La France au 21ième rang de la compétitivité globale….selon Davos

Depuis quelques jours, une foule pèlerine d’experts et d’économistes scandent une sombre nouvelle: le Forum Economique Mondial a dégradé la France de 3 places au classement de la compétitivité globale.

La presse est fébrile: « la Corée a éjecté la France du Top 20« , titre subtilement l’Expansion.

Est-ce le déclin tant annoncé?

En réalité,  la note globale de la France (cf ci-dessus) est stable depuis 3 ans.

De plus, si l’on attribue aux ex-aequo la même place sur le podium, notre pays se situe au 19ième rang.

Enfin, l’indicateur global de compétitivité compile tant et tant de choses  différentes que la France et la Corée du Sud, si elles se retrouvent  à quasi égalité de score, y parviennent par des chemins très distincts. Par exemple, le principal  motif de mécontentement des entreprises françaises est la rigidité du marché du travail;  en Corée, c’est l’instabilité gouvernementale et la corruption. Sur un plan qualitatif, est-il possible d’affirmer que l’herbe est plus verte en Corée du Sud?

La méthodologie de l’étude n’est pas sans poser problème.

En effet, parmi la batterie d’indicateurs mobilisés pour évaluer les douze piliers de la compétitivité, 60% sont obtenus par sondage auprès d’un nombre très réduit d’entreprises. Tout ceci n’est pas très sérieux, comme l’ont souligné Stéphane Grégoir et Françoise Maurel dans un Rapport du CAE consacré lui aussi, mais sans se moquer du monde, à  la compétitivité.

La priorité donnée aux indicateurs de mondialisation avantage systématiquement les petits pays (Suisse, Singapour, Pays-Bas…), fortement dépendants de leurs échanges extérieurs.

Le conservatisme le plus rentier préside au choix des variables, puisque ni le taux de croissance, ni le taux de chômage ne sont pris en compte, tandis que l’endettement public et l’inflation font l’objet d’une attention scrupuleuse.

Ce classement farfelu vise à entretenir le feu sacré pour les réformes dont on nous dit qu’elles sont  indispensables à l’amélioration du  climat des affaires et de la productivité (moins d’impôts, plus de flexibilité…).

Involontairement, la subjectivité  d’un tel classement fait briller de mille feux l’originalité de notre pays. En effet, comment est-il possible que la France, dont on nous dit qu’elle est aussi conflictuelle (socialement) que l’Afrique du Sud, aussi défiante vis-à-vis de ses politiciens que la Jordanie, aussi peu flexible (sur le marché du travail) que l’Argentine et à la fiscalité plus lourde qu’au Venezuela, parvienne à exceller dans les infrastructures de transport, à se hisser au 10ième rang mondial en termes de capacité d’innovation et au 8ième rang du point de vue de l’étendue du marché national et de la qualité des écoles de management?

Ce paradoxe signifie-t-il qu’impossible n’est pas français, ou que le mystère des méthodes du Forum Economique Mondial est bien grand ?

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3 Comments

  1. merci. en parcourant le document, c’est quand meme édifiant: une grande partie (voir la presque totalité) du classement est basée sur l’avis des enquêtes. Du coups, le classement reflète surtout l’opinion que les états ont d’eux meme, qui est ici présenté comme un fait objectif.

    Un petit florilege:

    1.07 Favoritism in decisions of government officials

    La france (et avec elle l’autriche, la belgique, et j’en passe) arrive apres le Rwanda, le Quatar , l’Arabie Saoudite et le sultanat d’oman (ces 3 la sont systématiquement des « modeles » de « bonne gouvernance » et arrivent presque toujours en tete !), mais aussi le Boswana et le Liberia…

    1.08 Wastefulness of government spending
    (comment évaluez vous l’efficience des dépenses publiques)

    Alors, la pour ceux qui sont encore debout, la france n’apparait pas dans les 70 premiers (ni meme l’allemagne, le danemark et la majorité des etats de l’UE d’ailleurs), derrière la bolive, le pérou, le tadjikistan, le cambodge et j’en passe…

    1.09 Burden of government regulation
    la france est 126eme, même pas besoin de dire que l’Albanie est devant

    3.04 Government debt
    ici, Haiti rafle des points (13eme), mais pas autant que la Lybie (2eme)…le japon est dernier, apres la grece.

    Tout ça sans même aborder le choix des questions.

    S’ils se mettaient un nez rouge, ils pourraient faire fureur.

    1. J’ai vérifié le nombre d’indicateurs établis grâce à un sondage et ajouté une ou deux remarques, car plus l’on creuse, plus on est étonné par ce genre d’études. Oui, vous avez raison et en effet, beaucoup de critères sont partiaux. Le chômage, le taux de croissance n’apparaissent pas, sauf erreur de ma part. La forte présence des sondages est très problématique, subjective.

  2. A mon avis, tout ce qui concerne les sondages ( pour ne pas parler du reste) est à mettre en rapport avec un article que vous aviez posté sur la manière dont les membres d’un pays sont considérés par les autres et la maniere dont ils pensent être considérés. il y avait notamment un groupe qui tend à penser que les autres le considérait (bien) davantage qu’ils ne le sont en réalité (alors qu’en général, c’est plutôt équilibré).

    Or on retrouve peu ou prou dans ces sondages ce biais, en particulier avec la place du Chili qui tend semble-t-il à s’auto-considérer de manière (très/trop) positive sur de nombreux sujets, et dans une moindre mesure pour la Chine. Je ne me rappelle plus ce qu’il en était des états pétroliers, mais ça ne m’étonnerais pas que pour eux aussi, le « différentiel de considération » joue le même rôle.

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