La drôle de récession sans protectionnisme

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Une étude de la Banque de la Reserve Fédérale de Chicago se penche sur l’étonnante modération des tensions protectionnistes à l’occasion de la dernière récession.

Le champ d’analyse se limite aux pays les plus riches (Etats-Unis, Union Européenne, Canada, Australie et Corée du Sud) ainsi qu’aux barrières commerciales temporaires et traditionnelles (droits anti-dumping, mesures de sauvegarde).

Au regard des précédents historiques (1988-2008), le trou d’air dans le PIB et l’emploi des années 2009 et 2010 aurait du se traduire par une explosion protectionniste: le modèle théorique prédit que 15% des importations américaines et européennes auraient pu faire l’objet de nouveaux obstacles aux échanges.

Or nous en sommes loin, puisque le protectionnisme ne s’est étendu qu’à 0,9% des importations aux Etats-Unis et 1,9%  en Europe.

Pourquoi la réponse commerciale a-t-elle été 8 à 16 fois moins importante que prévue?

Les auteurs mettent en avant le rôle de la coopération commerciale internationale  et la mémoire du scénario catastrophe des années 30.

Mais le papier nous informe que la relative stabilité du protectionnisme masque des phénomènes de substitution entre « pays-cibles », ainsi qu’entre protectionnisme  commercial et monétaire.

C’est ainsi que les pays riches ont, d’un côté, diminué leur protection à l’encontre de leurs partenaires commerciaux les plus atteints par la crise, et d’un autre côté, relevé leur niveau de protection vis-à-vis des pays les plus dynamiques, c’est-à-dire les pays émergents.

L’étude mentionne également le rôle positif de la dépréciation du dollar et de l’euro (en 2010)  sur l’apaisement des tensions protectionnistes dans les pays concernés.

Ce papier incite à considérer  le succès des thèses protectionnistes avec plus d’attention car le terreau macro-économique qui les fait prospérer est encore fertile.

De ce point de vue, la plus forte réaction protectionniste dont à fait preuve l’Europe, comparativement aux Etats-Unis, ne révèle-t-elle pas le manque de réactivité de la politique macro-économique communautaire face à la montée du chômage?

L’influence des mouvements internationaux de capitaux sur les tensions commerciales est une piste intéressante.

En effet, au début de la crise, les capitaux ont fui massivement les pays riches vers les pays émergents, ce qui a entretenu la dépréciation des monnaies occidentales, soutenu la compétitivité-prix de nos produits  et rendu moins nécessaire le recours à l’arsenal protectionniste.

A l’heure où les capitaux internationaux retournent au bercail et provoquent la dépréciation des monnaies émergentes, il est possible que le protectionnisme retrouve une certaine audience dans nos économies convalescentes.

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