Le manque de profitabilité explique-t-il la dégradation du commerce extérieur français?

Dans un intéressant papier, Patrick Artus affirme que la France souffre aujourd’hui  des mêmes maux qu’au début des années quatre-vingts, en particulier un recul de la profitabilité des entreprises et  une dégradation du commerce extérieur (Flash Economie, n°688). Comme notre pays n’a plus la possibilité de dévaluer sa monnaie, Artus prédit un ajustement  beaucoup plus  douloureux qu’il y a 30 ans, avec une forte baisse des salaires réels.

En préconisant un choc de compétitivité, Patrick Artus ne déroge pas au bon sens lugubre des économistes mainstream, dont le purgatoire est toujours pavé de rigueur et de sacrifices.

Pour déterminer si les exportations françaises pâtissent vraiment du manque de profitabilité des entreprises, examinons les jolis tableaux d’Artus.

Les graphiques 3a et 3b indiquent l’évolution de la balance commerciale (exportations-importations de marchandises), en France et en Allemagne, entre 1975 et 1990 et depuis 2003. Les graphiques 4a et 4b illustrent les variations de la profitabilité des entreprises résidentes en France et en Allemagne, mesurée par la part de l’épargne des dites entreprises (profits nets de taxes, d’intérêts et de dividendes) dans le PIB.

A première vue, la messe semble dite, puisque l’Allemagne affiche généralement un taux de profit et un solde commercial supérieurs à ceux de la France.

En réalité, la liaison profit-commerce extérieur est beaucoup plus complexe.

Commençons par l’Allemagne. Dans ce pays, le retour à l’excédent commercial, entre 1981 et 1986, ne s’est accompagné d’aucune remontée du taux de profit et les 3 points de PIB qui sont tombés dans l’escarcelle des entreprises entre 2002 et 2012 n’ont pas fait décoller l’excédent commercial.

En France, le lien entre profits et commerce extérieur semble plus solide, puisque les deux périodes de dégradation du solde commercial (1977-1983 et 2004-2012) correspondent à des années de vaches maigres du côté des profits.

Pour autant,  la multiplication par 4 du taux de profit français entre 1983 et 1989, qui avait permis aux entreprises françaises de coller aux performances allemandes,  ne s’est pas traduite par un rattrapage similaire en termes d’exportations et n’a même pas permis de renouer avec les excédents commerciaux du milieu des années soixante dix.

D’autres faits retiennent l’attention:

  • Comment se fait-il qu’avec un taux d’épargne trois fois plus important qu’en 1982, le déficit commercial français soit aussi dégradé qu’à cette époque?
  • Comment se fait-il que les deux périodes au cours desquelles l’Allemagne a le plus distancé la France en termes de commerce extérieur (1989 et 2012), correspondent, pour la première, à une profitabilité identique des deux côtés du Rhin, et pour la seconde, à un écart de 4 points?

Avant que d’envoyer les salariés dans les ténèbres de la déflation, les industriels devraient se montrer plus prudents, et les économistes un peu plus sceptiques.

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