La musique se démondialise-t-elle?

Grâce à la mondialisation et  à internet allons nous écouter toutes les musiques du monde? Pas vraiment, selon deux études récentes.

Ferreira et Waldfogel (2010) soulignent la prééminence du goût pour la musique nationale ou en provenance de pays proches par la géographie ou la langue. Le bais domestique s’est même fortement accru depuis le milieu des années 80, avec la multiplication des chaînes nationales de télévision musicales et la pression des pouvoirs publics en faveur des productions locales, comme, par exemple,  l’existence de quotas de chansons nationales à la radio.

En 1990, quand les excellents Garçons Bouchers chantent « La lambada on n’aime pas ça », la part de marché intérieure de la musique française est largement inférieure à 50% et ne cesse de diminuer. A partir de 1995, le retour de balancier a été spectaculaire, comme le montre le graphique ci-dessous.

Maria Masood montre qu’il existe un relation non linéaire entre PIB et diversification internationale de la consommation de musique. Au delà d’un certain niveau de richesse nationale, on se montre aussi peu éclectique que dans un pays à faible revenu. Certes, le panier de consommation musicale d’un habitant des pays de l’OCDE contient 3 fois plus de titres étrangers que celui d’un habitant des pays en voie de développement. Mais cet éclectisme est trompeur, puisque nos pays riches ont tendance à concentrer l’essentiel de leurs dépenses en  musique étrangère sur un petit nombre de pays, notamment anglo-saxons.

L’auteur établit un parallèle avec la micro-économie des goûts musicaux, qui montre qu’après une phase d’expérimentation, le touche-à-tout culturel qui a découvert ses préférences en est bien content et s’y tient.

Revenons aux Garçons Bouchers et à leur préférence affichée pour la java. En optant pour une musique populaire bien de chez nous,  raillent-ils le formatage des goûts musicaux au risque de verser dans l’ethno-centrisme? Par forcément, car l’histoire de la java est reliée à celle des migrations internes (Auvergne) et extérieures (Italie), auxquelles s’ajoute un zeste de musique hongroise. Comme quoi, et c’est la limite des indicateurs de diversité musicale qui se contentent de comptabiliser les flux internationaux de produits culturels, les influences culturelles les plus profondes se jouent  subtilement des frontières.

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2 réflexions au sujet de « La musique se démondialise-t-elle? »

  1. Musicalement, il semble que ce soit le brassage des populations qui fasse le multi-culturalisme mais aussi la force politique d’une région.
    La musique est un marqueur d’intégration culturelle.

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