La compétitivité sans qualité

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Quelques jours avant le "tournant social-libéral" du Président Hollande, l‘OCDE publiait un intéressant papier qui invite à ne pas se focaliser exagérément sur la compétitivité coût de notre pays et à envisager le problème sous un angle plus qualitatif.

Les graphiques ci-dessous illustrent la difficulté des entreprises à jouer sur la qualité de leurs produits pour riposter à la concurrence par les prix.

En effet, entre 1997 et 2009, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale, exprimée volume (soit hors variation des prix), recule assez assez peu et avec la même intensité qu’en en Allemagne (-10%).

Or, en valeur, la baisse est à la fois beaucoup plus prononcée  (-30%) et nettement plus forte qu’en Allemagne (-15%).

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Moralité: pour affronter la concurrence,  les entreprises françaises sont obligées de baisser leurs prix, alors que leurs homologues allemandes réussissent à maintenir les leurs grâce à la qualité de leur production,  ce qui leur permet de préserver leurs marges.

Dans ce contexte, à défaut d’une dévaluation qui permettrait d’accroître artificiellement les prix, on conçoit qu’une baisse des cotisations sociales fournisse un ballon d’oxygène aux entreprises, mais tant que la qualité des produits ne s’améliore pas, le remède n’apportera qu’un bref répit.

Les auteurs du papier n’omettent pas d’aborder la question sous un angle macroéconomique: dis moi combien tu investis et tu épargnes et que te dirai si tu vis au dessus de tes moyens.

 En décomposant l’origine du besoin de financement de l’économie française, il apparaît que la principale source des déficits extérieurs réside dans la dynamique de l’investissement.

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Entre 1997 et 2008, la détérioration du solde extérieur (-5 points de PIB) s’explique  à  80% par la progression des achats d’actifs productifs, en particulier l’achat et l’entretien de logements (+ 2,5 points).

Un zoom sur l’épargne des entreprises françaises (profits non distribués) permet de vérifier que ce ne sont pas les coûts salariaux mais la générosité des distributions de dividendes qui explique les difficultés actuelles.

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Au passage, on vérifie, avez un zeste de malice,  que les 35 heures n’ont pas provoqué le choc cataclysmique que l’on dit sur la rentabilité de nos entreprises.

La France a rétabli ses finances publiques

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Les médias nous abreuvent de chiffres à propos de la dette et du déficit public, mais  ne commentent jamais les statistiques complètes.

Pourtant, la Commission européenne ainsi que les marchés, n’ont pas seulement un oeil sur le déficit public courant, mais aussi sur le déficit structurel qui corrige le premier  des effets de la récession.

Or, de ce côté là, il y a du mieux.

En effet, d’après les estimations de la Commission européenne et de l’OFCE, le déficit structurel serait ramené à -1,9% du PIB en 2013, contre +0,4% en Allemagne et -1,3% dans la zone euro.

Entre 2007 et 2013, l’effort français de réduction du déficit (2,5% du PIB) a été 3 fois plus intense qu’ailleurs dans la zone euro.

Allons un peu plus loin et retranchons des dépenses publiques celles qui correspondent à des acquisitions d’actifs productifs, c’est-à-dire de l’investissement public (3,1% du PIB). D’un déficit, on passe alors à un excédent (+1,2% du PIB), peu éloigné de celui de l’Allemagne (+1,9%).

Ainsi donc, les chômeurs supplémentaires de 2013 ainsi que les contribuables pressurés par les impôts et les taxes n’ont pas souffert en vain, puisque leur sacrifice a permis que les finances publiques ne dérivent plus.

La Chine est l’atelier du monde, l’Allemagne est celui de l’Europe

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L’édition 2013 du Global Manufacturing Competitiveness Index montre combien la Chine et l’Allemagne, premières parmi les 10 grandes nations exportatrices (à gauche sur le graphique), dominent les exportations mondiales de biens manufacturés.

La Chine exporte en premier lieu des biens riches en qualifications et en technologies. Il ne faut pas s’en étonner, puisque ce pays accueille nombre d’entreprises européennes ou japonaises qui réexportent depuis ce territoire des biens conçus dans leur pays d’origine.

On note que la Chine partage assez équitablement ses exportations entre l’Asie, les Etats-Unis et l’Europe. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne, qui dirige massivement ses exportations vers ses voisins européens, au point que l’Europe achète plus de biens riches en travail auprès de l’Allemagne que de l’Empire du Milieu.

Reprise es-tu là?

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Le tableau de bord de l’activité industrielle du mois d’octobre 2013 (Ministère du redressement productif) montre que la reprise n’est pas encore là, puisque même l’industrie allemande ne retrouve pas le niveau de production qui était le sien avant la crise.

Complétons ces données.

Si l’industrie ne va pas, alors le commerce international, qui est majoritairement industriel,  ne va pas non plus (Natixis).

