Piketty et le protectionnisme

« Le protectionnisme permet parfois de protéger utilement certains secteurs peu développés dans un pays donné (le temps que les entreprises nationales soient prêtes à affronter la concurrence internationale). Il est également une arme indispensable vis-à-vis des pays qui ne respectent pas les règles (en matière de transparence financière, de normes sanitaires, de respect de la personne humaine, etc.), une arme dont il serait bien fou de se priver. Pour autant, le protectionnisme, s’il est appliqué de façon massive et permanente n’est pas en soi une source de prospérité et de création de richesses. L’expérience historique suggère qu’un pays qui se lancerait fortement et durablement dans cette voie, tout en annonçant à sa population une vigoureuse progression de ses salaires et de son niveau de vie, s’exposerait probablement à de graves déceptions. Par ailleurs, le protectionnisme ne règle en rien l’inégalité r>g (taux de rendement du capital > taux de croissance du PIB) ni la tendance à l’accumulation et à la concentration des patrimoines entre quelques mains à l’intérieur du pays considéré.  » Thomas Piketty, Le  capital au XXIième siècle, p. 872.

5 réflexions au sujet de « Piketty et le protectionnisme »

  1. Bref : avec une ouverture commerciale de 100% (ou presque) en Europe, on a de la marge.

    Si on avait voulu vraiment créer un Etat européen, un vrai, on aurait fait un Zollverein mais pas l’ouverture complète avec une gestion autoritaire de la monnaie.

    Les USA se sont fondés par le protectionnisme, Hamilton en tête.

    1. En 2010, l’UE des 27 a exporté en dehors du continent pour 2850 milliards d’euros de biens et services. Sur un PIB total de 12 268 milliards d’euros, cela représente un taux d’ouverture de 23%.

      Comme l’indique Piketty, une nation qui démarre son industrialisation a souvent besoin de protéger ses entreprises de la concurrence extérieure. Tous les pays industrialisés ont procédé ainsi, y compris les Etats-Unis. De plus, la taxation des importations permet de pallier le manque de ressources fiscales.

      Ce protectionnisme éducateur, typique du XIXième siècle, a déjà été pratiqué en Europe.

      1. Comme Paul Bairoch le montre, c’est plus compliqué que ça.

        Vous parlez de l’ouverture comme d’un processus progressif, tendant vers un équilibre donné. Or l’histoire est composée d’ouvertures et de fermetures.

        « As we have seen, it is almost certain that during the nineteenth century, contrary to the classical model, free trade coincided and was probably the main cause of depression and protectionism and was probable the main cause of growth and development for most of today’s developed countries. »

        Paul Bairoch – Economics and World History Myths and Paradoxes

      2. Oui, mais vous me parliez des Etats-Unis et du rôle du protectionnisme au démarrage de l’industrialisation.
        J’ai tendance à penser que l’ouverture aux échanges est gouvernée par des forces qui échappent au contrôle politique (progrès technologique dans les moyens de transport, hausse du niveau de vie, urbanisation) et que le degré d’ouverture commercial et migratoire d’un pays correspond grosso modo à sa position géographique et à son poids économique (exemple: la France pèse 3% du PIB mondial et accueille 3% des immigrés dans le monde).
        Toutefois, il est vrai que les crises économiques majeures favorisent la tendance à la fermeture, comme on l’a vu à la fin du XIXième et dans l’entre deux guerres. A l’heure actuelle, on observe que la crise n’a pas débouché sur une montée significative du protectionnisme traditionnel. En revanche, il existe des tendances au recentrement sur le marché national (relocalisations, par exemple), qui pourraient être renforcées par la progression des frais de transport (hausse à long terme du cout du pétrole). Ce que montre l’histoire, c’est que le protectionnisme peut l’emporter dans les phases ou l’économie dominante perd de son hégémonie. C’est un argument repris par Jacques Sapir, qui pronostique une démondialisation en raison de la perte d’influence des Etats-Unis. Qui vivra verra.

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