Les évolutions du patrimoine extérieur de la France depuis 1998

La balance des paiements et la position nette extérieure sont deux outils de la comptabilité nationale que le public méconnait souvent et qui, il faut bien l’admettre,  rebutent un peu à cause de leur aridité. Pourtant, ces documents nous offrent une perspective globale sur les interdépendances réelles, monétaires et financières entre un pays et son environnement (« le reste du monde »), ce qui n’est pas sans intérêt à l’ère de la « mondialisation ».  Dans le schéma ci-dessous, pour la nécessité de la pédagogie, je propose une synthèse qui choquera très légèrement les puristes mais qui, espérons le, permettra au lecteur non spécialisé de goûter aux joies de l’approche macroéconomique en termes de circuit.

Partons des données 1998. Cette année là, la comptabilité du patrimoine extérieur net nous montre les trois domaines dans lesquels les avoirs de la France étaient supérieurs à ses engagements. Graphiquement, la flèche sortante en direction du reste du monde illustre la sortie de capitaux qui était la contrepartie de l’acquisition de trois catégories d’actifs:

  • 45 milliards de créances nettes sur le reste du monde (la France prêtait 45 milliards de plus qu’elle n’empruntait)
  • 60 milliards de réserves en devises
  • 160 milliards sous forme de participations durables nettes dans des activités économiques à l’étranger (investissements directs à l’étrangers).

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Pour financer ces acquisitions, la France a cédé au reste du monde des actions et des obligations (« titres de portefeuille »), à hauteur de 120 milliards nets. Elle a aussi cédé des « actifs réels », en recyclant les excédents commerciaux en biens et services et de revenus accumulés au cours des années précédentes.  Ainsi, en 1998, la qualité du made in France et de la signature de l’Etat étaient les deux jambes sur lesquelles notre pays s’appuyaient pour acquérir des entreprises hollandaises ou des titres de dette publique espagnole.

Examinons la situation en 2017.

Trois constats s’imposent:

  • L’augmentation spectaculaire des stocks d’actifs échangés (plus de 1000 milliards contre 265 milliards en 1998) et notamment la multiplication par 7 des ventes de titres de portefeuille au reste du monde.
  • La « bancarisation macroéconomique » de la France: en effet, comme une banque, notre pays emprunte à faible coût, sous forme de dettes et de ventes de titres de portefeuille, pour  « prêter » à long terme, et à meilleur rendement,  sous la forme d’investissements directs étrangers.
  • Les entrées de capitaux étrangers sont si massives qu’elles excèdent les sorties sous forme d’acquisitions de devises et d’investissements directs, de sorte que le reliquat sert à financer nos importants déficits commerciaux en marchandises et en services.

On le voit,  vingt ans d’intense mobilité des capitaux et des marchandises, renforcée par notre participation à l’Euro, ont financiarisé profondément nos relations extérieures, au point que la France dispose d’un avantage comparatif considérable dans ce secteur… au détriment, peut-être, de son industrie.

Toutefois, si à l’avenir les échanges internationaux d’actifs étaient appelés à stagner, il pourrait être intéressant de jouer sur leur composition afin de réduire les déficits courants. En effet, toutes choses égales par ailleurs, une hausse des investissements français à l’étrangers s’accompagnerait d’une baisse de nos déficits extérieurs. Comme quoi, même à l’ère de la crise la mondialisation, on n’en a pas fini avec les interdépendances.

Les leçons du budget italien: l’Italie restera dans l’Euro et la Lega plombe la relance

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L’accession au pouvoir des populistes en Italie fait naître des inquiétudes et des espoirs. Les marchés s’interrogent et attendent la sentence des agences de notation à la fin du mois d’octobre. Les souverainistes, quant à eux,  espèrent une rupture entre l’Italie et la Commission européenne. En vérité, ni ces inquiétudes, ni ces espoirs ne sont fondés. Certes, l’Italie va sortir de l’austérité, mais le plan de relance est modeste et mal structuré.

En effet, pour ne pas accroître la dette publique, le Gouvernement italien a prévu de financer ses 21 milliards de dépenses supplémentaires par des économies de l’ordre de 14 milliards, soit les 2/3 du plan de relance. Le Gouvernement reprend donc d’une main ce qu’il donne de l’autre et le reliquat qu’il s’apprête à injecter dans l’économie provoquerait, si on en croit l’OFCE [1] une impulsion de 0,7 point de PIB en 2019, ce qui ne représente qu’un dixième des 7 points que l’austérité a fait perdre à l’économie italienne entre 2010 et 2013 [2].

On comprend que le Gouvernement italien soit obligé de prendre en compte la contrainte d’endettement public, mais pourquoi n’a-t-il pas cherché à regagner des marges de manoeuvres au moyen d’une politique structurelle? En effet,  puisque la cible principale de son plan de relance est la consommation (« revenu de citoyenneté », réforme des retraites), le Gouvernement aurait du s’attaquer à la cause première du ralentissement de la consommation: l’explosion de la précarité salariale [3]. Or, le peu qu’il envisage dans ce domaine [4] est compensé par l’attribution d’importantes ristournes fiscales aux PME (5 milliards d’euros) pour ne pas s’aliéner l’électorat patronal de la Lega, alors que ces sommes auraient permis soit d’aider les ménages, soit de doubler l’effort financier qu’il annonce en termes d’investissement public (4 milliards).

Il apparaît que l’alliance avec la Lega ne constitue pas seulement une faute politique de la part du M5S, car outre l’acceptation des lubies xénophobes de la Lega, cette alliance se traduit par un budget sans souffle qui, certes, évite une nouvelle rasade d’austérité, mais n’apporte pas aux  Italiens de solides perspectives d’amélioration économique.

 

[1] Céline Antonin. Dette italienne : plus de peur que de mal? OFCE. Le Blog. 16-10-2018

[2] Xavier Timbeau. La débâcle de l’austérité. Juillet 2014.

[3] La conjoncture italienne au premier trimestre 2018. Trésor. 08-06-2018

[4] Armelle Bohineust. L’Italie le recours aux contrats de travail temporaire . Le Figaro. 07-08-2018

Trump réforme l’ALENA: sous le social, le mercantilisme

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Une réforme significative de l’Accord nord-américain de libre-échange est en cours, sous la pression du Président américain Donald Trump. L’accord bilatéral conclu entre les Etats-Unis et le Mexique représente une victoire politique indéniable pour Trump, puisqu’il lui permet de donner une coloration sociale à une stratégie mercantiliste qui consiste à sanctionner les pays d’Asie, et européens, qui alimentent le marché automobile nord-américain via le Mexique. Les syndicats américains, bien que prudents quant aux modalités d’application du texte, y sont relativement favorables et, même si le raisonnement est un peu simpliste, la perte de 300 000 emplois automobiles en vingt-ans aux Etats-Unis est d’autant plus mal ressentie que dans le même temps, le Mexique a gagné 300.000 emplois dans le même secteur d’activité.

L’accord prévoit une augmentation de 13 points du seuil de contenu local ( porté à 75%) en dessous duquel un produit du secteur automobile est considéré comme extérieur à la zone de libre-échange Mexique-Etats-Unis, et donc taxé. De plus (et la première mesure vient sanctionner ceux qui tenteraient d’échapper à la seconde en délocalisant leur production hors ALENA), l’accord oblige le Mexique à respecter une « clause salariale » inédite: tout produit automobile exporté vers les Etats-Unis devra incorporer au moins 40% de composants fabriqués avec de la main d’oeuvre payée au moins 16 dollars de l’heure, ce qui évince les producteurs asiatiques et contraindrait, théoriquement,  les entreprises européennes ou américaines installées au Mexique de s’approvisionner aux Etats-Unis.

Pour parvenir à l’objectif fixé, il faudrait soit que la moitié de la production des maquiladoras s’installe aux Etats-Unis (peu probable, car cela pèserait sur la compétitivité des exportations américaines), soit évincer près de la moitié des composants asiatiques. En effet, comme 28,3% de la valeur d’une automobile importée depuis le Mexique sont constitués de composants fabriqués dans des pays à hauts salaires (Etats-Unis 18%, Canada 2%, Europe 8,3%), satisfaire le seuil de 40% exige de récupérer 12 points dont on peut parier qu’ils reposeront sur les firmes asiatiques, qui fournissent 29% du contenu des automobiles importées depuis le Mexique, contre 13% en 1995.

Si l’on applique cet accord,  le consommateur d’automobiles américaines sera le grand perdant et, plus souterrainement, fixer des seuils de contenu local plus restrictifs, avec un marché captif de 40% pour les pays à hauts salaires, est une source de collusion potentielle entre firmes, ce qui permettrait le partage d’une rente extra entre tous les pays.

Pour ne pas trop choquer l’opinion publique, Trump met en avant le caractère social de l’accord (clause salariale). Or, il y a fort à craindre que l’accord ne soit pas contraignant pour le Mexique, qui n’a pas du tout pris l’engagement  de multiplier par 5 le salaire moyen de ses ouvriers… mais devra soit acheter plus de composants américains et donc régresser dans la hiérarchie de la chaîne de valeur (vive l’impérialisme…), soit accueillir moins de concurrents non américains.

On le voit, Trump  ne cherche pas du tout à en finir avec l’extraversion de l’industrie automobile américaine mais à s’accaparer encore plus les zones de bas salaires mexicaines, tout en ménageant habilement les syndicats.

Marx était-il contre l’immigration?

 

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Le rejet de l’immigration a joué un rôle très important dans la décision britannique de quitter l’Union européenne, mais aussi dans l’élection de Donald Trump, l’ascension de la Lega en Italie ou du FPO en Autriche. A l’évidence, nous payons le prix politique de la crise financière, et ce prix risque d’être élevé puisque les prémices du nouveau consensus anti-migratoire qui émerge mettent en tension des sociétés au sein desquelles il n’est pas rare que plus du quart de la population soit immigrée ou descendante d’immigrée [1].

Au sein de la gauche,  une nette fracture se dessine entre les tenants de l’ouverture et les tenants d’une re-nationalisation des flux de main d’oeuvre. Tout ce joli monde s’envoie régulièrement d’augustes références à la figure, et à ce petit jeu, c’est Karl Marx qui remporte la palme de la citation [2].

Qu’en est-il vraiment? Peut-on se servir des observations que fait Marx à propos de l’instrumentalisation de l’immigration par les capitalistes pour exiger la fermeture des frontières? Les partisans de l’abolition des frontières sont-ils d’inconséquents « gauchistes » ?

Pour commencer à répondre à ces questions, il est instructif de se référer à la partie économique du programme du Parti Ouvrier Français.  

En effet, Jules Guesde et Paul Lafargue, en étroite collaboration avec Karl Marx et Friedrich Engels, on conçu ce programme. Après avoir proclamé que « l‘émancipation de la classe productive est celle de tous les être humains sans distinction de sexe ni de race », le programme préconise ceci:

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On voit très clairement que ces premiers marxistes avaient à coeur de protéger les droits sociaux de tous et qu’à leurs yeux  aucune avancée salariale obtenue par le mâle ouvrier blanc ne devait être refusée à l’ouvrier étranger ainsi qu’à l’ouvrière  Il ne venait donc pas à l’esprit de ces militants, au nom d’on ne sait quel préjugé absurde ou d’un malthusianisme rétrograde, de s’opposer à la féminisation de la main d’oeuvre ou à l’immigration en tant que telle, mais au contraire, d’étendre le salariat dans des conditions équitables et non discriminatoires. Sur le terrain, le Parti Ouvrier Français mena en 1883 une campagne « pour soustraire les étrangers au despotisme de la police en réclamant l’abolition de la loi de 1848 permettant leur expulsion administrative, sans décision judiciaire » [3].

Voyons maintenant en quoi ce programme socialiste est fidèle aux écrits de Karl Marx.

Marx aborde l’immigration dans les chapitres 25 (« Loi générale de l’accumulation capitaliste » ) et 33 (« La théorie moderne de l’accumulation ») du livre 1 du Capital.

Quand Marx traite ce sujet, il le fait pour vérifier la portée d’un concept beaucoup plus général : l‘armée de réserve. Ce concept ne désigne pas l’immigration, comme on le prétend parfois, mais une masse très hétéroclite de travailleurs surnuméraires dans laquelle les capitalistes puisent selon leur bon plaisir pour alimenter leurs besoins conjoncturels de main d’oeuvre mais aussi pour discipliner l’armée d’active du salariat.

Voici un extrait assez limpide du Capital:

« La suprême beauté de la production capitaliste consiste en ceci, que non seulement elle reproduit constamment le salarié comme salarié, mais que proportionnellement à l’accumulation du capital, elle fait toujours naître des salariés surnuméraires. La loi de l’offre et de la demande de travail est ainsi maintenue dans l’ornière convenable, les oscillations du salaire se meuvent entre les limites les plus favorables à l’exploitation, et enfin la subordination si indispensable du travailleur au capitaliste est garantie. » (Livre 1, chapitre 33)

Ce passage souligne la dimension politique de l’armée de réserve. En effet, née du rapport contradictoire qu’entretient le capital avec le travail, elle joue un rôle fonctionnel en permettant aux capitalistes de tordre le bras des « lois du marché » pour s’assurer qu’elles ne jouent jamais dans le sens des salariés. En pratique, les capitalistes stabilisent les salaires en déversant au moment adéquat (c’est-à-dire en cas de risque de pénurie de main d’oeuvre) des travailleurs supplémentaires, de manière à combler les besoins en travail des entreprises et à couper l’herbe sous le pied des syndicalistes qui espèreraient profiter d’une pénurie de travail pour réclamer des hausses de salaires.

Pour citer Marx,  l’économie capitaliste parvient à « diminuer la demande de travail et en rendre l’offre surabondante, en un mot, fabriquer des surnuméraires » en sur-exploitation l’armée d’active par prolongation leur durée de travail (ou « en rendant leur labeur plus intense » à l’aide de machines), soit en sur-exploitant l’armée de réserve des femmes, des enfants ou des travailleurs étrangers, fraîchement recrutés pour remplacer des salariés réputés moins dociles. Au total, l’armée de réserve directement utilisable dans l’industrie comprend des chômeurs technologiques, des chômeurs expulsés de la production par le sur-travail des actifs et une main d’oeuvre d’appoint corvéable à merci, à laquelle appartiennent les étrangers, aux côtés des femmes et des enfants.

