L’Euro améliore le niveau de vie des Français de 749 euros. So what?

 

Où en serions-nous si nous n’avions pas adhéré à la monnaie unique?

Trois économistes de l’Université néerlandaise de Tilburg viennent de publier un travail qui répond à cette question et contredit certaines idées reçues

Le tableau ci-dessous résume les principales conclusions des auteurs

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  • Si la France n’avait pas adhéré à l’Euro, ses habitants seraient un peu moins riches. Ils perdraient en moyenne de 749 euros, ce qui signifie que l’Euro améliore le pouvoir d’achat de 2,19%.
  • Sur la période 1997-2014, l’Allemagne est le pays qui bénéficie le moins de l’Euro (+470 euros), contrairement à l’Autriche, aux Pays-Bas ou à l’Irlande, qu’on peut qualifier de « grands gagnants » de la monnaie unique.
  • Les retombées de l’Euro sur l’Allemagne ont été bouleversées par la crise. Avant 2008, l’Euro aurait légèrement pesé sur le revenu des Allemands (-0,79%). Depuis 2008, il bénéficie largement à l’Allemagne.
  • Jusqu’à la crise, l’Euro aurait contribué à resserrer les écarts de niveaux vie entre les pays du « Nord » et ceux du « Sud », à l’exception de l’Italie, dont le niveau de vie progressait à peine (+0,33%).
  • Depuis la crise, l’Euro se traduit par un appauvrissement très significatif de la Grèce, du Portugal, de l’ Espagne et de l’Italie. Dans le cas italien, le phénomène est si prononcé que si ce pays avait conservé la Lire, il disposerait actuellement d’un revenu annuel moyen additionnel de 1170 euros, ce qui est assez significatif.

Avant de commenter ces résultats, un mot sur la méthodologie des auteurs.  Pour repérer l’influence du passage à la monnaie unique sur le revenu par habitant des pays membres, les auteurs comparent chacun des 11 pays « fondateurs » de l’Euro  à une sorte d’alter ego composite (constitué d’un panel de pays extérieurs à l’Euro) dont les ressorts de la croissance (37 indicateurs qui vont de la natalité, à l’investissement en passant par l’inflation) ont évolué dans la décennie précédant l’adhésion à l’Euro (1986-1997) à l’identique de ceux du pays membre.  Pour prendre un image sportive, c’est comme si l’on comparait la performance d’un coureur qui arbore un maillot Euro avec celle d’un coureur de qualité similaire,  qui arbore un autre maillot mais a bénéficié d’un entraînement (ou d’un dopage) identique. Si le coureur au maillot Euro franchit plus vite la ligne d’arrivée, on en déduit que son maillot a agi comme une potion magique.  On doit cette méthodologie à deux économistes espagnols qui ont estimé grâce à elle l’impact du conflit basque-espagnol  et de la réunification allemande.

Les conclusions de cette étude confirment les enseignements de la théorie des « zones monétaires optimales ». En effet, on constate très clairement que les bénéfices de la monnaie unique vont en priorité aux pays les plus ouverts aux échanges commerciaux (Pays-Bas, Irlande), ceux dont les prix sont largement déterminés par les marchés internationaux. Dans cette logique, les auteurs mettent en évidence deux variables propices à minimiser les coûts de la fixité du taux de change: la flexibilité de l’emploi et l’immigration. A ce titre, il est permis de penser que la moindre performance de l’Italie (avant 2008), relativement à la France, s’explique partiellement par le moindre recours de ce pays à la main d’oeuvre immigrée ainsi qu’à sa plus grande rigidité en termes de protection de l’emploi. Résultat: en situation de déficit de « compétitivité », on assiste à un douloureux ajustement interne, via la chute de la demande et des prix, parce que l’ajustement externe, via la dévaluation, est impossible.

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Mais le résultat le plus surprenant auquel parviennent les auteurs est l’appauvrissement des Allemands occasionné par l’Euro entre 1999 et 2008.

L’étude n’apporte pas d’explication à ce phénomène, et c’est bien dommage.

Sans doute touche-t-on là une des limites de l’article, à savoir son manque d’éclairage macroéconomique et politique. En effet, la monnaie unique ce n’est pas seulement un grain de sable en moins dans les rouages du commerce international sensé ouvrir les portes du paradis concurrentiel et de l’efficience. C’est également un volet conjoncturel (le Pacte de Stabilité) qui prive les économies d’un pilotage macroéconomique judicieux et c’est aussi une économie politique, des rapports de forces qui drainent les gains de l’intégration monétaire et financière vers certains secteurs de la société au détriment d’autres.

Dans le cas de l’Allemagne, chacun se souvient qu’au début des années 2000, ce pays faisait figure d’homme malade de l’Europe en raison du contre-coup de la réunification (chute des investissements, perte de compétitivité) mais aussi du plan d’austérité budgétaire imposé par les règles européennes. Par la suite, les réformes néolibérales (dites Hartz) ont plongé une partie du salariat allemand dans la précarité (sauf le salariat du secteur exportateur, largement protégé), ce qui pesé sur le revenu et la consommation. De ce point de vue, les débuts de l’Euro ont été une mauvaise nouvelle pour un grand nombre de ménages allemands, « sacrifiés » sur l’autel de la recomposition des marges industrielles, du moins jusqu’au moment où la reprise du commerce extérieur, via les commandes des pays émergents, permette de relever les prix à l’exportation et la rentabilité, et donc d’atténuer l’austérité salariale.

