Où sont passés les emplois américains?

L’excellent Real World Economics Review Blog publie le graphique que voici.

Le commentaire est très sobre, comme si le graphique suffisait pour montrer que les multinationales américaines ont sacrifié l’emploi local (3 millions de postes détruits) au profit de leurs activités extérieures (+2 millions d’emplois).

Je ne suis pas certain que cela tienne entièrement la route.

D’une part, l’essentiel des pertes d’emplois (2 millions) sont intervenues  entre 2000 et 2003, alors que l’emploi offshore était stable.

D’autre part, à l’époque du grand boom de l’emploi offshore (2003-2007), au cours duquel les multinationales ont multiplié par 5 leurs effectifs à l’étranger,  ces dernières ont ajouté 800 000 emplois aux Etats-Unis.

Enfin, depuis la crise, l’emploi s’effondre aux Etats-Unis,  mais reste stable à l’extérieur.

Il plane au dessus de ce graphique un parfum de nationalisme économique, à savoir le soupçon que l’enrichissement des autres nations nuit forcément à la sienne et que le reste du monde doit se plier à nos intérêts.

Certes, l’emploi se développe plus vite à l’extérieur du pays, mais les évolutions de l’emploi intérieur sont tributaires de la conjoncture locale (récession 2001) et, à moins de priver ces entreprise des fruits de la croissance extérieure et de les obliger à ne plus être des multinationales, on les imagine mal « protéger » l’emploi local en  rapatriant des millions d’emplois extérieurs.

Mais il serait injuste d’en rester là.

En effet, parmi les diverses modalités de l’internationalisation de l’emploi, il y eut  certainement une « mode » des délocalisations, un excès de zèle dont les auteurs du graphique ont hâte qu’il prenne fin.

Avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents,  et  plusieurs cas de relocalisations aux Etats-Unis, il est de plus en plus difficile aux multinationales d’imposer leurs vues au public, surtout pour quelques points de valeur actionnariale.

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2 Comments

  1. Pour expliquer la disparition d’emplois US, n’est-il pas possible d’envisager également le Papy boom ?
    J’ai également souvenir que les fonds de pension avaient des objectifs de rentabilité « sévères » dans les années 90 pour constituer un « matelas » avant la vague de départs en retraites outre-atlantique. Cette pression sur le rendement accélérait également l’externalisation de la production afin de réaliser des gains supplémentaires aux actionnaires qui payaient les pensions…

    1. Oui, c’est une hypothèse qui pourrait s’appliquer à l’Allemagne également. On peut expliquer la vogue des délocalisations comme une solution au dilemme innovation/rentabilité: les marchés financiers imposent une norme de rentabilité immédiate alors que la compétitivité repose sur des investissements, de l’innovation, qui ne sont pas rentables immédiatement. Dès lors, en délocalisant certains segments de production, les entreprises satisfont l’actionnaire tout en se spécialisant dans les activités innovantes.

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