Croissance potentielle, où es-tu?

Les publications de Natixis se suivent et se ressemblent. Plus fatalistes qu’hier et moins pessimistes que demain.

L’aimable Flash Economie n°842 nous annonce que les bonnes performances de la France en termes de productivité du travail et de démographie ne la sauveront pas d’une stagnation de long terme, avec un taux de (dé)croissance potentielle de l’ordre de -0,11%, par an, ce qui va poser un très sérieux problème pour réduire le taux d’endettement public.

Moralité: il faut baisser le coût du travail,  il faut privatiser (n° 844), il faut libéraliser simultanément tous les marchés (n° 839), il faut accroître la valeur du capital (n° 835), il faut exploiter le gaz de schiste (n° 637),  blablabliblablabla…

A l’approche des vacances de fin d’année, il est bel et bon que Natixis nous incite à réviser des notions élémentaires, telles le taux de croissance potentielle et la productivité globale des facteurs. Mais pourquoi tout gâcher en tirant systématiquement les analyses dans le sens  du discours dominant?

Par exemple, pourquoi supposer que le rythme de croissance du progrès technique constaté entre 1998 et 2012 prédit celui des prochaines années? Pourquoi passer sous silence qu’à partir des formules et des données statistiques de Natixis (n° 842 cité plus haut), il apparaît que les écarts de croissance potentielle entre les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni ne doivent rien à la déformation du partage de la valeur ajoutée, puisque la répartition travail/capital y est très similaire?

Comment se fait-il que d’un mois à l’autre, Natixis produise des estimations de la productivité moyenne du travail et du capital  aussi différentes? En septembre 2012, on nous dit que la productivité globale des facteurs va croître à un rythme moyen annuel de 0,22%. En décembre, le taux dégringole à 0,12%.

Enfin, d’une étude à l’autre, la notion de croissance potentielle change. Un jour, parce qu’on a envie de voir tout en sombre, on raisonne à très long terme et on nous prévient que puisque le rythme de croissance de l’investissement ne peut s’écarter de celui du PIB, toute la croissance repose sur le progrès technique. Trois mois plus tôt (n° 602), on raisonnait à moyen terme et on nous disait qu’avec un supplément d’investissement, il est possible de donner un coup de pouce à la croissance.

Plutôt que d’assommer les populations sous la fatalité des conséquences affreuses de la croissance potentielle faible et de terminer chaque article par un lugubre il faut, pourquoi Natixis ne propose-t-il pas aux citoyens avisés  l’éventail des solutions les plus raisonnables, voire même (rêvons un peu) les plus équitables, pour soutenir l’investissement, améliorer la recherche,  l’innovation, la fiabilité des produits, ainsi que l’hygiène et la sécurité au travail?

Publicités

3 commentaires sur “Croissance potentielle, où es-tu?

  1. Mais mon pauv’ monsieur, c’est pas vendeur, l’espoir !
    C’est même contreproductif !
    Cela donne envie aux gens de relever la tête, de dire « non » quand des solutions sont imposées.
    En plus, que faut-il attendre de Natixis ?
    Regardez leur fiche :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Natixis

    Il y a un gros problème de crédibilité.
    J’ai eu le même constat avec les sociétés de portefeuille et leurs lettres mensuelles…
    Parce qu’il faut bien que les actionnaires s’achètent un petit cadeau …

  2. Il se peut que les chercheurs de Natixis essayent désespérément de faire rentrer la réalité économique dans les modèles et l’idéologie qui ont prévalue depuis plus de trente ans dans les enseignements économique…

    Quitte à se contredire d’une étude sur l’autre ( ex : Une va dire que les entreprises une fois restaurer leurs marges n’investisse pas et font des excès de réserve puis dans la suivante qu’il faut redonner des marges aux entreprises)

    Mais le réel économique ne veux pas se contraindre au champ théorique, c’est fâcheux ! (de là à dire qu’il n’y met pas du sien et fait de la mauvaise foi, il n’y a qu’un pas que j’ose franchir)

  3. A la vitesse où Natixis produit des « études », il racontent souvent n’importe quoi.
    Il y a de temps en temps un papier scientifique où la confrontation avec les faits ne relève pas du « doigt mouillé ».
    Mais c’est très rare. Cela devient une activité d’éditorial de presse.
    Du point de vue, respectable après tout, mais qu’il devient abusif de présenter comme une étude de service économique digne de ce nom.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s