Lapavitsas, le radical du Grexit

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Il est des gens qui trépignent de briser l’Euro car ils conçoivent les relations internationales comme un jeu à somme nulle où le dindon de la farce est celui qui ne dévalue pas le premier. D’autres caressent l’espoir du « bon Euro »,  l’Euro d’un continent social et durable, l’Euro de l’emploi, de la justice et du bio. Enfin, il y a les croyants de l’austérité, ceux qui dépulpent le présent pour gagner la terre promise où coulent le miel concurrentiel et le lait de la compétitivité.

Peu d’individus ont l’audace de penser hors de ces trois modalités de la Doxa.

L’économiste grec Costas Lapavitsas, universitaire londonien d’obédience keynésiano-marxiste, est de ceux-là.

Connu dans les milieux intellectuels d’extrême gauche pour ses travaux consacrés à la monnaie et à la finance, Costas Lapavitsas n’a jamais caché son opposition radicale à l’Euro, qu’il décline avec talent dans de nombreux articles de presse, en particulier ceux que publie régulièrement le journal progressiste The Guardian.

Avec ses faux airs de De Niro, ce tonique parlementaire a lancé le 17 juillet dernier un appel vibrant pour que le Gouvernement grec respecte ses engagements électoraux et réplique au diktat « néocolonial » de l’Eurogroupe  par la répudiation de la dette grecque, la hausse des salaires, la nationalisation des banques et la sortie de la zone Euro.

Voici un abrégé de ses thèses principales, suivi de quelques liens pour aller plus loin.

  1. L’Euro est le maillon faible du capitalisme financiarisé

L’Europe monétaire et financière s’inscrit dans le contexte mondial et historique du capitalisme parvenu à son 4ième âge, celui de la financiarisation, après l’âge concurrentiel (milieu XIXième), l’âge impérialiste (fin XIXième-1945) et l’âge « keynésien ».

Le règne de la finance s’est imposé à partir des années 1970, dans un contexte de croissance lente, de désordres monétaires et d’internationalisation de la production.

En écho (critique) aux écrits de Rudolf Hilferding (1910), de Lénine (1916), ou ceux de Toni Négri sur l’Empire (2002),  Lapavitsas tire le portrait du Moloch capitaliste en quelques faits stylisés:

Explosion des profits financiers. Les profits des institutions bancaires et financières ne constituent pas un prélèvement parasitaire sur les profits industriels car ils trouvent leur origine dans les retombées asymétriques du progrès technique (baisse plus rapide des coûts de transaction financiers que des coûts de production de biens et services), la stratégie des grandes entreprises à la recherche de placements lucratifs pour leurs capitaux excédentaires, le recentrage des banques sur les ménages, ce qui permet « l’exploitation directe » de ces derniers via les crédits à la consommation ou aux études, et offre aux banques l’occasion de jouer le rôle de médiateurs dans l’achat d’actifs mobiliers destinés à financer la retraite de leurs clients.

Inversion des flux financiers mondiaux : l’expansion et l’instabilité des flux de capitaux a obligé les pays émergents à accumuler d’importantes réserves de change (épargne de précaution) réinvesties dans les pays les plus riches, notamment les Etats-Unis. Vladimir, Léon et Rosa n’en auraient pas cru leurs yeux : désormais, ce sont les pays pauvres qui financent les pays riches.

Institutionnalisation des politiques économiques « pro-capital », notamment par le biais de  banques centrales indépendantes qui s’abritent derrière la confiance que le public place en elles pour mener des politiques favorables aux grands milieux d’affaires.

Idéologie néolibérale, qui justifie l’utilisation de l’Etat pour protéger et étendre les marchés, par exemple en privatisant des services collectifs.

Et l’Euro dans tout ça ?

Tout d’abord, l’Euro n’est pas une chose mais un rapport social, et en l’occurrence, nous explique Lapavitsas, un outil au service des classes et des Etats dominants en Europe.

Pour l’auteur, l’Euro est une entreprise assez grandiose, un projet de monnaie mondiale qui a été voulu par les grandes banques et multinationales européennes afin de les aider dans la compétition internationale.

Comme toutes les monnaies, l’Euro condense les rapports sociaux et dans le cas présent, sa gouvernance témoigne d’un biais considérable en faveur des classes aisées. Toute la machinerie institutionnelle qui soutient l’Euro va dans le même sens : indépendance de la banque centrale, priorité à la lutte contre l’inflation sur le chômage, promotion de la concurrence libre et non faussée, Pacte de Stabilité et de croissance.