Quant à la France, le problème n’est pas qu’elle ait peu gagné à entrer dans l’Euro mais le fait que la monnaie unique lui ait été si peu bénéfique au cours de la crise.

Le tableau suivant indique la situation de la France si notre pays n’avait pas été membre de l’UEM en 2008.
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Sans l’Euro, la France serait sortie plus pauvre de la crise, mais de très peu (313 euros par habitant).

Cela pose deux problèmes. D’une part, on est en droit d’émettre l’hypothèse que l’Euro place notre pays dans une situation peu enviable, avec d’un côté, tous ses partenaires commerciaux d’Europe du Sud qui sont plongés dans la crise, et d’un autre côté, tous ses partenaires du « Nord » (sauf la Finlande) qui bénéficient plus fortement de l’Euro que nous. Cet environnement n’est pas porteur pour l’économie française et pénalise la reprise.

D’autre part, bien que l’Euro ne soit pas la catastrophe que l’on croit, la modicité des gains économiques qu’il procure ne permet pas de contrebalancer la défaillance des conditions subjectives du projet européen, à savoir, la disparition de perspectives sociales et le raidissement non démocratique des instances européennes. Dit autrement: on ne tombe pas amoureux de l’Europe pour 749 euros par an, surtout si c’est au prix d’une désolation économique chez la plupart de nos voisins.

Or, quand on prend la peine d’interroger les Européens, ils disent qu’ils sontfavorables, y compris en Allemagne, à des politiques coopératives destinées à relancer la croissance européenne.

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Il est vrai qu’impressionnés par la propagande néolibérale et nationaliste (qui a pour point commun l’incapacité de penser que l’Europe puisse être autre chose de plus qu’une simple association), les partis politiques européens ne relaient pas ces aspirations coopératives.

Et c’est ainsi qu’on gâche les dividendes de la monnaie unique… et qu’il faudra malheureusement en passer par une nouvelle crise (sans doute en Italie), pour conformer le pilotage économique de l’Euro à l’intérêt général européen.

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L’investissement est la principale source de profit des entreprises françaises

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Bien des légendes urbaines circulent à propos de l’origine des profits du capitalisme français.  Pour certains, nous serions entrés dans une forme de capitalisme consumériste qui repose essentiellement sur la pulsion d’achat et la consommation ostentatoire des classes supérieures. Pour d’autres, plus romantiques, les profits découleraient du risque entrepreneurial dans le cadre d’une économie marchande. A ces derniers, s’opposent avec violence ceux qui définissent le profit comme le travail gratuit des salariés que leur extorquent les capitalistes. Les opinions de tout ce joli monde agrémentent le débat politique et les diners en ville, mais elles ne font que cela.

Abordons le sujet sous un angle un peu plus sérieux, c’est-à-dire macroéconomique et circuitiste.

J’emprunte la méthodologie qui va suivre à l’économiste néo-marxiste Michal Kalecki, figure importante du courant post-keynésien.

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L’adage Kaleckien (« Les travailleurs dépensent ce qu’ils gagnent et les capitalistes gagnent ce qu’ils dépensent ») est contre-intuitif mais sa logique repose sur l’idée, fort simple, que les dépenses des uns sont les revenus des autres.

Dès lors, le profit cumulé de toutes les entreprises s’explique de quatre façons:

  • La « surconsommation » des salariés: lorsque ceux ci dépensent sur le marché plus que les entreprises ne leur versent de salaires.
  • L’investissement privé: les entreprises du secteur producteur de bien en capital réalisent des profits lorsque les autres entreprises (auxquelles elles ne versent par définition de salaire) leur achètent des bien en capital.
  • L’investissement public: les dépenses en capital des administrations publiques constituent un profit pour les entreprises qui répondent à ces commandes
  • L’excédent commercial: exporter, c’est vendre un produit à un non résident qu’on ne salarie pas (profit pur), importer, c’est perdre du profit auprès des entreprises non résidentes. Et oui, l’enjeu du solde commercial n’est pas un enjeu symbolique, mais une féroce bagarre à propos du partage international du profit.

Au total, la classe capitaliste retire son profit non pas de l’exploitation de la force de travail sur le lieu de travail, mais des ventes qu’elle effectue sans avoir à verser de salaire en compensation (pour plus de détails, voir le post consacré à l’excellent ouvrage de Laurent Cordonnier, L’économie des Toambapiks) .

Voyons ce que cela donne pour la France en 2016.

  • 86% des profits résultent des investissements privés et publics.
  • 18% des profits proviennent de la consommation excédentaires des salariés.
  • 7,6% du profit national est capté par les entreprises non résidentes, qui nous vendent plus que nous leur achetons, d’où les divers plans de baisses de charges qui visent à compenser ce manque à gagner.

Le capitalisme français repose donc sur…l’accumulation du capital et non sur  la consommation tout azimut ou l’écrasement des salaires.

Il suit de ce résultat un conséquence importante: comme en période de crise les capitalistes avancent tout freins serrés et accumulent des liquidités plutôt que d’investir (ce qui est rationnel à l’échelle individuelle), il revient à l’Etat de les aider à mieux se coordonner et à investir plus et collectivement.

En 2015, la dépense publique pèse autant dans le PIB qu’en 1950

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Qui n’a jamais entendu dire, qu’en France,  l’économie était phagocytée par la dépense publique et que le phénomène allait en s’aggravant?

A force d’être répétée, cette idée est devenue un lieu commun. Or, rien n’est plus faux.

