Les blagues à Jean-Marc

Pour la nouvelle année, Jean-Marc Daniel a présenté ses voeux sur Canal Xerfi.

A cette occasion, il a souhaité à notre pays rien de moins que trois réformes libérales radicales:

  1. Suppression des impôts progressifs, remplacés par des taxes proportionnelles
  2. Allègement radical du coût du travail et du droit du licenciement
  3. Privatisation d’Edf, de la SNCF, ainsi que de la Sécurité sociale

Commençons par la disparition de la fiscalité progressive.

Mr Daniel la justifie au nom de la lutte contre l’endettement public.

Pour ce faire, il préconise de cantonner la politique budgétaire à son rôle de stabilisateur spontané de la conjoncture. De quoi s’agit-il? Tout simplement du fait que les prélèvements obligatoires évoluent dans le même sens que le revenu global, ce qui permet de raboter le revenu disponible des agents en période vaches grasses, et de leur redonner un peu de pouvoir d’achat en période de vaches maigres. A partir de là, Jean-Marc Daniel vante les mérites de la fiscalité proportionnelle, celle dont les recettes évoluent au même rythme que celui de la conjoncture et du revenu. Seulement voilà, l’argument de JMD est erroné car la flexibilité des recettes publiques est d’autant plus assurée que les  prélèvements sont progressifs. En effet, dès lors que le taux d’impôt augmente avec le revenu des ménages et le bénéfice des entreprises, il suit qu’en période de boom les recettes fiscales ont tendance à augmenter plus vite que le PIB, et qu’en période de récession, les prélèvements diminuent plus fortement que le revenu global.

Les deux autres points du programme Daniel sont moins argumentés.

Quand il prononce ses voeux (le 21 janvier), le bon Daniel anticipe un échec fatal des négociations sociales sur la flexibilité du travail. Empressé d’arracher les dernières pages du code du travail, il réclame l’intervention directe de l’Etat, ce qui en dit long sur la nature autoritaire de son libéralisme.

La privatisation de la Sécurité Sociale est pour Mr Daniel le moyen d’effacer ce qu’il nomme le « mythe du Conseil National de la Résistance ». Il nous explique que « le travail est un bien comme un autre », en rupture avec l’article premier de la Déclaration de Philadelphie, qui redéfinit les objectifs de l’Organisation Internationale du Travail en 1944.

Les derniers ouvrages de notre idéologue béat sont en vente aux éditions Bourin.

11 réflexions au sujet de « Les blagues à Jean-Marc »

  1. « …en dit long sur la nature de son libéralisme. »

    J’ai pensé la même chose en voyant cette vidéo. Dans sa formule préférée, la « concurrence totale » il y a comme un mot qui résonne hors du vocabulaire habituel libéral.

    Mon explication est qu’il est si frustré de vivre sa contradiction (anglophile et français, libéral et cartésien ou Bordelais en résumant, Bordelais qui ont toujours été nostalgique de leur colonisation britannique) que son esprit est écartelé entre deux extrêmes qu’il n’arrive plus à contenir.

    Physiquement on ressent ces élancements, en particulier dans cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=kll9nduZtK4

    En tout cas la libre concurrence des idées ne semblent pas lui réussir ! C’est sans doute qu’il y a tant de rentiers du système ! Rentiers qui seront tous broyés par la mise en place mathématique d’une horlogerie parfaite qui viendra mettre naturellement au sommet son Architecte-Roi : Jean-Marc Daniel !

      1. Qu’on lui ouvre autant les plateaux montre aussi quelle idée certains ont en France du libéralisme. Une sorte créature étrange à mi-chemin entre libéralisme et bonapartisme.

  2. Vous vous rappelez toutes les belles promesses au moment du référendum sur le traité de Maastricht en 1992 ?

    Vous vous rappelez toutes les belles promesses en 1992 pour nous inciter à voter « oui » à la monnaie unique, « oui » à l’euro ?

    – « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    – « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    En réalité, nous avons eu exactement le contraire.

    En réalité, la construction européenne aboutit à un désastre économique, un désastre financier, un désastre social, un désastre humain.