Pourquoi un tel système institutionnel ? La réponse est simple : à la différence du dollar, qui émane d’une Nation puissante, l’Euro a été créée par une coalition d’Etats petits et moyens. De ce fait, la monnaie unique a besoin de s’appuyer sur un système institutionnel fédéral non soumis au contrôle populaire, dont le pouvoir de contrainte est d’autant plus fort qu’il faut pallier la fragmentation politique de l’Eurozone.

Or, l’Euro est un désastre à la hauteur des espoirs qui l’ont fondé. Véritable maillon faible du capitalisme mondial, la zone euro affiche des taux de croissance du PIB et de la productivité du travail médiocres et semble affectée bien plus fortement par les conséquences de la crise des subprimes que les Etats-Unis eux-mêmes.

La raison profonde de la crise structurelle de l’euro réside dans la politique mercantiliste de l’Allemagne qui use de l’Euro comme d’un instrument pour dominer l’industrie européenne et notamment empêcher la France de dévaluer pour contrer sa politique salariale et fiscale agressive. Alors que les accords de Bretton Woods avaient conduit à la diffusion mondiale de l’inflation américaine, l’Euro provoque la généralisation de la déflation salariale et permet à l’Allemagne d’exporter son chômage.

  1. La Grèce est le maillon faible de l’Euro

Pour Lapavitsas, il ne fait aucun doute que la Grèce n’aurait jamais dû entrer dans l’UEM.

L’auteur a développé son argumentaire économique dans une étude publiée avec Heiner Flassbeck par l’Institut Rosa Luxemburg en 2013.

Résumons : l’Euro ne peut que détruire l’économie grecque car celle-ci est le reflet inversé de l’économie allemande, pour l’intérêt de laquelle l’Euro a été bâti.

D’une part, l’Euro amplifie la divergence structurelle gréco-allemande en termes de coûts : tandis que les coûts salariaux allemands stagnaient voire diminuaient, ils sur-augmentaient côté hellène en raison de l’afflux de capitaux provoqués par l’accession de ce pays à la monnaie unique et cela sans possibilité de réajustement des coûts relatifs au moyen d’une dévaluation.

D’autre part, lorsque l’ajustement des dépenses internes et des coûts s’est effectué, leurs effets ont été d’autant plus dramatiques que les faiblesses structurelles de la Grèce (bas taux d’exportation +large déficit extérieur) ne laissaient aucune voie de secours à ce pays : les politiques de rigueur aberrantes imposées l’UE ont piégé la Grèce dans la récession (« le permafrost », dit l’auteur) puisque nul débouché extérieur n’est venu compenser l’affaissement des débouchés internes, comme ce fut par exemple le cas en Irlande.

Pour l’auteur, l’incompatibilité entre ces deux économies se double d’une atteinte au « sentiment européen » puisque les salariés allemands, déjà essorés par leurs bas salaires, n’ont aucune envie d’aider au rétablissement des comptes de l’Etat grec, et il est de la plus haute importance pour l’Allemagne de rétablir le fonctionnement « normal » de l’UEM, soit en évacuant de force la Grèce, soit en la modelant à son image.

  1. L’européanisme est le maillon faible de la Gauche

Comment expliquer que des partis, des Gouvernements et tant d’électeurs de Gauche soutiennent l’Euro contre vents et marées?

Pourquoi Syriza n’a-t-il pas travaillé sur un « plan B » de sortie de l’UEM, ne serait-ce que pour mieux négocier avec les créanciers de la Grèce ?

Pour Lapavitsas, la réponse est idéologique : la Gauche est victime d’une maladie qui empire de jour en jour : l’européanisme, c’est-à-dire l’idéologie de l’Europe.

Il s’agit ni plus ni moins que d’un poison qui paralyse la Gauche en lui faisant croire qu’elle a intérêt à sauver l’union monétaire et qu’elle peut transformer le plomb en or (le mythe de l’autre Europe). L’européanisme rend la Gauche sourde aux revendications immédiates de l’électorat populaire et aliène les pays de la périphérie de l’Europe (dont la Grèce) à une « grande fiction » née dans les pays dominants et qui ne que leurs intérêts.

L’européanisme est une maladie tenace, car il s’agit de l’idéal de substitution auquel la Gauche s’accroche depuis qu’elle a tourné le dos au socialisme.

L’européanisme repose sur un internationalisme naïf, l’illusion que l’Euro et l’UE sont les prémisses d’une entité transcendant les différences politiques, sociales et culturelles, non seulement souhaitable pour tous mais aussi possible à mettre en œuvre. L’auteur rejette le mythe du « peuple européen » comme une fiction appauvrissante,  négatrice de la grande diversité culturelle européenne. Il y voit une chimère suffisamment inquiétante pour que prospèrent les partis d’extrême droite.