Taux de croissance du commerce international

Taux de croissance du commerce international

 

 Le graphique ci-dessous montre la conséquence logique de ce fait:

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A l’heure actuelle, ce sont les pays les plus fermés aux échanges (taux d’ouverture faible) qui disposent  de la croissance la plus vive, celle-ci reposant sur le dynamisme du secteur tertiaire et de la construction.

Piketty et le protectionnisme

"Le protectionnisme permet parfois de protéger utilement certains secteurs peu développés dans un pays donné (le temps que les entreprises nationales soient prêtes à affronter la concurrence internationale). Il est également une arme indispensable vis-à-vis des pays qui ne respectent pas les règles (en matière de transparence financière, de normes sanitaires, de respect de la personne humaine, etc.), une arme dont il serait bien fou de se priver. Pour autant, le protectionnisme, s’il est appliqué de façon massive et permanente n’est pas en soi une source de prospérité et de création de richesses. L’expérience historique suggère qu’un pays qui se lancerait fortement et durablement dans cette voie, tout en annonçant à sa population une vigoureuse progression de ses salaires et de son niveau de vie, s’exposerait probablement à de graves déceptions. Par ailleurs, le protectionnisme ne règle en rien l’inégalité r>g (taux de rendement du capital > taux de croissance du PIB) ni la tendance à l’accumulation et à la concentration des patrimoines entre quelques mains à l’intérieur du pays considéré. " Thomas Piketty, Le  capital au XXIième siècle, p. 872.

La France est-elle médiocre?

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Parcourant la revue Challenges, je découvre l’existence de Bruno Cavalier et Fabien Bossy, deux experts à la banque d’investissement Oddo et Cie, qui nous proposent un outil simple pour mesurer la performance économique des nations.

Chic alors. Quel est donc l’avis d’Oddo sur notre pays?

 La France se caractérise avant tout par sa constance dans la médiocrité. Depuis 1996, c’est le seul pays, avec la Grèce, où la note n’ a jamais dépassé B. 

Ainsi donc, le bulletin scolaire de l’économie française serait plus proche du mauvais que du bon.

Pour faire profession de vérité, les auteurs s’appuient sur le travail de deux économistes du FMI (Vadim Khramov et John Ridings), concepteurs d’un indicateur de performance économique (IPE) adapté aux Etats-Unis, qui combine les écarts  des taux d’inflation, de croissance, de chômage et de déficit budgétaire par rapport à des taux cibles.

Le duo d’Oddo y voit un modèle pratique pour comparer les performances entre plusieurs pays. Pourquoi pas, mais le lecteur attentif remarquera que le FMI mesure l’IPE sur plus de deux siècles, alors qu’ici, on tire des conclusions sur une période de 18 ans (1996-2013). Ajoutons que l’étude d’Oddo affuble tous les pays de l’échantillon retenu d’un taux de chômage naturel identique (4,75%), et cela quel que soit leur dynamisme démographique.

Voici les notes de 11 pays de la zone Euro, auxquelles s’ajoutent celles de l’Angleterre, des Etats-Unis et du Japon.

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Selon les économistes d’Oddo et Cie, la France se complairait dans la médiocrité parce qu’elle ne dépasserait jamais la note "B" (Bien).

Pourtant, il est possible de  faire une lecture moins partisane de ces résultats:

  • Avant la crise, la France améliore sa performance et fait mieux ou aussi bien que l’Allemagne deux années sur trois.  A partir de 2000, sauf en 2003, notre pays atteint ses objectifs de manière tout à fait satisfaisante.
  • Entre 2008-2012, la France rétrograde en "C". D’après les auteurs, c’est médiocre, mais l’étude du FMI qualifie très exactement ce score de passable (fair). Sur n’importe quel bulletin scolaire, puisque c’est l’esprit de ce truc, il s’agit d’une différence notable.
  • Sur toute la période, la France affiche une performance passable, globalement plus proche du meilleur que du mauvais. Ceci nous a évité les illusoires "A" obtenus par nos voisins Espagnols ou Italiens, qui ont été suivis de l’effondrement que l’on sait.

Ajoutons que l’utilité de l’indicateur d’Oddo ne saute pas aux yeux lorsqu’il s’agit  d’anticiper un dérèglement  structurel. En effet, entre 1996 et 2007, le nombre de pays en situation "A", soit très bonne ou excellente, a quasiment doublé.

A notre tour, nous écririons sur un bulletin: bâclée, très mal écrite et orientée, l’étude des économistes d’Oddo et Cie  alimente fort médiocrement l’air du temps.

Baverez, anti-Piketty primaire

L’essayiste Nicolas Baverez publie dans Le Point un papier agressif à l’encontre de l’économiste Thomas Piketty, dont le dernier ouvrage -Le Capital au XXIème siècle- met en perspective la repatrimonialisation de nos sociétés depuis 30 ans.