 Si Marx ne préconise ni d’interdire le travail des étrangers, pas plus que celui des femmes ou des machines, c’est tout simplement parce qu’il s’agirait là d’une illusion doublée d’un piège politique [4].  En effet, chassez l’étranger et l’armée de réserve recrutera d’autres soldats, dans le fin fond des campagnes ou parmi les enfants. Chassez l’étranger et on le remplacera soit par une machine (qui renverra dans leurs pénates les travailleurs français), soit par des heures supplémentaires non ou mal payées. C’est d’ailleurs ce que l’on observe en ce moment même en Autriche où le gouvernement national-populiste fait voter une loi qui porte la durée journalière maximale de travail de 10 à 12 heures, mais aussi au Royaume-Uni, où, contrairement à une rumeur persistante, le déclin des flux migratoires ne fait pas progresser le salaire moyen, notamment en raison de la mobilisation des pré-retraités et de certains retraités, mais aussi parce que la productivité du travail s’effondre [5].

Non seulement, les salariés se trompent de cible lorsqu’ils visent les travailleurs étrangers, mais de plus ils contribuent à leur propre exploitation, puisqu’en dégradant la situation de travail de salariés qui sont les plus exposés au chômage, ils renforcent le pouvoir de négociation des employeurs sur tout le salariat [6].

Dès lors, la cohérence du vieux programme de 1880 s’éclaire.

Une politique « de gauche » ne consiste ni à démanteler les frontières pour laisser libre cours à l’exploitation, ni à les fermer pour accentuer le triste sort de l’armée de réserve, et, de fil en aiguille, déstabiliser tout le salariat. Une politique progressiste consiste plutôt à permettre l’entrée de salariés étrangers pour compléter la main d’oeuvre locale. En permettant ces entrées aux conditions tarifaires locales, on fait jouer, quand elle s’exerce, la loi du marché au profit des salariés (l’entrée de travailleurs immigrés est consécutive à une hausse des salaires destinées à favoriser les recrutements) et on évite que les employeurs ne sur-exploitent les travailleurs natifs pour pallier la manque d’immigration. Pour le dire simplement, on travaille à insérer l’immigration dans un contexte juridique et politique favorable à l’intérêt général.

A l’inverse, une politique xénophobe est résolument capitaliste. En effet, il n’est rien de plus extrême dans le processus de marchandisation humaine que de réduire des salariés à l’état de main d’oeuvre sans droits, sans perspective de promotion sociale, de droit d’association ou de droit à fonder une famille. Si la gauche véritable ne reprend pas la main sur les questions migratoires, et le capitalisme restant ce qu’il est, l’avenir de l’immigration en Europe n’est pas difficile à deviner puisqu’il se donne à voir sur les chantiers de Dubaï.

Marx militait pour que les travailleurs partagent, en quelque sorte, leurs acquis sociaux, et que les migrants bénéficient des mêmes droits que tous les autres. Sans militer explicitement pour l’abolition des frontières, Marx n’était pas insensible aux possibilités d’émancipation individuelle qu’offre la migration. Ainsi, dans un passage amusant du chapitre 33 (« La théorie de moderne de la colonisation« ),  que je laisse au lecteur le plaisir de découvrir, Marx s’amusait du désarroi des employeurs britanniques sur le continent américain qui se désolaient de ne pas parvenir pas à retenir une main d’oeuvre immigrée toujours en partance là où l’herbe lui semblait plus verte.

Marx n’oubliait pas qu’un salarié, tant qu’il est mobile, n’est pas un esclave.

 

[1] François Heran (INED) https://www.youtube.com/watch?v=Ka53qgPUoYE

[2] Entre Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Besancenot, c’est à qui sera le plus anticapitaliste, soit en accusant les travailleurs détachés de « voler le pain des Français », soit en demandant l’accueil des migrants en France. En Allemagne, un débat similaire a lieu au sein de la gauche radicale, comme le montrent les très vives discussions entre Die Linke (pro migrants) et le mouvement Aufstehen.

[3] Voir la remarquable synthèse de Gilles Candar (« Socialistes et migrations », 1880-1914), qui balaie nombre d’idées reçues sur la prétendue xénophobie du socialisme français originel, et remet à l’endroit des citations tronquées de Jean Jaurès qui jonchent les sites d’extrême droite et quelques sites égarés de gauche.

[4] Voir le livre remarquable de K. B. Anderson (« Marx at the margins. On nationalism, ethnicity and non western societies« , 1992) , en particulier le chapitre 4 consacré aux interventions de Marx contre la xénophobie anti-irlandaise.

[5] CIPD,Labour Market Outlook (chapitre 5). Ce rapport a fait l’objet d’une lecture erronée par des idéologues souverainistes (Coralie Delaume, Natacha Polony…), qui proclament que le Brexit augmente les salaires britanniques, alors que le rapport dit l’inverse.

[6] Une étude du CEPII (A. Edo, F. Toubal, 2014) a montré que l’immigration ne pèse pas sur la situation économique des natifs  lorsque les immigrés bénéficient de droits politiques et sociaux identiques. En l’occurrence, les immigrés naturalisés n’exercent aucun effet négatif sur l’emploi des natifs.

 

 

En 2018, l’Etat prélèvera 5 milliards sur les ménages les moins riches pour les redistribuer aux plus riches

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A force d’entendre que Macron est le Président des riches, on a envie d’en avoir le coeur net.

Le Gouvernement nous explique qu’en supprimant des dispositions fiscales qui font mauvais effet dans la vitrine de l’attractivité (ISF, Exit tax etc…) il pense à l’intérêt général.

L’avenir dira si ce pari en valait la chandelle…

En attendant, si on est un peu taquin, on note que la totalité des nouveaux efforts socio-fiscaux que l’on réclame aux ménages les moins riches (5 milliards) sont affectés au bon plaisir des 20% les plus riches.

DG

Sources :

L’essentiel des données sont tirées des deux articles ci-dessous:

  • Décodeurs 05/05/2018. Les mesures de la 1ère année d’Emmanuel Macron avantagent-elles vraiment les plus riches?
  • OFCE Janvier 2018 . Budget 2018. Pas d’austérité, mais des inégalités. Le chiffrage des mesures socio-fiscales prévues pour 2018 figure dans le tableau récapitulatif de la page 6. Le graphique 4 de la page 11 montre que les ménages les plus riches restitueront environ un tiers des fonds qu’ils recevront en raison de la suppression de l’ISF, de la taxe d’habitation et de la flat tax, soit 1/3 de 6,2 milliards.

Pour la réforme de l’IS en 2018 et la répartition de la fiscalité écologique entre ménages et entreprises:

  • Les Echos . Comment le taux d’impôt sur les sociétés va être ramené à 25% d’ici 2022.
  • BFM Business 23/11/2017 . Ce que la hausse de la fiscalité écologique va coûter aux ménages.

Cinq idées de Marx qui justifient un anniversaire

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Karl Marx est né jour pour jour il y a 200 ans.

Les hommages affluent du monde entier, mais pas pour les mêmes raisons.

Les pays émergents célèbrent le jeune Marx, et particulièrement l’auteur du Manifeste du Parti communiste (1848) qui prédisait l’extension de la modernité capitaliste à toute la planète. Au moment où la Chine retrouve le rang économique qui était le sien à l’époque du Manifeste, Marx est vu comme le prophète d’une revanche annoncée.

Dans les pays riches, on s’intéresse beaucoup plus au « dernier » Marx. On met à l’honneur le Livre I du Capital qui contient une description saisissante des cycles de l’argent et de la marchandise. On revisite également ses réflexions et ses engagements militants contre  le colonialisme et le racisme, qui le conduisirent non loin de certaines approches contemporaines dite de genre ou post-coloniales.

A l’heure où les conceptions les plus réactionnaires (sexisme, eugénisme, racisme culturel…) reviennent en force et où la social-démocratie ne se donne même plus la peine de le lire (Piketty), la radicalité de Marx est toujours une ressource.

Illustrons sa pertinence à partir de cinq idées-force.

  • Le mode de production capitaliste est inséparable du commerce et de la finance

Marx aborde le capitalisme financier dans le livre III du Capital.  Il  rejette fermement la thèse apologétique d’après laquelle le capital commercial et financier dériveraient de la production, alors qu’ils résultent uniquement de la forme capitaliste du mode de production, dont la base essentielle est la circulation des marchandises et de l’argent.

En effet, avant que le capital ne s’empare de la production, la fortune monétaire se concentraient dans les mains de commerçants ou de banquiers. Dès lors que le mode de production devient capitaliste, le commerçant ou le banquier ne sont plus les acteurs par excellence du capital, ils se voient dépouillés de leur autonomie et de leur prédominance antérieures. La marchandise et l’argent sont au service de la production capitaliste qui n’est crée que pour être vendue sur un marché à un prix supérieur au coût de production en capital constant et variable.

Comme le précise Marx, « si à la veille de l’avènement du capitalisme, le commerce domine l’industrie, dans la société moderne, c’est l’inverse qui se produit » . La production domine le commerce au sens où le capitalisme doit par nécessité produire à une échelle constamment élargie, de sorte que le producteur devient marchand et produit directement pour le commerce de gros.

Le mode de production capitaliste exerce également des effets d’entrainements sur le système de crédit et sur la monnaie, par exemple en incitant à la spécialisation des capitalistes bancaires. En retour, le secteur financier permet de réduire les frais de transactions, d’accéder à un marché centralisé du capital (Bourses) et  pousse les actionnaires à confier le travail de direction et de surveillance des opérations productives à des managers.

En 1916, Lénine approfondira la thèse du bloc organique capital industriel-marchand-financier  et développera dans l‘Impérialisme, stade suprême du capitalisme l’idée selon laquelle les monopoles financiers (de nature bancaire)  et industriels ont fusionné et sont dirigés par une oligarchie financière.

Pour Marx comme pour Lénine, le renversement du capitalisme conduira à la suppression des sphères commerciales et  financières telles que nous les connaissons. On ne peut conserver le capitalisme sans la finance, ni supprimer la finance sans supprimer le capitalisme.

  • Le capitalisme repose sur une idéologie qui plonge les capitalistes dans l’illusion

Marx qualifie le profit de rejeton imaginaire du capital total avancé (Livre III, Coût et profit). Cette expression traduit l’illusion démiurgique dans laquelle les propriétaires tombent volontiers lorsqu’ils déduisent du fait qu’il avancent les fonds en capital constant(équipements productifs, matières premières) et variable (salaires qui permettent d’acheter la force ouvrière), l’idée que le capital est seul créateur de richesse.

Certes, les capitalistes savent bien que des hommes peinent à la tâche, mais comme ce travail est devenu une catégorie du capital qui a vocation a être valorisé et que le fruit du travail ouvrier est la propriété des capitalistes, ces derniers s’imaginent que le profit résulte du seul facteur capital. Il en découle une tendance à traiter la main d’oeuvre comme de la matière inerte à rationaliser: on économise sur les salaires comme si on économisait sur des matières premières ou du capital fixe….sans concevoir que seul le travail humain est créateur de richesse. Cette illusion du capital vis-à-vis de lui même accentue la tendance à l’accumulation indéfinie, quitte à détruire la santé des travailleurs…et à faire chuter le taux de profit.

  • Sans la baisse tendancielle du taux de profit, il n’est pas possible de comprendre la dynamique du capitalisme

Marx a consacré une part importante du Capital à démontrer que le rendement du capital total ne résisterait pas à l’éviction des hommes de la production.

Marx n’a de cesse d’expliquer que le seul facteur de production qui coûte est le capital (ce travail mort) et que les entreprises sont dans l’obligation de multiplier les moyens d’en diminuer le prix ou d’en économiser l’usage, que ce soit grâce aux économies d’échelle, au progrès technique,  aux délocalisations… ou au  recyclage des déchets de la production.

Il existe trois manières d’interpréter la thèse de la baisse tendancielle du taux de profit.

-La première manière, fort mauvaise, consiste à espérer que le taux de profit va baisser, puis à attendre l’auto-destruction automatique du système. Marx lui même, à travers ses propres calculs, n’a jamais observé cette tendance, mais constaté une stabilité sur trente ans.

-La deuxième manière consiste à pousser le système dans ses ultimes retranchements pour accélérer sa fin. C’est ce que Marx entreprit lorsqu’il afficha en 1848  son soutien au libre-échange, non pas parce que le BFMTV de l’époque lui avait claironné l’idée, mais tout simplement pour accentuer la mauvaise pente du capitalisme à la surproduction, à l’exploitation du travail et à la concentration des entreprises. Dans les décennies suivantes, Marx se montra plus prudent. Il prit notamment position en faveur du mouvement indépendantiste irlandais et préconisa de protéger l’économie irlandaise de la concurrence britannique derrière des tarifs douaniers.

-La troisième manière  consiste à conserver l’idée de Marx selon laquelle seul le travail humain produit des richesses et à en tirer une clé d’interprétation des mouvements d’accélération ou de décélération du système. Par exemple, il n’est pas possible de comprendre la forte décennie de croissance de l’économie américaine au cours des années 90 sans avoir à l’esprit le rôle des contre-tendances à la baisse du taux de profit: importations de composants industriels à moindre coût, développement des marchés financiers, innovations, hausse de la durée du temps de travail…

  • Si le partage du travail n’existait pas, le capitalisme l’inventerait

Les milieux conservateurs sont très rétifs à l’idée d’un partage volontariste du temps de travail pour lutter contre le chômage. Les plus chagrins vont même jusqu’à regretter que les salariés travaillent moins longtemps au nom de la valeur morale et éducative du travail.

L’une des thèses les plus intéressante de Marx consiste à montrer que le capitalisme pratique lui même un partage assez brutal du travail, avec d’un côté, des salariés en hyperactivité, et d’un autre côté, une armée de réserve au chômage ou bien en sous-emploi.

Le schéma ci-dessous illustre la raisonnement de Marx à ce sujet.

