PIB, temps de travail et productivité dans les pays de l’OCDE

Comment expliquer les écarts internationaux de PIB par habitant?

Par le différentiel de qualité du travail ou par l’écart du volume de travail?

Grâce à l’abrégé 2012 des indicateurs de productivité de l’OCDE, nous pouvons, avec prudence, émettre quelques hypothèses.

Le graphique ci-dessus livre trois principaux résultats:

  • Le PIB/habitant de chaque pays de l’OCDE, relativement à l’ensemble de la zone,   est le reflet des écarts relatifs de productivité: dis moi quel est ton rendement horaire relatif et je te dirai si tu es riche ou pauvre. En dehors de l’Islande, aucun pays déficitaire en productivité ne fait partie du club des pays relativement riches.
  • Travailler plus ne bouleverse pas la hiérarchie économique. Les pays les plus laborieux (Luxembourg, Suisse, Islande,  Corée du Sud, Mexique) obtiennent des résultats contrastés en termes de revenu. Quant aux Etats-Unis, ils tirent la totalité de leur richesse relative, non pas d’un surplus horaire, mais de leur avance productive.
  • Dans les 2/3 des pays, la durée de travail relative évolue inversement à la productivité horaire, soit que les gains d’efficacité s’accompagnent de moindres horaires (cas typique: la France), soit que les pays compensent partiellement leur manque de productivité par un supplément de travail (Islande, Corée du Sud, Mexique). Il existe des exceptions, tels le Luxembourg, la Suisse et l’Autriche, qui conjuguent forte productivité et important  volume horaire.

Examinons plus précisément le cas de la France.

Le pays de Montaigne affiche une richesse par habitant merveilleusement moyenne…tout en travaillant moins.

Pour les amis du droit de vivre, cela signifie que notre pays  a l’art de compenser les congés payés et les 35 heures par une forte productivité. Les scrupuleux du devoir de travailler rétorquent qu’avec un volume horaire dans les standards de ceux l’OCDE, notre pays disposerait d’un PIB par habitant supérieur à celui de l’Allemagne. Comme la relation mathématique entre PIB, temps de travail et productivité ne vaut pas causalité, chacun voit midi à sa porte.  Mais d’autres feront remarquer qu’une partie du déficit français en termes d’heures de travail s’explique moins par les comportements que par le manque de croissance.

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9 réflexions au sujet de « PIB, temps de travail et productivité dans les pays de l’OCDE »

  1. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que le PIB mesure une activité et pas une richesse
    Conventionnellement, l’évolution du PIB est censée refléter la création (ou destruction) de richesse d’un pays. La plupart des grandes données économiques sont mesurées à l’aune de ce PIB.

    Cependant le PIB mesure, non pas la richesse, mais l’activité, ce qui est avouez-le complètement différent. Une activité peut être stérile. Je vous coupe les cheveux pour 50 euros, vous me coupez les cheveux pour 50 euros, notre PIB est de 100 euros, mais ni vous ni moi ne sommes plus riches après cette opération.

    Plus grave : pour mesurer le PIB, les statisticiens additionnent des dépenses en supposant qu’en face les recettes existent et que les dépenses sont donc le reflet exact des recettes. Ce n’est pas le cas puisque de nombreuses dépenses sont financées à crédit, par la dette (ou pire encore par la planche à billets).

    1. Oui, j’ai pris la notion de richesse au sens restreint, c’est-à-dire monétaires. Le PIB additionne les flux d’activité obtenus à partir d’un travail rémunéré et ne fait pas le distinguo entre un service de coiffure, d’éducation ou la fabrication d’une automobile. c’est un indicateur quantitatif, c’est son utilité (il permet d’évaluer les revenus) , c’est aussi sa limite.
      La composition du PIB peut révéler l’existence d’une croissance financée par l’endettement, que ce soit à travers l’apparition d’un déficit extérieur (ce qui diminue le PIB) ou bien avec la progression des profits bancaires et financiers (ce qui gonfle les chiffres du PIB pour un temps, jusqu’à ce que la crise du crédit éclate).
      Il est vrai que dans l’exemple que vous prenez, notre PIB augmenterait de 100 euros sans accroissement de la richesse (au sens de bien être)puisque nous pourrions très bien nous couper les cheveux nous mêmes, ou en famille, dans les deux cas gratuitement. La coupe de cheveux n’est pas stérile en soi (vaste débat, de Smith à Marx), mais tout dépend de qui la fait. En l’occurrence, le PIB rassemble les activités socialement reconnues, qui donnent lieu à un paiement. Marx avait tranché comme ceci: est productif tout travail qui produit de la plus value, qu’il s’agisse d’un coiffeur ou d’un ouvrier, si tous deux sont salariés. A ce titre, le problème n’est pas tant l’existence ou pas de la richesse, mais son inégale répartition.

    2. En même temps se couper les cheveux soi-même n’est pas facile… A la fin de l’opération on n’est peut-être pas plus riches mais on a tous les deux les cheveux coupés. Et c’est quelque chose qu’on valorisait au moins à 50 euros chacun. Il y a donc bien une création de richesse. Et, si par la suite nous n’avons plus le temps de nous couper les cheveux (pcq par exemple nous sommes pris par d’autres activités), il y aura bien une diminution de l’activité.

      1. Les opérations tondeuse: je tonds votre gazon pour 50 euros, vous tondez le mien pour 50 euros. Mais on se demande pourquoi des gens feraient cela. A partir du moment où les acteurs économiques échangent des services c’est bien qu’ils en tirent un bénéfice et donc c’est normal que ça augmente le PIB.

      2. Notez que s’il s’agit de se rendre un service mutuel et identique, autant se passer d’argent, il s’agit d’un troc qui ne devrait pas affecter le PIB. On est là dans le registre de l’entraide. Le PIB augmenterait si chacun faisait appel à un professionnel pour se faire couper les cheveux ou tondre sa pelouse.

  2. J’ai des souvenirs d’observations sur l’intérêt et la pertinence du PIB d’un de mes prof’ d’éco :
    Le PIB s’occupe des activités productrices de valeurs comptables (dans tous les sens du terme) mais il ne distingue pas les effets bénéfiques de ceux qui ne le sont pas.
    Ainsi, produire en ayant des déchets polluants, c’est mal … sauf si le déchet est valorisable … et encore, il est possible de discuter de la valorisation, etc …

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