Vindicatif, Baverez qualifie l’ouvrage de farce et son auteur de pape de l’impôt ainsi que de marxiste de sous-préfecture. Ces attaques invraisemblables montrent que le propagandiste du déclin national ne comprend pas (ou ne veut pas comprendre) la thèse de Piketty.

La  "Belle Epoque" du capital est de retour

Piketty part d’un constat: en 2010, les européens disposent d’un patrimoine net d’endettement équivalent à 5,5 années de revenus, contre 2,5 en 1950.

Nos sociétés renouent avec le taux de richesse qui prévalait avant 1914 pour une raison simple: le rendement annuel du capital  (4%) est redevenu supérieur au rythme de la croissance économique.

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L’auteur se félicite de la reconstitution des patrimoines, après la terrible période 1914-1945. Il souligne que la possession d’un capital immobilier ou financier n’est plus l’apanage d’une minorité et qu’un tiers du patrimoine global est entre les mains des classes moyennes.

Toutefois,  Piketty redoute que le ralentissement durable de la croissance, associé au démantèlement du système socio-fiscal ne provoquent une accumulation illimitée de capital au sommet de la hiérarchie des revenus, comme aux riches heures de la Belle Epoque.

Par exemple, nous apprenons que 2,5% des ménages européens possèdent actuellement un patrimoine équivalent à 200% du PIB européen…

Piketty rappelle les limites de la diffusion du capital: la moitié la plus pauvre de la population possède seulement 5% du patrimoine total.

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Piketty montre qu’il est de plus en plus difficile de se constituer un patrimoine par son propre travail: 60% du patrimoine des ménages provient d’un héritage, contre 45% en 1970.

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Pour combattre la reconstitution des barrières de classes, Thomas Piketty préconise un impôt mondial sur le capital, ou tout au moins continental.

Or, la perspective d’un Etat social plus offensif insupporte le doctrinaire Nicolas Baverez.

Quand Nicolas Baverez déforme les écrits de Piketty

Baverez prête à Piketty des idées ou des intentions imaginaires, ce qui prouve qu’il ne s’est pas donné la peine de lire l’auteur.

Florilège:

  • "La fragilité des postulats retentit sur les conclusions, dont le caractère déprimant est heureusement contrebalancé par leur fausseté D’abord, les inégalités n’auraient été efficacement combattues que par les guerres mondiales du XXe siècle, notamment par le jeu du rajeunissement du patrimoine. C’est faire peu de cas du rôle primordial qui revint aux métamorphoses et aux réformes du capitalisme, de la formalisation du lien salarial à la mise en place des États-providence en passant par le fordisme, ainsi qu’au progrès social impulsé par la démocratie". Faux. L’ouvrage ne sous-estime pas l’impact égalisateur des politiques fiscales et sociales après 1945. Au contraire, il rappelle que la fin du laisser-faire fut une réaction politique aux deux guerres mondiales et à la crise de 1929. Piketty souligne également que les rentiers ont creusé leur propre tombe, entre 1914 et 1940, lorsque ces derniers ont préféré maintenir leur niveau de vie plutôt que d’épargner  et de transmettre un patrimoine à leurs descendants.
  • "L’hypothèse de la constance du rendement du capital depuis le XIXe siècle est fausse, car elle ne prend en compte ni la fiscalité ni le coût du risque".  Faux. L’ouvrage offre un état des lieux du rendement du capital après impôt et pertes en capital. On observe qu’entre 1950 et 1970, le rendement net a fortement augmenté, pour se rapprocher de son niveau historique, de l’ordre de 4% l’an. La prédiction à 2100 repose sur l’hypothèse, pas forcément irréaliste, d’une disparition de la fiscalité du patrimoine.

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  • "La guerre au capital lancée par Thomas Piketty souffre de plusieurs vices qui font que la copie pâlit de sa comparaison avec l’original de Marx. La conception des inégalités reste très traditionnelle, limitée aux revenus et aux patrimoines. Elle ignore la question clé des inégalités entre générations et de la lutte des âges, mise en lumière par la sociologie contemporaine. Le tropisme français et occidental, justifié par la disponibilité des sources, conduit à sous-estimer le fait majeur du XXIe siècle : le décollage des pays émergents. Il a donné naissance à une nouvelle classe moyenne et réduit d’un tiers les inégalités entre pays du Nord et du Sud depuis 1990". Faux. Plus l’héritage compte dans le patrimoine et le revenu des ménages, plus le niveau de vie des jeunes est inférieur à celui des plus âgés. Piketty n’oublie pas les pays émergents. Il y voit une source majeure d’accumulation de patrimoine dans les prochaines décennies et tient compte de l’inévitable décélération de leur taux de croissance, à mesure que ces pays rattrapent le niveau de vie des pays riches.