Pour évaluer la contribution des administrations publiques (Etat central, collectivités locales, sécurité sociale) à la richesse produite chaque année, il faut rapporter les deux dépenses productives des administrations publiques au PIB.

Ces dépenses sont:

(1) Les services collectifs que rendent les administrations publiques à la Nation et aux ménages (éducation nationale, hôpitaux publics, remboursement de soins…), regroupés sous le vocable « dépenses de consommation finale des administrations publiques ».

(2) L’investissement public

En aucun cas on ne doit tenir compte ici des dépenses de redistribution en espèces (prestations retraite, chômage etc…) qui redistribuent la richesse nationale entre les ménages sans rien ajouter au PIB.

Grâce aux données de l’Insee (exprimées dans le tableau ci-dessus en milliards d’euros 2010), il est possible de comparer le poids des APU sur la longue période.

Surprise: les administrations publiques ne produisent pas plus de richesses en 2015 qu’en 1950, soit un peu moins de 28% du PIB.

On en déduit que les dépenses publiques productives augmentent au même rythme que la richesse nationale et que le moteur de la dépense publique n’est point  l’emprise tentaculaire d’un Etat bureaucratique, mais simplement l’expansion économique de notre pays.

 

 

La zone Euro a été relativement épargnée par la crise, mais l’austérité l’a prolongée

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Le Focus du 13 mars 2015 (Banque de France) apporte un éclairage intéressant sur la sensibilité des Etats-Unis et de la zone Euro à la crise.

Au plus fort de la récession, l’écart entre le PIB potentiel (l’offre maximum de biens et services compatible avec la stabilité des prix) et le PIB observé est deux fois plus important Outre-Atlantique (-6%) que sur le vieux continent (-3%).

Entre 2009 et 2011, la zone Euro se redresse et l’écart de croissance (« le gap ») est en passe de disparaître, alors que les Etats-Unis se situent toujours bien en dessous de leur potentiel.

Les choses changent à partie de 2011. La panique des Etats et des opinions publiques européennes face à la montée de l’endettement public, conjuguée à la propagande anti-dette des populistes droitiers, précipitent l’abandon prématuré des plans de relance. Le résultat est net: en 2013 et 2014, la zone Euro replonge comme en 2009, alors que les Etats-Unis marquent simplement un temps d’arrêt dans la reprise.

D’après cette étude, les deux blocs économiques devraient retrouver un niveau d’activité à peu près « normal » en 2019.

Il est intéressant d’observer que l’Euro n’a pas empêché les économies de la zone de croître au delà de leur PIB potentiel, au cours des périodes 1999-2002 et 2006-2008, alors que les Etats-Unis restaient affaiblis après la récession de 2001.

L’Euro est-il la cause nécessaire et suffisante des déséquilibres commerciaux intra-européens?

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Il existe un lien évident entre la crise de l’Euro est les déséquilibres extérieurs qui se sont creusés entre les membres de l’union monétaire.

Pour la plupart des observateurs cette situation ne tombe pas du ciel mais résulte des contradictions internes de la monnaie unique.

Sur ce sujet, deux écoles de pensée s’expriment:

-Pour les uns, les pays européens ensoleillés ont profité de la monnaie unique et des bas taux d’intérêt auxquels elle donnait accès pour dépenser à tout va, tandis que l’Europe polaire produisaient vaillamment de vrais produits avec du vrai travail.

-Pour les autres, c’est l’Europe polaire qui a profité du désarmement douanier et monétaire des pays du Sud pour y déverser ses produits, tout en lui reprochant son manque de productivité et d’appétence pour le labeur bien fait.

Avec ces deux bouts d’idées, vous pouvez faire des kilomètres de littérature un peu ennuyeuse mais facile à comprendre par tous ceux qui espèrent que la crise grecque sera réglée à leur retour de plage.

J’ai  cherché assez longtemps des données qui permettraient d’envisager le problème différemment.

Les voici, tirées d’une étude mainstream, mais bon.

Nous y découvrons l’évolution des déficits commerciaux intra-européens selon que les pays appartiennent ou non à la zone Euro.

On observe que les déséquilibres commerciaux internes à la zone Euro (courbe bleue) ont retrouvé depuis quelques années une intensité aussi élevée que dans la décennie d’après-guerre, avec un pic qui correspond au lancement de la monnaie unique..

Or, une analyse plus soutenue montre deux faits intéressants:

-La hausse des déséquilibres commerciaux internes à l’Euro zone a démarré dans les années quatre-vingt, soit quinze ans après que les pays extérieurs à l’Euro aient pris le même chemin (courbe rouge)

-Depuis la fin des années 90, les déséquilibres commerciaux se creusent dans tout le continent européen et les pays extérieurs à l’Euro entretiennent des déséquilibres réciproques similaires à ceux de l’Union monétaire.

L’Euro est-il une condition nécessaire au creusement des déficits commerciaux?  un simple facilitateur?, ou bien avons nous sous les yeux le résultat d’un mouvement plus vaste, qui dépasse le cadre de l’Union monétaire, peut-être lié à la globalisation commerciale et financière?

De retour de plage, je n’ai pas la réponse.

La dette publique est une affaire qui roule

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Inexact par ce qu’il dit, faux par ce qu’il ne dit pas et fautif par ce qu’il sous entend, le graphique ci-dessus court les rues du net, charriant toutes les démagogies de l’anti-dette publique, celles des rentiers alarmés, des antikeynésiens rabougris et de tous les extrêmes réunis.

