Inception du libéralisme et servitude

Si l’on admet que néolibéralisme est la tentative de construire les conditions juridiques, économiques, éducatives et culturelles d’une concurrence libre et non faussée, un tel  travail sur la société n’est pas sans rappeler la mission dont le héros du film Inception doit s’acquitter: implanter dans l’esprit de l’héritier du fondateur d’une grande multinationale l’idée de dissoudre l’empire de son père.

Rude tâche à l’évidence, puisqu’elle implique de modifier les affects familiaux et certaines idées philosophiques du fils, bref sa vision du monde.

Dans les années soixante, l’économiste suédois Gunnar Myrdal jugeait la « planification de la concurrence », telle que souhaitée par un Friedrich Hayek, parfaitement  illusoire. Il évoquait notamment l’impossibilité de « déséduquer » les individus, ces derniers ayant appris depuis longtemps à orienter les forces du marché dans le sens de leur intérêt :

« Nonobstant les changements technologiques,les agents ont trouvé à leur avantage économique de s’unir, de se regrouper avec d’autres pour pouvoir influencer le marché que ce soit au niveau des entreprises ou des travailleurs. Cette rationalité des agents n’est autre que celle postulée par le libéralisme ; elle s’exprime non seulement dans la recherche de collusion mais plus profondément dans le refus d’accepter les solutions données par les forces aveugles du marché. L’interaction de tous ces facteurs devient un processus cumulatif typique de causalité circulaire si cher à Myrdal et résulte dans la possibilité pour les agents économiques d’influencer les marchés. Nous pouvons dire que les courbes d’offre et de demande ainsi que les prix ont perdu progressivement leurs caractères de conditions données et objectives postulées par la théorie libérale (ce qu’ils n’ont jamais eu totalement dans la réalité) pour devenir des entités politiques. Dans cette vision l’intervention de l’Etat n’est pas responsable de la fin des marchés libres. L’Etat n’a pas le choix, les changements sont irréversibles. Il n’y a pas de retour possible aux marchés libres. Nous ne pouvons rendre les gens moins rationnels et moins sophistiqués. Un retour vers le libéralisme exigerait une « déséducation » de la population. Etant donné cette impossibilité d’un retour en arrière il n’y a eu qu’une seule solution possible, soit accepter la tendance à l’organisation des marchés et prendre des mesures afin de réguler son cours dans l’intérêt public afin que l’ordre et l’équité soient protégés, ce qui a impliqué historiquement la constitution de l’Etat providence ». Jacques Peltier, Hayek et Myrdal: la route de la servitude ou la route de la liberté?

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