La France qui tombe est celle d’en haut

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Il y a quelques années, la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi réclamait l’élaboration d’indicateurs économiques plus proches du vécu des individus que le traditionnel PIB. Elle critiquait notamment l’absence de prise en compte des disparités sociales et recommandait que l’on construise un agrégat de revenu par habitant qui écarte le dixième le plus riche de la population.

Les données de l’OFCE montrent l’intérêt d’une telle démarche.

Le graphique ci-dessus nous enseigne que le revenu avant impôt des 9 dixièmes de la population française a continué de rattraper celui des grands pays industrialisés (Etats-Unis, Japon, Australie, Italie, Pays-Bas, Canada, Belgique) jusqu’en 1983. Au delà, il stagne ou progresse timidement.

Dit autrement, le pays ne décroche pas. Cependant, la rupture de tendance est sensible puisque la grande masse des Français disposeraient d’un revenu relatif identique à celui des plus riches américains, si le rattrapage des années d’après guerre avait perduré.

Quant aux 10% les plus aisés de la population, leur revenu relatif diminue spectaculairement depuis 1975. La fin des Trente Glorieuses signifie beaucoup pour ces classes, désormais deux fois moins riches que leurs homologues américaines.

Ce relatif déclin explique la frustration que nos élites nourrissent vis-à-vis d’un pays qui n’offre pas les mêmes occasions d’enrichissement que dans le vaste monde. Il est probable qu’une bonne part du reste de la population française, qui aspire à la promotion sociale, les rejoigne dans ce sentiment de malaise.

Aux Etats-Unis, nous observons que les plus riches sont à la fête, mais pour une part, il s’agit d’un rattrapage par rapport au déclin des années soixante dix et les 90% les plus modestes ne sont pas totalement exclus du banquet puisqu’ils ne décrochent plus vis-à-vis des autres pays.

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10 réflexions au sujet de « La France qui tombe est celle d’en haut »

  1. Bonjour,

    Peut-être que les « élites » américaines travaillent plus que les françaises, ou osent plus entreprendre, avec la volonté de réussir comme moteur plutôt que de s’enrichir, qui n’est alors qu’une conséquence?

    Par ailleurs je trouve (peut-être à tort) que vos commentaires du graphique sous-entendent qu’il s’agit des mêmes personnes au sein des populations, qui s’enrichissent ou s’appauvrissent, sans envisager justement que les individus puissent changer de groupe. Alors qu’au niveau individuel le vrai changement intervient quand on change de décile.

    Enfin, le graphe s’intéresse aux seuls revenus sans distinguer les écarts de coût de la vie entre les pays (par exemple la santé, pour ne citer que le plus évident entre USA et France). Ni spécifier si ces revenus sont issus du capital ou du travail, ce qui serait intéressant aussi (surtout pour ceux qui partent d’en bas, sur la possibilité de s’enrichir par le travail, et pour ceux qui partent d’en haut, sur lopportunité de se tourner les pouces ou pas).

    Au final, ce graphe comme tant d’autres laisse libre court à toutes les interprétations. Utile à chacun pour faire passer son message!

    Bon dimanche!

    Thomas

    1. Bonjour,

      Si j’avais voulu faire passer un message et avancer tous drapeaux déployés, j’aurais donné dans la provocation et fait un mésusage de ces données , qui sont assez surprenantes.

      Ne me demandez pas de commenter un autre graphique que celui que je commente. Le PIB ne renseigne pas sur la mobilité inter ou intragénérationnelle, même s’il est intéressant de s’y pencher aussi.

      Je ne pense pas que les élites américaines soient plus aventureuses que les nôtres, bien au contraire. Le soin qu’elles mettent à s’isoler des classes moyennes et à s’assurer certains monopoles ne milite guère en ce sens.

      Les Etats Unis ont la chance d’être au centre de tous les flux mondiaux, ce qui explique le creusement des inégalités que connait ce pays. Quant à la France, elle va son chemin habituel, ne profitant pas de toutes les exubérantes opportunités de la finance ou des nouvelles technologies, mais permettant tout de même à la grande masse de rester connectée à l’enrichissement global des sociétés avancées.

      Si j’étais plus pessimiste, je dirais que l’appauvrissement relatif de nos élites est le symptôme d’un décrochage global à venir ou bien qu’il faut se méfier d’une « droitisation » des élites, qui pourrait etre tentée de destabiliser le modèle social afin de retrouver des marges de manoeuvre.

      L’intéret de ce genre de graphique est, me semble-t-il, qu’il donne à réfléchir à tous ceux qui ont des messages à faire passer.

  2. tre s interesant mais

    – USA 90 % les – riches: ce n’est pas évident qu’ils ne décrochent pas. Hormis la période des années 2000, il semble que le trend soit surtout a la stagnation (si je compte bien, ils sont aujourd’hui au niveau de 93 – ce qui n’est pas le cas de la france)

    – Il faudrait peut etre détailler ces 90 %,. On verait alors peut etre quelque chose de plus ambigu en france, a savoir la smicardisation tendancielle. L’autre probleme est peut etre la prise en compte des revenus de transfert (a priori, avant impots, ils sont pris en compte, mais pas pour une partie d’entre eux, ni pour la « consommation socialisée » comme l’école, les hopitaux, etc…)

    1. Oui, pour les 90% américains, la situation n’est pas très brillante. On remarque cependant une progression parallèle à’celle des plus riches, au cours des années 90, mais pas de quoi rétablir leur position initiale. Toutefois, je m’attendais à un déclin plus net au cours de la période récente.

    2. Certes, les 90% regroupent des classes de revenus tres disparates et compte tenu du manque de dynamisme des 10%, il ne sera pas possible de compter uniquement sur ces derniers pour continuer à redistribuer des richesses vers les plus modestes. La principale limite de ces données réside , à mon sens, dans le fait qu’il n’est pas possible de savoir si les 90% de l’ensemble des pays mentionnés décrochent ou non de la moyenne mondiale. C’est tres bien que les 90% francais convergent, mais nous ne savons pas si cette convergence s’effectue dans un ensemble en perte de vitesse ou pas.

  3. Est-il possible d’expliquer le décrochage de « nos » riches par le fait de la délocalisation patrimoniale et fiscale qui les ferait « disparaitre » des radars statistiques ?

    1. Je ne pense pas car expliquer le décrochage relatif par une diminution absolue des revenus se verrait forcément dans les statistiques du revenu national. D’autre part, ce processus semble continu dans le temps, des années 70 à nos jours, soit bien avant les phénomènes d’exode fiscal constatés ici et là

      1. Votre article a fait débat au réveillon.
        Certains convives suggèrent que le décrochage de nos élites s’explique par une diminution du nombre de riches qui deviennent superriches tandis que les perdants degringolent dans l’échelle sociale …

      2. Tant que la paix règne dans les familles, tout va bien:)
        Oui pourquoi pas, une sorte de concentration aux extrêmes qui n’épargnerait pas les moins riches des plus riches. Faut voir.

  4. Le PIB par tête correspond à des revenus, des flux. La richesse c’est un stock patrimonial, immobilier ou mobilier. On peut être dans les 10% plus hauts revenus sans faire partie des 10% les riches.

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