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Contrairement à l’opinion courante, Marx n’explique pas le chômage par la présence d’un excès de main d’oeuvre qui résulterait de la hausse de la natalité ou de l’immigration. En effet, à ses yeux, l’offre de travail a tendance à se régler sur la demande et ce sont les lois internes de la production capitaliste, sans cesse renouvelant les techniques de production et cherchant à limiter les frais salariaux, qui entraînent la stagnation du volume horaire global de travail. Grosso modo, Marx considère que la production augmente au rythme de la productivité horaire du travail, de sorte que l’intensification de l’exploitation de la main d’oeuvre (via la hausse de la durée du temps de travail, ou la course à la productivité) est l’explication de la permanence du sous emploi et du chômage…qui à son tour réagit sur les salariés occupés en les incitant à accepter leurs mauvaises conditions de travail.

  • Le capitalisme a un genre

L’observation des conditions apocalyptiques dans lesquelles le capitalisme industriel s’est développé en Angleterre et en Allemagne conduit Marx à repérer l’influence des stéréotypes de genre préexistant au capitalisme.

En effet, quand ils embauchent des ouvriers, les capitalistes recrutent des chefs de famille auxquels ils versent de quoi entretenir leur force de travail mais aussi leur famille. Quand l’emploi de machines permet d’employer de la main d’oeuvre sans grande force musculaire,  le caractère conservateur de la norme salariale facilite l’emploi de femmes et de mineurs (quatre journées de travail ont remplacé une seule et leur prix a baissé en proportion de l’excès de surtravail de quatre sur le travail d’un seul) et transforme l’ouvrier, qui cherche à améliorer un peu l’ordinaire, en « marchand d’esclaves » qui vend « femme et enfants« . (Le Capital,  I, 15,3).

Ainsi donc, l’exploitation capitaliste a tiré profit de la famille traditionnelle et même accentué son autoritarisme.

Au cours de recherches ultérieures, et sous l’influence d’Engels, Marx sera amené à conclure que le capitalisme industriel a besoin de pousser jusqu’à la caricature les rôles sociaux liés au genre, assignant notamment aux femmes des tâches productives qui reconduisent des préjugés qui étaient beaucoup moins prégnants dans les sociétés anciennes.

Appelant de ses voeux une diminution drastique du temps de travail, la salarisation des femmes à égalité de conditions avec les hommes, la généralisation de l’enseignement technique et rejetant l’hypocrisie et la rigidité des normes familiales bourgeoises, Marx ne séparait pas l’émancipation économique de l’émancipation des stéréotypes de « race » ou de genre.

Transport ferroviaire: le mythe des bienfaits de la concurrence

Une nouvelle fois, la passion réformatrice de l’Etat conduit le réseau ferroviaire au bord de la paralysie.

Mal motivée, imposée à la hussarde, donnant l’impression de nier la spécificité et l’excellence du modèle ferroviaire français, la réforme gouvernementale témoigne d’un amateurisme et d’une arrogance technocratique dont le pays a décidément bien du mal à s’extraire.

Alors que s’engage un conflit social majeur, et qu’un rouleau compresseur médiatique commence à s’abattre sur l’opinion publique,  il est utile de tordre le cou à quelques idées reçues concernant la performance du transport ferroviaire français.

Il est faux de présenter la SNCF comme un dinosaure de la planification quinquennale.

Notre service public de transport ferroviaire des voyageurs offre des prestations attractives et de qualité pour un coût budgétaire assez maîtrisé, ce que nombre de pays européens  peuvent nous envier.

  • En France, le rail se développe deux fois plus vite que dans l’Union européenne

Depuis 2000, la part du rail dans l’ensemble des transports terrestres de voyageurs est passée de 8,7% à 10,1% [1], ce qui correspond à une augmentation relative de 16%.

Ailleurs en Europe, la part de marché du rail ne progresse que de 7% et reste inférieure à celle qu’on observe en France (7,7%)

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Comparons cette situation avec celle de trois pays qui ont ouvert leur marché à la concurrence: le Royaume-Uni et l’Allemagne en 1994, l’Italie en 2003.

Dans chacun de ces pays, le rail est moins populaire qu’en France.

Seul le ferroviaire britannique a tendance à rattraper la part de marché française, ce qui s’explique en partie parce que le rail y occupait au départ une part de marché très faible (4%).

Ailleurs, le rail libéralisé plafonne et sa part de marché ne décolle pas par rapport à l’année 2000.

  • Les tarifs ferroviaires français sont raisonnables 

 

Une étude du voyagiste allemand Eurogo a montré que se déplacer en train ne coutait pas beaucoup plus cher en France (17,59 euros pour 100 kilomètres) que de prendre un bus en Suisse (16,33 euros) [2].

En effet, bien que jouissant d’un monopole légal dans le domaine du transport ferroviaire des voyageurs, la SNCF ne dispose pas toujours d’un monopole lorsque ceux-ci ont la possibilité d’arbitrer entre le rail,  le bus, voire l’avion.

Moins onéreux que le train britannique, néerlandais ou suisse, le prix du ferroviaire hexagonal doit compter avec la forte pression concurrentielle du transport aéronautique ainsi que du bus, qui sont parmi les moins chers d’Europe.ferro5

Contrairement à ce qu’on imagine, la discipline des prix règne plus en France que dans nombre de pays qui glissent sans retenue sur les rails de la libéralisation.

Un rapport récent de la Commission européenne en fait le constat [3] : l’évolution de l’indice des prix à la consommation ferroviaire, relativement à celui des autres modes de transport, a très peu augmenté en France, relativement à l’ Allemagne, l’Autriche, le Royaume-Uni ou l’Italie, entre 2005 et 2014.

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Certes, le prix du déplacement en train se situe dans la moyenne haute des prix européens (5ième place en 2016) mais il faut aussi tenir compte d’une variable importante : la qualité du service.

  • La SNCF: un service performant pour l’usager mais aussi pour le contribuable

D’après l’étude annuelle du Boston Consulting Group, la France détient le 7ième transport ferroviaire le plus performant d’Europe [4].

Le point fort du rail français réside dans la qualité du service (ponctualité, rapidité, tarifs), qui le place nettement au dessus des performances britanniques, néerlandaises, allemandes ou autrichiennes.

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Il est vrai que la performance relative de la SNCF est en baisse depuis 2012 (l’indice passe de 6,2 à 6), en raison d’une dégradation de la sécurité concentrée sur les années 2016-2017.

Les problèmes de ponctualité et d’annulation de trains existent au quotidien, mais une juste mise en perspective exige de comparer ce qui est comparable. Par exemple, la ponctualité des TGV français est significativement inférieure à celle des TGV japonais et espagnols, mais elle est supérieure à celle des TGV allemands et italiens, qui, comme chez nous, et à la différence des TGV japonais et espagnols, circulent à la fois sur un réseau dédié et classique, ce qui multiplie les risques d’incidents [5].

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Le contribuable français en a-t-il pour ses impôts?

Oui. Si l’on rapporte la performance des systèmes ferroviaires aux dépenses qui sont engagées pour leur entretien et leur modernisation (investissements, subventions, coût de la dette…), on constante que l’entreprise française est plutôt bien placée.

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Certes, l’Allemagne fait un peu mieux avec moins de moyens, mais à moyens identiques ou inférieurs, la France fait mieux que le Royaume-Uni, la Norvège ou la Belgique. A performance identique, la SNCF est beaucoup moins couteuse que ses homologues autrichiens.

Certes, il est difficile de défendre le modèle français de service public dans une marché européen de plus en plus libéralisé, surtout lorsque la SNCF concurrence d’autres opérateurs étrangers sur leur propre sol.

Mais cela implique-t-il qu’on doive basculer dans un régime concurrentiel et faire disparaître la spécificité du statut de cheminot? Ce n’est pas certain car parmi les systèmes ferroviaires les plus efficients, on compte deux systèmes non concurrentiels (en Suisse et en Finlande) et le passage à la régulation concurrentielle en Italie et au Royaume-Uni ne s’est pas accompagné de performances supérieures à celles de la France.

On le voit, même si la SNCF conserve une marge d’amélioration, le monopole légal dont elle dispose ne l’empêche pas d’offrir à la population les avantages de la concurrence en termes de prix, de qualité et de performance, sans ses inconvénients, en termes de moins disant social et de délitement du sentiment d’appartenance à la collectivité.

 

Sources:

[1] ARAFER  (2016) Le marché français du transport ferroviaire de voyageurs.  p. 14. La part de marché du rail est évaluée en passagers kilomètre.

[2] La Tribune (05-09-2016) Voyager en France coûte-t-il plus cher qu’ailleurs en Europe?

[3] Commission européenne (2016), 5ième rapport sur le suivi de l’évolution du marché ferroviaire. p. 10

[4] BCG . The 2017 European Railway Performance Index

[5] AQST, Autorité de la qualité des service dans les transports. Rapport 2016

Les Français tentés par la démondialisation?

Dans le cadre du Printemps de l’économie, l’Institut Opinion Way a réalisé un sondage qui apporte un éclairage plutôt intéressant sur le rapport que les Français entretiennent avec la mondialisation.

Certes, comme la kyrielle des précédentes études d’opinion, ce sondage montre que les Français qui ont une « très mauvaise opinion » de la mondialisation (14%) sont quatre fois plus nombreux que ceux qui expriment l’avis inverse (3%).

Mais ce qui étonne assez, c’est que ces opinions « extrêmes » ne rassemblent pas même un sondé sur cinq, alors qu’il s’agit d’un sujet très polémique qui structure le débat politique depuis près de trente ans.

Au total, 81% des Français expriment une position nuancée, avec 46% d’opinion « plutôt négative » et 35% d’opinion « plutôt positive ».

La répartition par âge montre que si la balance penche nettement en défaveur de la mondialisation, c’est en raison des Français de plus de 50 ans. Les autres sont partagés , avec grosso modo 41% d’opinion plutôt positive et 41% d’opinion plutôt négative.

 

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Cette pondération relative des Français transparait également lorsqu’on leur demande à quels mots ils associent la mondialisation.

Parmi une centaine de mots, deux blocs se détachent: « Argent », « commerce » et « économie » (total: 31%) et « Uniformisation », « pauvreté » et « chômage » (21%).

Le terme « argent » (12%) vient  loin devant les termes « capitalisme » (5%), « profit »  (3%)  ou  « riche » (1%). « Chômage » et « Echange » ont la même fréquence (6%), tandis le terme « immigration » apparait presque anecdotique (1%).

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Pour les Français, la mondialisation n’est dont pas un « grand satan ».

Toutefois, deux sur trois jugent préférable  » d’imposer des normes plus strictes sur les produits entrants et sortants » et sont pessimistes quant aux effets futurs de la mondialisation sur la France

Les trois quarts redoutent que la mondialisation s’étendent à tous les secteurs et 55% y voient un facteur de dégradation de leur niveau de vie.

Ils sont une majorité à penser que les règles de la mondialisation sont dictées par les multinationales (56%)  plutôt que par les Etats (40%) et à juger que l’Afrique sort perdante de la mondialisation, contrairement à l’Asie.

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L’impression générale qui se dégage de ce sondage est que l’opinion souhaite que les Etats européens révisent les termes des accords commerciaux qui les lient au reste du monde et en particulier avec l’Asie.

Pour autant, ils ne souhaitent pas de rupture avec le principe de la mondialisation. En effet, associée par une très grande majorité de Français (71%) au progrès technique, considérée (tout de même) par 46% d’entre-eux comme un facteur de croissance en France, ainsi que d’élévation de l’éducation et de la santé dans le monde, les Français ne paraissent juger ni possible ni souhaitable que la France tourne le dos aux échanges internationaux. Conscients des méfaits de la mondialisation capitaliste pour les plus fragiles d’entre eux (par exemple les personnes de plus de 50 ans)  mais conscients également de ses potentialités pour un pays très ouvert aux échanges, les Français semblent souhaiter, a minima, un arrêt dans la course en avant libérale

Les Français aimeraient ne pas avoir à s’engager dans la démondialisation, mais on a l’impression que toute avancée supplémentaire sur la voie de la libéralisation des échanges,  alors que la perspective d’une régulation de la mondialisation leur semble improbable, les pousserait à coup sûr vers une opposition frontale.

Non, les économistes ne sont pas des libre-échangistes béats

La controverse autour de la politique commerciale est si passionnée qu’on finit par oublier que l’éventail des systèmes de relations internationales ne se réduit pas aux cas extrêmes du libre-échange et du protectionnisme et que l’avis des économistes sur la question du libre-échange a toujours été éloigné du dogmatisme.

Il est possible de repérer cinq modes d’organisation des relations internationales:

  • L’autosuffisance

Cette politique peut poursuivre deux objectifs distincts :

              -Un objectif sécuritaire : assurer l’indépendance nationale, par exemple dans le domaine de approvisionnement alimentaire ou militaire.

        -Un objectif de transformation sociale : développer un mode de production déconnecté de la division internationale du travail (« La Déconnexion » Samir Amin, 1986) ou encourager la production de services de proximité (culture, éducation, embellissements urbains…) dans un contexte de saturation des bénéfices du commerce international (« De l’autosuffisance nationale » Keynes, 1933)

  • Le mercantilisme non coopératif

Il s’agit d’un ensemble d’interventions commerciales, fiscales, monétaires ou règlementaires qui visent à l’obtention d’un excédent commercial au détriment des pays qui « jouent le jeu ». Par exemple, on accuse régulièrement la Chine ou  l’Allemagne d’exercer sur leurs partenaires une concurrence inéquitable via le dumping monétaire ou salarial.

Le mercantilisme non coopératif relève de la « guerre économique » à coup de subventions, de dévaluations et autres barrières sanitaires. Largement condamné par Adam Smith ou Jean Bodin, le mercantilisme a fait l’objet d’une théorisation en concurrence imparfaite, dans les années 1980,  par Paul Krugman, dans ses travaux sur les marchés aéronautiques ou les semi-conducteurs. Tentante à court terme, la « politique commerciale stratégique » devient périlleuse en cas de guerre commerciale, ce qui a conduit Krugman à ne pas en recommande la mise en oeuvre.