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  • "Les Pikettonomics ont déjà été invalidées, moins par leur caractère utopique que par les expériences récentes de politique économique. Ce que Thomas Piketty a rêvé, François Hollande l’a fait avec son choc fiscal fondé sur une progressivité extrême de l’impôt sur le revenu et sur une fiscalité du capital confiscatoire".  Faux.  Le relèvement à 45% du taux marginal d’imposition sur les successions fut mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy en 2011.  De plus, Piketty remet en cause l’opportunité d’une  taxe à 75% sur les hauts revenus en France et lui préfère une taxation encore plus stricte de l’héritage. Enfin, la fiscalité du capital, de l’ordre de 30% en moyenne dans les pays riches, n’a pas empêché le capital de recouvrer sa valeur (relative au PIB)  du début du XXième siècle.

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  • "Surtout, Thomas Piketty néglige les deux dimensions qui font le génie de Marx. Ses séries statistiques sont aussi longues que son analyse du capitalisme est courte, car elle fait l’impasse sur ses mutations structurelles depuis le XIXe siècle qui portent tant sur son champ géographique que sur sa régulation. Comment, par ailleurs, assumer l’ambition d’une économie globale en ne prenant à aucun moment en compte la question de la production qui se trouve au coeur des réflexions de Marx ?" Archi Faux. Ici, Baverez écrit n’importe quoi. Piketty contredit Marx sur un point majeur: en dépit d’une formidable accumulation, le rendement du capital ne s’est pas effondré. En effet,  Marx avait sous-estimé le potentiel des gains de productivité. Loin d’ignorer la production, Piketty insiste sur le fait que le dynamisme productif a permis d’éviter l’apocalypse du capital.
  • "Les propositions en faveur d’une fiscalité confiscatoire sur les revenus et le capital pèchent par anachronisme". Caduc. Une étude du FMI  envisage la taxation de l’épargne et des hauts revenus. A aucun moment Piketty ne remet en cause la légitimité du capital. Il souhaite simplement éviter l’accumulation excessive et cumulative de richesses entre les mains de quelques uns.

Débat sur la répartition: les classes populaires sont de retour

La focalisation des médias sur le sort des "classes moyennes" et des 1% les plus riches énerve le débat sur la répartition du revenu plutôt qu’elle ne l’éclaire et le structure.

Une étude du Centre pour le développement global vient à propos.

Elle fait apparaître deux tendances, communes à la plupart des pays:

  • La part des 10% les plus aisés dans le revenu global est généralement une fonction inverse de celle qui revient aux 40% les plus pauvres. Dit plus sobrement: quand les "riches" sont à la fête, les "pauvres" trinquent.
  • La part qui revient au groupe central est à la fois stable et équitable puisque 50% du revenu global vont aux 50% de la population qui ne sont ni "riches" ni "pauvres".

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Comme le montre le graphique ci-dessus, il faut vraiment que le dixième le plus aisé rafle la mise pour que les classes moyennes et populaires y perdent simultanément. Bien des pays d’Amérique latine sont dans cette configuration, tels le Brésil, le Chili ou le Honduras.

A propos du Chili, le même auteur montre à quel point la dictature néolibérale du général Pinochet fut une période exceptionnelle, non pas en termes de PIB par habitant (voir Econoclaste), mais du point de vue des 10% les plus riches.

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En situant l’affrontement entre les 10% les plus aisés et les 40% les plus modestes, l’étude élargit le champ des bénéficiaires de la domination sociale à d’autres groupes que les éternels banquiers et autres traders de service; elle désigne également les  groupes sociaux les plus menacés, qui ne sauraient se limiter aux exclus ou s’étendre à la catégorie  floue des "classes moyennes".

Classement IDH 2012: la France manque toujours d’éducation

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La France occupe la 20ième place au classement mondial de l’indicateur de développement humain (IDH), ce qui la situe dans la moyenne supérieure des pays à développement très élevé.

L’IDH est un indicateur qui propose une vision plurielle des facteurs nécessaires à l’autonomie individuelle:  l’espérance de vie, le revenu par habitant et le niveau éducatif.

Cet indicateur synthétique rend justice à la "qualité de vie" française:

  • Notre pays figure au 8ième rang en termes d’espérance de vie à la naissance (81,7 ans).
  • Grâce aux services de santé et d’éducation, la France distance 9 pays en termes d’IDH, alors que ces derniers sont plus avancés au plan économique (Royaume-Uni, Finlande, Luxembourg, Lichtenstein, Brunei, Qatar, Koweit, Emirats Arabes, Andorre).
  •  Seuls 4 pays parviennent à distancer la France en compensant leur moindre développement éducatif ou sanitaire par une plus forte production de revenus (Belgique, Autriche, Hong-Kong, Singapour).
  • Au total, le classement IDH fait gagner 4 places à la France, par rapport au classement en termes de revenu.

Tout ceci est très positif,  mais d’autres pays industrialisés font beaucoup mieux, comme l’Allemagne, qui gagne 10 places, ou bien encore l’Australie et l’Irlande, qui remontent respectivement de 15 et 19 places.

