Pourquoi l’Euro fait-il du bien à l’Allemagne et pas à la France?

Le lancement de l’Euro a été une opportunité pour l’industrie allemande, mais constitue (encore) une épreuve pour notre industrie.

Pour s’en convaincre, voyons comment la monnaie unique contrarie les bonnes vieilles habitudes françaises en matière de compétitivité.

Pour notre industrie manufacturière, le « Franc faible » c’était bien, c’était chouette, puisqu’il suffisait de surfer sur la dépréciation tendancielle du Franc pour améliorer la compétitivité coût.

Par exemple, entre 1975 et 2000, la diminution des coûts relatifs français de 20% (Graphique 1) avait été obtenue grâce à la dépréciation du Franc de 20% contre le dollar (Graphique 2).

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Graphique 1

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Graphique 2

L’avènement de l’Euro marque la fin de l’ère des dévaluations/dépréciations .

Privée de son adjuvant monétaire, l’industrie française est priée d’adapter ses salaires et sa productivité à la compétition internationale et de répliquer notamment à la concurrence allemande.

Justement, passons à l’Allemagne.

Contrairement à notre pays, l’Allemagne a toujours été exposée à l’appréciation de sa monnaie contre le dollar (Graphique 3).

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Graphique 3

Pour résister à la cherté de leur monnaie, les firmes allemandes ont développé deux stratégies complémentaires:

  • La recherche systématique d’une forte compétitivité hors coût (qualité, innovation), pour fidéliser le consommateur en dépit du prix élevé qui lui est proposé.
  • La stabilisation de la compétitivité coût, grâce à des efforts périodiques en matière de salaires et de productivité (années 80, fin des années 90) (Graphique 4).

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Graphique 4

Depuis que l’Euro existe et qu’il est globalement stable face au Dollar,  les entreprises allemandes retirent tous les avantages de leur stratégie habituelle (qualité forte, maîtrise des coûts) sans en subir la contrainte (appréciation de la monnaie). Il leur  est plus facile de résister à la concurrence des pays émergents et même d’en tirer partie puisqu’il est possible de vendre une production de haute qualité à un prix plus adapté à ces nouveaux clients (les prix à l’exportation n’augmente plus systématiquement comme à l’époque du Mark fort).

2 bémols, histoire de ne pas trop charger la barque de la monnaie unique:

Il est difficilement imaginable que les entreprises françaises n’aient pas anticipé les contraintes de la monnaie unique et d’un Euro fort. Dans ce contexte, ce serait l’entrée fracassante (et imprévue) de la Chine sur les marchés internationaux qui aurait destabilisé l’industrie française, et non pas l’Euro.

L’avenir n’est pas écrit: avec le ralentissement économiques qui frappe les pays émergents, la moindre incitation des entreprises allemandes à accroître systématiquement la qualité de leur production et les hausses de salaires Outre-Rhin,   il n’est pas interdit de penser que la pression concurrentielle allemande s’apaisera, redonnant ainsi quelques marges à l’industrie française.

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Pourquoi l’Euro fait-il du bien à l’Allemagne et pas à la France? »

  1. Curieusement, j’avais cru comprendre que via les délocalisations les entreprises pensaient résister à la « chèreté » de la production nationale …
    C’est le coup de l’arroseur arrosé par lui-même alors, surtout en cas de transfert de compétence ?

    1. L’Allemagne a beaucoup délocalisé mais a conservé les stades de production les plus riches en qualification, en revanche, la France, prise entre une monnaie qui ne se déprécie plus et la concurrence de l’Allemagne, a délocalisé massivement des segments complets de production.

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