Le mercantilisme non coopératif relève du pur rapport de force entre pays et malheureusement, comme l’ont montré récemment les évènements grecs, c’est sur les épaules du pays déficitaire que repose la charge de l’ajustement…

  • Le protectionnisme

Comme son nom l’indique, le protectionnisme protège. Il ne considère pas les importations comme un mal, mais vise à établir une forme de justice dans les échanges commerciaux. Il peut prendre la forme du protectionnisme éducateur (protections temporaires destinées à démocratiser l’accès à l’industrialisation ou a des secteurs clés du développement) ou bien celle, plus fréquente,  du protectionnisme régulateur (mesures de sauvegarde contre les effets dommageables d’un trafic international débridé).

Le protectionnisme cherche à corriger les excès du « libre-échange » et à en étendre les bénéfices à un plus grand nombre de participants. Bien sur, reste à savoir si une mesure restrictive à la frontière est plus adaptée, moins couteuse qu’un transfert indemnitaire, une subvention sectorielle, une dévaluation monétaire ou une « tva sociale ».

  •      Le mercantilisme coopératif

Il s’agit du système qui domine les relations internationales depuis 1945 et qui vise à assurer la réciprocité dans les échanges au moyen du marchandage et de la non discrimination: chaque pays accepte d’importer plus en échange du droit d’exporter plus et de se protéger contre la concurrence déloyale.

Il s’agit du « libre-échange du possible », ou d’un protectionnisme pragmatique : je m’ouvre si tu t’ouvres, et en échange de la fermeture de ce secteur, je t’offre une ouverture sur un autre secteur (pensons à l’exception culturelle ou à la PAC).

Bien sur, les économistes libéraux ne sont pas des fanatiques du « mercantilisme coopératif », car il relève plus de la diplomatie commerciale que des modélisations idéales. Toutefois, les travaux récents de l’économie géographiques ont montré que les échanges internationaux se déploient en premier lieu entre pays voisins, au plan géographique mais aussi culturels, et que le processus d’ouverture commercial a plus de chance de s’approfondir au plan régional qu’au plan multilatéral.

De plus, Adam Smith, le pionnier (dit-on) du libéralisme économique, justifiait le protectionnisme en réponse à un partenaire commercial non coopératif.

  • Le libre-échange unilatéral

C’est l’ouverture inconditionnelle et permanente des économies à la concurrence extérieure dans l’objectif de valoriser les avantages comparatifs et l’allocation optimale des ressources rares (David Ricardo).  Le libre-échange unilatéral célèbre les importations comme un bienfait économique, puisqu’elles poussent chaque pays à offrir comme monnaie d’échange les biens qu’ils savent relativement le mieux produire.

Les économistes libéraux, classiques et néoclassiques, se retrouvent bien évidemment dans cette catégorie, mais il convient d’apporter quelques nuances. D’une part, les tous premiers travaux d’économie internationale (on pense ici à ceux de John Stuart Mill) ont montré que les gains de l’échange international sont plus importants pour les petits pays, car ces derniers bénéficieront d’une extension relative de leurs marchés bien plus importantes que celle des grands pays. D’autre part, les considérations d’économie politique, c’est-à-dire de répartition du revenu, sont très présentes dans l’approche classique du commerce international.

C’est ainsi que Ricardo ne recommande le libre-échange que dans la mesure où il permet d’importer des biens de consommations intermédiaires ou finales moins onéreux qui permettent de relever le taux de profit des entreprises et la croissance économique. Adam Smith lui même, que l’on présente comme l’apôtre du commerce international, ne le défend que dans la mesure où il n’est pas distordu par des aides publiques, des monopoles et qu’il prolonge un dynamisme économique intérieur auquel il procure de nouveaux débouchés.

On prétend que les économiques sont très majoritairement favorables au libre-échange.

Il s’agit d’une caricature.

En effet, si la plupart des économistes considèrent que le commerce est une meilleure situation que l’autosuffisance, ils ne sont pas forcément favorables, en toute époque, pour tous pays et sur tous les marchés, à plus d’ouverture commerciale. Si les économistes se rangent plus souvent du coté des partisans de l’ouverture que du côté des mercantilistes non coopératifs, c’est d’abord par prudence, et en particulier par crainte des retombées de la guerre commerciale.

S’ils sont sceptiques quant au protectionnisme, ce n’est pas par rejet des considérations d’équité, mais plutôt par méfiance vis-à-vis de politiques commerciales qu’ils préfèreraient voire remplacées par des aides sociales ou des mesures d’accompagnement destinées aux salariés victimes des importations.

Cohérents avec l’idée que l’échange est plus profitable que l’autarcie, les économistes pensent qu’il est souhaitable, et possible, d’indemniser les « perdants » avec les gains des « gagnants ».

 

DG

Dette et exploitation sont les deux moteurs du capitalisme américain

Le capitalisme américain continue de dominer le monde alors que l’efficacité de ses méthodes de production décline depuis 20 ans. Le maintien d’un haut niveau de rentabilité actionnariale s’acquiert au prix d’un endettement qui finance les 2/3 du besoin en capital productif et d’une baisse spectaculaire de la part des salaires dans la valeur ajoutée.

Ce constat découle de l’observation des ratios usuels qu’on utilise pour évaluer le rendement du capital financier et économique.

Mais avant cela, un rapide détour théorique s’impose.

Dans une économie capitaliste, la possession des moyens inanimés de production fait l’objet d’un monopole par une classe qui, le plus souvent, délègue la marche et la supervision des entreprises à des managers rémunérés. Les propriétaires des outils de production évaluent le rendement de leurs capitaux financiers par comparaison entre le résultat de l’activité productive et la valeur des fonds propres dont ils dotent les entreprises.

On formalise ce calcul grâce au concept de rentabilité financière, dont la décomposition mathématique fait intervenir 3 ratios :

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  • Taux de marge nette : profit après impôts et charges d’intérêts par dollar de chiffre d’affaires.
  • Rotation de l’actif: approximation de la productivité apparente du capital productif (à taux d’intégration de la production constant)
  • Coefficient d’endettement: Mais qu’est-ce que le coefficient d’endettement a à voir avec la rentabilité financière? C’est très simple : moins l’actif économique exige de fonds propres, parce qu’on développe l’endettement, plus les actionnaires reçoive de profit par dollar investi. Actif économique/Capitaux propres= (Capitaux propres+Dette)/Capitaux propres= 1+ Dette/Capitaux propres

La multiplication l’efficacité du capital donne un ratio très intéressant (marge/actifs productifs), qui désigne le Taux de profit économique des entreprises, soit le profit que rend chaque dollar investi dans un actif productif. Ce taux intéresse l’entrepreneur, bien évidemment, mais aussi les établissements de crédits qui y trouvent un information quant à la viabilité de l’entreprise.

Les graphiques ci-dessous illustrent l’évolution des ratios mentionnés plus haut, aux Etats-Unis depuis 1964 (source ici).

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Taux de marge nette, rendement par action, rotation des actifs et levier financier aux Etats-Unis entre 1963 et 2014 (The inverstor’s field guide, Juillet 2014)

Après avoir analysé l’évolution de la rentabilité financière sur toute la période, on décomposera celle-ci en trois sous-périodes significatives.

1964-2014 : la profitabilité financière augmente grâce à la dette

La rentabilité financière a globalement progressé de 30%, et cela en dépit d’une moindre efficacité économique du capital.  Le capitalisme américain apparaît solide du point de vue de l’actionnaire, mais c’est au prix de l’exploitation par les Etats-Unis d’une position financière hégémonique qui leur permet de s’endetter avec une relative insouciance.

  • Variation du taux de profit financier= +30%

= Variation de la marge nette (0%)+ Variation  de l’efficacité du capital (-20%) + Variation de « l’effet de levier » ou coefficient d’endettement (+ 50%).

  • Variation relative du taux de profit économique= -20%

=Variation de la marge nette (0%)+ Variation de l’efficacité du capital (-20%)

Période 1 (1964-1980): Le crépuscule de l’âge d’or

Au cours de cette première sous-période, le taux de profit économique augmente malgré la diminution du taux de marge. Ceci est rendu possible par l’amélioration de l’efficacité du capital.

De plus, la forte hausse de l’endettement procure aux propriétaires un rendement financier supérieur au rendement économique.

  •  Variation  du taux de profit financier= + 35%

=Variation de l’effet de levier (+ 25%) + Variation de l’efficacité du capital (+ 25%) +Variation de la marge nette (-15%)

  • Variation  du taux de profit économique= +10%

Période 2 (1980-2001): la crise marxiste

L’entrée des Etats-Unis dans l’ère néolibérale à partir de la fin des années soixante-dix s’effectue dans un contexte d’effondrement du rendement du capital financier en raison de l’extinction simultanée des deux moteurs du taux de profit : l’efficacité du capital et le taux de marge nette.

Certes, la marge brute augmente (une offensive conservatrice contre les syndicats ca sert à ça…) mais comme l’endettement augmente dans un contexte désinflationniste et de taux d’intérêt réels élevés (cf graphique ci-dessous) ceci finit par déborder la hausse de la marge brute.

  •  Variation relative du taux de profit financier= -80%

= Variation relative de l’effet de levier (+ 20%)+ variation de la marge nette (75%) + Variation relative de l’efficacité du capital (-25%)

  •  Variation relative du taux de profit économique= -100%

 

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A partir de 1995,  la situation se stabilise. L’efficacité du capital cesse de diminuer, ce qui autorise les entreprises à réinvestir sans crainte de dégrader leur taux de profit économique, du moins jusqu’à ce qu’une crise classique de surracumulation survienne en 2000.

Période 3 (2001-2014): sortie de crise et crise de sortie de crise 

Après le trou d’air de 2001, le rendement financier se rétablit promptement:

  • Variation du taux de profit financier+340%

=Variation relative de l’effet de levier (0%)+Variation relative de la marge nette (+ 350%) + Variation relative de l’efficacité du capital (+10%)

Trois causes rendent possible cette évolution : l’austérité salariale, qui permet aux marges de retrouver leur niveau de 1968; la baisse des taxes sur les bénéfices et le coup d’arrêt à l’érosion de l’efficacité productive du capital.

Ces deux phénomènes expliquent le rebond du taux de profit économique:

  • Variation relative du taux de profit économique : +360%

La récession de 2009, qui trouve son origine dans les contradictions de l’hégémonie financière américaine, semble surmontée.

Cependant, la préservation des rendements financiers alors que l’efficacité productive ne décolle pas, repose sur une déformation du partage de la valeur ajoutée qui ne saurait se prolonger indéfiniment.

 

 

La loi de 1905, solution française au quatrilemme de la diversité

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Il n’est pas simple de faire coexister plusieurs religions à l’intérieur d’un espace démocratique où s’exprime la loi de la majorité ainsi que dans un espace national où règnent les croyances en l’homogénéité civique ou identitaire du peuple.

Puisqu’il faut arbitrer entre la liberté du culte, la démocratie, le nationalisme civique et le nationalisme ethnique, un quatrilemme se pose.

Il est possible de le résoudre de cinq manières différentes, suivant les deux principes que la société choisit de privilégier et les deux autres principes qu’elle délaisse ou sacrifie:

  • Le multiculturalisme, plutôt d’obédience anglo-saxonne,  privilégie la démocratie et la liberté des cultes sur la verticalité identitaire ou républicaine

 

  • La Laïcité à la française (Loi de 1905), qui associe nationalisme civique et liberté des cultes est interculturelle au sens où elle respecte la liberté de conscience et d’expression des cultes tout en encourageant la formation d’une volonté générale dans un espace public scrupuleusement neutre du point de vue religieux et idéologique. On retrouve ici l’inspiration rousseauiste de la révolution française qui respecte la liberté « naturelle » des personnes mais cherche son dépassement dans la liberté « civile » que le citoyen conquiert lorsqu’il intègre une nation, c’est-à-dire un collectif civique qui s’attache à la défense de l’intérêt général.

 

  • L’athéisme d’Etat, qui s’impose par la loi de la majorité et l’imposition d’une forme de religion civile républicaine.
  • La coexistence dans la hiérarchie: elle prévaut lorsque l’Etat tolère plusieurs religions sur son territoire mais en privilégie une (dite officielle, comme ce fut le cas en France sous le Concordat) ou bien précise dans la Constitution qu’il existe une ou des « religions traditionnelles », à l’image de ce qui se fait dans la Fédération de Russie. Ce pourrait être également le cas si, par une sorte de détournement xénophobe, on utilisait très fautivement la loi de 1905 pour discriminer les non catholiques.

 

  • La tyrannie identitaire : ici, la religion qui s’impose à tous est celle du groupe majoritaire. Les minorités sont forcées de se « rectifier » ou bien de quitter le territoire (persécution des Protestants sous Louis XIV).

 

La laïcité à la française, n’est donc ni multiculturelle, ni athée, ni concordataire, ni identitaire, ce qui, dans le contexte actuel de très grande confusion des esprits,  va tout de même mieux en le disant.

 

DG

Faut-il avoir peur des hausses de salaires?

Ceux qui pensent que l’économie est une science lugubre ne connaissent pas la collection « Flash Economie » que publie Natixis sous la responsabilité de Patrick Artus et dont chaque numéro ressemble à ce jeu des 7 erreurs qu’on lit pour développer sa concentration et son sens de l’observation.

Aujourd’hui nous allons nous pencher sur un article du 14 février de cette année intitulé « Pays de l’OCDE : la déformation du partage des revenus au détriment des salariés est au centre des évolutions financières« , dans lequel Patrick Artus porte au plus haut l’éclat de son discernement et prédit l’effondrement de tout un monde si les salaires venaient à augmenter.

3 idées, 3 simplismes

  • « Depuis 20 ans, dans les pays de l’OCDE, le partage des revenus se déforme au détriment des salariés« 

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Ce graphique de Natixis n’est sans doute pas évident pour tout le monde, mais il décrit un phénomène sonnant et trébuchant:

-en trait gras, ce que le travailleur retire de son travail, soit le pouvoir d’achat salarial individuel dans 4 régions du monde (Etats-Unis, Zone Euro, Japon, Royaume-Uni) entre 1995 et 2017.