Que faire ?

Pour l’auteur, il est urgent de déconstruire l’Euro et de lui substituer un mécanisme de changes fixes et ajustables accompagné de contrôles des capitaux.

A brève échéance, il ne cache pas que le Grexit imposera une nouvelle récession à son pays, mais l’économie devrait rebondir au bout de trois à six mois et renouer avec un rythme rapide de croissance. Pour minimiser les coûts du Grexit, il préconise la nationalisation du secteur bancaire et une dévaluation modérée.

Lapavitsas insiste sur l’urgence d’une action pour sauver l’économie grecque et l’esprit de solidarité européen. Il exhorte la Gauche à regarder la vérité en face et à admettre qu’aucune politique alternative au néolibéralisme, y compris le keynésianisme modéré de Syriza ou de Podemos n’est compatible avec l’Euro.

A la différence de Karl Marx, qui rejetait le rêve hugolien des Etats-Unis d’Europe comme une diversion qui détournait les révolutionnaires de la prise du pouvoir dans chaque Etat nation, Lapavitsas flétrit l’Européanisme en tant qu’il ruine l’idée même de changement social et condamne tous les salariés européens, allemands ou non, à la stagnation.

To break austerity, Greece must break from Euro. The Guardian, 2 mars 2015.

A left strategy for europe reply to Michel Husson, International Viewpoint, 13 april 2011

Finance and globalisation. Toward a political economy approach.

Financial systems and capital markets. An alternative view. 1997

The systemic crisis of the Euro. Rosa Luxemburg Stiftung. 2013

 

16 réflexions au sujet de « Lapavitsas, le radical du Grexit »

  1. Merci pour cette synthèse! Un corolaire des arguments de Lapavitsas, c’est la fermeture des frontières aux hommes et aux femmes.

    Si un pays sortait de l’euro, ou si l’euro était abandonné au profit de monnaies nationales, les travailleurs qui le peuvent iraient certainement chercher du travail dans les territoires offrant la meilleure qualité de vie. Inversement, les rentiers iraient s’installer dans les pays où leur pouvoir d’achat est le plus fort.

    La situation actuelle, où les jeunes vont en Allemagne et les retraités en Espagne, serait largement amplifiée. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir du flux massif de population en 1990 entre RDA et RFA. Le seul moyen d’éviter un dépeuplement massif des territoires les moins attractifs serait de mettre fin à la liberté de circulation et d’établissement. Lapavitsas le sait très bien. Qu’il en fasse peu de cas montre son mépris de la libertés des individus. Qu’il ne l’écrive pas montre sa déshonnêteté intellectuelle.

    1. Merci à vous. Des entreprises également pourraient faire le choix de s’installer dans les régions et pays d’Europe à monnaie stable. Je ne suis pas loin de penser également que Lapavitsas envisage une restriction des flux migratoires, du moins dans le contexte actuel de crise. Il écrit quelque part (il faudra que je retrouve la référence) que la liberté de circulation des personnes à l’intérieur d’un continent si divers culturellement ne peut pas ne pas poser de problèmes. Mais c’est un sujet sur lequel il ne s’appesantit pas trop en effet, du moins à ma connaissance. Tout le pari de Lapavitsas réside dans sa conviction que la sortie de l’Euro remettra l’économie grecque sur ses pieds. Je ne connais pas assez ses prises de position à l’intérieur de Syriza sur les sujets sociétaux pour me prononcer, mais son projet devrait se traduire en effet par un relèvement du protectionnisme, sous toutes ses formes, en Grèce.

  2. Le risque du protectionnisme est qu’il peut amener à une forme de totalitarisme (de droite ou de gauche) qui ne vaut guère mieux.
    Celui qui se présente en solution alternative ne vaudrait donc pas mieux ?!

    1. On peut observer des formes de protectionnisme non totalitaire, mais le totalitarisme a une pente naturelle pour le protectionnisme, ce qui ne signifie pas l’autarcie bien sur. Il faudrait demander à Lapavitsas son avis sur le régime de Chavez par exemple. Je le vois plutôt comme le partisan d’un soulèvement national-populaire unissant les jeunes, les salariés et les petits patrons. Mais sur l’Euro, et il le reconnaît lui même, il est isolé en Grèce.