L’inexactitude réside dans ce qu’on veut nous faire croire qu’il aurait existé un âge d’or de la dette publique, un temps de lait et de miel où l’Etat portait sur ses épaules une dette exempte de charges d’intérêt. Pour trier le bon grain de l’ivraie, on a oté du stock d’endettement constaté en fin de période (2012) tous les intérêts qui ont été versés à partir d’une date choisie dans le passé (ici, 1978). Mais pouquoi retenir 1978 et pas 1975, date à laquelle le déficit public atteignait le seuil des 3% du PIB? Pourquoi pas 1936 ou 1871? On nous dit que les données sur les charges d’intérêt manquent, mais c’est pas exact, il est possible de remonter jusqu’en 1950 ( (A.Gubian, 1991). Mais peu importe, puisque le stock de dette de l’année 1978 est également un résultat de la sédimentation d’intéréts hérités de l’histoire. En soi, ce genre de graphique est plutôt absurde, puisqu’il n’a ni début ni fin. Tout au plus indique-t-il la valeur de la dette publique de 2012 à une date du passé.

Pour faire sensation, on nous suggère que l’Etat serait presque quitte de sa dette envers les marchés financiers parce que les intérêts versés accumulés représentent les 2/3 de la dette actuelle. Or, ce qu’on oublie de dire, c’est que l’Etat a remboursé tous ces intérêts à crédit. En effet, le graphique est faux dans ce qu’il ne dit pas. Deux éléments manquent à l’appel. First of all, on fait comme si, de 1978 à 2012, le chanteur de Ti Amo (tube de l’époque) avait vieilli de concert avec l’Etat. Or ce dernier a toujours le même âge puisque son horizon temporel illimité lui permet d’emprunter sans jamais avoir à rembourser sa dette. Sans jeu de mot, on dira que la dette est une affaire qui roule puisque, par période de sept ans, l’Etat rembourse sa dette en rempruntant. Dans sa demi-bétise, le graphique nous montre le résultat de ce processus: en effet, de 1978 à 2012, l’Etat a été en mesure de conserver un niveau de « dette hors cumul d’intérêts » assez stable. Pour y parvenir, l’Etat a usé de son éternelle jeunesse, qui l’a autorisé a réemprunter plusieurs fois sa dette en 34 ans. Or il faut avoir à l’esprit ces multiples réemprunts pour aprécier le poids paradoxal des intéréts, d’un côté pour les relativiser et d’un autre côté pour en mesurer le caractère endémique. En effet, puisque l’Etat a le privilège de pouvoir s’endetter afin de rembourser ses échéances (intérêts compris), il est logique que les intérets s’accumulent avec le temps. Le second oubli réside dans l’absence de prise en compte de la dynamique macroéconomique de la dette. Si le lecteur en a le temps, il lira dans cette étude que près de la moitié de l’augmentation des charges d’intérêt depuis 1978 provient d’un « effet boule de neige »: la dette a augmenté plus vite que le PIB lorsque le taux d’intérêt était supérieur au taux de croissance. Hormis cet effet, que l’on a pris soin d’oter du graphique pour faire sensation, la dette serait restée, entre 1990 et 2006, dans une proportion assez stable du PIB.

Enfin, le graphique est fautif par ce qu’il sous entend. En effet, la propagande anti dette publique, menée par quelques paléo libéraux nostalgiques de l’étalon or et par quelques paléo marxistes, plus ennemis de  » l’Argent qui dort  » que du capitalisme, se nourrit de ce genre de graphe. A sa lecture, les esprits embrumés se diront que l’Etat ne doit pas rembourser une dette dont il aurait déjà déboursé l’équivalent via les intérets qu’il paie depuis des décennies. Les plus inquiets redoutent que les créanciers de l’Etat viennent puiser dans leur bas de laine afin d’y trouver de quoi rembourser sa dette. Or cela n’arrivera pas, puisque, répétons le en coeur, l’Etat ne rembourse jamais sa dette. Quant aux autres, ils s’affligent de ce que l’Etat est dans la main de la finance. Dans tous les cas,on hystérise la nature de relation Etat-finance. Pour les uns, l’épargnant serait placé sous la coupe de l’Etat banqueroutier, tandis que pour les autres, l’Etat serait dans la main des financiers. Fort heureusement, tous ces penseurs font fausse route. Les plus droitiers ne voient guère que la dette publique est une affaire qui roule aussi pour les ménages vieillissant, ainsi que les investisseurs privés, auxquels elle fournit une occasion de placement à moindre risque. Quant à ceux qui se prétendent de gauche, ils ne voient pas que l’Etat entretient un rapport de dépendance relative vis-à-vis de la finance qui s’illustre d’un côté par la croissance des actifs publics, parallèle à la montée des emprunts financiers, et d’un autre côté, par la faculté qu’a l’Etat d’entrainer la finance dans une sorte de jeu à la Ponzi dont il est permis de goûter le potentiel révolutionnaire.

Redécouvrir la courbe de Phillips

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La courbe de Phillips relie l’évolution des salaires nominaux au taux de chômage. En son point le plus élevé, les salaires progressent vivement parce que le chômage est bas. A l’inverse, quand le chômage est important, les salaires stagnent, voire diminuent. Tout un chacun à la courbe de Phillips en tête lorsqu’il éprouve de la nostalgie pour le haut niveau d’emploi et de progression des salaires qu’offrait la France des Trente Glorieuses.

Le graphique ci-dessus permet de vérifier, grosso modo, la validité de cette relation. On constate que de 1970 à 2013, le taux de chômage a quadruplé, tandis que la progression des salaires nominaux était divisée par six.