De plus, 5 pays, bien que moins prospères que la France,  affichent un meilleur IDH: la Nouvelle Zélande, l’Irlande, la Corée du Sud, l’Islande et Israël.

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Pour améliorer la situation, le PNUD suggère une piste: l’éducation.

Et c’est vrai que depuis 1980, la composante éducation de l’IDH est celle qui a le plus progressé (cf graphique ci-dessus), ce qui se traduit par une élévation très significative de la durée des études.

Pourtant,  notre pays est encore en retrait, comparativement à l’Allemagne ou aux pays nordiques.

L’avance allemande se traduit par une durée moyenne de scolarisation (mean years of schooling) plus forte, chez les adultes de plus de 25 ans (+ 1,6 années).

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Le graphique ci-dessus montre que les efforts allemands en termes éducatifs ont été plus soutenus et plus constants qu’en France, au point de rattraper le trend de l’espérance de vie dans ce pays, ce qui n’a pas été le cas chez nous.

Bien sur, on peut se consoler en notant que la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire (expected  years of schooling) est identique dans les deux pays.

Pour rattraper l’Allemagne, suffira-t-il d’attendre le renouvellement des générations?

Pas sur. En effet,  l’effort budgétaire de la France en faveur de l’éducation (5,1% du PIB) reste inférieur à la moyenne des pays à IDH très élevé (5,9%), et l’écart s’est creusé au cours des dix dernières années.

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Qui plus est, les inégalités scolaires sont vives en France, de sorte que l’IDH corrigé des inégalités  diminue beaucoup plus qu’en Allemagne (cf tableau ci-dessus) .

La France a fait bien des progrès, mais elle a encore du pain sur la planche pour avancer sur la voie de la démocratisation scolaire et d’un développement plus réel.

Les approximations de Nicolas Baverez sur les exportations françaises et allemandes

Quelle n’a pas été ma surprise de lire, dans Le Point, sous la plume de Nicolas Baverez, que depuis l’élection de François Hollande "les exportations baissent de 2% quand elles ont augmenté de 8% en Allemagne et en Espagne".

Oh, mais ça fait très peur tout ça.

On aimerait bien consulter la source statistique sur laquelle s’appuie notre historien, mais ce dernier n’en fournit point.

Or, l’Insee, dans sa dernière Note de conjoncture, n’annonce-t-elle pas un rebond de l’ensemble des exportations françaises?

En réalité, Nicolas Baverez est allé chercher son chiffre dans les statistiques du ministère de l’économie, qui nous informent que les exportations françaises de biens (et uniquement de biens) ont diminué de 1,9% entre le second semestre 2012 et le premier semestre 2013.

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Vous voyez l’astuce?

Pour juger du bilan commercial de la première année de la présidence Hollande, si tant est que cela ait un sens, il vaudrait mieux tenir compte de toutes nos exportations et, surtout,  démarrer le compteur au 30 juin 2012, soit peu après l’élection présidentielle.

Au passage, en procédant ainsi,  on comparera ce qui est comparable, soit les premiers semestres de chaque année, ce qui est traditionnel  en économie.

Eurostat produit une telle statistique, pour les seules exportations de biens.

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Résultats:

-France: -1%

-Allemagne: 0%

-Espagne: 6%

On est loin de la catastrophe annoncée en France et du "miracle" allemand. Quant à la performance espagnole, il n’est pas certain qu’elle compense l’effondrement de la demande interne, mais c’est un autre débat.

Mais alors, où Baverez a-t-il trouvé que les exportations allemandes ont augmenté de 8%?

A-t-il en tête les seules exportations industrielles? Destatis (l’Insee allemande)  n’indique qu’une augmentation de 0,1% entre  2012 S2 et le 2013 S1 (cf ci-dessous).

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Quant aux chiffres du PIB, ils montrent que les exportations de biens et services, entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, n’ont progressé que de… 0,8%.

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Dans le même temps, les exportations françaises reculaient de 1,47%.

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Comme la plupart des articles de Nicolas Baverez sont truffés d’erreurs et d’approximations qui lui permettent de surfer sur les lieux communs et la morbidité ambiante, ce modeste billet inaugure une rubrique toute neuve intitulée les bêtises à Nicolas.