    Vendredi 25 janvier 2013 :
    France : chômage concernant les catégories A, B, C, D, E :
    5 560 100 demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois à Pôle Emploi.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-VHP736-2.pdf

    Espagne :
    Les chiffres effarants du chômage de masse en Espagne.
    Le taux de chômage espagnol a terminé l’année 2012 sur un nouveau record historique à plus de 26% de la population active, tandis qu’il monte même à 55% chez les jeunes. Et la situation a toutes les chances de s’aggraver encore en 2013.

    Grèce :
    Avec 26,8%, le chômage en Grèce va de record en record.
    Le taux de chômage grec a atteint un nouveau record en octobre à 26,8%, contre 26,2% le mois précédent (chiffre révisé), a annoncé jeudi l’agence nationale des statistiques Elstat.
    L’économie grecque devrait subir une sixième année consécutive de récession en 2013.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00490279-avec-26-8-le-chomage-en-grece-va-de-record-en-record-527279.php

  3. A propos de Jean-Marc Daniel, je recopie sa biographie. Source : article « Jean-Marc Daniel » sur wikipedia.

    Après son diplôme de l’École polytechnique et de l’ENSAE, il rejoint l’administration comme administrateur de l’INSEE.
    Il a alterné des fonctions dans l’administration active (direction régionale de l’INSEE à Lyon, direction du Budget, régime de Sécurité sociale des mineurs, Ministère des Affaires Étrangères), dans les cabinets ministériels (au Ministère de la Culture et au Ministère des Affaires Étrangères) et dans des fonctions d’économiste et d’enseignant (chargé d’étude à l’OFCE, cours donnés à ESCP Europe, à l’Ecole des Mines, à Paris X et à l’ENSAE).
    A l’heure actuelle, outre ses cours à ESCP Europe, il est responsable de l’enseignement d’économie aux élèves – ingénieurs du Corps des mines.

    Fin de citation.

    En clair :

    Jean-Marc Daniel aura bientôt 59 ans … et il a fait toute sa carrière dans l’administration.

    En tant que fonctionnaire, Jean-Marc Daniel mord la main qui le nourrit depuis 35 ans.

    Jean-Marc Daniel fait partie de ces fonctionnaires ingrats, qui ont été payés pendant toute leur carrière par l’Etat, et qui crachent sur l’Etat qui les a nourris.

    C’est le club des ultra-libéraux, mais des ultra-libéraux qui sont fonctionnaires : Guy Sorman, Pascal Salin, Jean-Louis Caccomo, etc.

    1. Oui, c’est plutôt contradictoire en effet, mais quelqu’un qui parle de « concurrence totale », comme il le fait, est un ultralibéral particulier, puisqu’il veut que l’Etat cré en laboratoire la concurrence. Une sorte de fonctionnaire du marché intégral. C’est très étrange, car s’il avait vraiment confiance dans le caractère naturel et spontané du marché, pourquoi fait-il une telle maladie de l’intervention publique. Adam Smith était bien plus cohérent….et c’était aussi un fonctionnaire d’ailleurs.

    1. Merci pour cette référence, que j’ai tweetée. Il est vrai que l’acharnement dont fait preuve Jean Marc Daniel à l’encontre de tout ce qui peut ressembler; de près ou de loin, à une forme de gestion non marchande de l’économie, ressemble à bien des critiques qu formulent les économistes libéraux contre l’Etat, qu’ils imaginent dans la main des intérêts particuliers. Mais on pourrait retourner l’argument, et faire l’économie politique des économistes libéraux, et de Mr JM Daniel, afin de peser leurs idées au trébuchet des intérêts sonnants et trébuchants dans la main desquels ils se trouvent, peut-être, à leur tour.

      1. L’obsession de la pureté intellectuelle du concept… Mais en fait c’est pas Bonparte sa référence, c’est Robespierre !

  4. Autre information importante : la vertue de l’économie portée aux nues comme science. La science économique.

    Il la pose en hypothèse irréductible dans les premières pages de son dernier livre (la somme de ses comptines libérales qu’il ménestrel sur BFM) en même temps qu’il justifie sa position peu contradictoire de fonctionnaire anti-étatiste en affirmant qu’il agit pour le plus grand bien de la société (l’introduction de la vidéo citée plus haut entre bien comme exemple du texte de Rodrik), ça rappelle aussi notre cher Roro national.

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