Que s’est-il passé?

La transition entre un régime de hauts salaires et le notre s’est effectué dans un laps de temps assez bref, entre 1982 et 1989. L’auteur du graphique souligne le rôle que jouèrent l’orientation désinflationniste de la politique économique européenne, ainsi que la désyndicalisation.

Il ne faudrait cependant pas négliger d’autres facteurs, qui expliquent la déformation de la Courbe de Phillips et l’acceptation par la Gauche de se conformer à la stratégie de lutte contre l’inflation.

Entre 1977 et 1982, la courbe de Phillips a effectué une translation vers le haut et la droite, de sorte que chômage et salaires ont augmenté de concert. En 1982, notre pays cumulait un chômage de masse associé à des salaires qui croissaient à un taux supérieur de 40% à celui de 1972. Cette conjonction de l’inflation et du chômage n’était guère tenable à long terme car elle révélait des tensions économiques profondes, en particulier le manque de formation de la main d’oeuvre et le vieillissement de l’appareil productif, ce qui en dit long sur l’incurie des élites politiques et des classes dominantes au cours des trente glorieuses. Que l’on ait continué à acheter la paix sociale dans les usines à coups de hausses de salaires et de dévaluations, sans se soucier des conditions de travail et des difficultés de reconversion que la tertiarisation ne manquerait pas de poser aux ouvriers est une illustration parmi d’autres de la désinvolture et de la démagogie gaulliste.

Si la courbe de Phillips avait conservé l’allure qui était la sienne avant 1977, il aurait été possible de combattre l’inflation avec relativement peu de chômage supplémentaire. A l’inverse, une politique de lutte contre le chômage, doublée d’une politique des revenus social-démocrate, aurait peut-être permis de revenir à un taux de chômage plus bas, sans trop d’inflation.

Or, tel n’était plus le cas lorsque les socialistes arrivèrent au pouvoir. Ceux ci mirent deux ans pour comprendre que la France de 1981 n’était plus celle du programme commun. Certes, en choisissant l’Europe et la lutte contre l’inflation plutôt que la fuite en avant dans l’isolationnisme, la gauche socialiste a trahi ses promesses électorales, mais elle a mis un terme à la stagflation et évité, sans doute, au pays des ajustements plus douloureux encore. Au passage, signalons que les 2/3 des ouvriers votèrent à nouveau pour le Président socialiste de l’époque en 1988. En ce temps là, on pouvait mettre en oeuvre une politique de rigueur tout en conservant la retraite à 60 ans, les 39 heures et les lois Auroux.

Aujourd’hui, la courbe de Phillips semble avoir disparu. Elle s’est aplatie: par exemple, entre 1997 et 2007, la nette diminution du chômage n’a quasiment eu aucun effet sur les salaires, qui végètent au rythme de croissance de 2%.

Notre pays semble figé dans une trappe à stagnation des salaires, indépendamment du niveau de l’emploi. D’un côté, ceci est positif puisque cela témoigne du fait que le droit social empêche que les salaires ne dégringolent. D’un autre côté, on a l’impression que la stagnation des salaires entretient le chômage de masse,via la compression du pouvoir d’achat et de la demande.

Quand rien ne semble en mesure de faire bouger l’emploi et les salaires, il est autorisé de regretter le bon vieux temps de la courbe de Phillips.

Hors dépenses publiques, le PIB français est revenu à son niveau de 2007

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Depuis la crise de 2008, l’économie française est tenue à bout de bras par la dépense publique, qui a augmenté de 11% entre 2008 et 2014, tandis que la dépense privée chutait globalement de 1,7%. Hors dépenses publiques, le PIB français est retourné à son niveau de 2007 et continue sa dégringolade (-0,2% au deuxième trimestre 2014).

Ces statistiques passablement alarmantes montrent à quel point le pilotage de la politique budgétaire et fiscale de notre pays est délicat: la vraie rigueur (économies drastiques sur les dépenses sociales et/ou hausse des prélèvements obligatoires) est impossible, à moins de basculer dans la déflation; la relance nous est interdite en raison du niveau jugé trop élevé de notre dette publique et des déficits.

Le Gouvernement n’a d’autre choix que d’arracher un nouveau délai auprès de Bruxelles, ce qui lui permettrait de soulager fiscalement les ménages et de ne pas être obligé d’augmenter la TVA pour financer les allègements de cotisations sociales prévus au titre du « Pacte de Responsabilité ».

L’intégration financière européenne se rétablit doucement

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La crise financière, aggravée par la récession puis les crises des dettes publiques ont sérieusement malmené le marché unique des capitaux monétaires, obligataires, boursiers, ainsi que celui du crédit.

Par exemple, les conditions d’accès au crédit restent difficiles pour des PME espagnoles ou italiennes, relativement à leurs homologues allemandes ou françaises.

Pour évaluer l’étendue des dégâts, la BCE a concocté un indicateur d’intégration financière, le SYNFINT, qui nous renseigne tant sur les volumes financiers échangés que sur l’homogénéité des prix.

A l’évidence, le marché unique des capitaux est convalescent.

Pour de plus amples précisions, on se reportera à un rapport de la BCE d’avril 2012, résumé ici.

L’Allemagne sauvée par la consommation

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Sur quels leviers macroéconomiques les économies européennes ont elles compté pour retrouver le niveau d’activité de 2007?

