22%

irwin

22%, c’est le taux moyen de protection douanière qui prévalait en 1947, au moment des premières négociations commerciales entre pays industrialisés au sein du GATT.

Ce taux, reconstitué par Bown et Irwin,  est très en deçà des mythiques 40% sur lesquels on s’accordait jusqu’ici.

Le travail des deux économistes montre qu’au sortir de la seconde guerre mondiale,  les frontières commerciales étaient moins hermétiques qu’on ne l’imaginait et que le rythme de réduction des barrières tarifaires, entre 1947 et 2014,  fut plus régulier que le proclame la « légende » du GATT.

Le graphique du jour

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La France n’est pas très loin de l’équilibre budgétaire structurel. Cela signifie que les efforts assez considérables qui ont été imposés à la population ont porté leur fruit. Cela signifie également que le déficit budgétaire dont on nous rebat les oreilles est le résultat de la récession. Le Gouvernement ne communique pas sur ces chiffres, c’est bien dommage pour lui, car ils pourraient être utiles pour redonner la confiance, contredire le populisme droitier et justifier le retour à une politique budgétaire moins austère.

Source: Natixis

La crise ne rend pas les riches plus riches et les pauvres plus pauvres, sauf en France

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Une note de l’OCDE (juin 2014), qui couvre la période 2007 2011, compare l’évolution du revenu disponible des 10% les plus pauvres à celle des 10% les plus riches.

Les 33 pays se répartissent en 4 catégories:

-15 pays dans lesquels les plus riches et les plus pauvres ont trinqué de concert. Il s’agit des pays que la récession a affectés le plus durement (Grèce, Irlande, Espagne).

-9 « rescapés » de la crise, dans lesquels riches et pauvres ont progressé simultanément, dont la Pologne, le Chili et l’Autriche.

-5 pays dans lesquels les plus pauvres ont amélioré leur sort, tandis que les plus riches buvaient plus ou moins la tasse. Le plus exemplaire est la Belgique.

-4 pays dans lesquels les riches se sont enrichis tandis que les plus pauvres s’appauvrissaient. Curieusement, c’est en France que le phénomène anti-redistributif a été le plus net. En effet, le revenu après impôt des plus riches a progressé de 2% par an (ce qui est mieux qu’aux Etats-Unis), tandis que celui des plus modestes perdait annuellement 1,5%. Cette évolution jette une lumière éclatante sur les dispositions fiscales de l’ère Sarkozy, dont on mesure pleinement la réussite .

Reprise es-tu là?

pm

Le tableau de bord de l’activité industrielle du mois d’octobre 2013 (Ministère du redressement productif) montre que la reprise n’est pas encore là, puisque même l’industrie allemande ne retrouve pas le niveau de production qui était le sien avant la crise.

Complétons ces données.

Si l’industrie ne va pas, alors le commerce international, qui est majoritairement industriel,  ne va pas non plus (Natixis).

Taux de croissance du commerce international
Taux de croissance du commerce international

 

 Le graphique ci-dessous montre la conséquence logique de ce fait:

exportouverture

A l’heure actuelle, ce sont les pays les plus fermés aux échanges (taux d’ouverture faible) qui disposent  de la croissance la plus vive, celle-ci reposant sur le dynamisme du secteur tertiaire et de la construction.

Panorama du taux d’ouverture européen depuis 1850

openesswestern

 En 2000, la somme des exportations et des importations représentait 53% du PIB des économies européennes (Carreras et Tafunell, Barcelone 2008). C’est trois fois plus qu’au début de la révolution industrielle.

