Les évolutions du patrimoine extérieur de la France depuis 1998

La balance des paiements et la position nette extérieure sont deux outils de la comptabilité nationale que le public méconnait souvent et qui, il faut bien l’admettre,  rebutent un peu à cause de leur aridité. Pourtant, ces documents nous offrent une perspective globale sur les interdépendances réelles, monétaires et financières entre un pays et son environnement (« le reste du monde »), ce qui n’est pas sans intérêt à l’ère de la « mondialisation ».  Dans le schéma ci-dessous, pour la nécessité de la pédagogie, je propose une synthèse qui choquera très légèrement les puristes mais qui, espérons le, permettra au lecteur non spécialisé de goûter aux joies de l’approche macroéconomique en termes de circuit.

Partons des données 1998. Cette année là, la comptabilité du patrimoine extérieur net nous montre les trois domaines dans lesquels les avoirs de la France étaient supérieurs à ses engagements. Graphiquement, la flèche sortante en direction du reste du monde illustre la sortie de capitaux qui était la contrepartie de l’acquisition de trois catégories d’actifs:

  • 45 milliards de créances nettes sur le reste du monde (la France prêtait 45 milliards de plus qu’elle n’empruntait)
  • 60 milliards de réserves en devises
  • 160 milliards sous forme de participations durables nettes dans des activités économiques à l’étranger (investissements directs à l’étrangers).

positionnetteexterieure

Pour financer ces acquisitions, la France a cédé au reste du monde des actions et des obligations (« titres de portefeuille »), à hauteur de 120 milliards nets. Elle a aussi cédé des « actifs réels », en recyclant les excédents commerciaux en biens et services et de revenus accumulés au cours des années précédentes.  Ainsi, en 1998, la qualité du made in France et de la signature de l’Etat étaient les deux jambes sur lesquelles notre pays s’appuyaient pour acquérir des entreprises hollandaises ou des titres de dette publique espagnole.

Examinons la situation en 2017.

Trois constats s’imposent:

  • L’augmentation spectaculaire des stocks d’actifs échangés (plus de 1000 milliards contre 265 milliards en 1998) et notamment la multiplication par 7 des ventes de titres de portefeuille au reste du monde.
  • La « bancarisation macroéconomique » de la France: en effet, comme une banque, notre pays emprunte à faible coût, sous forme de dettes et de ventes de titres de portefeuille, pour  « prêter » à long terme, et à meilleur rendement,  sous la forme d’investissements directs étrangers.
  • Les entrées de capitaux étrangers sont si massives qu’elles excèdent les sorties sous forme d’acquisitions de devises et d’investissements directs, de sorte que le reliquat sert à financer nos importants déficits commerciaux en marchandises et en services.

On le voit,  vingt ans d’intense mobilité des capitaux et des marchandises, renforcée par notre participation à l’Euro, ont financiarisé profondément nos relations extérieures, au point que la France dispose d’un avantage comparatif considérable dans ce secteur… au détriment, peut-être, de son industrie.

Toutefois, si à l’avenir les échanges internationaux d’actifs étaient appelés à stagner, il pourrait être intéressant de jouer sur leur composition afin de réduire les déficits courants. En effet, toutes choses égales par ailleurs, une hausse des investissements français à l’étrangers s’accompagnerait d’une baisse de nos déficits extérieurs. Comme quoi, même à l’ère de la crise la mondialisation, on n’en a pas fini avec les interdépendances.

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