Entre 2007 et 2012, les deux tiers du rétablissement de l’économie allemande provenaient de l’évolution très favorable de la consommation intérieure (+56 milliards €). La capacité du pays à modérer les pertes d’emplois, par exemple en partageant le temps de travail, n’est peut-être pas étrangère à la bonne tenue des dépenses de consommation. Quant à l’accroissement des dépenses publiques, et, dans une bien moindre mesure, le rebond sur solde extérieur (+9 milliards), ils expliquent le reste de la reprise économique.

A la différence de l’Allemagne, la France a récupéré son PIB de 2007 en privilégiant la dépense publique (+30,9 milliards €). La consommation a progressé deux fois moins fortement qu’en Allemagne. Les exportations ont regagné un peu de terrain et les importations ont faiblement augmenté (8 fois moins qu’en Allemagne), mais toutes ces évolutions positives ont à peine compensé l’effondrement de l’investissement (-50 milliards €), deux fois plus intense chez nous qu’outre Rhin. Sachant que les différents plans de relance mis en oeuvre dans notre pays visaient à promouvoir l’investissement et à maintenir la consommation, on peut parler d’échec.

Le PIB de la zone restait quant à lui inférieur de prés de 2 points au niveau de 2007.

Il est intéressant de constater que la reprise de l’eurozone repose principalement sur solde des échanges extérieurs (+214 milliards). L’effet positif des dépenses publiques (+90 milliards) est fortement amputé par le recul de la consommation (-37 milliards).

Les données permettent de repérer la spécificité de la Finlande et de l’Italie, dont les exportations restaient toujours en berne en 2012.

Cette année là, la Grèce avait encore un cinquième de sa richesse à récupérer, principalement en raison de la chute de la consommation et de l’investissement. La diminution des dépenses publiques (biens et services achetés par les administrations publiques) n’a pas joué (directement) de rôle majeur.

Source: Michael Roberts blog

La France a rétabli ses finances publiques

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Les médias nous abreuvent de chiffres à propos de la dette et du déficit public, mais  ne commentent jamais les statistiques complètes.

Pourtant, la Commission européenne ainsi que les marchés, n’ont pas seulement un oeil sur le déficit public courant, mais aussi sur le déficit structurel qui corrige le premier  des effets de la récession.

Or, de ce côté là, il y a du mieux.

En effet, d’après les estimations de la Commission européenne et de l’OFCE, le déficit structurel serait ramené à -1,9% du PIB en 2013, contre +0,4% en Allemagne et -1,3% dans la zone euro.

Entre 2007 et 2013, l’effort français de réduction du déficit (2,5% du PIB) a été 3 fois plus intense qu’ailleurs dans la zone euro.

Allons un peu plus loin et retranchons des dépenses publiques celles qui correspondent à des acquisitions d’actifs productifs, c’est-à-dire de l’investissement public (3,1% du PIB). D’un déficit, on passe alors à un excédent (+1,2% du PIB), peu éloigné de celui de l’Allemagne (+1,9%).

Ainsi donc, les chômeurs supplémentaires de 2013 ainsi que les contribuables pressurés par les impôts et les taxes n’ont pas souffert en vain, puisque leur sacrifice a permis que les finances publiques ne dérivent plus.

La boîte à outils de l’austérité

Depuis que la méthodologie de l’article de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (Growth in a time of debt)  a été remise en  question, les partisans de l’austérité ont perdu de leur arrogance. Obligés d’en rabattre un peu, les deux économistes de Harvard concèdent qu’il existe plusieurs voies pour enrayer la spirale de la dette publique:

« Nous devons nous rappeler que le choix ne se limite pas à une austérité sévère ou à des dépenses en roue libre (…) Les gouvernements ont utilisé un large éventail d’options à travers les âges. Il est temps de revenir à la boîte à outils . »  Que trouve-t-on dans la boîte à outils? : mise à contribution de l’Allemagne, placement de la dette auprès d’investisseurs institutionnels nationaux, pression à la hausse sur l’inflation, prise en charge d’une part de la dette par les banques centrales (Blog It’s the economy stupid )

A ce propos, un intéressant billet de Matthieu Plane, paru dans Le Blog de l’OFCE, montre que la France aurait mieux réussi que d’autres pays sa politique de rigueur (moindre incidence négative sur le PIB et l’emploi) parce qu’elle a mis l’accent sur l’augmentation des prélèvements obligatoires, plutôt que sur la diminution des dépenses publiques. En effet, accroître les impôts, surtout lorsqu’ils sont progressifs, affecte la consommation mais aussi l’épargne, alors que sabrer dans les dépenses publiques pèse entièrement sur la demande globale et le PIB. Cette politique permet d’obtenir des taux d’intérêt assez bas sur les marchés.  C’est le cas pour la France, comme l’indique le graphique ci-dessous.

austéritéTiré d’un article de Christophe Blot (OFCE) , le graphique met en évidence l’échec de l’austérité aux Pays-Bas, qui a fait grimper les taux d’intérêt jusqu’au mois de mars 2013, date à laquelle ce pays a annoncé qu’il refusait de ramener le déficit public en dessous de la barre des 3% du PIB.

Il n’est donc pas impossible  de mener des politiques de rigueur assez intelligentes, étalées dans le temps et pensées dans le cadre d’une réforme fiscale.

A l’inverse, il existe deux façons de faire exploser la dette publique: tuer la croissance en coupant dans les dépenses publiques ou refuser de rembourser la dette au moment où les marchés financiers accordent leur confiance et n’ont aucune raison d’exiger des taux d’intérêts plus élevés.