-en trait plus fin, ce que le travailleur produit quand il est sous la responsabilité de son employeur (l’évolution de la productivité moyenne du travail)

-en pointillés, le « rapport coût-avantage » d’un travailleur pour son employeur. On constate que ce ratio diminue de 10%, ce qui signifie que les employeurs se taillent une part plus importante du gâteau puisque la rémunération des  travailleurs progresse moins vite que ce qu’ils produisent.

L’auteur ne commet pas d’impair sur la tendance générale mais il se trompe sur la durée du phénomène. Cette imprécision, on le verra, est capitale pour sa démonstration..

En effet, la déformation récente des revenus au détriments des salariés ne démarre pas en 1995 mais en 2001.

Que se passe-t-il en 2001. L’auteur n’en dit rien. Or, le graphique ci-dessous, tiré d’un FlashEconomie d’octobre 2016 nous met sur la voie: depuis 16 ans, les capacités manufacturières des pays de l’OCDE sont à plat et cette situation explique probablement la pression des propriétaires sur les salaires.

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Un peu de recul historique montre que la période contemporaine s’inscrit dans un bouleversement qui démarre au début des années quatre-vingts (voir ci-dessous), soit au moment de la « révolution néolibérale » patronnée par le duo Thatcher-Reagan.

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  • « La déformation du partage des revenus au détriment des salariés explique la faiblesse de la hausse des coûts salariaux et la faiblesse de l’inflation »

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Le graphique est pertinent mais l’interprétation qu’en donne Artus est fragile car il prend l’effet pour la cause.

1. Un point technique : comparer le coût salarial unitaire à l’inflation revient strictement au même que comparer le salaire réel à la productivité. En termes de partage du revenu, ce second graphique n’apporte pas plus d’information que le premier, si ce n’est qu’il isole l’inflation.

2. Prendre l’effet pour la cause. Faire de l’inflation une variable déterminée par la part des salaires dans le revenu est un choix arbitraire de l’auteur. On pourrait soutenir l’inverse et affirmer que c’est le passage à un régime de basse inflation qui implique que le rythme de croissance du coût unitaire en travail rétrocède parallèlement à celui de l’inflation. L’auteur tient la désinflation comme une donnée qui tombe du ciel. Or, il s’agit d’une stratégie macroéconomique (cf politique Volcker aux Etats-Unis sous Ronald Reagan, qui opta pour le chômage afin de casser la demande et l’inflation) et d’une variable influencée par des tendances lourdes de l’économie (mondialisation, vieillissement de la population, désyndicalisation…).

  • « La déformation du partage des revenus a impliqué une hausse de la profitabilité des entreprises qui est à l’origine de la hausse en tendance de la valeur des actions« 

Qu’on se le dise, un article de Natixis sans un graphique de « profitabilité » ne serait pas un article de Natixis.

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Nous observons que de 2001 à 2017, la part du PIB constituée de profits non distribués aux actionnaires a augmenté de 30%.

Artus associe ce phénomène à l’exubérance des marchés financiers et produit deux graphiques, l’un portant sur la capitalisation boursière en % du PIB et l’autre sur l’indice boursier agrégé des pays de l’OCDE.

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Or, le graphique en haut à gauche met à mal cette thèse puisque le triplement du ratio « capitalisation boursière/PIB » a lieu entre 1995 et 2001, c’est-à-dire dans une période au cours de laquelle le partage du revenu entre le capital et le travail est stable.

L’auteur néglige la dynamique endogène des marchés financiers, qu’il s’agisse des anticipations de profits ou de l’importante des investisseurs institutionnels, dont la stratégie d’achat de titres exerce une pression à la hausse sur les cours.

De plus, la diminution des salaires, qui a lieu entre 2001 et 2009 n’au aucunement permis de rétablir les cours boursiers. Les deux ont plongé simultanément et la reprise des cours ne s’accompagne pas (pour le moment) d’une réduction des taux de salaires.

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L’auteur ne remarque pas non plus que le taux de capitalisation boursière fait du sur-place du 2001.

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On peut y voir comme une hésitation des marchés financiers. Mais on peut également y déceler un élément plus positif : les profits dégagés par les entreprises sont en grande partie investis et ne sont pas gaspillés en spéculation financière.

C’est ainsi que le taux d’investissement en volume a augmenté de 30% sur toute la période.

 

 

 

 

  • Un récit alternatif à celui de Natixis

Le choix macro-économique de la désinflation a poussé les entreprises à emprunter sur les marchés financiers et à réduire la progression des coûts salariaux. Cette orientation de politique économique a accompagné la mutation du salariat, devenu ultra majoritaire mais aussi très divisé.

Grâce au progrès technique et à la mondialisation, ce capitalisme conservateur s’est montré beaucoup plus dynamique que donnent à penser les articles tristounets et mous de Natixis. Alors que les économies des pays riches vieillissent et que la productivité du travail s’essouffle, l’investissement en volume est au plus haut. Cela s’explique par un haut niveau d’autofinancement (et donc de profit), mais aussi parce que le prix des équipements productifs, comme le montre le graphique ci-dessous, a fortement diminué entre 1996 et 2008 (les investissements en volume augmentent, mais sans effet sur la valeur totale des investissements).

La croissance est bancale, mais le taux de profit est sauf et les actionnaires sont heureux.

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Dans le cadre d’une économie de financement de marché, les capitalistes d’entreprise reversent une part importante de leurs profits aux actionnaires. Ceci est logique mais la stagnation de l’investissement productif depuis 2008, alors que les profits augmentent ,pose problème.

 

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Mais dans des économies qui investissent désormais au ralenti, on ne pourra pas durablement reverser 6% du PIB aux actionnaires. Les marchés financiers sont d’ailleurs un peu moins exubérants qu’on ne le pense et c’est peut-être la raison pour laquelle les actionnaires exigent plus de dividendes. Mais ceci se fera forcément au détriment de l’investissement et de la demande en général, à moins que la valeur ajoutée retirée aux salariés n’ouvrent aux entreprises des débouchés solvables grâce à la consommation des ménages aisés bénéficiaires de dividendes.

Une hausse des salaires ne provoquerait pas l’inflation ou le cataclysme financier que prédit Natixis. La mondialisation, la guerre des prix, le chômage, empêchent tout retour de l’inflation salariale.

Dans les périodes de crises, les revenus salariaux et financiers plongent simultanément, mais dans périodes d’expansion, les revenus financiers ont tendance s’envoler tandis que les revenus salariaux stagnent, comme si les actionnaires récupéraient une large par des retombées des investissements qu’ils contribuent partiellement à financier, tandis que les entreprises ne partagent pas avec leurs salariés les gains de productivité.

Il y a là un beau problème de répartition du revenu, donc d’économie politique.

Ce n’est pas en expliquant aux salariés que leurs revendications déboucheront sur un cataclysme dont ils paieraient les pots cassés qu’on aidera à modifier la situation. L’état de la profitabilité des entreprises, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, offre des marges de manoeuvre et la réaffectation des revenus vers les ménages à propension à consommer importante ne serait pas une aberration économique.

Une augmentation du salaire moyen pourrait tout à fait avoir lieu à profit constant si elle ne concernait que les salariés les plus modestes. Si l’investissement privé devait en pâtir  les pouvoir publics auraient la possibilité de compenser cette baisse en relevant le niveau de leurs investissements publics, après une décennie de restrictions liées aux plans d’austérité budgétaires.

Le néolibéralisme, qui n’est rien d’autre que le nom du conservatisme financier, est en quête de soumission sociale et d’une monnaie forte (peu d’inflation, bas taux d’intérêt). Le socle sociologique du néolibéralisme est très vaste, avec une masse de retraités et de salariés très qualifiés qui jouent de nos jours le même rôle conservateur que celui de la paysannerie au XIXième siècle. C’est sans doute ce lectorat qui s’encanaille à moindre frais en lisant la prose de Natixis. Dans un monde aux contradictions si violentes, ce genre de littérature n’est pas promis à un bel avenir.

Les mauvaises blagues de Natixis sur le capitalisme et sur Marx

Le service de recherche économique de Natixis dirigé par Patrick Artus a pour fonction immédiate de produire de jolis graphiques et pour horizon politique de désespérer Billancourt.

Habituellement, il poursuit ce second objectif en répétant que les salaires et les « charges sociales » sont trop élevés pour la qualité du travail effectué et que nous finirons tous comme en Grèce.

De temps en temps, « Natixis recherche » se déguise en brochure de la France insoumise et prétend que si l’hiver arrive c’est parce que, parfois, la dynamique du capitalisme est implacable et que c’est ainsi. C’est ce qui vient de se passer le 2 février avec la livraison N°130 de la revue Flash Economie intitulée  » La dynamique du capitalisme est aujourd’hui bien celle qu’avait prévue Marx ».

Je me propose ici de présenter la thèse de Natixis et d’en montrer les contradictions vis-à-vis d’elle même, de la théorie marxiste et de la réalité.

  • La thèse de Natixis: le capitalisme d’aujourd’hui est inefficace, donc il se réfugie dans la violence sociale et la spéculation

Natixis prétend que les capitalistes des pays de l’OCDE freinent les salaires et spéculent allègrement sur les marchés boursiers ou immobiliers pour compenser la baisse de l’efficacité économique du capital.

Le schéma ci-dessous résume la narration de Natixis.

 

natixis1

  • Natixis prétend que le capitalisme s’essouffle…et montre graphiquement le contraire

Natixis nous dit que le capitalisme périclite et, curieusement, produit des graphiques qui contredisent sa thèse.

Cela saute aux yeux lorsqu’on observe l’évolution de la productivité globale des facteurs de production (PGF), qui mesure l’efficacité de la combinaison productive (produire plus avec moins de capital et de travail) et celle de la productivité du capital.

PGF1

Pour que le taux de profit diminue, il faudrait que la PGF décline. Or ce n’est pas le cas depuis 20 ans (+15%).

 

Par ailleurs,  Natixis prétend observer une baisse de la productivité du capital, tout en proposant un graphique (1b) qui exprime l’inverse.

natixis2

En effet, le ratio capital/PIB (l’inverse de la productivité du capital) est identique en 2017 en 2007 et en 1997. Il n’existe donc pas, sur la période considérée, de tendance à l’essoufflement de l’efficacité productive des entreprises. C’est la raison pour laquelle, la forte baisse des années 2009 et 2010, bien qu’elle mette six ans pour être résorbée, n’est que conjoncturelle.

La stabilité de l’efficacité du capital apparaît ailleurs dans l’article, de manière implicite, lorsque l’on compare les graphiques 2 et 3.

natixis3

natixis4.PNG

Les deux graphiques présentent l’évolution du profit non distribué des entreprises rapporté à deux choses différentes.

Dans le graphique 2, on rapporte le profit au capital engagé dans la production (c’est le « rendement du capital productif »). Dans le graphique 3, on le rapporte à la production (on parle de « taux de marge »).

Ne constatez vous pas que ces deux courbes se superposent exactement?

Ce phénomène découle de la stabilité de l’efficacité du capital, car si la production et le capital ne progressaient pas au même rythme, il n’y aurait aucune raison pour que le rendement du capital productif et le taux de marge soient synchrone.

  • Le capitalisme se porte bien et ses « excès » sont inexcusables

Le bricolage théorique de Natixis  est saisissant:

-Affirmer que le capitalisme est malade, pour une raison dont on nous montre par la suite, à l’aide d’un graphique,  qu’elle n’existe pas, tout en expliquant que finalement, le taux de profit a augmenté de 30% entre 1996 et 2018 (graphique 2).

-Prétendre que le taux de profit baisserait sans austérité salariale (quitte à culpabiliser les salariés…) alors que l’enjeu est pour les entreprises de s’assurer que leur profitabilité continue d’augmenter au même rythme.

-Présenter la financiarisation du capitalisme comme un produit de sa crise récente, alors qu’il s’agit d’une caractéristique structurelle qui pousse à ce que les entreprises génèrent un taux de profit en croissance.

Sortons de ce méli-mélo pour approcher de la réalité des faits :

-Le taux de profit continue d’augmenter, et l’efficacité de la combinaison productive en reste un moteur essentiel.

-Si les capitalistes sont implacables avec le salariat, c’est parce que dans une économie de plus en plus dérégulée tous les coups sont permis et que les syndicats sont durablement affaiblis.

Par cet article, Natixis a rendu un bien mauvais service à l’économie politique et à l’édification de ses lecteurs.

Si Natixis respectait ses propres données, cette organisation délivrerait un message bien différent : oui, les capitalistes ont les moyens de modifier certaines pratiques dans le domaine de la redistribution des richesses ou de la spéculation financière, non les salariés ne se tireraient pas une balle dans le pieds en se mobilisant pour de plus justes conditions de travail, car la dynamique actuelle du capitalisme n’excuse pas les coups inutiles  qui sont portés au droit social dans tous les pays de l’OCDE.

DG

 

 

En France, la fiche de paie n’est pas l’ennemie de la compétitivité

 

Une nation qui s’engage dans la mondialisation commerciale et financière, a fortiori quand elle y occupe un rang privilégié, impose toujours un ordre public économique et social assez strict à sa population.

C’est le cas en France depuis l’avènement de la Vième République d’inspiration ordolibérale (Etat fort+marché) et c’est aussi le cas en Allemagne depuis le congrès de Bad Godesberg (1959)  à partir duquel la social-démocratie allemande a cessé d’être un mouvement de transformation sociale.

Bien sur, la peur des mouvements sociaux n’a jamais totalement disparu en France, mais il ne s’agit vraiment plus que d’un affect, un tantinet folklorique, qui survit à son objet.

En effet,  si l’on excepte les évènements de mai-juin 1968, très vite étouffés par la vague menace d’un coup de force militaire, la disciplinarisation du salariat français a été (et reste) exemplaire.

Cette assertion est aisément vérifiable. Il suffit d’observer un indicateur classique de compétitivité, à savoir l’évolution du coût salarial français par unité de production manufacturière relativement au coût salarial de nos partenaires commerciaux (courbe rouge dans le graphique ci-dessous).

