Chine/UE: un compromis bienvenu sur le photovoltaïque

Comme au bon vieux temps des années soixante-dix et quatre-vingts, la diplomatie économique a accouché d’un gentlemen agreement, au terme duquel la Chine accepte de limiter ses ventes de panneaux photovoltaïques sur le continent européen, tout en s’engageant à respecter un prix de vente minimum.

Ce genre d’accord, qui évite une guerre commerciale en impliquant les firmes étrangères dans la gestion des quotas d’exportations, n’est pas du protectionnisme. Il s’agit d’un instrument classique de régulation des échanges, utile lorsque ceux-ci s’effectuent dans des conditions clairement non coopératives.

En effet, dans un contexte de diminution de la demande de panneaux photovoltaïques en Europe, après une période de surchauffe, la surproduction chinoise, subite et massive,  perturbait gravement le marché.

Si les firmes chinoises jouent le jeu, elles pourront tirer bénéfice de l’accord, en compensant la diminution de leur part de marché en Europe (de 80% à 60%) par un relèvement de leurs prix. Si les producteurs européens interprètent correctement le signal qui leur est envoyé par l’Europe, ils savent que le ballon d’oxygène dont il vont bénéficier est à la fois temporaire et à double tranchant, car le supplément de profits que peuvent récupérer leurs concurrents chinois risque de doper leur capacité d’innovation. Pour résister durablement, il leur faudra monter en gamme.

Le seul inconvénient de ce genre d’accord réside dans le risque de diversion des exportations chinoises vers d’autres zones du monde, au risque de déstabiliser d’autres marchés.

Ajoutons que la régulation des importations chinoises s’effectue dans un contexte d’assainissement du secteur photovoltaïque.

En effet, des années de subventions publiques très généreuses et d’importation de panneaux chinois à très faible coût, avaient alimenté une ruée vers la production d’électricité photovoltaïque qui n’avait plus rien à voir avec les objectifs environnementaux et risquait de dégénérer en bulle spéculative. La révision à la baisse des tarifs publics et la modération des importations étaient devenues nécessaires pour éviter une crise encore plus grave de l’emploi dans ce secteur.

5 réflexions au sujet de « Chine/UE: un compromis bienvenu sur le photovoltaïque »

  1. « Le seul inconvénient de ce genre d’accord réside dans le risque de diversion des exportations chinoises vers d’autres zones du monde, au risque de déstabiliser d’autres marchés. »

    Mais aussi la capture des rentes liées à la protection par les producteurs chinois plutôt que par les budgets publics européens dans le cas d’une taxe à l’importation. L’Europe est donc doublement perdante (du côté des consommateurs et du côté des Etats).

    Je ne suis pas sûr qu’il faille se réjouir.

    1. C’est vrai qu’à niveau d’importations identique, un droit de douane serait moins couteux.

      Tout le jeu consiste à ce que le public ne soit pas trop informé (l’accord est pour partie confidentiel), à éviter d’appliquer des tarifs, de l’ordre de 46%, si les chinois venaient à dépasser leur quota, et à impliquer les exportateurs chinois dans le contrôle de leurs ventes.

      Appliquer un tarif unilatéral (250% aux Etats-Unis) risque de n’avoir aucun effet ou d’occasionner des représailles.

      Il s’agit d’un compromis avec les Chinois , mais aussi entre pays européens qui ne sont pas tous d’accord sur la politique à adopter face à la concurrence chinoise.

      Un mauvais compromis ne vaut-il pas mieux qu’une bonne guerre commerciale doublée d’une nouvelle crise européenne?

  2. Un mauvais compromis demeure mauvais, à très courte échéance. Il s’agit d’un marché de dupes de toute façon.
    Une bonne guerre n’est pas mieux : ce ne sont pas les plus preux qui gagnent mais les plus tricheurs.
    Bref, nous voici avec le choix : la peste ou le choléra …

    De toute façon, le photovoltaïque n’est pas encore au point : son rendement est vite dégradé, contrairement à ce qu’annoncent les démarcheurs de tous poils qui n’ont comme argument que la défiscalisation. Je vous passe également les problèmes de maintenance pour les fluides calorifères des chauffe-eaux solaires.

  3. Pourquoi tant de disputes autour des panneaux solaires en particulier? Pourquoi pas l’acier, ou n’importe quoi d’autre?

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