L’Europe est sur la voie de l’ajustement…

Les projections macroéconomiques de la Commission Européenne  annoncent pour l’UE une croissance de 1,4% en 2014, après une contraction de 0,1% cette année.

Qu’on se le dise, l’année prochaine, le PIB réel de l’UE retrouvera le niveau qui était le sien avant la crise.

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Le  rapport la Commission se réjouit du ralentissement de l’inflation, du rétablissement des exportations dans nombre de pays de l’UE,  de la diminution des déficits publics et de la « stabilisation » du chômage en 2014.

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Petit problème: alors que le PIB retrouverait son niveau de 2008, le taux de chômage  culminerait à 11%, contre 7% en 2008.

Dans son blog, Paul Krugman se gausse du titre du rapport de la Commission: « Economie européenne: l’ajustement continue ».

L’austérité sans fin?

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L’OCDE  publie son Etude économique pour la France 2013.

L’organisation affirme que le combat contre la dette publique doit être résolument engagé et qu’il faut mettre l’accent sur la diminution des dépenses sociales (retraites, santé), quitte à le payer par un peu de récession immédiate.

Pour étayer le propos, l’OCDE s’appuie sur le graphique ci-dessus, dont voici le commentaire: Depuis la fin des années soixante-dix le budget des administrations publiques a toujours été déficitaire, entraînant une augmentation tendancielle du ratio dette publique au PIB. La principale source du déséquilibre budgétaire a été la forte hausse des dépenses, principalement celles de retraites et de soins de santé.

Examinons ce graphique.

Certes,  la courbe la dette publique vogue vers les 100% du PIB, et le fait que le déficit public total (courbe bleue en traits pleins) reste supérieur à 2% n’y est pas pour rien.

Toutefois, trois phénomènes méritent attention:

  • La progression du taux d’endettement public trouve sa principale origine dans les mauvaises conjonctures économiques du début des années 90 et de la fin des années 2000.
  • Au cours des années 1995-2007, l’alternance de déficits et d’excédents conjoncturels a permis de stabiliser le taux d’endettement. En effet, on déduit l’existence d’excédents conjoncturels du fait que le déficit sous-jacent (dit structurel) est  resté supérieur au déficit global entre 2000 et 2007 (NB: déficit total=déficit sous-jacent+déficit conjoncturel).
  • Depuis 2009, l’austérité à marche forcée s’est traduite par la diminution historique du déficit structurel, de 6% à 1%. Pour autant,  le déficit global diminue moins rapidement, non seulement parce que la récession sévit, mais aussi parce que l’austérité comprime la demande globale. Au total, ramener le déficit sous-jacent à un niveau trois fois plus faible qu’en 1998, ne  permet pas  de faire mieux qu’à cette date, en termes de déficit global.

Alors que l’intégralité du déficit actuel est le résultat de la mauvaise conjoncture, est-il raisonnable d’envisager un nouveau tour de vis pour rétablir la confiance?

L’impact de la crise sur le revenu des ménages européens

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Entre 2009 et 2010, le revenu disponible médian des ménages, par unité de consommation, a diminué dans la majorité des pays européens (Eurostat).

Ce fut surtout le cas en Grèce  (-12,3%), en Bulgarie (-6,6%), en Espagne (-5,8%) et en Islande (-9,7%).  Hors inflation, la France accuse une perte de 2%, à l’identique du Royaume-Uni.

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Eurostat montre que  la crise a creusé les inégalités entre ménages situés aux extrêmes de la hiérarchie sociale, puisque, très généralement, les 20% les moins aisés ont plus ressenti la crise que le cinquième le plus riche des ménages.

Par exemple, en France, le revenu médian des plus modestes a reculé de 1,7%, soit 4 fois plus que la perte subie par les plus aisés (-0,4%). Toutefois, ces deux catégories de ménages ont été moins  affectées que les autres, ce qui  signifie que les classes moyennes ont été les principales victimes de la récession.

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Pourquoi la dette augmente-t-elle?

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Le FMI (Fiscal Monitor octobre 2012) annonce une  augmentation du ratio dette publique/PIB dans la plupart des pays, d’ici 2013. Cette hausse n’épargnerait pas certains pays déjà lourdement endettés, comme le Portugal, l’Irlande ou les Etats-Unis.

L’un des premiers facteurs qui préside à la dynamique de la dette réside dans le différentiel entre le taux d’intérêt réel et le taux de croissance économique. Cet écart est considérable dans les pays d’Europe du Sud (Grèce, Portugal, Italie), en raison de la récession et de la défiance excessive des marchés financiers vis-à-vis de ces pays. Une telle mécanique oblige ces nations à avancer trop rapidement dans l’ajustement budgétaire, au risque de pénaliser leur croissance.

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Le graphique ci-dessous décompose l’augmentation de la dette (en % du PIB) en trois éléments: l’écart taux d’intérêt réel/taux de croissance, le déficit budgétaire primaire (déficit hors intérêt de la dette) et l’ajustement flux-stockqui peut résulter des plans de sauvetage des banques, de prêts entre Etats européens ou d’une variation du taux de change sur la valeur des dettes détenues par les non résidents.