On constate que les coûts français oscillent autour d’un niveau (noté 1 sur le graphique) vers lequel ils retournent en cas de surévaluation (1980-1984) ou de sous-évaluation (2000-2004), de sorte qu’actuellement les salariés français sont autant compétitifs qu’au début des années 1970.

Notons que depuis que l’Allemagne a engagé une stratégie compétitive assez agressive (descente de la courbe bleue depuis 2001), la compétitivité française n’a  diminué ni vis-à-vis de ce pays, ni vis-à-vis de la moyenne de nos partenaires commerciaux.

Cependant, pour savoir si une production remplit le « cahier des charges » qu’impose la participation au marché mondial, il faut s’intéresser à sa profitabilité et pour cela il faut tenir compte de l’ensemble des coûts de production, ce qui implique d’aller au delà du « coût du travail ».

Deux économistes (Collignon et Esposito) viennent de réaliser une étude importante à ce sujet.

Leur travail montre que le salaire moyen français est à peine supérieur au « salaire d’équilibre »qui est le plafond théorique au delà duquel le taux de profit des entreprises françaises devient inférieur au taux de profit moyen de la zone euro.

Dans un continent où la sous évaluation des salaires peut aller jusqu’à 35% (Pologne) et la surévaluation jusqu’à 37% (Grèce), la situation française (+2%) ne présente aucune difficulté majeure et elle succède à une phase de sous évaluation salariale tout au long des années 1999-2007.

                                       Ecart des salaires par rapport au salaire d’équilibre (en%)

ecartsalaires

Source : Stephan Collignon, Piero Esposito, Measuring european competitiveness at the sectoral level. ETUI. Décembre 2017

Les auteurs montrent qu’en France une hausse salariale de 10% s’accompagne d’une hausse de l’intensité capitalistique de l’ordre de 9% (« remplacement de l’homme par la machine »), ce qui accroît la productivité du travail et compense le surcoût salarial de départ. En revanche, les auteurs notent une stabilité de l’efficacité du capital en France depuis le milieu des années 2000, ce qui pose le problème, par exemple, du taux d’innovation dans notre pays.

Pour se faire une idée plus précise de la compétitivité salariale française, il est intéressant de compléter les données globales par des zooms sectoriels.

 

 

 

La comparaison entre l’évolution du salaire moyen manufacturier (courbe en trait plein) et le salaire maximum compatible avec un taux de profit égal à la moyenne manufacturière en Europe (pointillés noirs) montre que depuis la fin des années 90 le salaire manufacturier moyen a augmenté très raisonnablement.

La faible surévaluation actuelle est la conséquence temporaire de la crise et il est permis de se demander pour quelle raison la décennie précédente de sous évaluation salariale n’avait pas été mise à profit pour innover plus et alléger le coût du capital…

Une analyse plus fine montre que les salaires français sont compétitifs dans les métaux, le textile et la chimie, tandis que des problèmes apparaissent dans l’électronique, la pharmacie et les machines.

Dans le secteur tertiaire,  on observe que les salaires sont largement compétitifs dans la santé et les télécommunications, tandis que le secteur financier affiche des rémunérations qui semblent peser sur la profitabilité du secteur.

 

Dans cette étude très complète qui couvre l’ensemble des pays européens, les auteurs abordent le cas grec et l’expérience tragique de l’austérité salariale qui a conduit à une situation absurde où plus les salaires baissent, plus la demande adressée aux entreprises et la productivité du capital baissent…de sorte que moins on paie les salariés, plus ils coûtent cher aux entreprises.

On le voit, à condition de se munir d’indicateurs de compétitivité adéquats et d’étendre la notion de coût de production au delà du seul facteur travail, il est possible de relativiser le sempiternel discours néolibéral (en réalité néocapitaliste) qui tend à culpabiliser l’ensemble de la force de travail, quitte à faire basculer toute une économie, comme on l’a vu en Grèce, dans la crise.

 

 

Sans les augmentations automatiques, le SMIC vaudrait aujourd’hui 424 euros

Le Gouvernement vient d’annoncer une concertation afin de modifier la formule de revalorisation du salaire minimum qui est en place depuis l’instauration du SMIC en janvier 1970.

Cette décision fait suite à la publication du rapport du « groupe d’experts » présidé par l’économiste Gilbert Cette qui recommande de ne plus accorder aux titulaires du SMIC la revalorisation automatique égale à 50% du gain de pouvoir d’achat  du salaire ouvrier et employé.

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Le projet gouvernement a, c’est évident,  des enjeux matériels mais il ne faut pas en négliger la dimension politique.

En effet, le « groupe d’experts » envisage dans un premier temps de supprimer toute clause d’augmentation légale du SMIC, laissant le soin au Gouvernement d’accorder un « coup de pouce » si cela lui chante.

Dans un second temps, les « experts » jugent plus raisonnables de supprimer la revalorisation automatique (au delà de l’indexation sur les prix), ce qui revient à faire disparaître une règle d’équité que l’Etat suivait depuis 1970 et que rappelle l’extrait ci-dessous du site du Ministère du Travail: le SMIC revalorisé permet à tous de « participer au développement économique de la Nation ».

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Mais venons en aux aspects purement monétaires et demandons nous où en serait le SMIC si l’Etat avait appliqué depuis 1970 les recommandations du groupe des « experts ».

En 2011, Gilbert Cette (qui préside le groupe d’experts) a publié  une intéressante étude qui décompose l’augmentation nominale du SMIC sur la période 1970-2010.

 

De 1970 à  2010, la hausse nominale du SMIC se décompose en trois éléments [1]

  • 60% : indexation du SMIC sur l’inflation

 

  • 24%:  « coups de pouce »  à l’initiative du Gouvernement

 

  • 16%: revalorisations automatiques calculées sur la hausse du salaire ouvrier

Sachant que le SMIC brut nominal de 1970 équivalait à 90 euros (contre 1480 euros aujourd’hui), on en déduit que

  • le SMIC  tomberait  à 1146 euros en l’absence des coups de pouce qui sont intervenus depuis 1970. Ceci reviendrait à une perte de 334 euros [2].

 

  • Si on avait appliqué depuis 1970 la préconisation la plus dure du « groupe des experts » (pas d’indexation sur les prix et pas de revalorisation automatique) le SMIC français tomberait au niveau du SMIC estonien. En effet, dans ce cas de figure, le SMIC n’aurait progressé qu’au gré des « coups de pouce », soit + 334 euros depuis 1970), ce qui porterait donc le salaire minimum en 2017 à… 424 euros.

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  • le montant du SMIC mensuel serait de 1188 euros si la règle de revalorisation automatique que le Gouvernement envisage de supprimer n’avait pas été appliquée depuis 1970,  ce qui reviendrait à une perte de 292 euros [2].

 

On le voit, l’enjeu politique de la réforme du SMIC est considérable et on peut véritablement parler de réforme Hartz à la française.

Tout d’abord, il s’agit d’une gifle aux syndicats les plus progressistes, car en donnant à penser que l’indexation du SMIC sur le salaire ouvrier et employé a procuré jusqu’à 292 euros « de trop » aux bénéficiaires du salaire minimum, le Gouvernement adresse une fin de non recevoir brutale aux organisations syndicales qui vont jusqu’à réclamer 400 euros d’augmentation.

Ensuite, cette réforme donne à penser que les hausses des bas salaires depuis 20 ans sont illégitimes. En effet, sans revalorisation automatique, le SMIC vaudrait aujourd’hui 1188 euros, soit un montant équivalent à sa valeur au début des années 2000. Si le Gouvernement voulait faire passer aux salariés le message que le modèle à suivre, pour les faibles rémunérations, est celui que nous observons en Allemagne, il ne s’y prendrait pas autrement.

Reste à savoir si l’opinion approuvera le retour de notre pays à la situation sociale qui prévalait avant les accords de Grenelles et de Varennes en 1968, quand les entreprises (et les salariés les plus aisés) n’avaient pas pour responsabilité de partager les fruits du développement économique avec les salariés les plus humbles.

D. Gouaux

[1] Les pourcentages sont déduits des conclusions de l’étude de Gilbert Cette. « Les effets des hausses du smic sur le salaire moyen » , Economie et Statistique, numéro 448-449, 2011, page 8.

« Sur l’ensemble de la période 1970-2010, l’augmentation
nominale du Smic a été d’environ 7,2 % par an. Avec une contribution
annuelle moyenne d’environ 4,6 points de pourcentage,
l’indexation sur les prix représente
plus de 60 % de cette évolution, la contribution
annuelle moyenne des gains de pouvoir d’achat
étant d’environ 2,5 points de pourcentage par
an, soit un peu moins de 40 % du total de l’évolution
nominale. Au sein de ces gains de pouvoir
d’achat, l’indexation sur la moitié des gains du
pouvoir d’achat du SHBO et les coups de pouce
ont une contribution annuelle moyenne respective
d’environ 1,0 et 1,5 points de pourcentage,
soit 40 % et 60 % des revalorisations réelles ».

 

[2] Allez, un peu de math.

-Hausse du SMIC en valeur absolue entre 1970 et 2017=1480-90=1390 euros. Part qui provient des « coups de pouce »= 334 euros (24% de 1390). Le SMIC 2017 amputé des « coups de pouce » vaudrait donc 1480-334=1146 euros. NB: on ne tient pas compte ici du coup de pouce de 2012: +0,6%.

-Hausse du SMIC entre 1970 et 2017 sans revalorisation automatique et indexation sur les prix= 334 euros. En effet, dans ce cas, seuls les « coups de pouce » joueraient leur rôle. NB. Ceci est un calcul théorique. En pratique, une augmentation du SMIC aussi modeste et aléatoire aurait provoqué certainement des conflits sociaux majeurs, puisque en rupture avec les accords de Grenelles. A ce propos, on est curieux de savoir de quelle étrange façon le Président Emmanuel Macron projette de célébrer Mai 68….

-De 1970 à 2010, les revalorisations automatiques ont représenté 16% de la hausse totale du SMIC, soit 222 euros (16% de 1390). Comme le SMIC valait 1338 euros en 2010, on en déduit qu’il a augmenté de 142 euros entre 2010 et 2017. Quelle part de cette hausse revient aux revalorisations automatiques? Pour simplifier le calcul, ne tenons pas compte du coup de pouce de 2012, qui ne représente  que 5% de la hausse de cette période.  Dès lors, en appliquant à la période 2010-2017 la clé de répartition que Gilbert Cette (cf note [1])  observe entre 2000 et 2010 (50% de l’augmentation du SMIC hors coup de pouce proviennent de la revalorisation automatique et 50% de l’indexation sur les prix), il suit que les revalorisations ont apporté 71 euros (50% de 142 euros). Au total, les revalorisations ont contribué à la hausse du SMIC à hauteur de 292 euros.

 

La France est l’homme malade du capitalisme européen

 

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Pourquoi le Medef n’est-il jamais content?

Pourquoi le programme quinquennal d’Emmanuel Macron est-il une liste longue comme le bras de mesures destinées à favoriser les entreprises et les « premiers de cordée »?

La raison est simple: le capitalisme français est le moins rentable d’Europe.

5,4%: tel est le taux de profit actuel des entreprises du secteur non financier qui résident sur le sol français, contre 12,5% en Allemagne, 12,8% au Royaume-Uni, 8,8% en Suède ou encore 9,7% en Autriche.

Comment obtient-on ces chiffres?

Il suffit de collecter sur le site OECD.stat [1] les données qui permettent de calculer le taux de profit en appliquant le bon vieux ratio que propose Karl Marx dans le Capital [2]:

Taux de profit=Profit net/ Capital total avancé

Avec

  • Profit net = Excédent net d’exploitation =Excédent brut d’exploitation – consommation de capital fixe (amortissements)

  et

  • Capital total avancé =consommations intermédiaires + consommation en capital fixe+ salaires

Autre manière de formuler : capital total avancé= capital détruit intégralement ou partiellement pour produire une marchandise (« capital constant« [3]) + capital variable (valeur de la force ouvrière : les salaires)

Les résultats obtenus sont éloquents…

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Comment expliquer la contre performance des entreprises françaises?

Très probablement parce que la main d’oeuvre française est encore protégée par un droit social efficace, ce qui se traduit en langage marxiste par un taux d’exploitation de la main d’oeuvre assez faible.  Rappelons que le taux d’exploitation (ou « taux de plus-value ») désigne ce que chaque euro investi dans la masse  salariale rapporte en profit net, ce qui correspond au ratio profit net/ salaires [4].

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On voit bien que la France est nettement surpassée par ses partenaires européens, en particulier par l’Allemagne et les pays de l’Est.

Une dernière pour la route: en 1999, le taux d’exploitation des entreprises allemandes était de 34,8%, contre 26% en France. Entre 1999 et 2017, l’écart franco-allemand a été multiplié par trois (41,4 vs 18,2%) et le taux français a chuté de 30%

A la vue de ces données, on ne peut qu’anticiper la poursuite de la litanie des « réformes » néolibérales, qui visent à comprimer le coût du travail pour regagner des « marges de compétitivité », qu’il s’agisse de diminuer les « charges » sociales des entreprises, de relever la durée du travail (à salaire égal) ou de flexibiliser le droit du licenciement.

Bien sur, le rétablissement du taux de profit ne passe pas obligatoirement par un mauvais quart d’heure social, (quid de l’innovation, de l’amélioration du climat social dans les entreprises ou des économies d’énergie? ). Mais de tout cela, on n’entend guère parler…

150 ans après sa publication, le Capital n’a pas pris une ride.

 

Denis Gouaux

Notes

[1] Les données sont tirées du site http://stats.oecd.org/   onglet :  Annual national accounts , puis ligne 14A dans Detailed non financial sector accounts). Les données sont exprimées en monnaie courante, ce qui correspond aux exigences du taux de profit marxiste.

Voici ce que l’on obtient, dans le cas de la France.

