Les salariés français sont-ils trop payés?

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Le journaliste Nicolas Doze déclare sur BFMTV que les salariés français sont trop privilégiés en ces temps de crise et que la rigidité des rémunérations pèse lourdement sur la rentabilité de nos entreprises.

Comme Mr Doze ne saurait s’avancer sans un ou deux arguments théoriques, il est allé chercher une étude publiée en avril dernier par le Conseil d’Analyse Economique : « Dynamique des salaires par temps de crise« .

Partisan de la méthode dure, Mr Doze regrette que les économistes du CAE préconisent un ajustement indirect des salaires réels, via l’inflation, à l’instar de l’Angleterre,  plutôt  la baisse des salaires nominaux.

Plongeons nous dans cette étude.

  • La rigidité à la baisse des salaires nominaux est un phénomène général dans les pays les plus avancés. A moins de donner la troupe contre les salariés, ces derniers résistent spontanément à la diminution de leur rémunération, en France comme ailleurs. Ainsi, c’est par attachement à la démocratie et par pragmatisme que Keynes recommandait de ne pas pratiquer la déflation salariale. Au passage, on notera que la stabilité des salaires français en 2009 et 2011 a pour contrepartie…l’absence d’inflation salariale dans les années précédentes, comme on l’observe en Irlande, en Espagne ou au Royaume-Uni.

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  • L’évolution des salaires est elle insensible à la conjoncture économique? Pas tout à fait puisque les bas et les très hauts salaires ont connu un net ralentissement au cours de la récession. Mr Doze en convient, mais il ne se demande pas pourquoi  le coup de frein sur le SMIC en 2009 et 2010 n’a pas protégé l’emploi des jeunes et des moins qualifiés.

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  • Mr Doze ne voit pas que la rigidité des salaires français s’exerce également à la hausse. C’est même pour cette raison que le taux de marge des sociétés non financières françaises avait atteint un sommet (31,7% ) avant la crise  Pourquoi donc? Parce que la grande majorité des salariés français n’ont pas profité d’une envolée de leur rémunération, alors que l’activité économique était assez dynamique.

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En réalité, la fameuse stabilité des salaires français, que Monsieur Doze vilipende, résulte d’un échange de bons procédés qui ne coûte rien aux entreprises: en contrepartie d’une garantie salariale accordée au personnel en période de vaches maigres, les employeurs empochent un bonus en période de vaches grasses, lorsque le supplément d’activité et de productivité ne s’accompagne pas d’une hausse significative des salaires. On reconnaîtra ici l’un des enseignements de la théorie des contrats implicites, qui ne semble pas avoir franchi le seuil des jolis bureaux de BFMTV.

J’ai mis en évidence la vidéo de Mr Doze, dont la mise en scène,  profondément ridicule,  accompagne à merveille les élucubrations.

4 réflexions au sujet de « Les salariés français sont-ils trop payés? »

  1. Dans la même veine, cette chaine ou LCI, nous a gratifié d, un reportage sur la baisse des installations des entreprises étrangères en France au profit des anglais, des allemands, des espagnols …
    Je n’accepte pas que des journalistes se plaignent que les salariés ne soient pas encore prets à s’aligner financièrement sur des modèles de crise (espagne et autres) ou d’autres qui les dégradent (Allemagne, avec un reportage excellent sur l’entreprise Sana) …

    1. Vous avez raison, la petite chanson concernant les salaires français se développe à partir de l’exemple de l’industrie espagnole, qui bénéficierait d’un regain d’attractivité en vertu de la diminution des salaires. Le pauvre Nicolas Doze n’est pas un mauvais bougre (il fait l’effort de lire des trucs), mais on sent que tout est bon pour faire passer un message unilatéral et que le minimum d’esprit critique n’est plus au rendez-vous.

  2. le salarié français est mal payé tout en étant trop cher et il continue d’être mal payé tout en coutant de plus en plus cher. . l’un des nombreux aspects du paradoxe français comme ce non-sens économique qui distingue le salaire brut du cout salarial.

    j’aimerais bien lire chez nos économistes du dimanche (dont je suis) de temps à autre une petite (faut pas rêver) défense de nos jeunes générations (dont je ne suis pas) ne serait-ce que pour sortir un peu de l’obsession pour la retraite et des retraités (qui sont les plus malheureux du monde ou en passe de le devenir)

    mais ne croyez pas, je vous lis avec un plaisir sincère…

    1. Je suppose que vous avez en tête le coin fiscal, c’est-à dire l’écart entre le salaire total et le salaire net, dû aux charges sociales, qui expliquerait à la fois la modicité des salaires nets et la non compétitivité des entreprises. Il me semble que les charges sociales sur les bas salaires ont été fortement diminuées, mais sans remettre en cause le principe général de la protection sociale par répartition, qui veut que les prestations sociales soient au 3/4 financées par le travail, ce qui revient à socialiser une partie des rémunérations.
      Il s’agit là d’un grand débat…
      Merci pour votre dernière remarque.
      Au plaisir de vous lire.

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