Le graphique permet de distinguer trois périodes:

  • 1850-1913: 1ere vague de mondialisation, au cours de laquelle le taux d’ouverture européen passe de 16,9% à 40,9% du PIB. C’est l’ère de l’étalon-or, des bateaux à vapeur, du rail et des traités de libre-échange. De 1880 à 1895, ralentissement économique, embardées impérialistes et  retour (modéré) du protectionnisme infléchissent  l’évolution du taux d’ouverture, avant le grand redémarrage de la « belle époque ».
  • 1914/1925-1945: c’est la démondialisation de l’entre deux guerres, avec un taux d’ouverture qui retourne à son niveau de 1850 sous l’effet des conflits militaires, de la crise économique et du protectionnisme tout azimut.
  • 1945-2000: 2ième vague de mondialisation. Trente ans suffisent pour ramener le taux d’ouverture au niveau de 1913, puis les années disco et la période 1995-2000 le font grimper à 53%. Deux sous-périodes attirent l’attention: 1950-1965 et 1995-2000. Dans la première,  la croissance du PIB, dynamisée par les investissements massifs, déborde celle des échanges, qui connaissent une profonde mutation avec les processus parallèles de décolonisation et de construction européenne. Dans la seconde, il se produit un phénomène inédit:  alors que les décrochages de 1880 et 1913 avaient marqué une rupture dans l’évolution du taux d’ouverture, les phases de rattrapage qui les avaient suivis (1895-1913 et 1945-1970) n’ayant pas permis de renouer avec le trend initial, le déclin du taux d’ouverture entre 1983 et 1993 fait l’objet d’un rattrapage à très vive allure. Et les auteurs de rappeler que la popularisation du terme « mondialisation » en Europe est contemporaine, à partir du milieu des années quatre-vingt-dix, de la création de l’OMC, mais aussi du redressement de l’économie européenne  post réunification allemande, de l’entrée de la Finlande, de la Suède et de l’Autriche dans l’UE, ainsi que du renouveau des échanges avec l’Europe de l’Est.

La triple peine des retraités du Sud

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Certains considèrent comme une aberration le fait d’utiliser à autre chose qu’au travail les années gagnées sur la mort.

Or, l’aberration réside ailleurs.

En effet, dans le vaste monde, quand une population travaille plus longtemps, c’est qu’elle est plutôt pauvre et que son espérance de vie est faible.

Telle est la triple peine des personnes âgées du Sud:

C’est dans les pays en développement que le taux d’activité de la population âgée est le plus élevé, essentiellement parce que les personnes âgées continuent à travailler pour gagner de quoi vivre. Dans ces pays, beaucoup de personnes âgées travaillent dans l’économie informelle en raison de l’absence ou de la modicité des prestations de vieillesse. L’Afrique est la région où le taux d’activité des personnes âgées est le plus important. OIT (2013), La protection sociale face à la nouvelle donne démographique.

 Il est vrai qu’à l’autre bout de la hiérarchie des revenus, les retraités français, belges  ou luxembourgeois  cumulent tous les avantages, à savoir ceux du pouvoir d’achat, de l’espérance de vie et de la retraite précoce.

En France, seulement 2,5% des hommes et 1,1% des femmes  sont actifs après 65 ans.

Mais à  force de grignoter les pensions de retraite,  le processus pourrait s’inverser. Plus pauvres et plus présents sur le marché de l’emploi, nos retraités ne risquent-ils pas de vivre un peu moins longtemps et en moins bonne santé?

L’hiver sans fin des bas salaires américains

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Aux Etats-Unis, cela fait belle lurette que les salariés non qualifiés ne constituent plus la majorité de la population. Cela ne les empêche pourtant point d’oeuvrer à l’enrichissement de tous les autres, et particulièrement des plus qualifiés (ou supposés comme tels), qui,  déchargés des tâches les plus éloignées de leur vocation intellectuelle, ont l’occasion de faire briller de mille feux tous leurs talents. En retour, une  » juste » division du travail voudrait que les rémunérations des moins qualifiés profitent un peu des richesses crées par la crème du salariat. Or ce n’est point le cas, puisqu’en 2010, un salarié américain non qualifié retirait de son travail une rémunération moyenne équivalente au revenu moyen d’un américain de 1960. Renvoyés 50 ans en arrière par rapport au lot commun, ces travailleurs se retrouvent dans une situation relative assez proche de celle que connurent leurs homologues à la fin des années 1920.