  3. Je m’attendais a de la nouveauté, et non seulement je ne vois pas ou elle est, mais, sur ce que j’en lis, c’est démontable en 5 minutes

    – In fine, ca repose sur la dénonciation de la pression salariale allemande. Or, c’est très loin d’être justifié par la réalité sur la masse globale, pour ne pas dire grotesque, puisque l’allemagne est positionnée sur des produits a moyenne-haute valeur ajoutée,

    – La solution du retour au changes fixes mais ajustables, c’est à croire qu’il était sur une autre planète au début des années 90, pendant les années de stress sur SME. Ce n’était pas tenable et c’est pour ça qu’il fallait en sortir (par le haut ou par le bas d’ailleurs, comme pour l’euro). Et aujourd’hui, avec les fleux de capitaux, ca serait encore bien pire

    Sur le fond, je ne vois rien d’autre que des positions tres théoriques, voire complotistes, qui font fi des réalités historiques. Les allemands n’ont jamais « voulu » l’euro. C’est Mitterand qui voulait en passer par la (et les autres pays « faibles » du SME) pour ancrer l’allemagne dans l’Europe en vue de le réunification. Et Kohl a accepté par fidélité européenne, en le conditionnant sur la forme et par l’union politique.

    C’est un peu consternant de le voir tenir ce discours, alors qu’en réalité, ce sont les allemands qui ont le plus a « gagner » du retour au mark, Les guillemets ayant toute leur importance

    1. Ah il y aurait beaucoup à dire en effet, peut être que le prochain vous intéressera plus, mais je ne pense pas qu’on puisse assimiler Lapavitsas à un complotiste. Il reste encore bien arrimé aux théories marxistes de l’impérialisme, ce qui n’a rien à voir avec le bric à brac grossier et les romans de gare du complotisme.

  4. L’existence de l’Euro ne devrait il pas être plutôt conditionné à des raisons politiques. La science économique décrivant simplement les éléments techniques de mise en œuvre des choix des dirigeants politiques représentant les peuples.

    Ex 1 : Si vous voulez une monnaie unique , l’économie de marché , un équilibre sociale il est préférable que….( avec des débats sur tel ou tel point…)

    Ex 2 : Si vous voulez revenir à une monnaie commune ou aux monnaies nationales, vous êtes favorable et l’économie de marché, il est préférable que …..

    Je pense que l’économie tend de s’expliquer par elle-même parfois par elle même hors du cadre antrophologique ou elle s’inscrit.

    1. Lapavitsas, à ma connaissance, ne va pas chercher les fondements de l’Euro dans la science economique et ce n’est pas à ce niveau qu’il critique la monnaie unique. Ce sont les souverainistes plan plan qui glosent là dessus, et les économistes néokeynésiens. Son propos est marxiste, donc politique. Pour lui, l’Allemagne (et la France, ne l’oublions pas )est le pays qui met en œuvre une politique qu’elle estime favorable à long terme à la classe capitaliste européenne dans son ensemble. C’est un choix de classe, et un choix étatique.

  5. Très bien pour la monnaie unique je note que son propos est politique. Mais toutefois au vu des éléments que vous me soumettez.

    Le marxisme ne reconnaît pas donc les communauté historiques et géographique comme légitimes ou fondant sens dans la vie des personnes ? Ils ont un rapport direct à l’universel ou s’opposerait deux classes « économiques » : capitalistes et travailleurs et que cette opposition serait la réalisation du politique. Grosso modo une communauté de travailleurs régis par ses normes , une communauté capitalistes régis par ses normes en opposition politique.

    J’ai l’intuition que c’est quand même un économisme après il faudrait vraiment que j’étudie le sujet de fonds en combles pour tenter d’en cerner tout les contours.

    1. Les marxistes reconnaissent tout à fait l’existence des Nations, de grands théoriciens, notamment allemands ont travaillé sur cette question (Bauer je crois, ou Kautsky). Marx pensait que le combat politique devait être mené Nations par Nations et que l’europeanisme était une fumisterie. En revanche, la Nation n’est qu’un moyen pour combattre un systeme mondial et dans ce cadre ils faut mener un combat transversal en mettant sur pieds une solidarité internationale des travailleurs. Le pari de Marx était que le creusement des inégalités intranationales et le rapprochement économiques des Nations apporterait une plus grande prise de conscience internationale de la part des ouvriers. Mais c’était un pari à long terme. Les marxistes sont conscients des phénomènes nationaux mais ils ne sont pas nationalistes au sens où seul le nationalisme des nations opprimées leur semble légitime et ils rejettent l’idée que les nations ne puissent vivre que pour elle même.

  6. C’est bien ce que je sous-entendais , Il voit les communautés historiques et géographiques avec ses variantes non comme le fondement du politique avec leurs règles morales. Il pense que la politique dans sa totalité est exprimés par les luttes de pouvoir uniquement et pas la volonté de l’homme de se réaliser dans la communauté.

