Le BigMac ne nourrit plus son homme

De nombreux salariés de McDonalds sont en grève aux Etats-Unis. Relativement inédit, le mouvement pose la question des bas salaires dans ce pays.

La situation est plutôt pathétique. D’un côté,  nous avons des salariés très mal payés, qui, selon le New York Times, ont un pouvoir d’achat équivalent à celui des années 50.  D’un autre côté, nous avons des employeurs et des analystes raffinés (Forbes) qui prédisent le remplacement des hommes par des équipements informatiques ou des robots, si les revendications aboutissent.

En exigeant le doublement de leur rémunération (15 dollars de l’heure contre 7, 25 actuellement), les employés de McDonalds demandent-ils la Lune?

Une intéressante étude sur les conditions de rémunération qui prévalent dans cette entreprise (Ashenfelter 2012) vient à propos.

Elle nous apprend que, depuis 10 ans, le plus tranquillement du monde, McDonalds paupérise ses salariés américains

Plus précisément, le graphique ci-dessous (The Economist) montre que le nombre de Big Macs qu’il est possible de s’acheter aux Etats-Unis en travaillant une heure chez McDonalds (Big Macs per hours worked) a diminué de près de 20% entre 2000 et 2011.

A l’argument « si-vous-augmentez-les-salaires-les-prix-vont-augmenter », l’étude répond que cela fait belle lurette que les salaires ne suivent plus le prix du BigMac.

burger

Pour les économistes, ce phénomène traduit une hausse du prix réel du hamburger, c’est-à-dire du temps de travail nécessaire pour se l’acheter.

A l’heure actuelle, il faut travailler 25 minutes dans un McDo américain pour s’offrir un BigMac.

Les méthodes de travail étant hautement standardisées, on pourrait s’attendre à ce que le prix réel d’un Big Mac soit assez proche à travers le monde.

Il n’en est rien: le prix réel du hamburger est 4 à 8 fois plus élevé en Afrique du Sud ou en Inde, par rapport aux Etats-Unis.

La confection d’un hamburger prend-elle huit fois plus de temps à New Delhi qu’à New York?

A l’évidence, non. Ainsi donc, non contente de réduire le pouvoir d’achat de ses salariés aux Etats-Unis, la multinationale McDonalds profite à plein des écarts de développement en faisant réaliser un service identique à des salariés dont elle différencie les rémunérations en fonction du contexte local.

Un jour, peut être proche, les salariés américains de McDonalds seront remplacés par des machines.

A moyen terme, ce serait une bonne chose pour l’économie, mais que nous devions  attendre pour cela que les employeurs n’aient plus les mains libres pour dégrader les conditions de vie de leurs salariés, parce que ces derniers ont fini par se rebiffer, en dit long sur la nature profonde du système.

2 réflexions au sujet de « Le BigMac ne nourrit plus son homme »

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