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Application: Taux de profit 2016= (365008-228064)/(1533258+228064+749791)=0,054

[2] Une légende tenace, que l’on retrouve dans une multitude de manuels ou de travaux d’économistes marxistes, stipule  que Marx calculerait le taux de profit en rapportant le profit à la totalité du capital fixe investi dans l’entreprise. Or, Marx est très clair sur ce point: seul compte le capital matériel consommé, c’est à dire celui qui a été détruit ou transformé et , de ce fait, a transmis sa valeur aux marchandises qu’il permet de réaliser. Cela comprend l’usure du capital fixe (sur la période choisie pour estimer le taux de profit) ainsi que les consommations intermédiaires (matières premières détruites dans le procès de production ou intégrées dans le produit final).  On lit dans le chapitre 9 du Livre I : « Sous le nom de capital constant avancé pour la production de la valeur nous ne comprenons jamais que la valeur des moyens consommés dans le cours de la production« . Marx précise que si l’on voulait compter la valeur totale des équipements (machines, bâtiments…), il faudrait la compter doublement, « du côté de la valeur avancée et du côté du produit obtenu« .

[3] Marx explique la distinction capital variable/capital constant dans le du Livre I du Capital. Le capital variable (salaires) est variable car il ajoute de la valeur aux instruments de production qu’il utilise; le capital constant (consommations productives) est dit constant car il ne fait que transmettre sa valeur au produit final.

[4]  Petit rappel d’économie marxiste: le taux d’exploitation apparaît en décomposant l’expression du taux de profit

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Si les entreprises françaises ne parviennent pas à dégager beaucoup de profit c’est parce que le numérateur de l’expression développée du taux de profit (profit net/salaires), dit aussi « taux d’exploitation de la main d’oeuvre » est inférieur de moitié au taux européen (38%s

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Euro améliore le niveau de vie des Français de 749 euros. So what?

 

Où en serions-nous si nous n’avions pas adhéré à la monnaie unique?

Trois économistes de l’Université néerlandaise de Tilburg viennent de publier un travail qui répond à cette question et contredit certaines idées reçues

Le tableau ci-dessous résume les principales conclusions des auteurs

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  • Si la France n’avait pas adhéré à l’Euro, ses habitants seraient un peu moins riches. Ils perdraient en moyenne de 749 euros, ce qui signifie que l’Euro améliore le pouvoir d’achat de 2,19%.
  • Sur la période 1997-2014, l’Allemagne est le pays qui bénéficie le moins de l’Euro (+470 euros), contrairement à l’Autriche, aux Pays-Bas ou à l’Irlande, qu’on peut qualifier de « grands gagnants » de la monnaie unique.
  • Les retombées de l’Euro sur l’Allemagne ont été bouleversées par la crise. Avant 2008, l’Euro aurait légèrement pesé sur le revenu des Allemands (-0,79%). Depuis 2008, il bénéficie largement à l’Allemagne.
  • Jusqu’à la crise, l’Euro aurait contribué à resserrer les écarts de niveaux vie entre les pays du « Nord » et ceux du « Sud », à l’exception de l’Italie, dont le niveau de vie progressait à peine (+0,33%).
  • Depuis la crise, l’Euro se traduit par un appauvrissement très significatif de la Grèce, du Portugal, de l’ Espagne et de l’Italie. Dans le cas italien, le phénomène est si prononcé que si ce pays avait conservé la Lire, il disposerait actuellement d’un revenu annuel moyen additionnel de 1170 euros, ce qui est assez significatif.

Avant de commenter ces résultats, un mot sur la méthodologie des auteurs.  Pour repérer l’influence du passage à la monnaie unique sur le revenu par habitant des pays membres, les auteurs comparent chacun des 11 pays « fondateurs » de l’Euro  à une sorte d’alter ego composite (constitué d’un panel de pays extérieurs à l’Euro) dont les ressorts de la croissance (37 indicateurs qui vont de la natalité, à l’investissement en passant par l’inflation) ont évolué dans la décennie précédant l’adhésion à l’Euro (1986-1997) à l’identique de ceux du pays membre.  Pour prendre un image sportive, c’est comme si l’on comparait la performance d’un coureur qui arbore un maillot Euro avec celle d’un coureur de qualité similaire,  qui arbore un autre maillot mais a bénéficié d’un entraînement (ou d’un dopage) identique. Si le coureur au maillot Euro franchit plus vite la ligne d’arrivée, on en déduit que son maillot a agi comme une potion magique.  On doit cette méthodologie à deux économistes espagnols qui ont estimé grâce à elle l’impact du conflit basque-espagnol  et de la réunification allemande.

Les conclusions de cette étude confirment les enseignements de la théorie des « zones monétaires optimales ». En effet, on constate très clairement que les bénéfices de la monnaie unique vont en priorité aux pays les plus ouverts aux échanges commerciaux (Pays-Bas, Irlande), ceux dont les prix sont largement déterminés par les marchés internationaux. Dans cette logique, les auteurs mettent en évidence deux variables propices à minimiser les coûts de la fixité du taux de change: la flexibilité de l’emploi et l’immigration. A ce titre, il est permis de penser que la moindre performance de l’Italie (avant 2008), relativement à la France, s’explique partiellement par le moindre recours de ce pays à la main d’oeuvre immigrée ainsi qu’à sa plus grande rigidité en termes de protection de l’emploi. Résultat: en situation de déficit de « compétitivité », on assiste à un douloureux ajustement interne, via la chute de la demande et des prix, parce que l’ajustement externe, via la dévaluation, est impossible.

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Mais le résultat le plus surprenant auquel parviennent les auteurs est l’appauvrissement des Allemands occasionné par l’Euro entre 1999 et 2008.

L’étude n’apporte pas d’explication à ce phénomène, et c’est bien dommage.

Sans doute touche-t-on là une des limites de l’article, à savoir son manque d’éclairage macroéconomique et politique. En effet, la monnaie unique ce n’est pas seulement un grain de sable en moins dans les rouages du commerce international sensé ouvrir les portes du paradis concurrentiel et de l’efficience. C’est également un volet conjoncturel (le Pacte de Stabilité) qui prive les économies d’un pilotage macroéconomique judicieux et c’est aussi une économie politique, des rapports de forces qui drainent les gains de l’intégration monétaire et financière vers certains secteurs de la société au détriment d’autres.

Dans le cas de l’Allemagne, chacun se souvient qu’au début des années 2000, ce pays faisait figure d’homme malade de l’Europe en raison du contre-coup de la réunification (chute des investissements, perte de compétitivité) mais aussi du plan d’austérité budgétaire imposé par les règles européennes. Par la suite, les réformes néolibérales (dites Hartz) ont plongé une partie du salariat allemand dans la précarité (sauf le salariat du secteur exportateur, largement protégé), ce qui pesé sur le revenu et la consommation. De ce point de vue, les débuts de l’Euro ont été une mauvaise nouvelle pour un grand nombre de ménages allemands, « sacrifiés » sur l’autel de la recomposition des marges industrielles, du moins jusqu’au moment où la reprise du commerce extérieur, via les commandes des pays émergents, permette de relever les prix à l’exportation et la rentabilité, et donc d’atténuer l’austérité salariale.

Quant à la France, le problème n’est pas qu’elle ait peu gagné à entrer dans l’Euro mais le fait que la monnaie unique lui ait été si peu bénéfique au cours de la crise.

Le tableau suivant indique la situation de la France si notre pays n’avait pas été membre de l’UEM en 2008.
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Sans l’Euro, la France serait sortie plus pauvre de la crise, mais de très peu (313 euros par habitant).

Cela pose deux problèmes. D’une part, on est en droit d’émettre l’hypothèse que l’Euro place notre pays dans une situation peu enviable, avec d’un côté, tous ses partenaires commerciaux d’Europe du Sud qui sont plongés dans la crise, et d’un autre côté, tous ses partenaires du « Nord » (sauf la Finlande) qui bénéficient plus fortement de l’Euro que nous. Cet environnement n’est pas porteur pour l’économie française et pénalise la reprise.

D’autre part, bien que l’Euro ne soit pas la catastrophe que l’on croit, la modicité des gains économiques qu’il procure ne permet pas de contrebalancer la défaillance des conditions subjectives du projet européen, à savoir, la disparition de perspectives sociales et le raidissement non démocratique des instances européennes. Dit autrement: on ne tombe pas amoureux de l’Europe pour 749 euros par an, surtout si c’est au prix d’une désolation économique chez la plupart de nos voisins.

Or, quand on prend la peine d’interroger les Européens, ils disent qu’ils sontfavorables, y compris en Allemagne, à des politiques coopératives destinées à relancer la croissance européenne.

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Il est vrai qu’impressionnés par la propagande néolibérale et nationaliste (qui a pour point commun l’incapacité de penser que l’Europe puisse être autre chose de plus qu’une simple association), les partis politiques européens ne relaient pas ces aspirations coopératives.

Et c’est ainsi qu’on gâche les dividendes de la monnaie unique… et qu’il faudra malheureusement en passer par une nouvelle crise (sans doute en Italie), pour conformer le pilotage économique de l’Euro à l’intérêt général européen.

L’investissement est la principale source de profit des entreprises françaises

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Bien des légendes urbaines circulent à propos de l’origine des profits du capitalisme français.  Pour certains, nous serions entrés dans une forme de capitalisme consumériste qui repose essentiellement sur la pulsion d’achat et la consommation ostentatoire des classes supérieures. Pour d’autres, plus romantiques, les profits découleraient du risque entrepreneurial dans le cadre d’une économie marchande. A ces derniers, s’opposent avec violence ceux qui définissent le profit comme le travail gratuit des salariés que leur extorquent les capitalistes. Les opinions de tout ce joli monde agrémentent le débat politique et les diners en ville, mais elles ne font que cela.

Abordons le sujet sous un angle un peu plus sérieux, c’est-à-dire macroéconomique et circuitiste.

J’emprunte la méthodologie qui va suivre à l’économiste néo-marxiste Michal Kalecki, figure importante du courant post-keynésien.

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L’adage Kaleckien (« Les travailleurs dépensent ce qu’ils gagnent et les capitalistes gagnent ce qu’ils dépensent ») est contre-intuitif mais sa logique repose sur l’idée, fort simple, que les dépenses des uns sont les revenus des autres.

Dès lors, le profit cumulé de toutes les entreprises s’explique de quatre façons:

  • La « surconsommation » des salariés: lorsque ceux ci dépensent sur le marché plus que les entreprises ne leur versent de salaires.
  • L’investissement privé: les entreprises du secteur producteur de bien en capital réalisent des profits lorsque les autres entreprises (auxquelles elles ne versent par définition de salaire) leur achètent des bien en capital.
  • L’investissement public: les dépenses en capital des administrations publiques constituent un profit pour les entreprises qui répondent à ces commandes
  • L’excédent commercial: exporter, c’est vendre un produit à un non résident qu’on ne salarie pas (profit pur), importer, c’est perdre du profit auprès des entreprises non résidentes. Et oui, l’enjeu du solde commercial n’est pas un enjeu symbolique, mais une féroce bagarre à propos du partage international du profit.

Au total, la classe capitaliste retire son profit non pas de l’exploitation de la force de travail sur le lieu de travail, mais des ventes qu’elle effectue sans avoir à verser de salaire en compensation (pour plus de détails, voir le post consacré à l’excellent ouvrage de Laurent Cordonnier, L’économie des Toambapiks) .

Voyons ce que cela donne pour la France en 2016.

  • 86% des profits résultent des investissements privés et publics.
  • 18% des profits proviennent de la consommation excédentaires des salariés.
  • 7,6% du profit national est capté par les entreprises non résidentes, qui nous vendent plus que nous leur achetons, d’où les divers plans de baisses de charges qui visent à compenser ce manque à gagner.

Le capitalisme français repose donc sur…l’accumulation du capital et non sur  la consommation tout azimut ou l’écrasement des salaires.

Il suit de ce résultat un conséquence importante: comme en période de crise les capitalistes avancent tout freins serrés et accumulent des liquidités plutôt que d’investir (ce qui est rationnel à l’échelle individuelle), il revient à l’Etat de les aider à mieux se coordonner et à investir plus et collectivement.

Hyperglobalisation et populisme

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L’économiste Dani Rodrik, de l’université américaine de Harvard, vient de publier un papier intitulé Populisme et économie de la mondialisation dans lequel il met en perspective le succès politique des courants populistes, aux Etats-Unis, en Turquie, en Europe ou en Amérique latine.

Le populisme est une idéologie qui cherche à rassembler l’ensemble du « peuple » contre les « élites » et qui s’incarne dans des partis ou des mouvements dirigés par un leader charismatique qui revendique le monopole de la représentation des « gens d’en bas » contre « ceux d’en haut ». Les populistes se divisent en deux familles: les populistes démocratiques (le « peuple » est une « construction sociale de tous les jours ») et les populistes réactionnaires ((le peuple est une éthnie).

Habitués, particulièrement en France, au bon vieux clivage Droite/Gauche, la violence inédite (et pas seulement verbale) des populistes nous surprend et nous inquiète. La remise en cause démagogique de la démocratie représentative, la légitimation des atteintes aux libertés individuelles, la désignation de l’adversaire politique comme un ennemi, tout ceci rappelle forcément le climat des années 30.

Dani Rodrik envisage le populisme comme une réaction face aux excès de la globalisation et en particulier ses effets redistributifs particulièrement violents.

De façon très éclairante, il rappelle l’exemple des populistes américains de la fin du XIXième siècle, qui regroupèrent par delà les clivages géographiques et politiques un grand nombre de paysans propriétaires des Etats du Sud et de l’Ouest, ainsi que des ouvriers des Etats du Nord contre les « élites » industrielles et financières qui tiraient bénéfice de la modernisation économique et de l’Etalon-Or. Après le premier conflit mondial, le populisme connut ses heures de gloires en Europe, mais cette fois-ci, au sein  des classes moyennes appauvries et hostiles aux milieux financiers accusées. Les mouvements fascistes surent capter cette énergie politique et la retourner contre le prolétariat. En Allemagne, où les droits sociaux conquis par la classe ouvrière étaient très étendus, le parti nazi, pourtant largement soutenu par la grande industrie protectionniste et quelques résidus historiques de l’aristocratie,  réussit le tour de force de faire passer le prolétariat social-démocrate pour une classe privilégiée par rapport à la petite bourgeoisie et complice des classes dominantes. Comme chacun le sait, la social-démocratie allemande disposait d’une milice armée très capable de rivaliser avec les meutes nazies, mais la peur d’enfreindre la légalité donna un avantage aux chemises brunes. Comme quoi, il faut (parfois) savoir combattre les populistes sur leur propre terrain.