    Parce que si c’est pas cette vision là on revient à un processus de distribution classique partage des ressources à travers l’échange des compétences et par le tribut/impôt s’inscrivant dans la communauté ( qui a toujours eu lieu au moins depuis les indo-européens. Les marxistes seraient juste pour un impôt plus élevé sur le revenu dans cette hypothèse.

    Ce n’est pas ce que je pressens , au contraire , je pense qu’ils ont une vision totale du politique à travers l’économie. Pour eux la vraie communauté de l’individu c’est sa classe de production et non son état qui traditionnellement l’instrument de sa communauté historique. L’état est vu par les marxiste comme un instrument uniquement de pouvoir entre les mains des clercs/capitalistes qu’il faut renverser au profit des travailleurs. ( je grossi le trait pour essayer de me faire comprendre). Je parles ici d’un point de vue du marxiste et non du groupe de personnes qu’il étudie.

    A contrario Il n’y pas de phénoménologie de la communauté comme chez Mauss Polianyi ou Claude Levi Strauss.

    Cordialement

    1. Dès que le nombre de classes dépasse 2, ce qui est le cas dans le Marx du 18 brumaire, le jeu politique et ses variantes nationales, les alliances de classes redonnent du sel à tout ca. Marx n’a jamais confondu les Français, les allemands et les italiens, mais en derniere instance, inconsciemment, l’individu appartient à sa classe…dans un contexte national donné. La grande déception de Marx dans les années 1850 fut le virage à droite de la classe ouvrière à Manchester, préférant se protéger de l’immigration irlandaise que de livrer le combat contre ses maîtres anglais.

  7. Je suis vraiment dubitatif sur l’appartenance de classe des personnes et sur l’arrière conscience marxiste . Les gens ne savent pas les affects qu’ils ont par exemple. Autant il y a un travail intéressant du rapport entre la technique et la politique avec une analyse convenable de la période de l’industrialisation. Autant tout le reste me parait assez fantasmagorique.

    La classe ouvrière voulait simplement avoir prises sur elle même en tant que communauté. Elle voyait les patrons anglais peut être avec dédain mais il faisait partie de leur communauté traditionnelle. Ce qui n’était pas le cas des Irlandais pour eux.

    1. Les clivages de classes restent pertinents à mes yeux, du moins ils jouent un rôle et l’admettre permet de ne pas être un touriste naif dans le monde. Cependant, Je pense que les ouvriers n’ont jamais voulu devenir des prolétaires et leurs maîtres n’ont pas du tout envie de devenir des bourgeois. Marx pensait que les ouvriers ne souffraient pas assez et se moquait des bourgeois qui renâclaient à jouer leur rôle révolutionnaire. Le clivage proletariat:bourgeoisie est utile pour comprendre les stratégies des acteurs, ne serait ce que pour échapper à leur destin de classe.
      Une classe ouvrière consciente est une construction politique. Mais par une curieuse ironie de l’histoire, c’est le combat de cette classe pour un traitement décent qui les a arrachés à leur communauté (etat providence, education). Les ouvriers ne sont pas spontanément révolutionnaires, quant aux bourgeois, au delà de l’horreur de leur comportement économique et du grotesque de leurs tentatives de légitimation , ils ont eu un rôle révolutionnaire involontaire, avant de disparaître à leur tour.

      1. C’est une minorité qui a tenté de construire cette réalité politique sans y parvenir , les personnes ayant une pluralité de liens ne pouvant être résumer à leur fonctions dans le système de production de biens et de services auquel certains ingénieurs sociaux veulent parfois les cantonner.

        Je ne pense pas que ces personnes ont été arrachés à leur communauté politique . La communauté a changé car les relations entre les personnes mues par la techniques, l’augmentation des connaissances et la place de l’individu dans la communauté ont changé. L’état providence est juste la forme moderne de l’implication de la communauté dans la distribution des ressources.

        Bismarck par exemple quand il se rend compte que la société industrielle c’est pas la même chose que la société agricole s’empresse de voter des lois de distribution. Mais la Rome antique est la distribution de pains, c’est l’état providence de l’époque.

        L’élément le plus marquant est la fin des théodicées en Occident ce qui a redessiné les univers de sens et les lois.

        Maintenant si on entend par communauté : la famille , les amis , les association auquel je participe , il est également difficilement constestable que les gens ne s’inscrivent pas d’abord dans ses cercles proches avant de s’inscrire dans communauté politique pour une raison de liens évidents. Le proche est une personnalité, le lointain est une catégorie.

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