L’augmentation des inégalités est-elle une fatalité?

 

 

 

Depuis 30 ans, la hausse des inégalités de revenus à l’intérieur des pays de l’OCDE parait inexorable et la plupart des discours politiques et académiques qui prennent acte de la fracturation des classes moyennes n’annoncent rien de bon pour les années à venir.

Cependant,  si l’on s’intéresse à l’évolution des inégalités « spontanées », à savoir  les inégalités préalables à l’intervention correctrice du système socio-fiscal, le constat n’est plus du tout le même (cf ci-dessous).

 

 

Concentration des revenus (indice de Gini) avant redistribution (1980-2017)

 

Il est très clair qu’entre 1976 et 1995, les inégalités de revenus primaires (revenus qui découlent directement de l’activité économique) ont augmenté fortement.

Les raisons de ce phénomène sont multiples:  désyndicalisation, de la disparition des bastions du mouvement ouvrier (métallurgistes, mineurs….), du chômage, de la segmentation du marché du travail, du progrès technique, ouverture aux échanges avec les nouveaux pays industrialisés…

Or,  depuis 1995, la concentration des revenus qui résulte des rapports de force « spontanés » du marché tend à se stabiliser .

Pour aller plus dans les détails,  on peut distinguer deux types de pays:

  • Les pays dont le niveau d’inégalité se rapproche progressivement du niveau d’inégalité assez élevé, mais plutôt sable,  qui existe en Allemagne ( coefficient de Gini égal à 0,5) : France, UK (depuis la fin des années 80), Italie.
  • Les pays qui étaient relativement égalitaires il y a 40 ans et qui ont rejoint les autres pays après être passés par une phase d’explosion des inégalités. C’est le cas de la Pologne en transition vers l’économie de marché, mais aussi des Etats-Unis avec l’effondrement du mouvement syndical dans les années 80. Dans les deux cas, les inégalités régressent depuis 25 ans.

Ces évolutions appellent quelques commentaires.

Curieusement,  l’essentiel du creusement des inégalités s’est effectué avant la période de « globalisation », soit antérieurement à la démultiplication des échanges commerciaux et financiers, l’instauration de l’Organisation mondiale du commerce ou de l’Euro et avant l’entrée de la Chine dans la compétition mondiale. On est en droit de se demander si la globalisation n’est pas un bouc émissaire et s’il ne faudrait pas réévaluer le rôle d’autres facteurs, comme le progrès technique.

Depuis le milieu des années 90,  tout se passe comme si l’effritement structurel des classes moyennes avait atteint un palier, ce qui signifie, peut-être,  que la hausse actuelle des inégalités résulte d’un choix politique.  En effet, lorsque les inégalités qui résultent directement de la production ne se creusent plus, la poursuite du mouvement inégalitaire emprunte un chemin plus politique, via la remise en cause la progressivité de l’impôt ou le transfert de la fiscalité qui pèse sur la capital sur l’impôt sur la consommation. Pour aller plus loin dans la concentration des revenus, il faut inverser la logique de la redistribution socio-fiscale. C’est sans doute pour cette raison qu’on assiste en France à la constitution d’un « bloc bourgeois, c’est-à-dire, pour reprendre l’analyse des économistes Bruno Amable et Stéphano Palombarini, l’alliance politique des couches sociales moyennes et supérieures dans le cadre d’un mouvement « ni droite, ni gauche »  qui permet à ces milieux de passer outre les compromis sociaux que la logique gauche/droite imposait entre les plus aisés et les plus modestes de chaque camp.

Ainsi donc, prophétiser l’inexorabilité du mouvement inégalitaire est très imprudent; non seulement parce que la société résiste à cette évolution (progrès éducatif, défense des salariés précaires, diminution des écarts salariaux hommes/femmes…), mais aussi parce que les lois fiscales anti-redistributives qui creusent les inégalités ne sont pas plus spontanées ou éternelles que les coalitions politiques qui les mettent en oeuvre.

 

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