Sortir de l’Euro: un pari risqué pour des gains modestes

 

La dernière livraison de l’External sector report* du Fonds monétaire international était  très attendue par tous ceux qui scrutent avec inquiétude les déséquilibres commerciaux qui marquent les relations internationales actuelles. C’est la raison pour laquelle la sortie de ce rapport le 27 juillet dernier a fait l’objet d’une publicité immédiate dans la presse.

Le FMI nous apprend qu’en raison de certaines caractéristiques structurelles (démographie, revenu/habitant, croissance économique, dépenses publiques…) l’excédent « normal » de la balance courante allemande devrait s’élever à 4,5% de son PIB et non pas 8,5%, comme on l’observe actuellement.

D’après le FMI,  la suprématie commerciale allemande correspondrait à un gain de compétitivité prix de l’ordre de 15% par rapport aux prix mondiaux et de respectivement 23% et 26% par rapport à la France et aux Etats-Unis. C’est tout à fait considérable, mais de là à en conclure que la France devrait sortir de l’Euro pour retrouver une parité monétaire plus conforme à ses intérêts, il y a plus qu’un pas et le FMI ne se risque pas à le franchir.

Essayons tout de même d’imaginer le gain maximum que notre pays retirerait d’un réajustement global des parités.

Le FMI juge que la balance courante de la France devrait être positive (+1,2 % du PIB) et que le déficit actuel équivaut à une carence de compétitivité prix de l’ordre de 11% vis-à-vis du reste du monde entier.  Théoriquement, le manque à gagner commercial s’élèverait à  60 milliards d’euros, soit 2,8% du PIB français, mais cela ne signifie pas qu’une dévaluation de 11%  suffirait à rétablir d’autant nos comptes extérieurs et notre PIB car il faut tenir compte des inconvénients macroéconomiques d’une dévaluation (hausse du coûts des importations, perte de pouvoir d’achat etc….).

Les conclusions d’une étude récente de l’OFCE ** amènent à penser que si la France souhaitait récupérer les 2,8% de PIB évoqués par le FMI elle devrait procéder à une dépréciation monétaire de 20% vis-à-vis de tous ses partenaires commerciaux (y compris ceux de la zone Euro).

Les retombées macroéconomiques d’une dépréciation de 20% sont les suivantes:

  • L’augmentation de l’emploi serait significative mais non durable: +110.000 postes la première année, + 420.000 postes, au total, dans les 3 premières années. Au delà de 3 ans, l’effet positif s’estomperait, les 2/3 des emplois disparaissant dans les 5 années ultérieures. Bien évidemment, dans l’hypothèse où la France se contenterait de déprécier sa monnaie de 10% (afin d’effacer la surévaluation mise à jour par le FMI), l’impact positif sur l’emploi serait divisé par deux.
  • Dans le même temps, on assisterait à un net regain d’inflation: +3,4% la première année, +7,6% sur trois ans.  Le rebond s’amplifierait avec le temps (16% au bout de 8 ans).

Autre mauvaise nouvelle pour les plus germanophobes des partisans de l’abolition de l’Euro: le FMI juge qu’ un réajustement monétaire n’éliminerait pas l’excédent commercial allemand (la moitié subsisterait).

De plus,  l’excédent français attendu serait assez modeste (+1,2% du PIB).

Enfin, aussi bien le travail du FMI que celui de l’OFCE reposent sur l’hypothèse que les monnaies s’ajustent paisiblement, c’est-à-dire sans tourmente financière (fuite des capitaux, hausse des taux d’intérêts…) et sans qu’aucun de nos partenaires ne riposte pour rétablir sa compétitivité. Tout ceci est loin d’être certain…

On le constate, le pari économique que représente la sortie de l’Euro apparaît fort  risqué puisqu’il ne règlerait pas les problèmes de l’économie française et ajouterait probablement de l’incertitude à notre environnement économique.

DG

Références

* 2017 External sector report , FMI. 27/07/2017

** Baisse de l’Euro et désinflation compétitive. Quel pays en profitera le plus? Bruno Ducoudré, Eric Heyer. Revue de l’OFCE. Analyses et prévisions 136 (2014)

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6 commentaires sur “Sortir de l’Euro: un pari risqué pour des gains modestes

  1. Bof. Il est assez contre-intuitif d’avoir une simulation avec amélioration immédiate suite à une dépréciation et ensuite dégradation. Avec les modèles courbe en J on a plutôt un calendrier inverse : dégradation immédiate et amélioration après 6 mois minimum. Par ailleurs utiliser le papier de l’OFCE pour évaluer une sortie de l’euro est bizarre : la dévaluation de l’euro conserverait intacte la parité France/Allemagne, laquelle est surévaluée de 23% si on suit le FMI. L’étude de l’OFCE n’a donc pas de rapport avec l’abandon de l’euro par la France, c’est un sujet différent (celui de la dévaluation de l’euro par rapport aux monnaies tierces, laissant les parités internes à la zone inchangées).

