Mai 68 contre la compétitivité?

En 1968,  un grand militaire qui parlait à ses concitoyens comme à de petits enfants gouvernait la France depuis 10 ans. Résultat: de mai à juin,  7 à 10 millions de salariés prirent la clé des champs. Cerise sur le gâteau,  ils obtinrent, au terme des accords de Grenelle,  des hausses de rémunération d’environ 10%, ainsi qu’une élévation du salaire minimum de 35%. Sans perspective politique, et sous la menace, à peine voilée, d’un coup de force, les grèves s’interrompirent à la mi juin.

A priori, la vague de grèves aurait du freiner considérablement l’activité économique. En termes d’offre, on évalue la perte d’heures travaillées à 750 millions, soit 3% du volume total annuel. En termes de demande, on pouvait craindre un recul de la consommation, en raison des journées de salaires perdues et de la diminution des occasions de consommer puisque nombre de lieux de production et de distribution étaient clos.

Or,  rien de tout cela.

Qu’on en juge par l’évolution de la production industrielle, qui récupéra le terrain perdu dès septembre, ou par celle des coûts salariaux unitaires de production, pas plus élevés au troisième trimestre 1969 qu’au début 1968 (Perspectives économiques de l’OCDE 1969).

cup1968

Comment se fait-il que les grèves aient glissé sur l’économie française?

D’une part les marges des entreprises industrielles, principalement exposées aux arrêts de travail, étaient confortables. Après plusieurs  années de croissance de la production sans création d’emplois équivalentes, les gains de productivité permirent d’absorber les hausses de salaires. Ajoutons que la relance des achats de consommation, entraînée par les hausses de salaires, fut une aubaine pour les entreprises qui disposaient de capacités de production inutilisées.

De plus, les pouvoirs publics prirent soin de multiplier les cadeaux fiscaux à l’endroit des entreprises, sous la forme de subventions, notamment à l’exportation, et de suppression de la taxe sur les salaires.

Enfin, les hausses de salaires et de prestations sociales  soutinrent le pouvoir d’achat et permirent à l’extension de la TVA décidée en 1967 de s’opérer sans dommages pour l’économie.

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