Les échanges ne font pas de vieux os

Les théories du commerce international démontrent qui échange avec qui, quoi, quand et pourquoi, mais ne précisent pas pour combien de temps.

Dans les modèles classiques, on appréhende le réseau des échanges comme une mécanique bien huilée qui déplace les bons produits vers les bons pays, en fonction des distances géographiques, des différentiels de  PIB et des écarts de prix relatifs.

 Cette vision majestueuse néglige l’étonnante dynamique  des relations commerciales.

Depuis les travaux de Tibor Besedes et Thomas J. Prusa (2004), nous savons que les liaisons commerciales s’interrompent et bifurquent souvent, soit qu’un pays cesse d’exporter ou d’importer un produit, soit qu’il change de fournisseur ou de client.

Le turnover est tel que la durée de vie médiane des importations américaine est de deux ans.

En Europe, la majorité des importations disparaissent dans les 12 mois.

Curieusement,   la diminution des coûts de déplacement des produits et de l’information n’y change rien: en 1970, comme en 2000, 55 à 60% des importations européennes ne sont pas reconduites l’année suivante.

D’après Marco Fugazza et Ana Cristina Molina (2011), le phénomène affecte particulièrement les pays à faible revenu (DS=Developing South) et émergents (ES=Emerging South), avec 4 à 20% de liaisons commerciales « à durée indéterminée » (>10 ans), contre 32%  au  « Nord ».

Le taux de survie des flux commerciaux est affecté par les caractéristiques des biens et des pays, l’intensité des coûts d’échange internationaux ainsi que les efforts d’innovation.

D’une part, on constate que les biens différenciés, parce qu’ils offrent au vendeur la possibilité de se distinguer et de contourner la concurrence par les prix, s’échangent plus durablement que les biens homogènes, à l’ exception des biens primaires qui procurent un avantage comparatif aux pays du Sud.

Plus le PIB du pays vers lequel on exporte est important,  plus les échanges sont récurrents.

D’autre part, les barrières géographiques ou linguistiques freinent le volume et la durée des échanges, particulièrement pour les pays du Sud. En revanche, pour les pays à haut revenus, partager une frontière commune avec ses partenaires commerciaux ne semble pas accroître la fréquence des échanges à durée indéterminée.

A ce titre, la brièveté des échanges témoigne de la permanence des effets de distance sur le commerce international.

Enfin, quelle que soit la nature du produit, la durée de vie des échanges progresse avec les efforts d’innovation des firmes (Wei Cihh Chen, 2010).

L’impact d’autres variables est plus controversé. Par exemple,  disposer d’un large éventail de produits et de clients stimule-t-il ou non  la durée des échanges? Les auteurs hésitent. Pour certains,  la diversification  multiplie les chances de découvrir un produit adapté au client et permet d’accumuler  un  savoir faire commercial, alors que pour d’autres,  ceci  encourage à explorer d’autres marchés et à prendre de nouveaux risques, ce qui rend les échanges plus volatiles.

L’idée que la majorité des liaisons commerciales se déploient dans l’intermittence est intéressante  et novatrice, même si le rôle de l’incertitude dans les affaires internationales est connu depuis longtemps.

Cette piste de recherche n’est pas sans connections avec les développements récents de l’économie internationale, du côté de  l’hétérogénéité des firmes ou de l’influence des  réseaux migratoires sur la structuration des échanges.

Les enjeux sont importants pour les pays du Sud qui peinent à exporter de nouveaux produits mais aussi pour la France, dont les 2/3 des firmes primo exportatrices cessent cette activité au bout d’un an.

Devant un tel turnover, les gouvernements qui cherchent à développer les exportations à long terme sont incitées à adopter un comportement « conservateur’ en privilégiant  les liaisons commerciales  anciennes.

C’ette attitude est prudente mais elle risque de figer les spécialisations commerciales, la structure géographique des échanges et la concurrence inter-firmes.

DG

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