Le trilemme de Madrid

« L’Espagne est sur la bonne voie » Angela Merkel (06/09/12)

A défaut de se joindre aux cortèges madrilènes, on peut tenter de les mettre en perspective. L’Etat espagnol est aux prises avec le trilemme de Rodrikthéorie d’après laquelle  l’approfondissement de l’intégration économique financière d’un ensemble d’Etats Nations exige, un jour ou l’autre,  de sacrifier  la souveraineté ou la démocratie. Dans le cas présent, l’Etat espagnol résiste  à la protestation populaire anti-austérité tout en renâclant à sa « mise sous tutelle » par l’UE, le FMI et la BCE.  Si l’on ne veut pas que les Etats deviennent des coquilles vides triple A, ou que les peuples s’enivrent de nationalisme morbide, on serait bien inspiré d’accélérer le chantier de l’Europe fédérale et démocratique. Sur ces questions, la lecture du texte « Mondialisation et démocratie » (Jean-Marc Siroën) est vivement conseillée.

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10 réflexions au sujet de « Le trilemme de Madrid »

  1. ça suppose aussi, au passage, des questions de « sous ». Qui dit fédération dit transfert de compétences dit transfert de budgets, dit solidarité financière (dit capacité à considérer « notre argent » dans un cadre plus large).

    J’ai personnellement l’impression, rétroactivement, que depuis que l’intégration européenne touche plus directement a ces questions (depuis l’euro), l’Allemagne (ses habitants ? ses dirigeants ? ) et les pays les plus riches (et/ou « vertueux ») traînent les pieds. Sans compter en France (par exemple), des réflexions de base que l’on entend si on prête l’oreille du type « avec tout l’argent qu’ON a donné [a la Grece] ».

    Au niveau le plus bas, il est difficile de créer un « nous ». Déjà que beaucoup d’autres « nous » se délitent, y compris nationaux….

    Hollande doit déja faire des cauchemars en pensant au prochain référendum puissance 2.

  2. Il est bien clair que le fédéralisme doit s’affirmer en Europe. Pourtant, la question économique ne doit pas être l’unique sujet au coeur de la crise. Les peuples ne se sont jamais autant sentis les poings liés à la Commission Européenne et à la Troika depuis 2008. Auparavant, excepté la hausse des prix, personne ne savait réellement à quel niveau nous étions européens. La crise actuelle, l’inaction réelle des gouvernements et des instances européennes dirigent l’opinion publique vers un refus catégorique de perte de souveraineté. La très mauvaise anticipation des Etats membres est aujourd’hui une des causes de la crise actuelle. Peut-on vouloir perdre tous les acquis nationaux qu’il s’agisse d’ici au d’ailleurs, en croyant fermement détenir mieux de la part d’un fédéralisme encore naissant ? Jusqu’à quel degré d’intolérance l’Homme peut-il patienter, et surtout sera-t-il en adéquation avec le temps qu’il faudra à l’Europe pour proposer un fédéralisme réellement démocratique et respectant les cultures étatiques ? Tels sont les proches défis.

    1. Quand je parlais de la difficulté de percevoir un « nous » : si vous mettez « peule » au pluriel, c’est une manière de dire (inconsciemment ?) qu’il n’y a pas de peuple européen ( ce qui pour des français habitués a confondre etat/nation/peuple est lourd de sens). Il faudrait commencer que « nous », français, prenions conscience qu’il n’y a d’autres nous que le « nous » nationaux, du reste construction historique également. I

      Ensuite, quand vous parlez « d’acquis nationaux », la aussi c’est un vocable français essentiellement défensif, qui implicitement considère que « les autres » on moins (de « protection » en général). Or, je ne vois pas quels « acquis nationaux » pourrait perdre la grece, l’espagne, la lettonie, etc…De meme, si on compare les « acquis nationaux » (français) au niveau de vie effectif et de protection des pays scandinaves, de la hollande ou de l’autriche, « on » a bien plus a gagner qu’a perdre.

  3. @Maitre Sinh Il me semble, mais je n’ai pas lu cela détail, que A Merkel évoque l’accroissement du budget européen. On n’a jamais abordé sérieusement la question de l’europe sociale. Lorsque l’Europe prendra sa part à la protection sociale, je suis certain que la population saura réclamer son dû aura le goût des affaires européennes. Quant aux « nous », contre « eux », c’est un des ressorts de la construction nationale , mais pas européenne en effet. Quant au sentiment antigrec, c’est la grande honte de cette europe d’avoir ainsi donné des ailes aux ultra nationalistes que l’on observe en Grèce.
    @Ludovic. Il est certain que la faisabilité politique du fédéralisme n’est pas évidente aujourd’hui. Vous verrez, un Europe à la carte se mettra en place, avec une union monétaire et financière beaucoup plus aboutie pour quelques pays. Mon espoir est qu’à force de confier des responsabilités au niveau européens, les peuples de décident à prendre une part croissante dans la construction européenne, là où s’exerce le pouvoir.

    1. Le sentiment d’appartenance à la nation française et/ou la prise de responsabilité (la c’est plus évident) a historiquement été d’abord le fait de la bourgeoisie puis petite bourgeoisie. Pour la paysannerie et les habitants de « régions périphériques », « être français » était souvent, jusque vers la fin du XIXeme, et meme apres (vers la 1ere guerre mondiale), quelque chose d’abstrait ou de secondaire par rapport a son village et sa région.

      Le meme mécanisme est un peu à l’oeuvre, au 1er stade : les strates supérieures ont déja un « nous » européen. Et tout au somment, elles ont parfaitement intégré la dimension européenne croissante du pouvoir politique. Le probleme réside dans la poursuite de la diffusion de ce processus vers les autres strates.

      En france, l’adhésion de la paysannerie a eut lieu lorsque la IIIeme république s’est décidé activement a en faire une « clientele » prioritaire, notamment en répondant à leur demande protectionnistes. Ca a été la condition de l’enracinement de la république en france, et l’adhésion a « l’être français ».

      Donc oui, de ce coté la, vous avez raison, on peut supposer qu’une politique « sociale » ambitieuse produise des effets….à condition qu’elle s’insere dans un projet européen de societé clair.

  4. Ce n’est pas qu’une question de prise en main par le « peuple », il faut également des « meneurs d’Hommes » avec « vision, projet » etc. Regardez les « indignés » (grecs, espagnols, occupants de Wall Street …). Ils s’enflamment souvent, manifestent, vitupèrent mais il ne se dégage aucune tête pensante ou fédérative avec des décisions claires.
    Il est incontestable que nombres de gens ordinaires, avec des postes ou des capacités d’analyses comprennent ou savent ce qui pourrait être une solution par rapport à un projet mais il est également certains qu’ils ne se sentent pas assez solides, soutenus ou capables de dire « non » et « prendre leur destin en main », nous avez eux.
    Faut-il que la situation se dégrade encore plus pour que, poussez au désespoir, certains fassent le  » coup de feu », obligeant à tout remettre sur la table, nos élites encore en poste ayant la trouille de le vie pour leur propre poste …

    J’ai récemment testé « la peur d’une certaine élite » sur un dossier en cours.
    Pour obtenir gain de cause, j’ai dû annoncer clairement depuis 4 mois mes positions et m’y tenir.
    Il est vrai qu’il est plus facile de rester « droit dans ses bottes » quand il n’y a pas de lien de subordination …

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