L’effort de solidarité des plus riches a doublé depuis 1990

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Source : Inégalités. La révolte des oubliés. Le Un. n°229. A partir des données de Bozio et alii (2018)

 

La société française a traversé les années 1990 et 2000 sans connaître une explosion des inégalités de revenus. Ce résultat, elle le doit à son système socio-fiscal qui fait reposer l’essentiel de la solidarité sur les 10% les plus riches, comme le montre le graphique ci-dessus.

Imaginons que les plus riches n’aient aucun compte à rendre à l’Etat. Dans ce cas, ils conserveraient l’intégralité de leurs revenus spontanés (ou primaires), soit 32% des revenus totaux distribués en France en 2018. Or, la part effective qui revient aux plus riches n’est que de 28%. La différence alimente le budget des administrations publiques et permet de soutenir le niveau de vie des plus modestes. En l’occurrence, le transfert de ressources permet d’élever de 5 points la part du revenu disponible des 50% les plus pauvres dans le revenu national, qui passe de 22 à 27%. Bilan de l’opération: les 10% les plus riches contribuent à 80% de l’effort de solidarité (4 points sur les 5 points qui font l’objet d’une redistribution), le reste est à la charge des « classes moyennes » (ici, les 40% qui n’appartiennent ni aux 10% les plus riches, ni aux 50% les plus pauvres).

La « dette sociale » dont s’acquittent les plus aisés n’est donc pas anodine. Elle ampute de 12,5% la « part du gâteau » qui leur reviendrait si on ne modifiait pas les inégalités du marché, et améliore de 18% celle des plus pauvres.

On note que depuis 1990, la différence entre le revenu potentiel et le revenu effectif des plus riches ne cesse de se creuser, non seulement parce que les besoins des plus pauvres augmentent, mais aussi en raison des conséquences de la crise financière sur les revenus productifs des plus riches. L’observation des données  montre qu’en 1990 les plus riches ne contribuaient qu’à la moitié de la solidarité envers les plus modestes, ce qui représentait, pour les premiers,  un effort d’à peine 5%, contre 12,5% actuellement.

A la lumière de ces chiffres, on s’explique mieux la frustration relative des individus les plus riches, surtout par rapport à leurs homologues anglo-saxons. Dès lors, il est tentant pour ces classes de se rapprocher des classes moyennes pour les convaincre « d’alléger le fardeau » de la solidarité et revoir à la baisse les aides dont bénéficient les plus modestes. C’était tout le sens de la campagne électorale du Président Emmanuel Macron et la nature paradoxale du « progrès » qu’attendent les soutiens les plus actifs du mouvement En Marche.

La contribution des 10% les plus riches à l’effort de solidarité est-elle excessive? Pas vraiment. Certes, un effort significatif et rapide leur a été imposé dans une période de crise financière qui a affecté notablement certains de leurs revenus. Toutefois, ces années de vaches maigres ont succédé à une période (1995-2007) au cours de laquelle l’effort de solidarité supplémentaire qu’exigeait l’appauvrissement des plus modestes reposa exclusivement sur les classes moyennes. Or, il est logique que l’Etat sollicite de façon disproportionnée les plus aisés puisque leur revenu est environ trois fois supérieur à celui des classes intermédiaires. A moins de laisser tomber les plus modestes ou de grignoter encore plus les modestes bénéfices que les classes moyennes retirent de la répartition socio-fiscale (44% du revenu total après impôt revient aux 40% de « moyens »), on ne voit pas comment les classes aisées auraient pu échapper à leur devoir civique.

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