Marx et le fantasme du capitalisme

L’erreur fondamentale de Marx a été de conclure sur la base de ces avancées, à la possibilité d’un nouvel ordre social supérieur (le Communisme), d’un ordre qui non seulement maintiendrait, mais aussi réaliserait la spirale productive perpétuellement en excès, laquelle, dans le capitalisme, en raison de sa contradiction ou de son obstacle constitutif, est continuellement déjouée par les crises économiques socialement destructrices (…) Marx n’a pas compris que l’obstacle ou l’antagonisme intrinsèque – la "condition d’impossibilité" du plein déploiement des forces productives – était simultanément sa "condition de possibilité" (…) C’est ainsi qu’en un sens les critiques du Communisme étaient fondées à dénoncer le caractère impossible et fantasmatique du communisme marxiste. Mais en un sens seulement, car ils n’ont pas vu combien le communisme marxiste, cette idée d’une société fondée sur une pure productivité extérieure à la structure du Capital, était un  fantasme constitutif du capitalisme lui même : sa transgression  essentielle sous sa forme la plus pure.  Cela aura été un fantasme idéologique au sens le plus strict que celui de maintenir l’idée d’une productivité générée par le capitalisme, mais débarrassée des "obstacles" et des antagonismes qui étaient – comme la triste expérience du "capitalisme réellement existant" le démontre – le seul cadre possible pour qu’existe matériellement et réellement  une société fondée sur la productivité exponentielle permanente.

Slavoj Zizek, Fragile absolu, in Zizek, Marxisme et psychanalyse (Ronan de Calan et Raoul Moati), PUF, 2012.

La démographie a protégé l’Allemagne d’un choc de chômage en 2009

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Comment se fait-il que le taux de chômage allemand ait été si peu sensible à la crise?

Alors qu’en 2009, le taux de chômage moyen des pays de l’OCDE grimpait de 2,2 points,  il ne progressait de 0,2 point en Allemagne.

Sans nier la qualité du dialogue social dans ce pays, qui a permis de sauver des emplois grâce à la diminution temporaire des horaires de travail, il ne faut pas oublier le rôle positif joué par la démographie.

En effet, d’après les estimations de l’OCDE, si la population en âge de travailler (15-64 ans) avait augmenté à l’instar des autres pays industrialisés, plutôt que de régresser de -0,5%,  le taux de chômage aurait augmenté de 1,2 points, soit 6 fois plus rapidement que la réalité.

Deux autres effets, toujours d’après l’OCDE,  expliqueraient la tendance des entreprises allemandes à préserver leurs effectifs en période de récession:

  • les entreprises préfèrent conserver leur personnel pour éviter d’être confrontées, ultérieurement, à une pénurie de jeunes se présentant sur le marché du travail,
  • les syndicats opposeraient une résistance plus farouche que par le passé aux licenciements parce que le report de l’âge en retraite ne permet plus de réduire les effectifs de "seniors" pour préserver l’emploi  des salariés plus jeunes.

Au total, directement ou indirectement, la démographie serait une cause majeure du "miracle allemand" lors de la récession de 2009.

La drôle de récession sans protectionnisme

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Une étude de la Banque de la Reserve Fédérale de Chicago se penche sur l’étonnante modération des tensions protectionnistes à l’occasion de la dernière récession.

Le champ d’analyse se limite aux pays les plus riches (Etats-Unis, Union Européenne, Canada, Australie et Corée du Sud) ainsi qu’aux barrières commerciales temporaires et traditionnelles (droits anti-dumping, mesures de sauvegarde).

Au regard des précédents historiques (1988-2008), le trou d’air dans le PIB et l’emploi des années 2009 et 2010 aurait du se traduire par une explosion protectionniste: le modèle théorique prédit que 15% des importations américaines et européennes auraient pu faire l’objet de nouveaux obstacles aux échanges.

Or nous en sommes loin, puisque le protectionnisme ne s’est étendu qu’à 0,9% des importations aux Etats-Unis et 1,9%  en Europe.

Pourquoi la réponse commerciale a-t-elle été 8 à 16 fois moins importante que prévue?

Les auteurs mettent en avant le rôle de la coopération commerciale internationale  et la mémoire du scénario catastrophe des années 30.

Mais le papier nous informe que la relative stabilité du protectionnisme masque des phénomènes de substitution entre "pays-cibles", ainsi qu’entre protectionnisme  commercial et monétaire.

C’est ainsi que les pays riches ont, d’un côté, diminué leur protection à l’encontre de leurs partenaires commerciaux les plus atteints par la crise, et d’un autre côté, relevé leur niveau de protection vis-à-vis des pays les plus dynamiques, c’est-à-dire les pays émergents.

L’étude mentionne également le rôle positif de la dépréciation du dollar et de l’euro (en 2010)  sur l’apaisement des tensions protectionnistes dans les pays concernés.

Ce papier incite à considérer  le succès des thèses protectionnistes avec plus d’attention car le terreau macro-économique qui les fait prospérer est encore fertile.

De ce point de vue, la plus forte réaction protectionniste dont à fait preuve l’Europe, comparativement aux Etats-Unis, ne révèle-t-elle pas le manque de réactivité de la politique macro-économique communautaire face à la montée du chômage?

L’influence des mouvements internationaux de capitaux sur les tensions commerciales est une piste intéressante.