    1. Lisez bien le papier de l’OFCE, il s’agit bien d’un scenario de dépréciation contre tous les autres pays, y compris ceux de la zone euro. Le scénario de dépréciation de l’euro contre les autres monnaies est traité à part;

  2. Ok, pardon, je n’avais pas été précisément jusqu’au bout. La simulation finale est en effet plus proche du sujet « retour au franc ».

    Elle est cependant deux fois incomplète si je lis correctement.

    Une première fois parce que la baisse de 10% n’est apparemment que contre les pays de l’euro. Si le Franc nouveau devait dévaluer de 10% contre les autres pays de la zone euro, on ne voit pas bien pourquoi cela n’aurait pas d’effet sur la parité du Franc par rapport aux monnaies hors zone euro. Ou alors il faut cumuler les effets de la première et de la deuxième simulation pour obtenir un effet complet ? Auquel cas ça grimpe à +0,5+0,9 à trois ans, soit +1,4% de PIB à trois ans avec 10% de baisse contre les pays de la zone euro et le RDM.

    Par ailleurs, deuxième point ennuyeux, le FMI estime le différentiel de compétitivité France/Allemagne à non pas 10% mais 23%. Pourquoi simuler une mesure qui ne va même pas jusqu’à la moitié du chemin ? Faisons les choses au doigt mouillé, et doublons les effets de la simulation, avec le cumul des deux effets internes et externes à la zone euro : le PIB fait +2,8% à trois ans, on gagne 4000 000 emplois toujours à trois ans et le déficit du PIB passe de 3% à 1,6%.

    Évidemment, si on saucissonne les effets, c’est moins impressionnant et ça a l’air modeste. Mais si on reconstitue le tableau complet, on se rend compte que l’euro nous coute finalement très cher. Il est dommage de laisser le FN s’emparer de ce thème.

    Par ailleurs et enfin je salue les courageux à l’OFCE qui ont simulé les effets d’un retour au Franc. Même sans l’écrire noir sur blanc, c’est assez audacieux.

    1. Oui, vous avez raison, l’OFCE a mené cette estimation sans trop le claironner mais ils ont le mérite de l’avoir fait.
      Il y a deux scénarii dans le papier de l’OFCE: dévaluation de 10% de l’euro et dévaluation du « franc » de 10% par rapport à tous les pays.
      J’ai raisonné à partir du deuxième scenario en cherchant le taux de dépréciation global nécessaire permettant de retrouver les 2,8% de PIB dont le FMI nous dit qu’ils manquent à la france du fait d’un désalignement global de 10%.
      Attention: quand le FMI parle d’une surévaluation de 11% par rapport au monde, ceci est une moyenne pondérée dont un des éléments est la surévaluation de 23% par rapport à l’Allemagne (comme le commerce représente 1/3 de nos échanges, cela signifie que vis à vis des autres pays que l’Allemagne nous ne sommes surévalués que de 5% : 11%= 1/3. 23%+ 2/3. 5% . DOnc, le scénario numéro 2 de l’OFCE (dépréciation globale de 10%) inclut une suppression de la surévaluation du franc par rapport à l’euro mark.

      Le FN est le seul à développer ce thème, mais on a vu avec quelles ambiguïtés…. A vrai dire je ne pense pas qu’il existe actuellement une majorité politique possible pour sortir de l’Euro et, dans la foulée, de l’UE. Si cela devait se faire je le vois plutôt dans le cadre d’une explosion de l’Euro ou d’un choc financier interne à la France, politique et économique. La sortie de l’Euro est surtout demandée par une part importante des ouvriers, qui subissent la mondialisation, et voient dans ce projet une chance, même minime d’améliorer leur sort. Quant au reste de la population, il soutient l’euro très majoritairement, soit qu’il y gagne , soit qu’il juge que l’EUro assure une certaine stabilité, quitte à écorner la croissance. Aversion au risque de la part de la majorité de la population, quête de risque par une minorité, voilà où il me semble qu’en est le pays sur ce sujet.

  3. D’une certaine façon il y a une trahison des clercs chez les économistes, comme chez pas mal de monde d’ailleurs. Si l’on s’interdit de dire qu’économiquement l’euro est un échec (je rappelle qu’on attendait des bénéfices économiques directs de l’euro, pas des sacrifices économiques au nom de l’unité politique), au nom de la politique, on fait de la politique, pas de l’économie. Du point de vue économique, l’euro est un échec couteux, point.

    1. Et pourtant, la France et l’Allemagne vont encore plus s’intégrer au plan économique et politique. Ce projet a un long passé et il est devenu inhérent au capitalisme européen. Je ne parierais pas sur l’abolition de l’Euro, surtout dans le contexte géopolitique si périlleux. L’Euro n’a pas été institué pour des motifs de prospérité économique mais pour rendre les marchés plus efficaces. C’est un échec, même de ce point de vue. Mais ainsi va le capitalisme.

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