Panorama des inégalités de patrimoine dans la zone euro

Tandis que la perspective d’un « choc de transparence » sur les patrimoines fait grimacer notre personnel politique, la Banque Centrale Européenne publie une étude  qui rappelle l’extrême concentration des patrimoines à l’intérieur de la zone Euro.

Ce travail résulte d’une enquête menée sur un échantillon de 62 000 ménages, dont le patrimoine est exprimé en valeur nette, soit après déduction de l’endettement.

Le graphique ci-dessous signale un écart très significatif entre le patrimoine médian (109 200 euros) et le patrimoine moyen (230 800 euros), que seuls 20% des ménages sont en mesure de dépasser.

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Comparativement à celui des revenus, « l’escalier » des patrimoines  conduit bien plus haut…mais les marches sont de plus en plus rudes, ce qui témoigne du caractère exponentiel des inégalités de richesse.

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Les courbes de Lorenz confirment la sur-concentration des patrimoines, relativement à celle des revenus et des dépenses de consommation.

En effet,  les 20% des ménages les plus aisés possèdent 67% du patrimoine net, perçoivent 47% des revenus, mais n’effectuent que 38% des dépenses de consommation.

L’argent fait des petits, mais tout un chacun n’a qu’un seul estomac.

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Entrons un peu plus dans les détails, avec les deux tableaux suivants, qui chiffrent les inégalités de patrimoine selon les caractéristiques de ménages ainsi que les pays.

On observe tout d’abord que le patrimoine net médian des ménages dépourvus de propriété immobilière (« renters ») est 26 fois plus faible que celui des ménages propriétaires exempts de prêts hypothécaires (9 100 euros vs 241 200 euros). Pour information, le patrimoine médian des locataires français s’élève à 7 000 euros, contre 238 000 euros pour les propriétaires de leur logement.

De plus, sans surprise, le revenu exerce une influence très significative sur le niveau de patrimoine.

Enfin, il existe des inégalités « fractales », telles  que les écarts de patrimoine parmi les 20% les plus aisés creusent de façon spectaculaire l’écart entre le patrimoine médian (506 200 euros) et moyen (780 700 euros) de cette catégorie privilégiée de la population.

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Qui sont les européens les plus riches?

L’étude livre une donnée qui a ému  le journal allemand De Standarrd: les Allemands seraient les plus pauvres d’Europe.

En effet, hormis les Luxembourgeois, les Maltais et les Chypriotes, ce sont les Belges, les Espagnols et les Autrichiens qui ouvrent le bal.

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En termes de richesse moyenne, les Allemands  (195 200 euros) se retrouvent à la neuvième position, juste derrière les Français (233 400 euros). En revanche,  le patrimoine médian des Allemands atteint péniblement 51 400 euros… soit la moitié de la richesse médiane en Grèce ou en France.

Les clés de cette énigme résideraient dans le faible taux d’accès des Allemands à la propriété (44% des ménages contre 60% ailleurs en Europe et 72% en Grèce), une préférence pour les placements liquides et peu rémunérateurs, le vieillissement démographique (diminution de la taille des ménages), ainsi que le haut niveau de logements sociaux et la politique fiscale.

Une propagande populiste et chauvine tend à utiliser ces données pour renforcer le ressentiment des Allemands vis-à-vis des pays du sud de l’Europe. Or, comme on le voit, ce sont les inégalités internes à l’Allemagne, et certaines caractéristiques comportementales, qui expliquent la pauvreté relative des ménages allemands en capital.

3 réflexions au sujet de « Panorama des inégalités de patrimoine dans la zone euro »

  1. Sauf que ce sont les ménages, donc on compare ici, le ménage allemands, souvent composé d’un seul retraité, avec les ménages espagnoles composés de monsieur, madame, 4 enfants adultes qui travaillent, plus la retraite de mamie, papie, et de la vieille tante non mariée.

    1. C’est tout le contraire de l’allégation ci-dessus: il est bien connu que ce sont les populations vieillissantes et en raréfaction, comme celle de l’Allemagne, qui sont censées concentrer le plus de patrimoine accumulé !

      En réalité, ces réactions gênées au patrimoine médian allemand le plus faible d’Europe sont révélatrices du trouble des néolibéraux face aux faits:
      Depuis qu’on nous vante de tous côtés les « succès » de la politique de « l’offre » allemande, quel est le bénéfice d’une telle politique… pour la grande majorité d’un peuple dont on constate que son patrimoine médian s’avère si faible (le dernier de la zone euro) et accuse tant d’inégalité (la médiane y est quatre fois plus faible que la moyenne, contre deux fois seulement en France) ?
      Qu’a donc fait l’Allemagne de l’Ouest de tous ses excédents commerciaux durant toute la deuxième moitié du XXe siècle ?
      Poser la question, c’est y répondre: tous les bénéfices en sont allés aux actionnaires (en Allemagne, mille ménages ont plus de cent millions d’euros en actifs, un nombre supérieur en proportion à celui des USA!) et aux entreprises elles-mêmes (afin d’accentuer la perpétuation du schéma!)

      A-t-on perdu de vue à ce point, en Europe comme ailleurs, la distinction entre les fins (le bien-être pour le plus grand nombre) et les moyens (la « compétitivité » au bénéfice de quelques uns) ?

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