En effet, au début de la crise, les capitaux ont fui massivement les pays riches vers les pays émergents, ce qui a entretenu la dépréciation des monnaies occidentales, soutenu la compétitivité-prix de nos produits  et rendu moins nécessaire le recours à l’arsenal protectionniste.

A l’heure où les capitaux internationaux retournent au bercail et provoquent la dépréciation des monnaies émergentes, il est possible que le protectionnisme retrouve une certaine audience dans nos économies convalescentes.

La France perd-elle en compétitivité?

D’après le Forum économique mondial, la France continue de perdre des places au palmarès de la compétitivité globale.

Très exactement, notre pays rétrograde du 21 au 23 ième rang, sur 148, alors que l’Allemagne nous distance de plus en plus et trône à la quatrième place.

Ce résultat conforte les déclinistes de tout poil et ne déplait pas forcément aux adversaires de la mondialisation,  tel le journal l’Humanité, qui  se félicite que notre pays résiste au formatage néolibéral. Dans le contexte de sinistrose ambiante, ce genre d’étude peut être instrumentalisé par des démagogues, tel l’économiste Patrick Artus, qui dans un pauvrissime article publié dans Le Point, a qualifié la France de dernier pays communiste en raison du soit disant manque de flexibilité des salaires et de l’influence excessive des syndicats.

Or, l’étude du Forum économique mondial brosse un tableau plus nuancé de notre pays:

  • Entre 2009 et 2013, la France perd principalement en compétitivité du fait de l’amplification de  l’endettement public et du sentiment que l’argent public est gaspillé. Les autres "piliers" de la compétitivité, qu’il s’agisse de l’efficience des marchés ou de l’innovation sont relativement stables. Par exemple, la qualité des produits français n’a pas varié (15ième rang). Nos "points faibles" traditionnels, comme la fiscalité ou la médiocrité du climat social, ne s’aggravent pas.
  • La France figure parmi les pays les plus innovants et occupe à l’intérieur de ce groupe  une position intermédiaire.
  • L’indicateur de compétitivité globale et durable, qui intègre les dimensions sociales et environnementales, place la France au 16ième rang mondial, a quasi égalité avec les Etats-Unis.
  • Dernier pays communiste? Allons donc. La protection du droit de propriété (19ième rang) y semble plus assurée qu’aux Etats-Unis (33ième); la qualité des écoles de commerce est jugée aussi probante que celle de nos infrastructures de transport et la flexibilité des salaires (75ième) est considérée meilleure qu’en Allemagne (141ième).

Plus fondamentalement, on peut se demander à quoi sert ce genre de classement.

N’avons nous pas affaire à une entreprise idéologique, un peu boursouflée et assez mal ficelée?

En effet, la définition de la compétitivité est aussi ambitieuse que vague: "ensemble des institutions, des politiques et des facteurs qui déterminent le niveau de productivité d’un pays". 

Or, la compétitivité au sens strict (performance à l’exportation) n’est-elle pas une conséquence de la  productivité?

Et si l’on adopte la logique de cette étude, peut-on dire que l’Allemagne est plus compétitive que la France quand ses excellents piliers de compétitivité ne lui permettent pas d’enrayer sa chute au palmarès du PIB par habitant et d’offrir un niveau de vie moyen nettement supérieur au notre?

Enfin,  la pondération et la subjectivité des dizaines d’indicateurs retenus font mystère.

Par exemple, le Qatar nous coiffe au poteau en raison (notamment) de la flexibilisation de son marché du travail (14ième en 2009, 4ième en 2013), alors que depuis 4 ans, la qualité de son éducation primaire dégringole de  la 5ième à la 11ième place.  En quoi l’amaigrissement du code du travail compense-t-il la négligence éducative?

Quant au système de notation, il repose très largement sur des sondages auprès d’échantillons réduits de leaders du monde des affaires, de moins d’une centaine de personnes par pays, ce qui affaiblit considérablement sa crédibilité.

L’impérialisme, stade infantile du capitalisme

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Dans Pour en finir avec le concept d’impérialisme, Alain Bihr propose une relecture critique des thèses de Rosa Luxembourg et de Lénine à propos de l’économie mondiale au début du XXième siècle.

On sait que Lénine concevait l’impérialisme, avec son cortège de violences, de pillages des ressources naturelles et de monopoles protectionnistes,  comme le stade suprême du capitalisme. Alain Bihr n’y voit qu’un stade inférieur du capitalisme mondial, destiné à être dépassé via la décolonisation et la fragmentation internationale des processus productifs.

Dans un style très clair, l’auteur renoue avec l’approche de Marx, qui ne réduisait pas l’économie mondiale à l’horizon vers lequel s’exportent marchandises et capitaux excédentaires, mais plutôt comme la condition, et la limite,  de la production du capital, dans le cadre de la division internationale du travail.

