hommes sans scrupules. Ce nouveau type de traite d’esclaves est aujourd’hui devenu l’un des secteurs en expansion de l’économie mondiale. Lorsqu’on découvre, une fois de plus, cinquante-huit malheureux asphyxiés dans un camion frigorifique, l’opinion s’indigne. Mais dans le meilleur des cas, on demandera des comptes à ceux qui tirent profit de cette différence raciste entre la migration et la mobilité, et à eux seuls: jamais il n’en sera demandé à ceux qui veillent à entretenir l’asymétrie entre la mobilité du travail et du capital ».

Ulrich Beck, Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation, Champs essais, (2002).

Nicolas Sarkozy veut-il un solde migratoire nul?

Le candidat de la « France forte » s’inquiète  des « vagues incontrôlées » d’immigration qui empêcheraient, selon lui, d’intégrer les immigrés déjà installés.

Comme il fallait s’y attendre, les statistiques enregistrent une toute autre réalité: les flux migratoires nets placent la France au rang des nations aussi fermées que le  Japon et la Suède.

Que révèle cette assertion?

Tout simplement, le  souhait de ramener à zéro le solde migratoire de notre pays.

En effet, depuis 2007, le solde migratoire avoisine les 75 000 personnes. Or, le 6 mars dernier, Nicolas Sarkozy exprimait son souhait de réduire le nombre  d’entrées sur  notre territoire de 80 0000 personnes.

La stratégie sarkozyste vise donc à équilibrer les entrées et les sorties, en parfaite cohérence avec ses propos selon lesquels il y aurait « trop d’étrangers » sur notre sol.

Voilà comment, sans trop le dire, mais en prenant soin de faire peur autant que nécessaire, notre Gouvernement endosse les habits du malthusianisme le plus étroit.

DG

Etrangers=chômage?

Aujourd’hui, plusieurs candidats à l’élection présidentielle souhaitent limiter drastiquement les flux migratoires: Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et le candidat sortant.

Ce dernier prétend sans ambages qu’il y a « trop d’étrangers en France » et qu’il faut diviser par deux les entrées sur notre territoire.

Voici comment son site de campagne  justifie le propos:

En France, 24% des étrangers non-communautaires sont au chômage. Parallèlement, la France compte 2,8 millions de demandeurs d’emploi, et notre population active croît d’environ 100 000 personnes chaque année. Par conséquent, des mesures ont été prises afin de réduire le niveau de l’immigration professionnelle.

En consultant les chiffres de l’Insee , on mesure à quel point la présence étrangère est un faux problème, du point de vue de la situation de l’emploi.

Le tableau ci-dessus livre trois enseignements :

  • Entre 2007 et 2010, la crise a plongé 430 000  personnes dans le chômage.  Sur ce total, 32 000 sont des étrangers non européens (7,4%).
  • En 2010, 8,6%  des chômeurs sont des étrangers non européens.
  • Parmi les 668 000 chômeurs âgés de 15 à 24 ans, 30 000 sont étrangers, ce qui représente 4,5% du chômage des jeunes en France.

Les étrangers ne sont pas la cause du chômage en France, mais cela ne dissuade pas les nationalistes de vendre leur poudre de perlimpinpin.

DG

L’impact des migrations sur la population européenne d’ici 2050

Comment évoluerait la population européenne si les migrations internes et internationales cessaient dans les 40 prochaines années?

D’après les projections Epson Demifer, 64% des régions européennes perdraient des habitants (en bleu) et 36% des régions en gagneraient, dans la mesure où leurs habitants ne seraient plus autorisés à tenter leurs chances ailleurs (régions en rouge/rose).

La carte ci-dessous montre à quel point migrations internes et internationales sont complémentaires:

  • 42% des régions bénéficieraient des deux types de migrations (bleu foncé).
  • 19% des régions perdraient simultanément sur les deux tableaux (rouge vif).

Ailleurs,  les flux d’immigrés étrangers comblent plus ou moins entièrement le manque d’attractivité pour les migrants issus d’autres régions du même  pays. Le Sud de l’Italie et le Nord de la France sont dans cette situation. Ce n’est peut-être pas un hasard si les tensions anti-immigrés sont vives dans ces régions (Hénin-Beaumont, Lampedusa…)

Il existe aussi des régions qui attirent des migrants en provenance d’autres régions du même pays mais qui ne sont pas attractives pour les migrants étrangers (bleu clair et saumon).

DG