Baverez, l’effrayeur public numéro 1

On s’étonne que la littérature catastrophe de Nicolas Baverez ne soit pas vendue avec un gobelet de boisson gazeuse ainsi qu’une bolée de pop corn. En effet, ses ouvrages impressionnistes dessinent toujours un paysage de désolation: La France qui tombe, les Trente piteuses, Après le déluge, En route vers l’inconnu. Le petit dernier s’intitule Réveillez-vous!

Dans son éditorial du 20 septembre, intitulé Agenda 2014: chronique d’une faillite annoncée (le Point), la vigie du déclin se fait  menaçante et prédit à  notre pays le sort de l’Italie et de la Grèce, rien de moins.

Pour Nicolas Baverez, la France est le maillon faible de l’Europe, parce qu’elle dépenserait trop et n’épargnerait pas assez, au risque que l’emballement de sa dette publique provoque une nouvelle crise qui mettrait à bas les plans de redressement budgétaire de nos voisins européens. L’historien fustige notamment les ménages qui ne travaillent pas assez, ainsi que les administrations publiques, qu’il accuse de dilapider l’argent des Français et de ne pas tenir leur engagement de limiter leur déficit à 3% du PIB.

En attendant le déluge annoncé, les prédictions de l’OCDE n’indiquent pas que notre économie s’effondrerait, d’ici la fin 2012, contrairement à l’Italie. La croissance française est atone, mais le quatrième trimestre s’annonce plus morose en Allemagne.

Quant à la productivité du travail, elle a continué de progresser dans notre pays, entre 2002 et 2008, à l’inverse de l’Italie, de l’Espagne ou de la Grèce, pays auxquels Baverez tient  absolument à nous identifier.

Les poncifs Bavereziens relèvent du conservatisme financier le plus banal, qui colporte des légendes et des exagérations  au sujet du déclassement compétitif de notre pays, de l’excès du coût salarial ou de ce grand malheur qui pousserait nombre de Français aisés à s’exiler.

Toutefois, Baverez aime bien brouiller les pistes. Voici qu’il se présente comme un champion de la relance et compare la politique fiscale du gouvernement Français à celle de Pierre Laval, au milieu des années 30:

La France renoue avec les années 30 en faisant le choix suicidaire de la déflation contre la reflation. L’écart qui s’est creusé entre la production et la consommation peut être comblé soit par la hausse de l’activité, soit par la baisse des revenus et de l’emploi.

Mais de quelle relance s’agit-il? En rejetant les socialistes dans le camp de l’austérité, Nicolas Baverez fait mine d’interpréter la crise comme le résultat d’un excès de la production sur la consommation.

En réalité, l’essayiste est à des années lumière de Keynes:

  • Selon Baverez, l’écart qui s’est creusé entre la production et la consommation, ne provient pas d’une  sous-consommation mais d’une mystérieuse préférence nationale pour la consommation: (…) la rupture s’est faite autour de la préférence nationale pour la consommation contre la production, pour l’impôt et la dépense publique contre l’entreprise, en contradiction avec les exigences de la monnaie unique et les réformes engagées en Europe du Nord. (19/07/12). Au passage, on note que chez Baverez toute  production privée est une vraie production, tandis qu’une production publique, on ne sait pas trop pourquoi, relève de la consommation.
  • Baverez juge le choc fiscal  plus nuisible à la croissance que la diminution des dépenses publiques. Il le compare au choc pétrolier des années 70 (3% du PIB). Or, il semble plus judicieux d’évoquer un contre-choc fiscal, tant certains impôts directs ont baissé ces dernières années, au risque de creuser l’endettement public.  Baverez oublie de préciser que la hausse des impôts frappe les revenus consommés et épargnés, alors que la baisse des dépenses publiques affecte directement l’activité. En novembre 2011, il préconisait un plan d’austérité de 125 milliards d’euros, dont 100 milliards d’économies budgétaires et 25 milliards d’impôts supplémentaires sur les ménages (TVA, CSG).

En bon doctrinaire, Nicolas Baverez enrobe d’un fumet d’apocalypse la défense bornée d’intérêts particuliers et présente toute politique alternative à l’austérité, même la plus nuancée, comme une catastrophe nationale. On s’amuse à l’avance de sa réaction au projet de « choc de compétitivité », dont il pensait le Gouvernement incapable.

Moins drôle qu’Alain Minc, plus raffiné que Claude Allègre et Michel Godet, Nicolas Baverez est à  sa place dans le dispositif de reconquête de l’opinion publique  par le clan que l’on sait. N’ayons pas peur de lui.

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3 Comments

  1. Effectivement, attiser la peur a toujours été une méthode « réactionnaire » avec des gens qui ne feront que aggraver la situation du plus grand nombre au profit de quelques uns.
    Le problème, c’est que la méthode fonctionne très bien : qui a peur perd l’usage de son cerveau, si tant est qu’il y en ait eu un !
    Dommage que l’équipe d’en face soit « consensuelle » … Quand « on » a des convictions pour lesquelles « on » a été élu, faut s’y coller, droit dans ses bottes, sinon, il y a suspicion d’escroquerie, abus de confiance (même si la qualification a disparu un jour de toilettage législatif), ou dol, pour le moins (contrat social oblige).

  2. « Le clan que l’on sait » ? Je ne dois pas faire partie des initiés… Une petite précision serait bienvenue.

    Sur la légitimé de relancer les impôts directs, on peut s’interroger sur sa pertinence quand plus de 50% du PIB part déjà en taxes et impôts. C’est quoi l’objectif ? 55 ? 60 % ?… En voulant faire (un peu) de mauvais esprit, on dirait que l’économie française est plus proche du communisme que du libéralisme. 😉

    1. Oui, je fais mon Robespierre parfois. Le « clan » en question, ce sont nos amis les sarkozystes, ou plus précisément, les bonapartistes affairistes dont la France aime, de temps en temps, à garnir ses photos officielles.
      Je comprends qu’un taux de PO supérieur à 50% choque. Mais puisque notre pays n’en est pas au point de la Corée du Nord, c’est qu’il y a des compensations (prestations sociales+services publics) et que le secteur privé a pris l’habitude de s’en accommoder (faibles salaires nets, forte productivité, hypersélectivité du marché du travail).

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