Redécouvrir la courbe de Phillips

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La courbe de Phillips relie l’évolution des salaires nominaux au taux de chômage. En son point le plus élevé, les salaires progressent vivement parce que le chômage est bas. A l’inverse, quand le chômage est important, les salaires stagnent, voire diminuent. Tout un chacun à la courbe de Phillips en tête lorsqu’il éprouve de la nostalgie pour le haut niveau d’emploi et de progression des salaires qu’offrait la France des Trente Glorieuses.

Le graphique ci-dessus permet de vérifier, grosso modo, la validité de cette relation. On constate que de 1970 à 2013, le taux de chômage a quadruplé, tandis que la progression des salaires nominaux était divisée par six.

Que s’est-il passé?

La transition entre un régime de hauts salaires et le notre s’est effectué dans un laps de temps assez bref, entre 1982 et 1989. L’auteur du graphique souligne le rôle que jouèrent l’orientation désinflationniste de la politique économique européenne, ainsi que la désyndicalisation.

Il ne faudrait cependant pas négliger d’autres facteurs, qui expliquent la déformation de la Courbe de Phillips et l’acceptation par la Gauche de se conformer à la stratégie de lutte contre l’inflation.

Entre 1977 et 1982, la courbe de Phillips a effectué une translation vers le haut et la droite, de sorte que chômage et salaires ont augmenté de concert. En 1982, notre pays cumulait un chômage de masse associé à des salaires qui croissaient à un taux supérieur de 40% à celui de 1972. Cette conjonction de l’inflation et du chômage n’était guère tenable à long terme car elle révélait des tensions économiques profondes, en particulier le manque de formation de la main d’oeuvre et le vieillissement de l’appareil productif, ce qui en dit long sur l’incurie des élites politiques et des classes dominantes au cours des trente glorieuses. Que l’on ait continué à acheter la paix sociale dans les usines à coups de hausses de salaires et de dévaluations, sans se soucier des conditions de travail et des difficultés de reconversion que la tertiarisation ne manquerait pas de poser aux ouvriers est une illustration parmi d’autres de la désinvolture et de la démagogie gaulliste.

Si la courbe de Phillips avait conservé l’allure qui était la sienne avant 1977, il aurait été possible de combattre l’inflation avec relativement peu de chômage supplémentaire. A l’inverse, une politique de lutte contre le chômage, doublée d’une politique des revenus social-démocrate, aurait peut-être permis de revenir à un taux de chômage plus bas, sans trop d’inflation.

Or, tel n’était plus le cas lorsque les socialistes arrivèrent au pouvoir. Ceux ci mirent deux ans pour comprendre que la France de 1981 n’était plus celle du programme commun. Certes, en choisissant l’Europe et la lutte contre l’inflation plutôt que la fuite en avant dans l’isolationnisme, la gauche socialiste a trahi ses promesses électorales, mais elle a mis un terme à la stagflation et évité, sans doute, au pays des ajustements plus douloureux encore. Au passage, signalons que les 2/3 des ouvriers votèrent à nouveau pour le Président socialiste de l’époque en 1988. En ce temps là, on pouvait mettre en oeuvre une politique de rigueur tout en conservant la retraite à 60 ans, les 39 heures et les lois Auroux.

Aujourd’hui, la courbe de Phillips semble avoir disparu. Elle s’est aplatie: par exemple, entre 1997 et 2007, la nette diminution du chômage n’a quasiment eu aucun effet sur les salaires, qui végètent au rythme de croissance de 2%.

Notre pays semble figé dans une trappe à stagnation des salaires, indépendamment du niveau de l’emploi. D’un côté, ceci est positif puisque cela témoigne du fait que le droit social empêche que les salaires ne dégringolent. D’un autre côté, on a l’impression que la stagnation des salaires entretient le chômage de masse,via la compression du pouvoir d’achat et de la demande.

Quand rien ne semble en mesure de faire bouger l’emploi et les salaires, il est autorisé de regretter le bon vieux temps de la courbe de Phillips.

5 réflexions au sujet de « Redécouvrir la courbe de Phillips »

  1. Heu, votre courbe tient-elle compte de l’évolution du chômage ?
    De la sorte, elle ne se calcule plus simplement par l’ensemble de la masse salariale divisée par le nombres d’actifs en activité mais par le nombre d’actifs, quelque soit leur activité …
    il serait intéressant de voir comment elle évolue selon les classes d’âge et la hauteur dans la hiérarchie …

  2. Rien ne me gène, j’essaie de comprendre !!!😛
    Par contre, le fait qu’il y ait augmentation des salaires pour contrebalancer les effets de la crise me rappelle l’ouvrage sur les Tombapiks que vous aviez recommandé …

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