Non, la dépense publique n’occupe pas une place excessive dans le PIB français

 

Chaque année, l’inénarrable association des Contribuables Associés agrémente l’actualité d’une ou deux statistiques anti-dépenses publiques dont elle a secret.

La dernière en date est très emblématique. En l’espèce, les Contribuables associés ont proclamé le 24 juillet « jour de libération du contribuable », sous prétexte que, du 01 janvier au 23 juillet, les Français travailleraient pour la « sphère publique », c’est-à-dire pour payer les prélèvements obligatoires qu’ils doivent aux administrations publiques.

Puisque cela fait 24 heures que les Contribuables associés se sentent plus libres, profitons nous aussi de ce moment pour nous libérer de la propagande des Contribuables associés en ouvrant le grand livre de la comptabilité nationale à la page Comptes de la Nation 2016. 

Les Contribuables associés fondent leur savant calcul sur un rapprochement entre le produit intérieur brut de notre pays (richesses nouvelles produites sur un an) et la somme des dépenses qu’effectuent l’Etat central, les collectivités locales et les administrations de sécurité sociale.

L’erreur des Contribuables associés provient de ce qu’ils assimilent tout décaissement public (un nouveau lycée, le salaire d’un prof de mathématiques, une pension de retraite ou une allocation chômage) à une opération qui ajoute quelque chose au Produit intérieur brut (PIB), ce qui leur permet de se rengorger quand ils découvrent que la somme des paiements publics représente » 57% du PIB.

Il s’agit là d’une grave erreur car  une pension retraite redistribue de la richesse entre les ménages mais n’en crée point de nouvelle, contrairement à  la construction d’un lycée ou au salaire du prof de mathématiques, qui entrent dans le PIB respectivement comme investissement et production de service collectif.

Puisque les Contribuables associés nous y incitent, examinons le poids de la sphère publique dans le PIB français et vérifions que la proportion de 57% est une fantaisie médiatique.

contribuables associés 2017

Voici les données de l’INSEE pour l’année 2016:

  • PIB = 2 228,9  milliards 

 

  • PIB de la sphère publique = 602,8 milliards

Soit

Services collectifs individualisables (école, aides au logements, hôpitaux publics…): 343, 6 milliards

+Services collectifs non individualisables (« consommation collective des administrations publiques ») : 183,1 milliards  

+Investissement public (ou « formation brute de capital fixe des administrations publiques ») : 76,1 milliards

L’Etat pèse donc 27% du PIB.

Est-ce excessif?  Absolument pas.

  • Chaque fois que les résidents réalisent 1 euro de PIB, ils versent 27  centimes à ceux qui sont engagés dans la production non marchande. Dès lors, si tous « les Français » du secteur privé  adhéraient aux Contribuables associés, ils ne seraient pas « libérés » le 24 juillet mais dès la mi avril, et encore, à condition de négliger le travail de tous ceux qui produisent, entretiennent ou transportent les fournitures de l’Etat et vis-à-vis desquels la dépense publique constitue un chiffre d’affaires.

 

  • Avec un poids de 602 milliards d’euros, les administrations publiques entretiennent une activité économique qui excède l’investissement privé (FBCF des entreprises et des ménages + variation de stocks) d’environ 190 milliards. Comme ce supplément correspond aux services publics régaliens (qui ne sont pas susceptibles de disparaître à terme), on peut dire que le reste des dépenses publiques permet de protéger le pays contre les conséquences d’une chute brutale de la confiance sur l’investissement des entreprises et des ménages.

 

  • La redistribution des revenus entre ménages, via la protection sociale et la fiscalité, n’est pas payée par « Les Français » puisqu’il s’agit de prélèvements qu’ils se reversent à eux mêmes. Bien sur, les critères d’attribution des prestations sociales  restent très certainement dans la gorge des Contribuables associés, mais il serait moins hypocrite de leur part d’en venir au fait et  d’exposer ce que les malades « coûtent » aux bien portants ou les chômeurs aux actifs occupés,  puis d’apporter la démonstration que la privatisation des assurances sociales serait plus efficace que la préservation de l’Etat social.

 

DG

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s