L’auteur  rappelle que le populisme a tendance à se déployer dans les phases hautes de mondialisation économique et financière, dont il exprime avec fracas les contradictions …avec une probabilité non nulle de victoire politique, comme on l’a vu dans l’entre-deux-guerres.

Le regard que l’économiste porte sur le phénomène populiste s’appuie sur les enseignements de la science économique. Je ne citerai qu’un seul développement théorique. Il concerne les effets ambivalents du libre-échange. D’un côté, l’ouverture commerciale génère des gains économiques. D’un autre côté, elle fait des perdants et de gagnants. On enseigne  cela depuis plus d’un siècle, mais ce qu’on a tendance à oublier c’est que l’essentiel des gains du libre-échange apparaissent dans les premières phases de la libéralisation  des échanges, c’est-à-dire lorsqu’on permet à l’économie de respirer le grand air du marché mondial. Or, à mesure que l’ouverture s’approfondit, les pertes que subissent les groupes sociaux exposés à la concurrence augmentent tandis que les gains en efficacité pour toute l’économie s’épuisent,  de sorte qu’arrive un moment (et nous y sommes, dit l’auteur), où la libéralisation fait plus de dégâts sociaux que de bien à la société.

Ceci explique la contestation de plus en plus massive des accords commerciaux (ALENA, TAFTA..), toutefois, Dani Rodrik note que le populisme anti-commercial est l’apanage des Etats-Unis ou l’Amérique latine, tandis que les populistes européens (surtout ceux de droite) se spécialisent  dans la propagande anti-immigration. D’après l’auteur, ce biais xénophobe est logique. En effet, nous disposons en Europe d’Etats providence suffisamment étendus et solides pour compenser les retombées négatives du libre-échange. Dès lors, les populistes seraient moins enclins à descendre dans la rue ou à voter contre un accord commercial (ce que font tout de même les « populistes de gauche »), et plus enclins à accuser les « minorités » et les immigrés de vivre aux crochets de l’Etat providence. Ici, l’auteur touche juste, car il suffit de décrypter les explications du vote en faveur du Front National ou de Debout la France (et d’une bonne par du vote Les Républicains) pour constater que beaucoup de ces électeurs redoutent que l’immigration ne les prive d’une partie des aides sociales ou se traduisent par une hausse de la fiscalité. Il s’agit là d’un thème récurrent du Front national, entonné sur tous les tons par la dynastie le Pen.

L’auteur oppose le « populisme de gauche », qui privilégie la question économique et sociale, (Sanders, Melenchon, Podemos…) et le « populisme de droite », qui met l’accent sur le culturel, la défense du « peuple enraciné ».

Est-il légitime de parler de « populisme de gauche »?. Je n’en suis pas certain, même si ce concept fait de plus en plus d’adeptes (voir par exemple les écrits de Chantal Mouffe, ou ceux de l’inénarrable Jacques Sapir).

Il me semble périlleux d’entretenir une confusion entre gauche (radicale ou non) et populisme.

Je formule l’hypothèse qu’il existe trois clivages politiques bien distincts:

  • Le clivage gauche/droite. Il s’agit d’un clivage modéré qui oppose deux styles de vies et deux interprétations de la République . La gauche et la droite structurent la vie politique lorsque les classes moyennes sont clivées et que leurs deux composantes cherchent à s’allier avec des groupes sociaux qui se situent au dessus ou au dessous d’elles.  Comme l’enseigne Pierre Bourdieu, la gauche c’est (c’était…) l’alliance politique de l’ouvrier,  de l’instituteur et du cadre supérieur du public (laïques et progressistes) contre l’alliance du petit paysan et ouvrier du tertiaires avec la bourgeoisie et les cadres supérieurs du privé. Pour paraphraser Marx, on dira que la superstructure idéologique est le reflet de la « composition organique du capital » de chaque groupe social: à gauche ceux qui sont relativement plus riches (ou moins pauvres) en capital culturel, à droite, ceux qui sont plus riches (ou moins pauvres) en capital économique.  La gauche et la droite proposent deux interprétations différentes de la République. Pour la gauche, la République c’est la justice, le progrès. Dans le camp d’en face, la République est un gage d’unité nationale et un principe d’ordre social.  La discorde gauche/droite étant une donnée quasi anthropologique de la société française, il n’y a aucune raison de penser qu’elle ne revienne pas à l’ordre du jour.  Toutefois, à certaines époques, un autre clivage surgit et semble subvertir l’ancien.

 

  • Le clivage Elites/populistes. La fracture peuple/élites est radicale puisque transversale. Par delà la gauche et la droite, les élites se regroupent contre le reste de la population (et réciproquement). Ce clivage apparaît lorsque les classes moyennes, destabilisées socialement,  se coalisent pour cherchent l’appui des milieux populaires contre les élites et les fractions du peuple qu’elles jugent complices des élites (étrangers, artistes…). La grille de lecture populiste est très peu élaborée, tristement quantitative, mais elle est efficace. Pour simplifier, les populistes se réclament des « petits » (salariat peu ou pas qualifiés, petits paysans, petite et moyenne bourgeoisie) contre  les « gros » (salariés très qualifiés, haute bourgeoisie financière et industrielle) dont ils vilipendent les privilèges et diabolisent le comportement. Ce ressentiment de classe s’envenime en racisme  lorsque les populistes se présentent comme les représentants du « peuple enraciné » et « normal », par opposition aux « apatrides », aux « riches » et à leur « indécence commune ». Frustrés dans leurs ambitions, les populistes  ont tendance à opprimer à leur tour les groupes sociaux vis-à-vis desquels ils réactivent des mécanismes de domination archaïques. C’est ainsi que le verbiage populiste s’agrémente toujours d’une posture viriliste (c’est le côté le plus grotesque du populisme) ou anti-étrangère.  Même s’il est très légitime de s’inquiéter du populisme, il faut admettre qu’il ne tombe pas du ciel et qu’il ne résulte pas d’une folie collective. Le plus souvent, il apparaît lorsque la mobilité sociale régresse, lorsque les classes moyennes se délitent et ne parviennent plus à nouer des compromis avec les classes dominantes.  Mais le populisme est toujours un échec. A la fois révolutionnaire et conservateur, il résout ses contradictions grâce au césarisme (de Napoléon à Chavez),  au complotisme,  à la xénophobie, ou bien il s’achève dans la farce (Boulangisme, débat télévisé de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron). Parfois, le populisme se nie lui même et hisse  au pouvoir (comble de l’aliénation) un démagogue ploutocrate (Trump, Berlusconi), dont il espère qu’il laissera quelques miettes au « peuple » ce qui, bien sur, n’arrive pas. Le populisme est donc transitoire. Il est souvent le prélude à des affrontements de classe moins confus et à la réactivation du clivage gauche/droite. A l’heure actuelle, la « recomposition politique » française est loin d’être achevée et il serait très hasardeux de célébrer la victoire définitive du « bloc bourgeois » macroniste (Stéfano Palombarini, Bruno Amable).  Emmanuel Macron bénéficie de moins en moins des illusions de modernisme et d’équité qu’il a répandues auprès de certains secteurs de la gauche, et son opposition souverainiste se divise sur l’attitude à adopter face à la nouvelle loi travail (le Front national est très lié aux milieux de la PME et de la petite boutique, fort enclins à saper le droit social).
  • Le clivage marxiste. Dani Rodrik ne l’aborde pas.  Or, les populistes tiennent absolument à se distinguer de la gauche radicale (voir ici l’exemple du leader de Podémos Inigo Errejon). Les marxistes, précisons le,  ne sont ni de gauche, ni populistes. Le groupe social qu’ils placent au coeur de leur combat n’est pas la « patrie » ou « les exclus », mais le prolétariat, dont ils construisent l’autonomie politique dans l’objectif de sa disparition, car ne l’oublions pas, les communistes cherchent à subvertir toutes les catégories traditionnelles, de « classe », comme celle de « race » ou de « genre ». Les prolétaires sont un peu la « part maudite » de la société capitaliste. De temps en temps,  elle se rappelle à son bon souvenir (1936, les « OS » en 1968, les grèves de sans-papiers et d’immigrés, catégories qui forment actuellement la moitié du prolétariat en Île de France). Or, pour des raisons objectives et subjectives, le prolétariat ne peut plus occuper dans les combats et l’imaginaire de la gauche radicale la place qui était la sienne jusqu’à la fin des années 60, et qui faisait, par exemple, que l’on menait le combat féministe sur un registre analogue à celui de la lutte des classes (« femmes=classe sexuelle », disait on dans les années 70). Non pas que les producteurs de valeurs aient disparu (il n’y en a jamais eu autant), mais la diversification du salariat et la tertiarisation du travail changent la nature de la conflictualité ainsi que son expression. Jadis, le salariat s’appuyait sur sa concentration numérique pour se confronter à la classe propriétaire. Aujourd’hui, les salariés sont dispersés et, dit-on, « impliqués » dans des tâches qui les amènent à s’auto-discipliner, parce qu’ils ont à rendre des comptes à d’autres salariés, au client, à l’usager ou à un donneur d’ordres. Le contrôle de la production de valeur  s’effectuant de manière moins directe que par le passé, il devient  difficile de faire vivre un sentiment de solidarité de classe, par delà les statuts, les entreprises, les qualifications. Toutefois, le délitement de l’Etat providence, qui avait permis de déprolétariser le salariat est une tendance sur laquelle la gauche radicale peut s’appuyer afin de faire entendre sa partition politique. A long terme, le mieux que puisse faire la gauche radicale est d’oeuvrer à  remettre à flot « la gauche » sur la base d’un nouveau compromis avec les classes supérieures les plus éclairées. En effet, les classes éduquées ne sont pas monolithiques (le mouvement socialiste a toujours recruté en leur sein et la « lutte des places » interne au tiers de la population titulaire d’un diplôme du supérieur est violente). De plus, il est facile de mettre en contradiction les élites éduquées en leur montrant en quoi le néolibéralisme est contradictoire avec certaines des causes auxquelles elles restent attachés (féminisme, anti racisme, écologie). A court terme, il est judicieux pour la gauche radicale  de coopérer avec les populistes progressistes, c’est-à-dire ceux qui sont peu sensibles aux accents chauvins, mercantilistes et autoritaires de l’idéologie national-souverainiste (« ordre à l’intérieur, arbitraire mercantile à l’extérieur »). C’est ce que font beaucoup de militants à l’intérieur de Podemos ou de la France Insoumise, deux formations qui, malgré leurs insuffisances, s’inscrivent dans un imaginaire progressiste et démocratique. Après tout, la mode irritante des nuées de drapeaux tricolores et des tribuns hologrammes n’aura qu’un temps et le moment de la véritable conflictualité politique reviendra bientôt.

DG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La diversité crée 15% du PIB de la France

 

La « diversité », au sens strict, désigne les personnes d’origine étrangère qui résident sur le sol français, c’est-à-dire les immigrés et leurs descendants. Dans un sens plus étendu, la diversité rend compte du métissage de la population résidente, ce qui implique de comptabiliser les ménages dits « mixtes ».

Selon l’Insee, la diversité rassemble un peu plus de 4,5 millions de ménages qui se répartissent comme suit:

  • Ménages immigrés : 2,1 millions
  • Ménages descendants d’immigrés (1ère génération) : 1,25 millions
  • Ménages mixtes (dont un seul conjoint est immigré): 1,17  millions

Pour tenir compte de la profondeur temporelle de l’immigration en France, il convient de tenir compte des descendants d’immigrés de deuxième génération,  qui regroupaient (en 2011), 4,67 millions de personnes.

Je me propose d’estimer la contribution économique de ces personnes à la richesse produite chaque année dans le pays.

Le résultat obtenu est considérable.

La diversité est à l’origine de 15,4% du Produit intérieur brut de la France, soit 300,22 milliards d’euros, ce qui équivaut au PIB de l’Autriche

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La méthodologie qui permet d’aboutir à ce résultat est assez simple. Elle consiste à calculer les revenus que les ménages concernés ont crées.

Au point de départ, nous disposons du montant et de la composition du revenu disponible par catégorie de ménage (Immigrés et descendants d’immigrés en France-Edition 2012).

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Ce tableau est important car il contient des indications sur les revenus directement issus de la production effectuée par les ménages liés à l’immigration. Chacun de ces revenus figure au PIB. Il s’agit de salaires, de revenus du travail indépendant et de revenus du patrimoine (loyers, intérêts…).

Bien sur, il faut retraiter  les données du tableau ci-dessus:

  • Les immigrés reçoivent 5 milliards d’allocation chômage. On les retranchera donc de la colonne salaires et allocations chômage.
  • Les employeurs des immigrés versent 51 milliards au titre des cotisations sociales. Cette estimation découle du comportement moyen des entreprises en France, qui versent 57 centimes de cotisations pour chaque euro de salaire net.

En ce qui concerne la contribution économique des « petits-enfants » d’immigrés, j’ai choisi d’appliquer une règle simple, qui consiste à multiplier leur nombre par le PIB moyen par habitant de notre pays, considérant qu’ils ne se différencient pas du reste de la population au plan économique, du moins, tant qu’une étude ne le démontre pas.

Le chiffre auquel on parvient ici n’est qu’une estimation informelle et non exhaustive, qui ne tient pas compte, par exemple, des résultats économiques des sociétés dont le dirigeant est immigré ou bien encore des profits que les employeurs de salariés immigrés retirent de cette exploitation (a priori, plusieurs dizaines de milliards d’euros…).

Quoiqu’il en soit, si par la plus obscure des providences, un régime identitaire post démocratique venait à chasser toutes les personnes d’origine étrangère, parents, enfants (ainsi que conjoints autochtones), la France perdrait instantanément un sixième de sa richesse annuelle.

Au plan matériel, c’est beaucoup, mais en termes de déchéance morale collective, les dégâts seraient, eux, incalculables.

DG