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On observe trois cas de figure:

  • En Grèce, en Italie et au Portugal, les Etats sont écrasés par la pression des marchés et la récession. Dans le cas italien, les bénéfices de l’excédent budgétaire primaire sont annulés par la mécanique des taux d’intérêts.
  • Aux Etats-Unis, au Japon et en Angleterre, la dette publique augmente en raison de la dynamique du déficit primaire. Dans ces pays, on peut dire que le keynésianisme fait de la résistance, avec une politique monétaire expansionniste qui vient en soutien de la politique budgétaire (Natixis n° 607), en ramenant les taux d’intérêts en deçà du taux de croissance.
  • En Espagne, la dette publique progresse du fait du soutien accordé aux banques. En Allemagne,  la contribution aux plans d’aide à la Grèce et la recapitalisation des banques annule la quasi totalité de l’excédent primaire.

Et la France?

L’augmentation de la dette publique française provient du déficit primaire et du manque de croissance économique. Au total, la hausse du ratio dette/PIB est modérée, plus forte qu’en Allemagne ou qu’au Canada, mais plus faible qu’en Angleterre.

L’impact de la crise sur le revenu des ménages européens

Entre 2007 et 2010, le revenu disponible ajusté des ménages (RDAM) a augmenté de 2,2% dans l’UE des 27 et de 1,1% à l’intérieur de la zone euro (Eurostat).

Le RDAM désigne la somme des revenus issus de la production (salaires nets, revenus de la propriété, revenus des indépendants) et des revenus issus de la redistribution nets d’impôts (prestations sociales en espèces et en nature).

Ces statistiques masquent de fortes disparités. Comparer l’évolution du RDAM et de ses composantes entre pays européens livre (au moins)  trois enseignements:

  • Dans la majorité des cas, ce sont les amortisseurs sociaux (social benefits=prestations en espèces+ social transfers=prestations en nature) ainsi que les allègements d’impôts qui ont permis aux ménages d’améliorer leur pouvoir d’achat. C’est très net en France. Sous la mandature sarkozyste, le revenu disponible moyen n’aurait jamais progressé sans redistribution sociale, bien que cette dernière ait été plutôt modeste relativement au Portugal ou à la Belgique.
  • Les pays extérieurs à la zone euro ont connu les variations les plus extrêmes, que ce soit en positif (Bulgarie, Pologne, Norvège) ou en négatif (Hongrie, Lettonie, Lituanie).
  • La diminution du revenu dans sept pays  réside dans l’effondrement des salaires (Estonie, Lituanie, Lettonie), de la rémunération des entrepreneurs individuels (Grèce, Irlande) et des revenus de la propriété (Italie, Grèce). A cela s’ajoute un recul  des prestations sociales en nature (dépenses d’éducation, remboursements de soins) en Hongrie, en Grèce et en Lettonie, ainsi qu’une croissance très modeste des prestations sociales, partout sauf en Irlande.

En constatant que, paradoxalement,  ce sont les pays les plus affectés par la crise qui ont distribué le moins de prestations sociales, on se prend à rêver de l’existence d’un budget  fédéral européen digne de ce nom, qui mutualiserait certaines ressources socio-fiscales pour les affecter en Estonie, en  Grèce ou en Hongrie.

Taxer les plus riches pour rembourser les dettes publiques

A la guerre comme à la guerre.

Pour alléger la dette publique, les économistes Stefan Bach et Gert Wagner (2012) souhaitent rééditer la loi de 1952 qui contribua au financement de la reconstruction allemande  en prélevant 1% du PIB, pendant quelques années, sur les hauts patrimoines.

Les auteurs rappellent que les 2/3 de la dette publique allemande sont détenus par le dixième le plus aisé de la population.

Dans ce contexte, rembourser la dette en accroissant la TVA ou en sabrant dans les dépenses publiques risque de  pénaliser la consommation et de creuser  les inégalités.

D’après les auteurs, il serait plus judicieux de taxer le patrimoine net des 10% les plus riches, qui s’élève à 118% du PIB. Reprenant les conclusions d’un article précédent, ils proposent un taux de taxation de  3,5 à 10% . Pour ne pas faire fuir les investisseurs, la taxe serait temporaire et les auteurs de remarquer qu’un tel sacrifice est modéré par rapport aux pertes de richesses patrimoniales que provoquerait un effondrement de la zone euro.

Signalons que d’autres économistes ont contesté l’un des pré-requis de cette étude, à savoir l’idée que les ménages allemands les plus riches paieraient moins d’impôts que les autres.

Ce travail rejoint ceux qui établissent un lien de causalité entre le creusement des inégalités et la crise que nous connaissons.

L’un des articles les plus savoureux est celui de Michael Kumhof et Romain Rancière, qui explique comment les américains les plus modestes ont  continué à consommer grâce à l’épargne que les plus riches ont  investie dans  les  dettes à risque.

Peut-on contribuer à la crise sans aider à sa résolution?

L’Euro n’est pas une abeille

Quand Mario Draghi décrit l’Euro comme un « mystère de la nature », à l’instar d’un bourdon qui ne devrait pas voler mais qui vole quand même,  c’est amusant et bien vu mais l’image rassurera-t-elle les marchés ?

« I asked myself what sort of message I want to give to you; I wouldn’t use the word “sell”, but actually I think the best thing I could do, is to give you a candid assessment of how we view the euro situation from Frankfurt. And the first thing that came to mind was something that people said many years ago and then stopped saying it: The euro is like a bumblebee. This is a mystery of nature because it shouldn’t fly but instead it does. So the euro was a bumblebee that flew very well for several years. And now – and I think people ask “how come?” – probably there was something in the atmosphere, in the air, that made the bumblebee fly. Now something must have changed in the air, and we know what after the financial crisis. The bumblebee would have to graduate to a real bee. And that’s what it’s doing ».

Mario Draghi. Déclaration du 26/07/2012, via Paul Krugman.