 

Economie politique de l’anti-keynésianisme

Peinture murale à la gloire de F. Roosevelt (1934)

Peinture murale à la gloire de F. Roosevelt (1934)

Pourquoi les milieux d’affaires s’opposent-ils par principe à la relance par la dépense publique, ainsi qu’à la réalisation du plein emploi?

Le retour à la prospérité ne bénéficierait-il pas aux entrepreneurs?  Les profits ne gagneraient-ils point  à ce qu’un peu d’inflation ne rogne les salaires?

Et bien non. Aujourd’hui, comme dans les années 30, le monde des affaires et de la rente oppose un véto catégorique au keynésianisme traditionnel.

Pour éclairer ce mystère, Paul Krugman a eu la chouette idée d’exhumer un texte de 1943, rédigé par l’économiste polonais Michal Kalecki et intitulé Political aspects of full employment.

Voici, selon Kalecki, les trois raisons qui motivent l’anti-keynésianisme:

  1. La fin du laisser-faire met un terme au pouvoir d’intimidation des milieux d’affaires. En effet, un Etat qui ne prend jamais la responsabilité de stimuler l’activité économique est toujours dans la main des entreprises, qui n’ont de cesse d’invoquer la nécessité d’entretenir un bon climat de confiance pour conserver ou étendre leur liberté d’action.
  2. L’accroissement de la dépense publique  élève le risque d’intrusion de l’Etat dans certaines activités jusqu’ici privées.
  3. Le plein-emploi risque de renforcer le pouvoir de négociation des syndicats et de remettre en cause la discipline imposée à la main d’oeuvre.

Kalecki observe que seules les politiques relance initiées par les régimes fascistes et nazi ont obtenu l’agrément des milieux d’affaires, d’une part, parce que la dépense publique était concentrée sur l’armement, d’autre part, parce que l’ordre et la discipline au travail étaient garanties par "l’ordre nouveau".

Baisse tendancielle du taux de salaire aux Etats-Unis?

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Business Insider (07/08/2013) attire l’attention sur le déclin de la part des salaires dans le PIB américain.

Tombée à 44% du PIB, la part des salaires  a perdu 10 points en 40 ans.

On observe que les deux récessions des années 70 et de 2000 ont entraîné à chaque fois un retournement brutal en défaveur des salariés.  D’où la nécessité d’endetter les ménages afin qu’ils continuent à consommer…avec les conséquences que l’on sait.

Cette tendance, qui semble inexorable,  traduit-elle une difficulté structurelle du capitalisme américain?

Le dernier survey que l’OCDE a consacré à ce pays, sur lequel on reviendra dans un prochain billet, souligne le ralentissement de l’innovation et de la productivité globale des facteurs.

Dans ce contexte, le taux de profit  ne se maintiendrait qu’au prix d’une stagnation des salaires, hormis les très hautes rémunérations qui continuent de défrayer la chronique.

Chine/UE: un compromis bienvenu sur le photovoltaïque

Comme au bon vieux temps des années soixante-dix et quatre-vingts, la diplomatie économique a accouché d’un gentlemen agreement, au terme duquel la Chine accepte de limiter ses ventes de panneaux photovoltaïques sur le continent européen, tout en s’engageant à respecter un prix de vente minimum.

Ce genre d’accord, qui évite une guerre commerciale en impliquant les firmes étrangères dans la gestion des quotas d’exportations, n’est pas du protectionnisme. Il s’agit d’un instrument classique de régulation des échanges, utile lorsque ceux-ci s’effectuent dans des conditions clairement non coopératives.

En effet, dans un contexte de diminution de la demande de panneaux photovoltaïques en Europe, après une période de surchauffe, la surproduction chinoise, subite et massive,  perturbait gravement le marché.

Si les firmes chinoises jouent le jeu, elles pourront tirer bénéfice de l’accord, en compensant la diminution de leur part de marché en Europe (de 80% à 60%) par un relèvement de leurs prix. Si les producteurs européens interprètent correctement le signal qui leur est envoyé par l’Europe, ils savent que le ballon d’oxygène dont il vont bénéficier est à la fois temporaire et à double tranchant, car le supplément de profits que peuvent récupérer leurs concurrents chinois risque de doper leur capacité d’innovation. Pour résister durablement, il leur faudra monter en gamme.

Le seul inconvénient de ce genre d’accord réside dans le risque de diversion des exportations chinoises vers d’autres zones du monde, au risque de déstabiliser d’autres marchés.

Ajoutons que la régulation des importations chinoises s’effectue dans un contexte d’assainissement du secteur photovoltaïque.

En effet, des années de subventions publiques très généreuses et d’importation de panneaux chinois à très faible coût, avaient alimenté une ruée vers la production d’électricité photovoltaïque qui n’avait plus rien à voir avec les objectifs environnementaux et risquait de dégénérer en bulle spéculative. La révision à la baisse des tarifs publics et la modération des importations étaient devenues nécessaires pour éviter une crise encore plus grave de l’emploi dans ce secteur.